COMPOSITION EN
POIDS
Azote.
Carbone.
gr-
gr-
gr-
Viande
Légumes frais
Haricots
Carottes
Riz
Pommes de terre. . .
Oseille
Purée
Pois
Graisse
Beurre
Pain
Totaux pour une semaine
Moyenne par jour. .
Les vivres de cantine autorisés et tarifés sont un peu différents pour les condamnés et pour les prévenus. Ceux-ci peuvent avoir du bœuf bouilli ou grillé, des côtelettes, des œufs, du sucre, du vin rouge ; les autres, du pain, du lait, du fromage, du beurre, du cervelas, du ragoût de bœuf, du hareng saur, des salades, des confitures, des fruits, du café et même, sous condition d’une bonne conduite, du vin (30 centilitres), de la bière, du cidre.
Toutes ces conditions s’adoucissent, en cas de maladie.
Les conserves interviennent rarement dans le menu des prisonniers ; mais nous devons noter, à cette occasion, que ce groupe est assez volontiers pris pour champ d’expériences par les inventeurs. Ainsi, la carne pura a été expérimentée à Plôtzensée, et un certain biscuit à la viande , proposé comme aliment de réserve pour les soldats en campagne, à la prison de Rouen. Tous deux avec succès. Nous croyons, toutefois, que ce n’est point là que l’on peut trouver les plus sûres garanties.
Le travail. Il n est pas utile de noter d’abord que les détenus ont parti-
1312 LE GROUPE DES DÉTENUS. [Hygiène
culiôrement besoin de faire du mouvement à l’air libre, tous les jours. On fait promener dans son préau individuel le détenu de la prison cellulaire ; il y trouve môme quelques agrès simples, pour y faire un peu de gymnastique, comme l’ont conseillé Euler, Ilicking, etc.
Quant au travail obligatoire, les peuples modernes perdent peu à peu l’habitude d’employer les condamnés à dessécher les marais pestilentiels ou à exploiter les mines d’arsenic ou de mercure. La vieille Angleterre, seule, a conservé quelques appareils à l’aide desquels le condamné dépense ses forces à accomplir péniblement un travail, dont ce tourment môme est le principal but; encore commence-t-elle à y renoncer.
En Allemagne et en France (Plotzensée, maison de réclusion de Melun, pénitentiers militaires, etc.), les règlements veulent qu’on applique les détenus, suivant leur force, leur âge, leurs aptitudes et même, jusqu’à un certain point, suivant leur désir, à des travaux qui ne présentent pas de dangers particuliers pour la santé et aussi variés que les entrepreneurs peuvent les demander. Ce travail est moralisateur en même temps que salubre, puisque les condamnés reçoivent une part du produit de leur travail, s’en servent pour améliorer leur régime et gardent encore un petit pécule pour le moment de leur libération. Ces travaux comportent des ateliers couverts, qu’il faut, naturellement, aérer en raison de leur grande population, et n’exigent pas une grande dépense de force. A Plotzensée, nous avons vu accomplir des merveilles de marquetterie, d’ébénisterie, fabriquer des fleurs artificielles d’une finesse idéale. A Melun, on pratique l’emboutissage, la brasserie, la quincaillerie, la vannerie, l’imprimerie, le tissage, la confection d’habits, etc. Le règlement prussien fixe la durée du travail à dix heures en hiver et onze heures en été. En France, on a onze à douze heures d’atelier en quatre reprises. Il n’y a pas de travail le dimanche.
Lies punitions. — Nous n’inscrivons ce titre que pour appeler l’attention des hygiénistes et des médecins des prisons sur les dangers d’une punition encore assez fréquemment appliquée : la diminution de la constitution du régime et surtout la réduction au pain et à l'eau pendant plusieurs jours consécutifs. Le régime du pain et de l’eau équivaut à une condamnation à mort, à exécution lente. Les coups de bâton, supprimés dans nos mœurs, sont plus humains.
$oius en cas de maladie. — Toutes les prisons ont un médecin et une infirmerie. On est obligé de se servir de celle-ci avec discrétion, la simulation et le mensonge étant la spécialité par excellence des hôtes des établissements pénitentiaires. Mais le médecin a une foule d’occasions d’intervenir dans le fonctionnement du mécanisme social que ces établissements représentent: par son influence morale, bien entendu, et par ses conseils.
3° Les systèmes pénitentiaires.
Il existe aujourd’hui plusieurs variétés dans le mode de priver quelqu’un de sa liberté, à titre d’expiation publique.
-spéciale.] LES SYSTÈMES PÉNITENTIAIRES. 1313
La détention en commun. — Les détenus passent la nuit dans un dortoir collectif et travaillent ensemble, de jour. On sépare seulement les femmes et les enfants, au moins la nuit. Ce système, encore en vigueur sur beaucoup de points, n’atteint en aucune façon, comme on le comprend, le but moralisateur que doit avoir l’emprisonnement.
Le système d' Auburn. — Il consiste dans l’isolement cellulaire pendant la nuit combiné avec le travail en commun, mais en silence, pendant le jour. Il a été méthodiquement appliqué pour la première fois à Auburn (New-York). Le point difficile à obtenir, parce qu’il est contre nature, c’esL le silence absolu, qui caractérise justement le système. Il ne sert qu’à multiplier les punitions et n’empêche pas, comme on le croyait, les individus vicieux de s’entendre dès que les prisonniers sont réunis pour le travail, ainsi que l’expérience en a été faite en Angleterre, en France, en Hollande, en Autriche, etc.
Système des classes. — On a cru, à Genève, à Saint-Gall, en Angleterre, obtenir plus aisément le silence absolu et l’amélioration progressive des condamnés en les répartissant en un certain nombre de classes ou divisions, graduées d’après les mérites relatifs des individus qui les composent, leur degré d’amendement, etc. Ces classes peuvent avoir des relations entre elles, et les individus de chacune monter ou descendre dans une autre, selon qu’ils ont moralement gagné ou perdu. Chose remarquable, on ne parvient pas à trouver suffisamment de raisons de placer les clients dans une classe supérieure plutôt que dans l’inférieure et, néanmoins, pour tirer quelque résultat de la méthode, il faudrait multiplier indéfiniment les groupes, afin d’en amoindrir l’elfecLif.
Système cellulaire (de Philadelphie, de Pensylvanie). — L’idée de séparer, nuit et jour, les détenus en cellules individuelles a été introduite dans les lois, à Philadelphie, par les quakers, en 1790. Le coupable devait n’avoir que de rares rapports même avec son gardien et passer son temps à lire les saintes Écritures et à rentrer en lui-même. Il ne travaillait pas. Aujourd’hui, les principes du début ont fléchi et l’on a régularisé les entrevues des détenus, non entre eux, mais avec d’honnêtes gens, les surveillants, les inspecteurs, les maîtres de l’enseignement, le prêtre, le médecin.
L’emprisonnement cellulaire a été bien discuté. Il nous parait moralement très supérieur à tout autre et favorise certainement l’amélioration du détenu chez qui il reste quelque ressource, sans cesser d’être une lourde peine aux corrompus définitifs.
Sous le rapport de la morbidité et de la mortalité dans les prisons, bien que les situations soient difficilement comparables, Baer trouve généralement que la supériorité appartient au système cellulaire. Dans la division cellulaire d’adultes à Plôlzensée, la mortalité annuelle de 1877 à 1880 a été de 1,3 p. 100 de la population totale; le chiffre journalier des malades 0,88 p. 100. La situation est encore très favorable à Lœxven (Belgique), en Hollande, Vridslœselille (Danemark), à Christiania, à Bruchsal (mortalité 1,41 p. 100), à Moabit (1,43), à Oslebshausen (Brème). Il est clair que la claustration cellulaire n’est pas favorable à l’échange des contages et à la diffusion des épidémies; le système a coupé court aux épidémies carcéraires de typhus, de choléra, de variole. Il a paru que les affections mentales sont plus fréquentes avec le système cellulaire; Baer estime qu’il y a là une sorte d’illusion; les troubles cérébraux sont plus aisément remarqués chez les individus en cellule, que l’on voit tous les jours, un à un, et moins dans les foules de la prison en commun, surtout si la règle du silence y est imposée. Cependant, les individus prédisposés, fort communs parmi les criminels, sont assez aisé- Arnould, Hygiène. 2' édit. oo
J 314 LE GROUPE DES DÉTENUS. [Hygiène
nient précipités dans la folie par le régime cellulaire. 11 est bon d’en détourner ceux chez qui se révèlent les signes avant-coureurs des perturbations mentales. La façon dont on applique ce principe rend compte des différences observées dans les proportions d’aliénés selon les établissements. Tandis qu’à Penlonville (1843-1858), on avait 1,07 cas de folie p. 100 détenus, on n’en comptait aucun à Glasgow (1823- 1844). En France, on a observé de 1866 à 1870, dans les maisons centrales, 0,3 aliénés p. 100; tandis que Mazas offre (1850-1873) 1,9 p. 100; La Roquette ( jeunes détenus), 0,3 p. 100; la Santé (1867-1873), 0,8 p. 100. A Lœwen, la proportion n’est que de 0,2 p. 100. A PloLzensée, Baer compte en cinq ans (1877-1881), 41 cas d’aliénations sur 1,738 détenus cellulaires (adultes hommes), soit 2,34 p. 100, sur lesquels 33 ont guéri à l’établissement et 7 ont été placés dans un asile. Enfin, il n’est pas démontré que, dans les prisons cellulaires convenablement tenues, le suicide soit plus fréquent que dans la détention en commun. À Moabit, 0,71 suicides p. 100 : dans les prisons en commun de Prusse, de 0,74 à 1 ,39 suicides p. 100 détenus. A Mazas, 0,3 p. 100; la Roquette, 0,09; la Santé, 0,02; Lœwen, 0,2 suicides p. 100 individus.
Toutefois, il est certain qu’on doit approfondir les dispositions individuelles et ne pas appliquer la cellule aux épileptiques, aux individus en puissance de phthisie, d’une maladie de cœur, aux vieillards. Les femmes la supportent moins bien que les hommes, au point de vue des conséquences d’ordre nerveux, bien qu’elles la tolèrent pour le reste et qu’elle leur rende au moins autant de services qu’à l’autre sexe. Les jeunes gens (de 12 à 17 ans) n’en éprouvent pas de troubles physiques ou moraux particuliers, ainsi que le prouve la pratique de La Roquette, de Parkhorst, de Plôlzensée, quoique la plupart des détenus de cet âge proviennent du milieu énervant des villes. Cependant, au point de vue de l’éducation, Baer préfère avec raison les colonies agricoles de Mettray (France), de Horn, près de Hambourg, de Ruysfelde (Belgique).
D’ailleurs, les lois de chaque pays ont sagement fait de limiter le temps de la détention et spécialement celui de l’incarcération cellulaire. On arrive même à remettre en liberté provisoire, avant l’expiration de leur peine, les détenus qui ont eu une conduite irréprochable pendant leur détention.
Système progressif ou irlandais. — Il est dû à sir Walter Crofton, inspecteur général des prisons d’Irlande, et a pour principe d’associer le condamné lui-même au but moralisateur de la peine qui lui a été infligée, de lui faire conquérir des situations de moins en moins dures jusqu’à ce qu’il arrive en quelque sorte à mériter la liberté et, surtout, à être capable d’en user honnêtement. On le place d’abord pendant neuf mois à Mountjoy, au nord de Dublin, avec une nourriture chétive et un travail monotone, pour lui faire comprendre ce que peut être le châtiment qu’il a encouru. Puis, il passe à Spika-Island , une petite île, où les détenus travaillent en commun el sont isolés la nuit; ils travaillent à la terre, font des terrassements et sont partagés, par rang de mérite, en quatre classes. Le troisième stade est une détention intermédiaire ( intermediate Prison ), caractéristique du système; les condamnés sont internés à Dublin, à Smithfield, à Lusk-Common, et jouissent d’une grande somme de liberté; ils travaillent sans surveillance, ne portent pas d'uniforme et ont des relations avec le dehors, pour s’habituer à reprendre commerce avec la société. Si le condamné a traversé cette épreuve avec succès, il reçoit son acte de libération et reste seulement sous la surveillance de la police jusqu à l'expiration du temps que devait durer la peine à laquelle il était condamné. On peut discuter ce système au point de vue social el technique; mais pour l’hygiène, il est excellent et se répand déjà.
spéciale.] LES MALADES ET LES MALADIES. 1315
La déportation. — Elle s’applique aux individus dont la condamnation comporterait une incarcération de longue durée. L’Angleterre en a donné l’exemple, il y a un siècle et demi, en transportant ses convicts en Amérique et en Australie. En France, elle a remplacé les bagnes (Cayenne, Nouvelle-Calédonie). Au point de vue de la colonisation, le système n'a donné, nulle part, les résultats qu’on en espérait; au point de vue moral, il n’a pas été plus heureux; en ce qui concerne l’hygiène, il a l'avantage d’abréger ou même de supprimer la réclusion entre des murailles; malheureusement, il y a eu trop souvent une large et meurtrière compensation à ce bénéfice dans la mauvaise appropriation et l’encombrement des navires servant au transport des condamnés et, surtout, dans l’insalubrité des pays choisis pour lieu de déportation. L’Angleterre renonce au procédé et le remplace par la servitude pénale ( Penal servitute). L’application de la loi française sur les récidivistes donnera lieu à une nouvelle forme de l’expérience.
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