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MATERNITÉS

Le pavillon Tarnier a la forme d’un parallélogramme rectangulaire, de 14“ ,20 de longueur sur 7“,8() de largeur; ses deux façades regardent le nord et le midi (le contraire de l’orientation méridionale). Deux murs de refend, allant du sol aux combles, séparent le bâtiment en trois parties. Chacun des compartiments terminaux est subdivisé en deux moitiés, dont chacune est une chambre. Il y a donc quatre chambres à chaque étage, deux à droite, deux à gauche du compartiment central, qui sert de vestibule et renferme l’office et une chambre de surveillance. Chaque chambre a une porte et une fenêtre ; elles ne communiquent ni avec le vestibule ou l’office, ni entre elles. La porte s’ouvre sur l’une des façades, la fenêtre sur l'un des pignons, à l’est et à l’ouest par conséquent. Au rez-de-chaussée, les portes donnent sur un trottoir extérieur ; à l’étage, sur un large balcon. De part et d’autre, elles sont abritées par une marquise vitrée, dont le bord supérieur ne touche pas le mur, de façon que l’aération puisse se faire par l’intervalle. Le médecin ne peut donc passer d’une chambre dans l’autre sans sortir à l’air.

Les chambres d’accouchement, munies d’un mobilier presque entièrement en fer, avec des lits dont le matelas, le traversin, l’oreiller ne renferment que de la balle d'avoine, mesurent : 3 mètres de hauteur; 4m,30 de longueur et 3m,50 de largeur; soit un cube de 45mc, 55. Au rez-de-chaussée, les quatre chambres ont leur sol recouvert d’asphalte ; à l’étage, deux sont dallées en pierres, deux en ardoises. On a reconnu que ce revêtement est supérieur à celui d’asphalte. Les murs sont sluqués et peints à l’huile. Comme le dallage est en pente légère, et muni d’un caniveau qui conduit l’eau dans un tuyau relié à l’égout, rien n’est plus facile que de laver à grande eau toute la pièce. Une glace sans tain permet de voir de l’office dans les chambres et réciproquement; du reste, chaque lit a un cordon de sonnelLe à sa portée. Dans chaque chambre, il y a un robinet d’eau froide et un d’eau chaude au-dessus d’un lavabo.

Les femmes accouchent dans la chambre qu’elles doivent occuper le reste du temps. A la convalescence, elles peuvent se promener dans un jardin réservé. Si elles tombent malades, elles sont soignées par un médecin de l’hôpital du Midi et par une garde spéciale. A la sortie, chaque chambre est ventilée, lavée, remise à neuf; la balle d’avoine est brûlée ; les linges et couvertures exactement lessivés.

Résultat: sur 710 accouchements, 6 décès, soit 1 sur 118. Dans le même temps, la mortalité à la grande Maternité était de 1 sur 42,6 (Pinard).

La nouvelle Clinique d'accouchements de la Faculté de Paris, élevée sur l’emplacement de l’ancienne Pépinière du Luxembourg, inaugurée le 5 mai 1881, parait devoir être bien inférieure au pavillon Tarnier. On y trouve 40 lits d’accouchées avec 40 berceaux, 10 lits de nourrices et 10 berceaux, 20 lits de femme en attente, 13 lits pour le service de gynécologie. Les salles n’ont pas plus de 8 lits. II y a, en outre, trois petites pièces d’isolement. C’est trop de monde en un seul logis.

L’installation de Tarnier a reçu l’approbation des étrangers.

A Bruxelles, d’après Feigneaux, on a copié ceLle sorte de petit cottage-maternité eu prenant, dans un quartier aéré, dix-sept maisons contiguës, propriété de l’administration, pour en faire la nouvelle Maternité. Chacune de ces maisons contient six chambres, n’ayant aucune communication entre elles et s’ouvrant toutes sur la cage de l’escalier. Il n’y a qu’une femme par chambre ; l’accouchement se pratique dans la chambre même. A l’apparition du plus léger symptôme de péritonite, tout rapport cesse entre le personnel de la Maternité et la malade, qui est transportée immédiatement à l’hôpital, pendant que l’on désinfecte la chambre. Le service médical est divisé. Un interne des hôpitaux et un élève de troisième année de doctorat sont attachés au premier des services pendant dix jours, temps pendant

1328 LES MALADES ET LES MALADIES. [Hygiène

lequel il leur est sévèrement interdit de fréquenter les hôpitaux et les amphithéâtres ; leurs vêtements sont désinfectés au moment de leur entrée au service. Logés dans l’établissement, ils y prennent leurs repas.

Le professeur Volkmann, à Halle, ne pratique pas d’opération obstétricale sans s’être lavé les mains et les avant-bras jusqu’au coude, à l’eau et au savon, pendant un quart d'heure-, après quoi, la peau étant bien essuyée, il enduit ces extrémités d’une solution forte de glycérine ou d’huile phéniquée. Les étudiants ne sont admis auprès des femmes en couches qu’autant qu’ils ont pris les mêmes minutieuses précautions.

11 existe, dans beaucoup d'hôpitaux de Paris, comme à Lariboisière, des salles particulières à usage de maternités, qui, grâce à une application intelligente des procédés antiseptiques, donnent d’excellents résultats (Pinard). Il n’en est pas de même, comme l’a constaté Napias, de beaucoup de Maternités des hôpitaux de province.

Hôpitaux de contagieux. — On ne les pratique que dans les villes d’au moins 200,000 habitants. Ailleurs, il suffit de pavillons de contagieux, dans les hôpitaux généraux. Les hôpitaux de contagieux doivent être excentriques et comprendre un pavillon d'observation où l’on mettra pendant quelque temps les douteux, qui vont souvent, sans cette précaution, prendre à l’hôpital une maladie qu’ils n’avaient pas. Londres a exécuté, en 1884, l’aménagement des navires- hôpitaux, Y Atlas et le Castalici pour ses varioleux, avec un camp de convalescence à Darenth, à 3 kilomètres de la ville de Dartford (Voy. plus loin : Isolement des contagieux).

Hôpitaux d’enfants. — Plus que d’autres, ces hôpitaux devraient être extra-urbains et bâtis dans le système des pavillons séparés, en raison de ce que ce sont surtout les maladies contagieuses (fièvres éruptives, croup et diphthérie) qui amènent les enfants à l’hôpital. Ces maisons doivent aussi joindre l’éducation et un peu d’instruction aux soins hospitaliers. Nous pensons qu’elles gagneraient à avoir pour infirmières des femmes ayant elles-mêmes eu des enfants.

Hôpitaux militaires. — On utilise largement, en France et en Allemagne, comme hôpitaux militaires, de vieux couvents qui ne remplissent aucune des conditions exigées à notre époque pour une semblable installation. Il convient surtout d’y multiplier les jours et d’y réduire le cloisonnement. Par ailleurs, lorsqu’on construit à neuf un hôpital militaire, le mieux est d’adopter la situation excentrique et le système à pavillons séparés. Au Tempelhof, on a à la fois des blocks (à sous-sols), des pavillons et des baraques. Les soldats les moins malades (vénériens) sont naturellement les hôtes de ces dernières. Les procédés de ventilation et de chauffage les moins compliqués sont ici les meilleurs (c’est peut-être le cas partout); nous croyons du reste, que ce principe peut s’appliquer â tout le reste et à tous les rouages de ce mécanisme, ainsi que nous le disait le médecin général Coler, à Berlin; « ce qui n’est pas simple n’est pas militaire ».

Dans les garnisons qui n’ont pas d’hôpital militaire, les soldats sont traités à l’hospice civil. Il importe que ces hommes pour qui les soins en

spéciale.] ASILES DE CONVALESCENTS. — HOSPICES MARINS. 1329

cas de maladie sont un droit ne soient pas confondus avec les clients de la charité publique. Cela est aussi avantageux à ceux-ci, parmi lesquels il y a des enfants.

Maisons de santé. — Cottage-hospital. — Un certain nombre de patients, en raison de leur fortune ou simplement de leur position sociale, ne sauraient se présenter aux hôpitaux communs, et, cependant, n’ont pas la possibilité d’avoir autour d’eux, à domicile, les médecins, le personnel assistant, les soins variés et continus, qui sont le privilège des hospitalisés.. Même avec de l'aisance, d’ailleurs, quelques autres ont à subir une opération qui ne réussirait pas en ville ; il leur faut, à la campagne, point trop loin de leur famille et de leur médecin, un abri temporaire qu’ils ne possèdent pas et qu’ils ne trouveraient pas, même avec de l’argent, dans les conditions convenables de service, d’outillage, d’accessoires. Et, d’ailleurs, il peut se trouver que la situation soit pressante.

Il est satisfait à ces besoins spéciaux par les maisons de santé, quelquefois en ville, plus souvent à la périphérie ou à la campagne voisine, que des particuliers, des médecins quelquefois, des associations religieuses ou charitables, ou même les administrations publiques, mettent à la disposition d’une clientèle à qui l’hôpital répugne pour une raison quelconque. L’assistance n’y est point gratuite, comme on pense; néanmoins, le malade bénéficie, même au point de vue pécuniaire, de ce que l’installation a été faite pour une collectivité et de ce que l’administrateur delà maison réduit ses frais en raison du nombre de ses hôtes. Il y avait, à Strasbourg, des établissements de ce genre fort bien tenus ; nous croyons savoir que c’est là que Kœberlé a obtenu ses premiers succès en ovariotomie.

En Angleterre, ces établissements paraissent être entretenus par les municipalités; les clients, néanmoins, payent les médecins. Brown (de Boston)., qui les recommande en son pays, évalue à plus de soixante leur nombre dans les Iles-Britanniques. A en juger par les détails que nous trouvons dans cet auteur, le cottage-hospital ne fournirait pas une chambre à chaque malade; il aurait seulement des salles pour trois ou six hommes, trois ou six femmes avec un ou deux enfants. Les locaux accessoires, le cube de place, le régime seraient dans des conditions particulièrement confortables, bien que la maison ait un reste du caractère d’assistance publique.

Asiles de convalescents. — Hospices marins, etc. — Ces formes spéciales d’assistance collective rendent d’immenses services. En France, les asiles de Yincennes et du Vésinet et, pour les enfants, Berck-sur-Mer, Forges-les- Bains, Arcachon et Banyuls-sur-Mer, qu’ont fait surgir l’ardeur et l’ingéniosité philanthropique d’Armaingaud ; l’hôpital maritime de Pen-Bron, près du Croisic, de Y Œuvre nationale des hôpitaux maritimes de France (Fallu, Mme Furtado-Heine); en Angleterre, l’hospice maritime pour les scrofuleux, à Margate, les asiles de convalescents de Highgate et de Groydon; en Hollande, l’hospice de Scheveningen ; en Italie, les vingt hospices maritimes de Viareggio, Livourne, Porto-d’Anzio, Venise, Palerme, Ga- Arnould, Hygiène. 2e édit. 84

LES MALADES ET LES MALADIES» [Hygiène

gliari, etc. ; en Allemagne, de nombreux établissements maritimes ou de terre ferme, auprès d’une source thermale ou sur un point agréable et salubre, sous les noms divers de See/tospize, Soolbader, Sanalorien , Reconvalescentenkauser, Feriencolonieen ; aux États-Unis d’Amérique, les hospices maritimes de Cape May (Pennsylvanie), de Beverly Parms (Massachusetts), d’Atlantic City (Phidadelphie), le bain Rockaway (New-York); les hôpitaux Bottants de New-York et do Chicago (sur le lac Michigan). On ne saurait trop louer ces tentatives si rationnelles en vue de relever les jeunes générations, dégradées par l’air des villes et portant la peine de la diminution de vitalité que l’industrie a infligée à leurs ascendants. Le département du Nord a fait étudier, récemment, l’opportunité de la fondation d’une maison maritime d’enfants malades; elle existe même déjà, à l’état naissant, grâce à l'activité d’un homme de conviction, le maire Vancauwenberghe, à Saint-Pol-lès-Dunkerque.

Dispensaires. — Les inconvénients de l’agglomération hospitalière pour les malades, même dans les meilleures conditions, sont énormes quoi qu’on fasse, et quelques hygiénistes n’ont pas craint d’envisager la perspective, si lointaine qu'elle puisse être, de la substitution complète de Y assistance à domicile , au secours hospitalier. En attendant une solution dans ce sens, on peut toujours encourager le développement des institutions qui s’efforcent, non de supprimer l’hôpital, mais d’en réduire la fréquentation et de combiner la permanence plus ou moins complète des malades à leur foyer avec un traitement médical ou chirurgical, régulier néanmoins et suffisant. Les dispensaires sont des tentatives de ce genre.

Nous ne parlons point des locaux privés ou dépendant d’un hôpital, dans lesquels des médecins délivrent, à de certaines heures, des consultations gratuiles et des ordonnances ; où les chirurgiens donnent, à la rigueur, un coup de bistouri pour un abcès ou un furoncle ; ni même de ceux où il est remis gratuitement certains médicaments prescrits aux malades, qui les emportent eL s’en servent plus ou moins intelligemment. Le véritable dispensaire reçoiL des exlernes et des demi-pensionnaires ; on n’y passe pas la nuit et le séjour n’y est pas continu, mais on y trouve les mêmes soins que dans un hôpital bien outillé ; les malades y prennent leurs médicaments sous une surveillance et une direction compétente ; ils y reçoivent des bains, des douches ; sont l’objet de manœuvres chirurgicales ; on leur donne même, au dispensaire, un repas, surtout quand la nature ou simplement l’abondance des aliments doivent constituer la hase d’un traitement rationnel et complet.

Hors de là, les malades ne cessent pas d’appartenir à leur famille, ni celle-ci d’être chargée de ses devoirs envers celui de leurs membres que fa souffrance a atteint. Ainsi est sauvegardée la solidarité entre les membres de chaque famille, en même temps qu’un certain nombre de malades sont efficacement secourus sans courir les gros risques de la vie en commun dans l’atmosphère nosocomiale.

Des dispensaires de ce caractère existent, croyons-nous, à Londres. En Italie et en France, on les a particulièrement appliqués au traitement des maladies de l’enfance, qui, en fait, se présente avec toutes les conditions qui réclament le plus clairement ce genre de secours.

A Turin, ce sont les Écoles de rachitiques, fondées en 1871, sous l’im pulsion et

spéciale.] RÉGIME ALIMENTAIRE DANS LES HOPITAUX. 1331

grâce à la générosité dit comte Riccardi de Nctro ; â Milan, c’est 1 Institut des rachitiques, que nous avons vu fonctionner sous la direction de son créateur, Gaelano I » i n i . Les uns et les autres vivent des ressources fournies par des particuliers riches et charitables et de quelque aide des municipalités.

En France, Gibert (du Havre) a eu l'idée d’étendre à toutes les maladies de l’enfance ce procédé d’assistance. L’institution qu'il a fondée, en 1875, absolument nouvelle et originale (A. Foville), et qui fait le plus grand honneur à sa philanthropie intelligente, suffit au traitement de 1,700 affections médicales ou chirurgicales, chaque année, avec un prix de journée de 22 centimes par tôle et de 5 fr. 51 par enfant soigné. L’établissement a marché jusqu’aujourd’hui parla générosité de quelques clients riches du Dr Gibert; mais il est évident que les municipalités et l’assistance publique ont tout intérêt à s’emparer de l’idée et à monter des créations analogues dans les grandes villes. Le ministre de l’intérieur a envoyé aux préfets une circulaire dans ce sens (31 janvier 1881). Nous pensons que l’on fera bien de ne pas annexer ces dispensaires aux hôpitaux déjà existants, à moins d’un emplacement de ceux-ci particulièrement favorable.

Régime alimentaire dans les iiopitaux. — Les principes sont les mêmes que pour le malade à domicile. Seulement, l’hôpital renfermant des malades à toutes périodes et d’une grande variété d’aptitudes digestives, on doit pouvoir y disposer simultanément de toute la gradation des régimes alimentaires qui, chez un malade isolé, ne viendraient que l’un après l’autre. Le régime est, aujourd’hui, l’un des grands moyens de la thérapeutique. 11 est donc rationnel que les ressources de cette nature soient aussi nombreuses et choisies que celle de la pharmacie.

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3° Les malades vis-à-vis des individus sains.

Protection «les personnes contre les contages. — Tout en prodiguant aux malades tous les soins que l’humanité prescrit, il faut empêcher qu’ils deviennent la source de désastres pour leur famille, pour la population environnante et même, dans la limite du possible, pour le personnel d’infirmiers ou de médecins, qui leur porte assistance. Or, il est un certain nombre de maladies transmissibles ; soit directement, par contact de l’individu sain avec le malade ou avec quelque objet imprégné des produits pathologiques ; soit indirectement, par le transport des agents pathogènes aux économies saines au moyen de l’air dans lequel a vécu le malade ; soit suivant les deux modes à la fois. 11 y a quelques moyens de barrer le chemin à celte transmission, de lui fermer quelques portes, sinon toutes.

D’autre part, les procédés de prophylaxie, sous ce rapport, diffèrent naturellement selon que les maladies sont chez nous, indigènes ou indigénisées, ou bien qu’elles sont exotiques et ne nous atteignent qu’en franchissant de grands espaces, par des routes connues, qui ne sont autres que celles mêmes du transit humain (caravanes, navires, voies de fer).

Dans l’un ou l’autre cas, il s’agit d’affections appartenant à la classe des spécifiques ou zymotiques, lesquelles ont aussi le pouvoir et l’habitude de revêtir particulièrement la forme d’épidémies.

La base des mesures à prendre vis-à-vis des individus en puissance de quelqu’une de ces maladies, en vue de faire obstacle à leur extension aux groupes restés sains, est la connaissance des allures spéciales à chacune d’elles. Nous ferons un résumé de ces allures.

spéciale.] PROPHYLAXIE. 1333

Infectieuse» indigène». — A. Les varioleux. — La variole parait avoir été observée pour la première fois en France au sixième siècle (Marius, évêque d’Avenches, en 370; Grégoire de Tours, 381 et 582). Depuis lors, elle a donné lieu, sur notre territoire, à des épidémies particulièrement meurtrières chez lesjeunes sujets, -en suivant une sériation épidémique d’années, d’ailleurs peu rigoureuse, qui a toutefois porté quelques auteurs à lui assigner le cycle de sept ans. Ce qui est vrai, c’est que l’on voit les épidémies de variole se préparer pendant deux ou trois ans, le nombre des cas augmentant chaque année jusqu’à celle d’acmé épidémique, après laquelle il y a une phase de repos presque absolu pendant quelques autres années. Celte observation exacte d'Ernest Besnier ne doit s’entendre que de la variole par rapport à une localité et non sur toute l’étendue du territoire.

La variole est l'affection la plus ubiquitaire de celles qui ravagent notre espèce; •elle ne fait acception ni de sol, ni de climat, ni de saisons, ni de races d’hommes. Si les épidémies sont plutôt d’hiver et de printemps que d’été, c’est parce que la condensation des groupes favorise son extension pendant les saisons froides.

La mortalité par variole était épouvantable avant Jenner; en outre, le nombre des défigurés et particulièrement des borgnes ou des aveugles était considérable. L’épidémie de 1863-1871, qui rappela celles d’avant la vaccine et coûta 90,000 existences (Chauffard et Vernois) à notre pays, peut encore donner une idée de la puissance redoutable du fléau. Vacher relève pour 1871 :

Naissances. Variole. Décès varioliques. Défigurés.

La léthal ité est représentée par 1 décès sur 5 à 7 malades. Dans l’armée, la mortalité variolique, de 1866 à 1869, a été de 2 à 2,5 p. 100 décès généraux, un peu moindre, de 1872 à 1875.

Tous les modes de transmission appartiennent à la variole; il paraît certain, toutefois, que l’agent le plus ordinaire, le véhicule le plus constant du virus, c’est la poussière émanée du corps des varioleux à la période de dessiccation et de desquamation. Le mal est donc contagieux à distance, mais non à toute distance ; on estime que l’atmosphère des varioleux cesse d’être dangereuse au delà de 30 mètres; cependant les observations de Bertillon, relatives à la diffusion de la variole dans le quartier de la Sorbonne, au moment où Y Hôtel-Dieu annexe contenait 1-40 varioleux, tendent à démontrer que la diffusion atmosphérique du virus par les squames peut avoir une portée assez grande. On se plaint fort, à Londres, du voisinage des Small-pox hospitals, comme nous allons voir.

D’ailleurs, la contagion peut être immédiate, c’esL-à-dire provenir directement du malade, ou médiale, par l’intermédiaire d’effets qui lui ont servi, d’une voiture qui l’a transporté, d’une chaise sur laquelle il s’est assis. C’est pour cela qu’en temps d’épidémie, dans les deux tiers des cas (E. Besnier), on ne retrouve pas la filiation contagieuse.

Prophylaxie. — 1° Isolement des varioleux. — Étant avéré le danger de propagation dont le malade constitue une menace constante, l 'isolement des varioleux est la mesure de protection qui s’impose tout d’abord. On doit à Em. Vidal, en b rance, d’avoir fait, à la Société médicale des hôpitaux (18G4), la proposition de systématiser ce moyen de prophylaxie. Depuis

LES MALADES ET LES MALADIES

[Hygiène

lors, le principe a rallié tous les suffrages, sauf des nuances par rapport à l'application.

L’isolement du malade à domicile peut se faire de deux manières, sans compter la vaccination de toute la famille et des domestiques, qu’il faut pratiquer d’abord. Ou bien en le dirigeant sur un hôpital spécial, ou bien en faisant le vide autour de lui par l’éloignement du plus grand nombre possible des personnes de la famille et surtout de celles qui, comme les enfants, paraissent jouir de la plus grande réceptivité. Le premier mode est à peu près obligatoire dans beaucoup de villes d’Angleterre, des États-Unis, de Prusse et môme d’ailleurs, en ce sens que les logeurs, les médecins, sont tenus de faire la déclaration des maladies contagieuses qu’ils abritent ou qu’ils traitent, et que les particuliers sont rendus responsables des accidents de contagion survenus par le fait de leur non-isolement et peuvent être poursuivis en dommages-intérêts (A. Smith de Londres). Rien de pareil n’existe en France, et il est difficile de prévoir qu’une loi puisse jamais nous obliger à nous séparer des nôtres, atteints de variole ou d'une autre affection contagieuse. Mais l’on peut au moins recommander l’éloignement, du domicile du malade, de toutes les personnes inutiles à son traitement et néanmoins exposées à la contagion. Les administrations d’assistance devraient, selon de Ranse, « créer des asiles où seraient recueillies, durant le temps nécessaire, les personnes de la classe pauvre obligées d’émigrer de leur propre foyer pour se soustraire à la transmission de la maladie dont un des leurs sera atteint ». Si la déclaration obligatoire. des cas de maladies contagieuses et la recherche exacte des causes de décès passaient en loi, comme le fait pressentir le rapport de Brouardel au Comité consultatif d’hygiène publique (1888), il deviendrait possible d’organiser au moins la défense en connaissance de cause.

L’isolement des malades aux hôpitaux est plus facile. Il va sans dire que les varioleux placés en salles communes sont séparés de la population extérieure, mais ne sont pas isolés pour cela, puisqu’ils peuvent transmettre la maladie à des individus présents à l’hôpital pour toute autre affection que la variole, et être encore la cause de la perpétuation et de l’extension de l’épidémie. Dans de pareilles conditions, les cas intérieurs éclatent et se multiplient. Leudet, à Rouen, en observe 132 de tels sur 621 cas de variole; Hérard (1873), 13 sur 21 ; pendant les cinq premiers mois de 1870, il y eut 411 cas intérieurs de variole dans les hôpitaux de Paris.

L’isolement en salles spéciales dans l'hôpital commun vaut mieux que rien. Yallin notait (1878) 70 cas intérieurs sur 170 varioleux dans l’hôpital du Yal-de-Grâce qui, comme à peu près tous les hôpitaux militaires, pratiquait ce mode, sans lui donner les adjuvants indispensables. Nous prescrivons, depuis plusieurs années, dans les hôpitaux militaires de la première région, l 'isolement dans l' hôpital , le seul que la construction de nos vieux immeubles permette. Mais il est, en outre, ordonné au médecin traitant de terminer sa visite par les contagieux et de ne pas rentrer après dans la salle commune ; d’avoir, dans le local d’isolement, un sarreau

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