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ARTICLE IX

LES MALADES ET LES MALADIES

11 ne serait pas juste de dire que l'hygiène est l’auxiliaire de la thérapeutique médicale ou chirurgicale. La vérité est qu’elle les domine l’une et l’autre. Le siècle actuel n’est peut-être pas le premier à le reconnaître; mais on lui rendra cette justice qu’il a eu le sens et le courage d’aller plus loin que la formule platonique d’un dogme. Les médecins savent très bien qu’il n’est pas de méthode curative, pas d’agent pharmaceutique, pas d’habileté personnelle clans le maniement des drogues, qui ait la moindre chance de succès (je ne parle pas des succès malgré le traitement), si l’hygiène n’a passé par là d’abord, c’est-à-dire si les conditions de milieu et de terrain (le patient) ne rendent l’économie du malade capable de répondre aux appels que lui fait la thérapeutique. Encore un peu, ils arriveront à penser qu’avec un milieu favorable, en entretenant les propriétés du terrain et en lui restituant celles qu’il a perdues, la thérapeutique peut atteindre à une simplicité extrême. Les chirurgiens, de même, et ils ont été les premiers à le proclamer savent que leur art n’est pas uniquement de la sculpture et que ce n’est rien d’être un couteau savant et hardi, si leurs tentatives ne s’accomplissent dans les conditions que réclame l’hygiène et que ne verrait pas l’opérateur obstinément plongé dans la contemplation de la lésion locale, osseuse, articulaire, viscérale ou autre. C’est pourquoi, médecins et chirurgiens ont réclamé, de notre temps, la réforme des constructions hospitalières, la création d’asiles extra-urbains, en plein air

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rural, au bord de la nier, en pays de montagnes, l’extension des mesures de propreté générale ou individuelle, le secours des désinfectants, l’isolement des contagieux, la réprobation de l’amoncellement des malades, le développement de l’assistance à domicile, etc. Tel est le juste hommage rendu à l’hygiène par nos contemporains.

Les considérations d’hygiène que suscite le « groupe des malades » nous ont paru pouvoir se diviser de la façon suivante :

1° Le malade étudié pour lui-mèmc. A. Malade privé, soigné à domicile: B. Malade incorporé à une collection. Hôpitaux.

2° Le malade envisagé dans ses influences sur les individus sains : Isolement des maladies contagieuses. Prophylaxie des épidémies. (Il peut se faire que le malade, à ce point de vue, n’appartienne pas à l’espèce humaine et que l’épidémie à éviter soit une Zoonose.)

1° Le malade à domicile.

Toutes les règles de l’hygiène générale, loin de fléchir en quoi que ce soit, deviennent d’une application plus rigoureuse, lorsqu’il y a un malade dans une maison particulière. On doit lui consacrer la pièce la plus salubre, la mieux exposée, la plus facile à aérer, la plus indifférente aux émanations du sol, des cuisines, des latrines. On tiendra compte, dans le cube permanent et dans le renouvellement de l’air, des personnes qui veillent le patient et de celles qui lui font visite. C’est, du reste, une raison pour supprimer ces visites, qui fatiguent le malade, usent son atmosphère, sans lui rendre des services à proportion. Il est, de même, inutile et fâcheux que tous les membres de la famille l’entourent à la fois; c’est ainsi que l’empressement aveugle des premiers jours fait place au surmenage de tout le monde, si la maladie se prolonge, et que le malade, qui a été trop soigné au début, ne l’est plus du tout à la fin.

L’aération de la chambre devra se faire trois ou quatre fois par jour, pendant quinze â vingt minutes chaque fois, et davantage si le temps est clément, par l’ouverture très large des fenêtres qui donnent à l’extérieur. Ouvrir la porte qui donne sur un corridor ou sur une autre pièce est un palliatif médiocre; il faut que la saison soit bien mauvaise pour qu’un médecin pénétré des nécessités de l’hygiène se contente de cet expédient. Quelle que soit la nature de l’aflection, s’agit-il d’une fièvre éruptive ou d’une maladie aiguë de poitrine, il n’y a rien qui dispense du renouvellement de l’air de la chambre du malade. Cela ne veut pas dire qu’il soit indifférent de refroidir le malade lui-même; mais il est facile d’éluder ce péril, soit en affectant deux pièces et deux lits au patient, soit, plus simplement, en le couvrant exactement, en lui protégeant la face et l’orifice des voies aériennes par quelques doubles de gaze, pendant l’opération du renouvellement de l’air. Au fond, ce danger est bien moindre qu’on ne se le figure et, surtout, que celui du méphitisme.

D’ailleurs, il est bon de réagir contre le préjugé en vertu duquel l’entourage fait tout son possible pour surchauffer encore un patient qui est déjà en étatd’hyperthermie fébrile. Le lit sera agréable sans être échauffant.

spéciale.] LE MALADE A DOMICILE. *317

Une propreté minutieuse sera entretenue sur la personne et dans la chambre du malade ; son linge sera changé, dès que les excrétions ou la sueur l’auront imprégné; les selles et les urines ne séjourneront pas dans son voisinage ; on n’y entretiendra pas de foyer d’émanations, tisanes, cataplasmes, etc. La désinfection des linges et des excrétions sera pratiquée en même temps que leur éloignement, s'il s’agit d’une affection spécifique.

Dans les conditions ordinaires, les individus sains ne gagnent rien à respirer l’air des malades et l’altèrent pour leur compte; lorsqu’il s’agit d’une affection contagieuse, on proscrira le séjour, dans la pièce, des individus jeunes ou à qui une atteinte antérieure n’a pas conféré l’immunité. Il est élémentaire de fermer la chambre d’un lyphoïsant aux jeunes gens, s’ils n’ont pas encore eu la fièvre typhoïde.

On n’obsèdera pas le patient de soins inutiles, superflus, qui, le plus souvent, lui sont odieux. Le vulgaire attache à la consommation abondante de tisanes tièdes et fades une importance qui tourne à la tyrannie auprès des malades. Si l’administration du bouillon, du café, du vin, n’était déjà delà thérapeutique, nous indiquerions volontiers ces boissons comme une suppléance avantageuse aux infusions d’herbes, même, ou surtout, dans les maladies aiguës.

Lorsque la maladie paraît entrer en résolution, il ne faut pas, de parti pris, maintenir la diète d’aliments non plus que chercher à hâter le relèvement des forces par une alimentation prématurée. Les écoles médicales ont bien obscurci ce point si simple : le malade qui ne peut pas manger n'en a pas envie , — et réciproquement. Il n’y a pas autre chose à consulter que les dispositions du malade. Il est pourtant quelques restrictions à apporter à cette formule. Certains convalescents ont les fonctions digestives en quelques sorte stupéfiées par l’affection dont ils ont souffert, leur estomac ne demande pas et il est nécessaire de le provoquer à la reprise de son fonctionnement normal en lui donnant des aliments à petites doses, d’élaboration facile, jusqu’à ce qu’il recouvre sa spontanéité. D’autres éprouvent une faim très réelle, mais n’ont pas une activité digestive en rapport avec l’intensité du besoin, ou même ont spécialement été atteints dans le tube digestif (diarrhée, dysenterie, fièvre typhoïde) ; on ne restera point sourd à leurs sollicitations, mais on les alimentera avec une progression prudente, en choisissant des aliments très nutritifs sous un petit volume, n’entraînant pas un labeur énergique des organes digestifs et, en particulier, n’exposant pas l’intestin à charrier des débris inattaqués, mécaniquement offensifs. Les potages, les fécules, bouillies, panades, les œufs, les viandes tendres, peu cuites ou même crues et hachées, rendent en ces occasions de remarquables services. Le jus de viande n’a pas les propriétés nutritives que l’on croit.

Surtout, que le médecin sache prendre la direction du régime et de toute l’hygiène de son malade, aussi bien que du traitement. Les malades, dans leur famille, courent souvent un danger qui paraissait très inattendu : celui de mourir pour avoir été trop soignés, — en dehors du médecin, cela va sans dire.

LES MALADES ET LES MALADIES

[Hygiène

2° Le malade à l’hôpital.

On peut comprendre, dans l’hygiène hospitalière, un certain nombre d’établissements de destination un peu différente: hôpitaux généraux, hôpitaux d’enfants, maternités , asiles de vieillards, d'aliénés, de convalescents, hôpitaux militaires , hôpitaux spèciaux (syphilitiques, varioleux, etc.). Celle distinction n’est, du reste, pas réalisée la plupart du temps dans la pratique, et même à Paris, où se trouvent le plus grand nombre des hôpitaux spéciaux de France, il n’est pas rare de rencontrer, dans quelques hôpitaux excentriques, des salles d’enfants, une petite maternité, un compartiment de contagieux, à côté des locaux où sont recueillies les maladies communes.

A part de rares exceptions, les hôpitaux sont propriété publique et régis par I Assistance départementale ou municipale. Pour être une aumône, ou plutôt parce qu’elle est une aumône, l’assistance hospitalière ne doit pas moins êlre conforme au respect de la dignité humaine; c’est en quelque sorte l’accomplissement d'un devoir social, une atténuation à l’inégalité des conditions, un témoignage de la solidarité qui doit unir tous les représentants de notre espèce. Elle doit donc s'exercer de telle façon que les pauvres et les souffranLs en reçoivent des soins efficaces et non une diminution de leurs chances de survie. On a cru dans un temps qu’il était bien d’avoir des hôpitaux énormes et d’y abriter le plus grand nombre possible de malades, dût l’entassement entraîner une mortalité effroyable. Ces désastreux principes sont, aujourd’hui, condamnés sans retour; malheureusement, l'application n’exprime pas encore assez la doctrine nouvelle.

Les hôpitaux. — Emplacement et construction. — Il est à désirer que les hôpitaux s’élèvent dans la zone absolument périphérique des villes, puisque l’on ne peut éloigner lout à fait du reste des habitations un asile qui doit s’ouvrir à toute heure à quelqu’un des habitants mêmes de la ville, et que, d’autre part, on ne doit pas entraver à l’excès les communications des malades avec leurs parents, restés à la besogne journalière. Dans les capitales de la taille de Paris, il est même difficile de ne pas tolérer un hôpital tout à fait central; mais, au moins, doit-il être en terrain dégagé, à distance des hautes bâtisses et ne compromettant pas lui-même la salubrité du quartier.

Nous avons été frappé, comme d’autres médecins français, dans notre visite à Berlin, de trouver les Cliniques toutes neuves de la jeune Université installées en pleine ville, étouffant entre les bâtisses voisines et, faute de surface, s’ingéniant à se suffire par la superposition des locaux et le compartimentage. Nous avons, comme Bergmann et Schrôder, la plus grande confiance dans les procédés antiseptiques, appliqués aux murailles, aux planchers, aux médecins, aux instruments. Cependant notre hygiène ne peut se débarrasser des souvenirs de son éducation première et nous ne pouvons perdre notre ancienne confiance dans les mérites de l’air libre, neuf ou revivifié naturellement, venant de la campagne plutôt que d’une métropole : les baraques de Moabit, dans un quartier encore excentrique, entourées d’espace; l’hôpital municipal de Friedriclishain, avec des pavillons disséminés au milieu d’un parc; l’hôpital militaire de Tempelhof, â 3 kilomètres de Berlin, nous ont paru bien supérieurs.

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