LE GROUPE DES DÉTENUS
Les hôtes des prisons ne sont pas tous des coupables. Quelques-uns, qui le sont à des degrés divers, peuvent s’amender et redevenir d’honnêtes gens. Quels que soient d’ailleurs la faute ou le crime commis, la société moderne n’entend que punir et non torturer, priver le coupable de sa liberté, ou même de sa vie, mais non d’air ou d’aliments, lui imposer un travail qu’il n’a pas choisi, mais non le faire succomber à la peine. Ainsi se distingue-t-elle des civilisations antérieures et de l’époque des oubliettes. De là, Y hygiène des prisons, si attentive aujourd’hui, sous l’influence du sentiment exprimé plus haut, que l’on y remarque parfois des soins dont n’approche pas la condition de beaucoup de groupes sans reproches.
1° Conditions spéciales aux détenus.
ConiHtionft physiques. — Il n’y a pas d’enfants parmi les détenus et c’est aux groupes d’âges moyens qu’il faut d’ordinaire les comparer pour juger de leur situation biologique. Il en ressort rapidement que cette situation est très inférieure.
Les individus qui se font mettre en prison ne sont pas, d’ordinaire, doués d’une provision de santé. Ils ont volontiers vécu dans la malpropreté, la plus parfaite irrégularité de régime et d’abri, dans la débauche et l’ivrognerie. Cette fâcheuse disposition à supporter les rigueurs de la captivité est plus prononcée chez les hommes que chez les femmes.
Conditions morales. — Elles sont encore plus mauvaises que les précédentes. Les criminels sont souvent des « cérébraux », traînant l’héritage d’aberrations mentales de leurs ascendants ou s’étant fait à eux-mêmes des déviations intellectuelles factices, par des fréquentations malsaines et des habitudes vicieuses précoces. Presque tous appartiennent aux dernières
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classes de la société. Ces gens-là ont un farouche amour de la liberté et sont sans résistance contre la mélancolie de la réclusion. Les exemples, cités par Marais et Merry Delabost, d’individus pour qui la prison a des attraits irrésistibles, sont assez rares.
Mortalité chez les détenus. — Elle est de 4 à 5 fois plus élevée que celle du même groupe d’âge dans la population libre, d’après Wappœus; au calcul de Villermé, d’Engel, tout individu qui entre en prison y a désormais les mêmes chances de mort que s’il avait vingt ans de plus. Selon Cbassinat, alors qu’il meurt 10 personnes dans la population libre, il en succombe 30 du même âge dans les maisons centrales. Les hommes meurent encore plus que les femmes. Baly, médecin de la prison de Millbank (Londres), constate que la mortalité carcéraire s’élève avec la durée de la détention. Avec 6 semaines de prison, elle est de 22,78 p. 1000 détenus; à 20 mois (Genève), 26,36 ; à deux ans de prison (Millbank), 30,96 ; à sept ans (bagnes français), 40,7. A Millbank même, on meurt 3,03 p. 1000 dans la première année de prison; 33,64 dans la deuxième; 52,26 dans la troisième; 57,13 dans la quatrième; 44,17 dans la cinquième. Il y a donc un certain acclimatement après la quatrième année. Cette élévation de la résistance se produit à la troisième année dans la prison de Philadelphie. Baer a remarqué que, dans la prison prussienne, très bien tenue, de Naugard, le maximum de la mortalité arrive dans la deuxième année de détention. La létbalité phthisique croît comme la durée de la détention (Sicbart).
Il va sans dire que la morbidité est également élevée dans les prisons. En France, de 1872 à 1873, il y avait 6 778 prisonniers malades contre 12 272 valides. A Plotzensée (Baer), il y en a toujours 28 p. 100 environ qu’il faut exempter d’une partie du travail. Mais, ce qu’il convient de noter, c’est la facilité avec laquelle la première maladie qui atteint le détenu devient grave ou même mortelle. « La peine qu’il subit, dit le pasteur Rommel, coûte à chaque détenu une fraction de son existence, et la vie à beaucoup d’entre eux; sa détention est un suicide lent. »
Les maladies auxquelles succombent les prisonniers sont la scrofulose, la tuberculose, l’entérite, la diarrhée, l’œdème, l’hydrémie, « cachexie des prisons» (Paul, Cbipier), sans parler des infectieuses qui, une fois implantées dans le milieu carcéraire, y exercent leurs ravages de la façon la plus cruelle.
2° Conditions d’hygiène des prisons.
li’abri. — Beaucoup de prisons, maisons d'arrêt , de justice, de correction, de réclusion, sont en pleine ville, gênent matériellement et moralement les habitations voisines et luttent elles-mêmes contre l’impossibilité de s’étendre, en opérant, dans leur intérieur, ces « merveilles de cloisonnement », dont parle Léon Colin, et en s’efforçant de construire quelques petites maisons dans la première. On arrive ainsi à rendre l’aération impossible. Le rapporteur du Conseil d'hygi'ene de la Seine a donc eu raison de conseiller l’abandon des vieux immeubles pénitentiaires intra-urbains et l’édili-