PROPHYLAXIE
spéciale.]
spécial, qui n’en sort pas, et de se laver les mains et la face au savon et à la solution phéniquée ou bichlorurée, en quittant ce local. Les infirmiers affectés à ce service lui restent exclusivement; on les cherche parmi ceux qui ont déjà subi une atteinte de la maladie spécifique traitée. Les linges, les vêlements, la literie, les excrétions du malade, sont l'objet d’une surveillance minutieuse et d’une désinfection exacte. Avec ces précautions, appliquées à toutes les maladies contagieuses aussi bien qu’à la variole, presque inconnue aujourd’hui dans nos salles militaires, nous arrivons à n’avoir plus de cas intérieurs, sauf malheureusement chez les infirmiers (ce qui arriverait dans tout autre système), et nous nous passons assez bien de pavillons spéciaux.
Des pavillons spéciaux dans l’hôpital général, mais parfaitement séparés des autres et à une bonne distance (60 à 70 m. ne sont pas de trop), sont cependant autrement louables et efficaces, à la condition d’avoir un personnel médical et des infirmiers absolument distinct-;, sans communication avec le personnel ni les malades des salles communes. Plusieurs hôpitaux de Paris, Venise, Prague, Gœtlingen, Hambourg, la Charité de Berlin, pratiquent cette méthode; le nouvel hôpital Saint-Éloi, de Montpellier, l’a adoptée. L'hôpital Trousseau (Paris) aura quatre pavillons spéciaux et un de douteux. C’est une ressource qu’il faut toujours avoir, dans les grandes villes, pour les cas urgents et pour toutes les contagieuses, y compris le choléra (L. Colin), indépendamment du procédé suivant.
Le véritable isolement se fait dans des Hôpitaux spéciaux , soit que l’on réunisse dans le môme hôpital, sous pavillons distincts, plusieurs formes de maladies contagieuses (variole et rougeole; variole, rougeole et scarlatine, etc.), soit que l’établissement soit exclusivement réservé aux varioleux. Le premier mode existe à Birmingham, Glasgow, Dublin, Manchester, Copenhague, à l’hôpital Moabit de Berlin; le second est celui des Smallpox-hospitals , dont on voit cinq à Londres, un à New-York, à Vienne (hôpital Margarethen), à Glasgow, à Naples. Pendant la guerre de 1870-71, les varioleux de Paris furent réunis à l’hospice de Bicêtre ; les médecins des hôpitaux ont proposé l’utilisation, dans le même but, des postes-casernes, disséminés le long du rempart. En 1875, sur les instances de H. Gintrac, les varioleux de Bordeaux furent concentrés dans l’hôpital Pélegrin, que l’on alfecta à leur usage exclusif; cette mesure, avec quelques autres, coupa court à l’épidémie.
Le Conseil municipal de Paris, à la date du 17 juin 1887, sur le rapport de Chautemps, a décidé la création, en dehors des fortifications, de deux hôpitaux d’isolement pour la variole et deux pour la rougeole et la dipththérie. En conséquence, un « Hôpital temporaire des varioleux » fonctionne à Auberviiliers. 11 possède l’étuve à désinfection à vapeur, Geneste-IIerscher et applique la désinfection des locaux au sublimé (voy. p. 495).
L’objection capitale contre les hôpitaux de varioleux n’est plus l’hypothèse de 1 ' hypervariolisation des patients, mise à néant par Léon Colin, E. Widal, Isambert, Brouardel; mais la crainte d’en faire un foyer qui
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répande la variole aux alentours. Le fait est que la variole se multiplie dans les quartiers qui possèdent un tel hôpital. Il s’agit moins d’un transport des germes par l’air à de grandes distances que de relations directes et malavisées des habitants avec l’établissement et son personnel. Mais les voisins réclament; les juges Anglais ont condamné les Small-pox hospitals de Hampstead et de Fulham, et les hôpitaux spéciaux de Londres, par arrêté de justice, ne doivent plus recevoir qu’un nombre restreint de varioleux. C’est, du reste, ce qui a amené le fonctionnement des navires hôpitaux établis à Long Reach, sur la Tamise, dont nous avons parlé.
Nous ne savons ce qu’il adviendra de l’hôpital spécial d’Aubervilliers, qui a déjà causé des protestations. Mais nous croyons qu’il est prudent de garder une bonne distance entre l’hôpital de varioleux et les habitations (au moins 30 mètres), de surveiller les visites des parents, les relations du personnel servant, d’user largement de la désinfection des effets de ce personnel et de ceux des malades, des lotions antiseptiques des personnes et des choses. D’ailleurs, les clients ne sortiront que guéris depuis un temps notable et plusieurs fois baignés. C’est le cas d’avoir, comme à Londres, une maison de convalescence et d’observation.
11 importe d’organiser le transport des contagieux urbains à l’hôpital spécial dans des conditions satisfaisantes de rapidité et de sécurité pour eux et pour les autres personnes.
Le personnel de secours n’est lui-même pas plus compromis par l’agglomération des varioleux qu’il ne le serait en soignant des varioleux disséminés. Il l’est même moins, en ce sens que cette concentration permet plus aisément de n’admettre à l’établissement que des infirmiers ou médecins rendus réfractaires par une variole antérieure ou par une revaccination réussie.
La règle générale est, d’ailleurs, de choisir pour infirmiers des hôpitaux d’isolement les individus qui, d’une façon ou d’une autre, ont perdu la réceptivité pour la maladie spéciale à laquelle ils vont avoir affaire : des variolés pour les hôpitaux de varioleux, des adultes pour la rougeole et la diphthérie, des hommes murs pour la fièvre typhoïde, etc.
2° Vaccination et revaccination. — Au-dessus de toutes ces mesures, il y a le moyen de supprimer la variole elle-même. Ce moyen existe en puissance; c’est l’inoculation à l’homme, dès le début de la vie et renouvelée autant de fois qu’il est nécessaire, d’un virus analogue à celui de la variole de l’homme, emprunté à la vache (cow-pox), mais dérivant peutêtre déjà du cheval ( horse-pox ), et cultivé par une série non indéfinie d’inoculations sur l’espèce humaine ( vaccin jennérien ), ou sur l’espèce bovine (vaccin animal ). En d’autres termes, c’est la pratique des vaccinations et revaccinations.
Ce n’est pas ici le lieu de refaire l’histoire de la vaccine, d’étudier scientifiquement l’essence du vaccin, de décrire les procédés d’inoculation, de conservation, etc. Encore moins de démontrer l’efficacité de la vaccine ou de la défendre contre les imputations fantastiques dont elle a été l’objet de la part de quelques esprits, amoureux de l’hypothèse et
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du paradoxe. Si nous parlions des accidents, d’ailleurs incontestables, de syphilis vaccinale , ce serait pour dire qu’ils peuvent être évités, même en pratiquant le vaccin jennérien; dans tous les cas, ils ne sont qu une tache minuscule dans le tableau des bienfaits de la vaccine, ne justifiant en aucune façon le tort que l’on a failli faire, en leur nom, à la découverte de l’immortel philanthrope de Berkeley. Lotz estime à 750 infections sur plus de 100 millions de vaccinations faites en Europe depuis Jenner les cas de syphilis vaccinale connus. Mettons 1,000 pour tenir compte des cas non relevés, ce serait 1 syphilis sur 100,000 vaccinations. Cory, en Angleterre, a montré qu’il n’est pas si facile d’inoculer en même temps la vaccine et la syphilis. Après tout, nous avons la vaccine animale.
Depuis le commencement du siècle, les médecins recommandent la vaccine, la pratiquent et la propagent. Les gouvernements en ont fait une branche de l’administration et ont consacré des sommes importantes à l’extension de ce bienfait à tous les administrés, particulièrement aux groupes ignorants et pauvres, toujours les plus nombreux.
Mais on n’a pas tardé à s’apercevoir qu'il fallait, vis-à-vis des destinataires de la vaccine, un peu plus que des largesses et même que la persuasion. On a dû rendre la vaccine obligatoire. La patrie de Jenner ne •s'y est pourtant décidée qu’en 1867, par le Vaccination Act, complété en 1871 ; l’Allemagne ne date sa loi de vaccination obligatoire ( Reichsirnpf gesetz) que du 1er avril 1875. La France n’en est qu’à la période de projets •et de discussions parlementaires ou académiques. La Suisse a retiré, •en 1883, l’obligation qu’elle avait.
L’Académie de médecine est en majorité favorable à l’obligation; le Congrès de Turin (1880) l’a demandée à la presque unanimité de ses membres'. Il serait étonnant que ce vœu du bon sens ne trouvât pas des contradicteurs même parmi les médecins; on a parlé de liberté individuelle, comme si la liberté de ceux qui ne veulent pas de la variole n’était pas aussi respectable que la liberté de ceux qui ne veulent pas de la vaccine ;... on a dit, en revanche, que la loi serait illusoire, parce que la sanction proposée est insignifiante, et que de bonnes dispositions administratives, avec les dépenses nécessaires, remplaceraient avantageusement la loi. Or, il est peu probable, si faible que soit l’amende, qu’on se fasse moins vacciner après la loi qu’avant, et, pour ce qui est des mesures administratives et des dépenses, la loi sera précisément la base sur laquelle on s’appuiera pour les demander. Elle sera un bienfait pour tous et n’obligera que l’État et les administrations. Sans le concours de celles-ci, la loi serait lettre morte, comme elle l’est en Russie et même sur quelques points de l’Allemagne et de l’Angleterre.
Après tout, la vaccination et même la revaccinalion obligatoires existent déjà, en France, pour une vaste catégorie d’individus, pour l’armée spécialement, où il arrive encore 6 à 7 p. 100 des recrues, qui n’ont jamais été vaccinées. La note ministérielle qui prescrit les vaccinations militaires date du 31 octobre 1857. De même, on ne conserve dans les lycées et les écoles les enfants qu’autant qu’ils se soumettent à la vaccination et à la revaccinalion. Or, l’instruction est obligatoire.
La vaccination obligatoire se justifie par le succès. Que l’on se reporte à la statistique variolique de l’armée (p. 1297). L’Allemagne a pu « rayer la variole des •causes de décès », dit-on. C’est vrai pour l’armée de ce pays. Dans la population
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civile, la Bavière a encore 30 décès varioliques par an, à cause du voisinage de l’Autriche, qui n’a pas la vaccine obligatoire. Mais Berlin, Hambourg, Breslau, Dresde, Munich, n'ont pas 2 décès varioliques annuels par 100,000 habitants. Il n’en est pas de même, à Londres, qui est soumise à la vaccination obligatoire, mais où cette loi salutaire a pour contrepoids la Ligue antivaccinale, produit Anglais et malencontreux.
Décès varioliques p. 100,000 hab.
Berlin 0,75 0,81 4,74 0,43 0,33
Londres 12,13 12,50 01,91 11,07 3,4
Paris et Saint-Pélersbourg ont encore 100 à 136 décès de la même cause pour 100,000 habitants.
Vaccination animale. — Le vaccin d'enfant, — en le choisissant, — est resté bon ; il ne faut pas le laisser perdre. Mais quand on est pressé et que l’on a affaire à des groupes nombreux; quand on veut vacciner et revacciner largement et en tout temps, envoyer à distance et partout du vaccin, le virus aussi rare que précieux, recueilli sur l’enfant, n’est plus pratique. C’est pourquoi l’on recourt au vaccin de génisse, à la vaccination animale, qu’ont instituée Negri, Bousquet, Reiter, Palaseiano, Lanoix. On dispose, quand on veut, de flots de vaccin, sans soupçon de syphilis, pris sur un animal dont on peut dédaigner les cris et dont la mère ne fait pas d’observation. Pour être absolument sûr de sa parfaite santé, on le lue après avoir recueilli son vaccin et l’on n’emploie celui-ci que si l’autopsie a démontré l’absence de toute lésion organique, spécialement de tuberculose, le seul virus étranger que l’on ait quelque raison de redouter (et encore). Les formes sous lesquelles s’emploie le vaccin animal sont celles de lymphe, obtenue de la rosée qui sourd après l’ouverture des pustules, ou de pulpe résultant du raclage de ces pustules. Celle-ci est bien plus active que celle-là; il faut l'introduire par scarification. Mêlée de glycérine étendue, la pulpe se conserve plusieurs semaines et peut être expédiée en tubes fermés. Le point capital est d’observer Y antisepsie dans toutes les opérations, vis-à-vis de la génisse, des individus à vacciner, des instruments, du vaccin lui-même. Desséchée rapidement, la pulpe fournit un vaccin en poudre qui se conserve six mois et plus.
Il existe aujourd’hui des Offices ou Instituts vaccinogènes, c’est-à-dire produisant du vaccin animal, dans tous les pays. Quelques-uns sont presque célèbres (Bruxelles, Berlin, Hambourg, Naples, Rome, New York). En France, Lanoix et Chambon en ont créé de particuliers à Paris ; Bordeaux (Layet), Lyon (Boyer), Montpellier (Pourquier), Nancy, etc., en ont fait des institutions municipales, et ce n’est pas notre faute si Lille n’a pas le sien. Nous nous sommes dédommagé en créant trois offices vaccinogènes militaires, temporaires d’ailleurs, dans la région du lor Corps d’armée, par application de la décision ministérielle du 29 novembre 1880, qui rend la vaccination animale régulière dans l’armée. On doit, du reste, une bonne part de la faveur légitime dont jouit cette méthode à la persévérance de nos camarades, Antony, Longet, Vaillard, Vallin , Chatain, etc. Le maniement
spéciale.] LES RUBÉOLEUX ET LES SCARLATINEUX. 1339
du vaccin animal est devenu facile et sûr et les administrations publiques (Conseil municipal de Paris, ministère de l’Intérieur, etc.), n’hésitent plus l’encourager moralement et matériellement.
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B. Les rubéoleux et les scarlatineux. — La rougeole se distingue, comme la variole, par une ubiquité assez complète et une extrême puissance de diffusion. Bien que l’on n’en connaisse pas l’agent infectieux, il est probable qu’il est porté à distance par les farines épidermiques, détachées de la peau des convalescents et, sans doute, par les sécrétions oculaire, nasale, bronchique, dont les linges, les ustensiles, la personne, peuvent être le véhicule (ce qui fait que la rougeole est contagieuse dès le début). Elle inspire moins de terreur que la variole et, dans tous les cas, ne défigure pas comme elle; pourtant, elle ne laisse pas que d’être très meurtrière. Elle l’est plus que la variole, dans l’armée. Sa gravité dépend surtout du terrain, et elle fait d’effroyables ravages sur les enfants pauvres, en état de vitalité médiocre. Il y a donc des mesures d’isolement à prendre pour préserver ces groupes, la rougeole n’ayant pas son vaccin. On s’en préoccupe moins que de toute autre affection contagieuse; elle est, d’ail-
I'l*0 LES MALADES ET LES MALADIES, [Hygiène
leurs, peu commune et peu grave chez la plupart des adultes. Néanmoins, il est évident qu il laut, dans les hôpitaux, ne pas mêler les rubéoleux aux autres malades et leur appliquer les mesures d’isolement dont on dispose. 11 n’est pas rationnel de les mélanger aux varioleux ou aux scarlatineux : les fièvres éruptives ne s’excluent pas chez le même individu : à Londres, les rougeoles ne sont pas reçues dans les Small-pox-hospitals ni dans les Fever-hospilals. A Saint-Pétersbourg, le Nouvel- Hôpital des enfants « possède dans ses dépendances un bâtiment d’isolement divisé en quatre sections, chacune ayant son escalier, son entrée, son jardin, son personnel, sa literie, sa lingerie, etc. Ces sections sont destinées, l’une à la diphthérie,1 la deuxieme à la variole, la troisième à la scarlatine, la quatrième à la rougeole. L’hôpital contient en outre des salles isolées pour les syphilitiques, pour les ophthalmies purulentes, pour les teignes, pour les opérés du croup, pour la coqueluche et pour le typhus » (Em. Yidal, cité par Vallin).
La nécessité d’épargner aux « opérés du croup » la promiscuité avec les autres enfants atteints de fièvres éruptives ressort des faits navrants signalés parLaborde: Air 22 enfants ayant subi Ja trachéotomie à l’Hôpital des enfants, 14 sont morts, savoir : 4 de scarlatine, 5 de rougeole, o de variole. Sur 9 opérés de Bricheleau (18o9), 8 sont morts de fièvre éruptive intercurrente, dont 4 de rougeole et 4 de variole. L’un d’eux avait même eu successivement la scarlatine, puis la rougeole.
Le sectionnement indiqué est donc ce qu’il y a de mieux à faire, à moins que l’on ne sépare davantage encore le bâtiment d’isolement et que l'on n’en fasse un hôpital spécial, baraqué, muni d’appareils à désinfection. — D’ailleurs, il est bon de noter que, quand on dispose de quatre sections d’isolement, on peut en réalité suffire à plus de quatre maladies ; parce qu’il arrive que, pendant des mois, il n’y a pas de rougeole, ou pas de scarlatine, ou pas de variole, eL que l’on peut mettre des typhiques ou d’autres dans l’un des compartiments vides.
La scarlatine, comme la rougeole, intéresse beaucoup plus les jeunes sujets que les adultes; c’est donc surtout vis-à-vis des hôpitaux d’enfants qu’il faut se préoccuper de l’isolement. On sait que la scarlatine est presque une maladie anglaise ; les hôpitaux de Paris n’en ont reçu que 335 cas en cinq ans; dans la seule année 1873, les hôpitaux métropolitains de Londres en reçurent 1,191 cas. Peut-être serait-elle plus grave chez nous. Mais la scarlatine présente toujours le singulier caractère que lui avait reconnu Sydenham de varier énormément de gravité d’une période à l’autre et d’intensité de transmission. A Londres, les Fever-hospitals ont habituellement un pavillon pour le typhus, un pour la fièvre typhoïde, un pour la scarlatine et un dernier pour les autres maladies infectieuses, sauf la rougeole. A Paris, on se borne à lui consacrer,, dans les bâtiments communs, une salle un peu reculée. Vallin conseille de lui réserver « dans un des hôpitaux d’enfants, un pavillon séparé, sans communication avec les autres parties de l’hôpital; le personnel affecté au service coucherait dans le pavillon, mais pourrait n’être pas astreint à une réclusion aussi sévère que dans les services de varioleux. » Il faut recommander aux parents qui visitent leurs malades de ne pas amener d’enfants avec eux. Enfin, le miasme scarlatineux jouissant d’une ténacité particulière vis-à-vis des ob-
spéciale.] LES TYPHIQUES ET LES TYPHOÏSANTS. 1341'
jets à l’usage ou au voisinage des malades, il importe d’insister sur la désinfection de ces objets.
G. Les diputhéritiques. — Malgré les discussions de mots qui ont obscurci la question de nosologie, la diphthérie est une maladie générale, infectieuse, probablement transmissible par l’intermédiaire du milieu atmosphérique et certainement par le contact direct, quoique les essais d’inoculation de Peter n’aient pas réussi. On voit très bien les foyers s’étendre de proche en proche sur une région, et Bertillon a pu mettre en rapport la grande mortalité diphlhéritique du quartier des Quinze-Vingts avec le voisinage de l’hôpital Sainte-Eugénie, comme il avait fait de l’Hôtel-Dieu annexe et de la variole du quartier de la Sorbonne. Mais ici, bien plus encore que pour la variole, la diphthérie, dont les produits sont humides, a pu être propagée par les contacts directs ou indirects, les visiteurs, les infirmiers, etc.
Familière aux groupes vivant dans les conditions de misère et de malpropreté qui favorisent déjà l’expansion de la lièvre typhoïde, prospérant mieux par le froid humide, en hiver et au printemps, que dans d’autres circonstances, la diphthérie est encore plutôL une maladie de l’enfance que de l’âge adulte, bien qu’elle n’épargne pas celui-ci. D’après la statistique de Lombard (de Genève), elle causerait, en France, les 20 millièmes de tous les décès. Elle est très grave, dans les hôpitaux; à Paris, sa léthalité est aux environs de 70 p. 100; en 1877, sur 934 cas, il y a eu 636 morts. Quant à la propagation, on a formulé cette loi que, sur 100 cas, 13 à 20’ ont été contractés dans les salles par contagion.
En raison, sinon de la subtilité de son miasme, au moins de la gravité de ses coups, la diphthérie est justiciable des mesures d’isolement dont il a été question à propos des éruptives. Ici, encore, l’isolement est plus particulièrement applicable aux hôpitaux d’enfants ; il est pratiqué en Danemark, en Russie, en Suède et Norvvège; à Paris, on a élevé un pavillon de diphthéritiques au milieu des jardins de l’hôpital Sainte-Eugénie. Nous avons vu plus haut que l’on va faire mieux encore (p. 1335).
D. Les typhiques et les typhoÏsants. — Ces malades paraissent moins dangereux par eux-mêmes que par les foyers qui se sont prêtés à la repullulalion du poison spécifique. Isolés du sol et de l’atmosphère infectés, ils n’ont presque plus de pouvoir de dissémination morbide, à moins d’être transportés dans un autre milieu tout à fait apte à devenir luimême foyer de typhus ou de dothiénentérie. Ce pouvoir est encore plus faible chez les typhoÏsants que chez les typhiques; alors que l’on a vu de ces derniers (retour de Crimée : Marseille, Avignon, Val-de-Grâce) créer encoie, loin du foyei oiiginel, des foyers secondaires de moins en moins \i\aces, il est si lare que les typhoÏsants aient manifesté une sérieuse puissance de transmission personnelle que, dans les hôpitaux civils ou militaiies de Fiance, d Allemagne et jusqu à un certain point d’Angleterre, on les tiaite au milieu des maladies banales, tout en ne niant pus la cou-
LES MALADES ET LES MALADIES
[Hygiène
tagiosité. Cependant, les cas intérieurs observés par nous et, depuis, par Quinquaud, A. Laveran, Ollivier, etc., nous ont décidé à prescrire, dans les hôpitaux militaires, l’isolement des lyphoïsanls.
On ne doit pas moins désinfecter les selles des malades avec la solution phéniquée à 5 p. 100, éviter d’agiter leurs draps quand on les change, pour ne pas répandre les poussières fécales, désinfecter à l’étuve les effets, linges, literie, traiter le local par la pulvérisation de sublimé.
Étant connue cette subordination de la fièvre typhoïde à son foyer, il y a là une indication formelle pour les cas où il s’agit de couper court à une épidémie locale. Si la garnison d’une caserne est en proie à la dothiénenlerie, on n’a qu’à quitter cette caserne et à mettre en route la troupe pour une autre direction; que l’on fasse camper ou que l’on cantonne cetLe troupe, l'épidémie cesse généralement. Il se passe même ce fait curieux, que les soldats ne transmettent pas la maladie à la population des villages qu’ils traverversent. Toutefois, il est évident que le campement présente à cet égard plus de sécurité que le cantonnement.
Le typhus exanthématique étant aussi commun en Angleterre et en Irlande qu’il est rare en France, et l’enquête de Murchison (1860) ayant prouvé que le maintien d’un seul typhique dans une salle était suffisant pour propager la maladie dans le reste de l’hôpital, on ne peut qu’applaudir à l’existence des deux Fever-Hospitals de Londres et de ceux de Manchester, Glasgow, Dublin. Ces hôpitaux, à vrai dire, reçoivent aussi, en pavillons distincts, d’auLres maladies infectieuses, en particulier la scarlatine el la fièvre typhoïde. On a soin d’en prendre le personnel parmi des gens qui ont eu déjà le typhus et d’appliquer les meilleurs procédés de désinfection. L’on n’a pas remarqué que la concentration des typhiques augmentât le Ivphisme.
E. Les femmes en couciie et la scepticémie puerpérale. — (Voy. Maternités , p. 1326).
F. Les scepticémiques chirurgicaux. — La contagiosité des accidents septicémiques est active et rapide, soit que l’air suffise à transporterie poison des plaies, soit que les chirurgiens et leurs aides s’en chargent sans le savoir. Cette contagiosité ne s’exerce que sur d’autres blessés, ayant une lésion tégumentaire, mais les conséquences en sont si ordinairement fai aies, que l’isolement complet des blessés septicémiques est une nécessité impérieuse. Seulement, l’observation constante des ambulances de guerre a démontré que la réunion de plusieurs scepticémiques dans le môme local n’est plus indifférente : la concentration des malades accroît la gravité de la maladie. « L’isolement collectif, dit Yallin, ne suffit plus, il serait presque certainement nuisible ; ce qu’il faut, c’est l’isolement individuel, prophylactique autant que curatif, s’il est combiné avec la dissémination; et celle-ci joue peut-être le rôle le plus important. » Les moyens antiseptiques modernes rendent la situation moins fréquente et la simplifient.
G. Les phthisiques et les dysentériques. — En Italie, les phthisiques sont traités connue contagieux, en salles spéciales. Il n'est pas impossible que cette pratique s’étende quelque jour.
Le Congrès de la tuberculose (1888) a accentué cette tendance. Il a même
spéciale.] LES SYPHILITIQUES.
paru incliner vers les hôpitaux spéciaux, comme il en existe, d ailleurs, à Londres {City rond , lirompton , Mount Vernon, lie de Wight, etc.). On peut y arriver en adoucissant les formes de cette quarantaine et en montrant aux phthisiques la curabilité de leur affection, qui sera un lait de plus en plus certain désormais. D’ailleurs, en famille et il l'hôpital, il faut détruire la virulence des crachats (V. p. 492).
A Copenhague, l’hôpital des varioleux comporte trois divisions : les varioleux, les typhiques et les dysentériques. Cette dernière paraîtra superflue à la plupart des médecins français.
Finalement, « la liste des maladies qu’il faut isoler doit être plutôt restreinte qu’étendue outre mesure». (Vallin, Dubrisay et Napias.)
H. Les svpuiliïiqües. — A l’hôpital, on sépare , plutôt qu’on n'isole, les syphilitiques; mesure de convenance, d’ordre et de propreté intérieure, non de protection) vis-à-vis des autres malades. Le virus syphilitique est fixe; ce n'est pas à l’hôpital, d’ordinaire, que l’on contracte la vérole. 11 est néanmoins ^indispensable que les linges des vénériens ne servent qu’à eux et que les chirurgiens se refusent l’emploi, chez d’autres personnes, des instruments dont ils ont fait usage sur des syphilitiques.
La prophylaxie de la syphilis et la quarantaine des vénériens est ailleurs qu’aux hôpitaux, quoiqu’on fasse bien de les leur ouvrir, à l’encontre de ce qui se passait au temps de ce bon roi Louis XII, où on les expulsait de Paris, permettant du reste « qu'ils aillenl où bon leur semblera », disséminer le plus possible le mal dont ils étaient porteurs.
On sait que la syphilis peut se transmettre dans les relations les plus ordinaires (verres, cuillers d’usage commun, pipes empruntées), dans certains actes industriels (syphilis des souffleurs de verre), par les accoucheurs et les sages-femmes, par les chirurgiens, par la vaccine, par les nourrices et les nourrissons. Mais la source habituelle, ce sont les rapports sexuels, dans quelqu’une de ces conditions variées et multiples, qui se résument d’un mot : la prostitution.
La prostitution est publique, clandestine ou cachée. La police sanitaire n’a entièrement prise que sur la première, dont les clientes sont d’aulant moins nombreuses que celles des autres formes sont plus libres et plus recherchées. En Angleterre, en Allemagne et même en Italie, on s'efforce de réduire la prostitution publique et de se rapprocher de la liberté de la prostitution, au nom de la liberté individuelle. En France et en Belgique, ou a cherché, plus autrefois qu’aujourd’hui (les défenseurs de la prostitution libre en sont cause), à réglementer la prostitution, c'est-à-dire à protéger la prostitution publique au détriment des deux autres et à faire tomber même dans la première les femmes qui exercent la prostitution clandestine. Ce procédé est dangereux et a prêté à des abus ; ce qui motive les protestations aies adversaires de la réglementation.
Cependant, il esL certain que la prostitution libre (ou clandestine) est dangereuse, plus dangereuse que l'autre, sans parler de son exhibition cynique surles trottoirs et fiar.s les cafés, estaminets ou brasseries. L. Le Fort (1869) relevait, à Paris, 1,701 cas de maladies vénériennes provenant de la prostitution clandestine contre 780 dus aux maisons publiques. E. Mathieu a remarqué qu’il y a 8!i syphilitiques p. 1000 chez les gardes de Paris, les Sapeurs-pompiers, les gendarmes, qui ont des maîtresses, ■alors que 1 on n en compte que 7 p. 1000 chez les hommes de l'infanterie, qui n’ont
[Hygiène-
LES MALADES ET LES MALADIES
pas Ig moyen de s adresser à d autres qu aux filles de maisons ou aux coureuses' de bas étage. En Angleterre, avant les Contagious diseuses Acts (1864-1869), il y avait dans les slations navales 1 80 soldats ou matelots p. 1000, atteints de maladies syphilitiques ou vénériennes. Le chiffre tomba à 54 p. 1000, après l’introduction de la visite obligatoire des prostituées. Depuis 1883, la Ligue de la prostitution libre ayant fait abroger les Contagious diseuses Aels, la proportion des vénériens est remontée a 134 p. 1000. En Prusse, où la prostitution, à demi libre, est surveillée dans l’armée, on a 25 vénériens p. 1000, contre 130 dans le temps de la liberté (1845-1851). C’est la même chose à Bruxelles, où les revendications de la Ligue ont fait fléchir l’application fort sage du règlement de 1877.
Il y a évidemment, une organisation de prophylaxie à constituer.
Nous reproduisons celle que l’Académie de médecine a entrevue (1888), comme conclusion du rapport très savant et très moderne de A. Fournier, dans les vœux suivants, destinés à être soumis au ministre.
1. L’Académie appelle l’attention de l’autorité sur les développements qu’a pris la provocation sur la voie publique, et en réclame une répression énergique.
2. Elle estime qu’il y a nécessité manifeste d'assimiler à cette provocation de la rue, divers modes non moins dangereux qu’a revêtus, surtout de nos jours, la provocation publique, à savoir : celle des boutiques ; — celle des brasseries dites « à femmes » : — et, plus particulièrement encore, celle des débits de vins.
3. Elle signale à l’autorité d’une façon non moins spéciale la provocation qui rayonne autour des lycées, des collèges, et qui a pour résultat l'excitation des mineurs à la débauche.
4. Ces divers ordi’es de provocation ayant pour conséquence la dissémination des maladies syphilitiques, V Académie réclame des pouvoirs publics une loi de police sanitaire réglant et fortifiant l’intervention administrative, en particulier à l’égard des mineurs, et permettant d’atteindre la provocation partout où elle se produit.
5. La sauvegarde de la santé publique exige que les filles se livrant à la prostitution soient soumises à l'inscription et aux visites sanitaires.
6. Si l’inscription n’est pas consentie par la fille à qui l’administration l’impose, elle ne pourra être prononcée que par l’autorité judiciaire.
7. Toute fille qui sera reconnue, après examen médical, affectée d’une maladie vénérienne, sera internée dans un asile sanitaire spécial.
8. Les filles inscrites seront soumises à une visite hebdomadaire, visite complète et de date fixe.
Hospitalisation, traitement. — 9 à 13. Ces articles demandent un nombre de lits suffisant dans les hôpitaux, ou mieux, des hôpitaux spéciaux pour le traitement 'des maladies vénériennes, avec consultations gratuites, délivrance gratuite de médicaments, en somme un service spécial pour le traitement des allections vénériennes dans chaque chef-lieu de département.
Réformes dans l'enseignement. — 14 à 18. Ces articles ont pour but d'ouvrir librement tous les services de vénériens ou de vénériennes (y compris ceux de Saint- Lazare) à tout étudiant en médecine à seize inscriptions ; — d’imposer un stage dans un service de vénériens (ou de vénériennes) à tout aspirant au doctorat; — de mettre au concours « le recrutement du personnel médical chargé de la surveillance des filles inscrites au dispensaire de salubrité publique et celui du personnel chargé du traitement des vénériennes à Saint-Lazare (ou dans 1 asile hospitalier qui sera substitué à Saint-Lazare).
Syphilis dans l'année et dans la marine. — 19. Assurer la rigoureuse exécution des règlements militaires, notamment en ce qui concerne les visites de santé, la
spéciale.] LES SYPHILITIQUES. 1345
recherche des foyers de contagion, l’abandon de toute mesure disciplinaire à l’égard des soldais affectés de maladies vénériennes.
20. S’efforcer de combattre les progrès incessants de la prostitution clandestine, d’une part, en éclairant les soldats sur les dangers de cette prostitution spéciale et, d’autre pari, en réclamant le concours des autorités civiles pour l’assainissement de certains foyers de contamination, soit dans les villes (débits de vins), soit aux alentours des camps.
21. Assurer aux soldats syphilitiques, dont le traitement a été commencé à l’hôpital, la possibilité de continuer à leur corps et sous la direction des médecins de leur régiment le traitement ultérieur nécessaire à leur guérison.
22. En ce qui concerne la marine, il est à désirer qu’à bord des bâtiments de guerre une visite médicale de l’équipage soit faite avant l’arrivée dans chaque port, afin d’interdire la communication avec la terre des hommes qui seraient contaminés, toutes les fois que la durée de la traversée rendra celle mesure nécessaire.
23. 11 est absolument essentiel que, dans toutes les villes du littoral, notamment dans les grands ports de guerre ou de commerce, un service régulier et rigoureux soit institué pour la surveillance et la visite médicale des prostituées, en vue de prévenir les contaminations que contractent si fréquemment les marins dans les ports de relâche ou de débarquement, et que les filles reconnues malades soient traitées à l’hôpital jusqu’à guérison complète des accidents transmissibles. '
L’Angleterre ne laisse pas que d’être embarrassée de la liberté de la prostitution et, après avoir rapporté, en 1883, les Contagious diseuses Acts, la Chambre a voté, en août 1883, deux lois ayant pour but de protéger les filles mineures et de supprimer les brothels.
A Berlin, il y a des filles inscrites ( Unter Contrôle ), obligées de se présenter à des visites régulières, et des non inscrites ( Nicht unter Contrôle), que la police oblige quelquefois (dans la proportion de 2 p. 100 environ des inscrites) à subir la visite. On compte environ 4,000 filles inscrites, donnant lieu à cent mille visites par an. Elles envoient un millier des leurs à J’hôpital par an, ou 1 p. 100 examinées, tandis que les non inscrites fournissent 300 entrées, ou 16 p. 100 examinées.
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riac (C.). De la contagion des maladies vénériennes dans la ville de Paris (Ann. d’hyg., VIII, p. 1882). — Vibert. Rapport sur la prostitution dans ses rapports avec la police médicale, avec la transmission et la prophylaxie des affections syphilitiques (Rev. d'hyg., V, p. 912, 1883). — Després (A.). La prostitution en France , Paris, 1883. — Pelmann (C.-C.)! Ueber die Stellung des Staates zur Prostitution (Centr. bl. f. allgem. Gesdpflg., IV, p. 181, 1885). — La répression de la prostitution en Angleterre (Semaine médicale, p. 438, 1885).' — Lutaud. La prostitution en Angleterre (Ann. d’Iiyg., XV, p. 414, 1880). — Foi.ler (von). Statislische Notizen aus den arzllichen Thütig/ceit bei den Derliner Sittenpolizei (D. Viertcljalirsschr. f. Ôff. Gesdpflg. , XVIII, p. 238, 188G). — Fournier (A.), Diday (P.), Lefor't(L ) 'Prélat (U.), Lf.gouest, Roussel (T.), etc., Sur ta prophylaxie publique de la syphilis (Acad, méd., 1887-1888). — Focke (O.). Die Prostitution in ethischer und sanitürer Reziehung (D. Vierteljahrsschr. f. ôff. Gesdpflg., XX, p. 121, 1888).
Infectieuses exotiques. — La peste. — On on ne sait pas si la peste d’Athènes (499 av. J.-C.) était le même fléau que nous qualifions aujourd’hui de ce nom. Il y a encore des incertitudes vis-à-vis de la peste Automne, en l’an 103 de notre ère, mais les descriptions relatives à la peste Justinienne , en 542 (Procope) et surtout à l’effroyable peste noire de 1348, ne permettent guère de mettre en doute 4rnould, Hygiène. 2° édit. gtj
LES MALADES ET LES MALADIES. [Hygiène
l’identité du fléau qui marqua ces dates lugubres avec celui qui parait encore nous menacer aujourd’hui du côté de l’Orient.
La peste fut familière à l’Europe et à la France en particulier, du quinzième au dix-huitième siècle. On la retrouve même en Moldo-Valachie de 1828 à 1829. Depuis lors, elle semble avoir abandonné l’Occident. Elle avait même disparu en 1844, de l’Égypte, qui avait été longtemps son loyer endémique traditionnel, lorsqu’un nouveau foyer se révéla dans la Cyrénaïque (Benghazi, 1858 et 1874): puis, elle fut signalée en Perse (1863 et 1870), en Mésopotamie (Tholozan, 1867), venant peutêtre de l’Inde (peste de Pâli, 1815-1838); dans les montagnes de l’Assyr (Arabie), en 1874; et enfin, comme si un courant de pèlerins ou de marchands, de soldats quelquefois, l’avait dirigée depuis quelques années vers la mer Caspienne, ella a fait (1876-1877), une réapparition en Europe par Astrakhan et les bouches du Volga, ayant remonté le fleuve jusqu’à une petite localilé qui restera célèbre, Vetlianka.
Hirsch a noté que les limites d’endémicité de la peste représentent, dans l’ancien monde, une vaste zone entièrement au nord du 20e degré de latitude nord, depuis le Maroc jusqu’aux mers de Chine, ne dépassant poinL le Sahara au sud, mais s’élevant, au nord, jusqu’à Stockholm et l’Islande (1402 et 1493). Elle n’a pas visité l’Amérique.
Les influences telluriques lui paraissent indifférentes ; elle prospère, dans l’Hindoustan, à 3,000 mètres d’altitude, comme entre le Tigre et l’Euphrate, sur les bords marécageux du canal d’IIindieh.
Il est fort remarquable qu’ayant ses foyers d’endémicité dans des contrées chaudes, elle s’étende plus volontiers vers les régions tempérées et que son activité épidémique, plus intense dans la saison froide, s’éteigne régulièrement en été.
La malpropreté, la misère, la famine, n’ont joué, au moyen âge, et ne jouent probablement encore aujourd’hui, chez les Arabes, les Cosaques, que le rôle de préparateurs du terrain. Mais, comme pour tous les typhus, ce rôle secondaire a tellement d’importance qu’il est possible que l’Europe moderne doive aux progrès de l’hygiène et de la civilisation d’être débarrassée de la peste.
La peste est transmissible et transportable; mais le malade même paraît jouer un rôle médiocre, comme agent contagionnant. Il esL plutôt dangereux par les effets qu’il porte et qui sont imprégnés de l’atmosphère du foyer d'où l’individu provient; des étoffes, des marchandises, de la même provenance, sont aussi dangereuses. On a vu maintes fois (Léon Colin) des individus, fuyant une ville infectée, avoir la peste pour eux seuls dans le milieu où ils se réfugiaient.
Le pouvoir de transmission est inconstablement dans le foyer (Desgeuettes, Rigaud, Laval). Celui-ci devient d’autant plus actif que les malades s’y multiplient davantage. D’où l’absurdité cruelle de la mesure, autrefois pratiquée, de rejeter dans la ville pestiférée, même à coups de fusil, les habitants qui cherchaient à s’éloigner. Plus qu’aucun typhus, la peste (qui est elle-même de la famille des typhys) meurl de la dissémination et de l’éparpillement des foyers.
Les navires, à titre de moyen d’éloignement du foyer, paraissent à Léon Colin peu propres à entretenir et à transporter la peste. Cette opinion ne se confirme que de la part des navires en bonnes conditions de salubrité et particulièrement d’aération, cas assez rare. Le fait est qu’aulrefois les navires étaient fréquemment le véhicule du tléau. Notons, toutefois, ce fait très important vis-à-vis des mesures quarantenaires, que la peste n’est pas plus de six jours à éclater, après l’embarquement, si on Ta réellement introduite à bord.
Nous envisagerons d’ensemble la pratique des quarantaines (Hygiène internationale). En ce qui concerne les pestiférés, ce qui vient d’être dit permet de poser les règles suivantes pour la manière de les traiter.
spéciale.] LA FIÈVRE JAUNE. L347
On placera les pestiférés hors des villes, mais on mettra tout le soin possible à ne pas les réunir en collection dans un môme local. Les ressources de la ventilation et de la désinfection seront mises en œuvre avec la plus grande activité, pour empêcher les malades de reformer les foyers. Les habitants seront avertis d avoir à se disperser. On ne s’opposera pas môme à ce qu’ils emportent des malades, lorsqu’ils auront le moyen de les soigner en plein air.
La fièvre jaune. — Le foyer originel du vornito est le golfe du Mexique ; ou plutôt la vaste étendue de côtes qui se déroule de la frontière sud des États-Unis aux bouches de l’Orénoque. La côte africaine de l’Atlantique, de Sierra-Leone à l’embouchure du Congo (8° lat. S.), constitue un autre foyer, peut-être secondaire, mais aujourd’hui permanent (Pym et Audouard le croyaient primitif).
Trois faits caractérisent l’endémicité de la fièvre jaune, savoir : i° la température moyenne de 20 à 23 degrés; 2° la situation littorale; 3° l’altitude nulle.
A la Vera-Cruz, berceau classique du vornito, la malpropreté règne parLout, à un haut degré; la ville est bien ouverte du côté de la mer et, cependant, la fièvre jaune frappe de préférence les quartiers maritimes, mal habités et mal hantés. Le fléau y existe toujours ; seulement il revêt la forme épidémique de mai à septembre. Les épidémies apparaissent et se succèdent sans régularité, coïncidant toujours avec l'afflux d’étrangers, c’est-à-dire d’individus réceptifs. On les signale seulement depuis le commencement du dix-huitième siècle.
Les indigènes n’y participent presque pas. Les nègres (étrangers) ne sont pas indemnes, mais sonL beaucoup moins maltrailés que les blancs. Le bataillon égyptien (453 hommes) de la guerre du Mexique n’a pas eu de malades; à la Nouvelle- Orléans ( Circulai' n° 1, Washington), on a eu sur:
1000 soldats blancs 866 malades. 256 décès.
. 1000 — noirs 521 — 73 —
Le vornito est une maladie tout à fait à part; cependant, ce qui vient d’être dit des conditions de ses foyers permet de le rapprocher beaucoup plus du typhus que des maladies telluriques et, en particulier, de la malaria. Les faubourgs de la Vera-Cruz sont marécageux et ont des fièvres palustres, mais non le vornito. Hirsch, Fuzier, L. Colin, ont soigneusement relevé ce fait et d’autres analogues.
Le foyer africain n’a jamais guère irradié que sur le Sénégal et Corée ; mais le foyer américain envoie ses effluves jusqu’au Canada et jusqu’à Southamplon (1852), par delà le 30e degré de latitude N., en même temps qu’à Montevideo, sous 35° de latitude S. A l’est, il a atteint Livourne et, à l’ouest, la côte du Pacifique. En Europe, divers ports de l’Espagne et même des villes de l’intérieur (Cadix, Gibraltar, Carlhagène, les côtes d’Andalousie, Murcie, Valence, Malaga, Barcelone), Lisbonne, Livourne, Southamplon; en France, Marseille, Brest, Saint-Nazaire, ont recueilli le fléau et en ont été plus ou moins cruellement éprouvés.
Même au Mexique, la fièvre jaune ne s’avance que très peu et rarement dans l’intérieur des terres. Jamais elle ne se propage sur les hauteurs, et les cas importés y restent stériles, ainsi que cela est arrivé maintes fois à nos soldats (1864- 1866), à Orizaba, Puebla, Mexico. Quelques cas seulement se répandirent à Cordova.
Jamais les villes d'Europe n’ont fait la fièvre jaune; elles l’ont toujours reçue, au moment où il y avait réveil épidémique au foyer. Le trait d’union habituel est le navire. Celui-ci n a pas pris, en général, l’infection pour avoir séjourné dans les eaux et au contact de 1 atmosphère de la .ville atteinte; niais parce que des
LES MALADES ET LES MALADIES
[Hygiène
hommes et surtout des marchandises (coton, sucre, charbon) ont porté abord une portion des émanations morbides du foyer. A vrai dire, la plupart des navires sont constitués (la cale surtout) pour conserver au mieux cette portion d'atmosphère miasmatique. Lorsque Y Anne-Marie, apporta la fièvre jaune à Saint-Nazaire en 1801, les matelots n’étaient ni ne furent malades et ne provoquèrent aucun cas autour d’eux ; ce furent les hommes employés au déchargement du navire qui prirent la fièvre jaune et la disséminèrent dans leurs relations à terre. Ainsi, l'homme ne parait pas être le véhicule nécessaire de la fièvre jaune, et le malade ne paraît ni être indispensable ni constituer l’agent de transmission le plus redoutable. Le docteur Chaillou (du Monloir) prit la fièvre jaune, et en mourut, en soignant un malade; mais ce fait ne prouve pas que le médecin n’ait point subi l’influence d’un foyer, transporté et entretenu par le malade même.
Pour que la fièvre jaune éclate sur un point de l’Europe, il faut : 1° qu’un navire arrive; 2° que ce navire ait été au contact d’un foyer. La prophylaxie s’applique: — a. au foyer : n’y mettre que des garnisons d’acclimatés ; le fuir le plus vite possible pour l’intérieur ou les hauteurs. L’altitude de 600 à 800 mètres, qui esc celle du camp Jacob, à la Martinique, et de Newcastle, à la Jamaïque, suffit à conférer l’immunité. — Pour rien au monde, n’établir de cordon sanitaire. — Quand l’hiver s’approche, le foyer s’éteint de lui-même ; — b. au navire : le maintenir propre et aéré; mettre le cap sur le nord ou sur le sud, selon les convenances, si la fièvre jaune y éclate pendant qu’il navigue dans les mers intertropicales. Envoyer les les passagers à l’intérieur des terres, dès le débarquement, après bain et désinfection ; puis, flamber le navire, comme a fait Méfier de V Anne-Marie, ou le désinfecter à la vapeur chaude, au sublimé : — c. aux malades : installer des hôpitaux hors ville, sur une hauteur, à pavillons (baraques) disséminés.
Puisque la fièvre jaune ne nous vient jamais par terre, elle légitime la quarantaine maritime et s’y prête mieux que tout autre fléau exotique.
Le choléra. — Quant au mode pathologique, le choléra est de tout temps et de tous lieux (L. Laveran); dans nos contrées, le choléra noslras est nne maladie saisonnière, d’été et d’automne (Hippocrate, Arétée). Il est à l’état d’endémie dans l’Inde ; les Védas en font mention.
Les conditions telluriques du berceau du choléra sont les suivantes : plaines basses, sol d’alluvions, fréquemment inondé; espaces incultes, jungles ; fleuves à cours lent, à méandres multiples et à bras morts, arrivant à la mer par des deltas immenses, déprimés, marécageux. Le climat est chaud, mais avec des alternatives brusques et extrêmes ; des orages fréquents, des pluies torrentielles, des vents violents et périodiques, le caractérisent. L 'hygiène des habitants est nulle; ils sont pauvres, ignorants, fanatiques, malpropres et voués à l’alimentation végétale presque exclusive. Ils subissent les conséquences de la conquête anglaise, tout en gardant leurs habitudes religieuses, les pèlerinages et les rassemblements énormes de peuple dans les lieux sacrés, l’inhumation des cadavres dans le sein du dieu Gange.
Le maximum d’intensité des épidémies est dans la saison chaude (Voy. p. 60). « Le développement du choléra, dans les foyers originels, s’accorde mieux avec la théorie de l’infection miasmatique qu’avec celle de la contagion. Aux Indes, les indigènes ne fuient pas la maladie, ils fuient les localités infectées en emportant les malades. » (L. Laveran.)
spéciale.] LE CHOLÉRA. 1349
De 1781 à 1817, les épidémies de choléra, aux Indes, se multipliaient sur les indigènes et sur les Iroupes anglaises. En 1817 eut lieu la fameuse épidémie de Bundelcund, sur les bords du Sind, qui coûta 15,000 hommes à l’armée du marquis de llastings et qui passe pour avoir été le point de départ de 1 effroyable première visite du fléau à l’Europe; le lieu et la date exacts sont: Jessorah, le 19 août 1817.
Le choléra ne prit pied, toutefois, à Astrakan, que le 22 septembre 1823. Il voyageait alors par terre, avec les caravanes, et avait besoin que de nouveaux arrivages vinssent le renforcer aux étapes où il s’arrêtait. 11 ne s’étendit à l’Europe qu’après une nouvelle apparition àAstrakan, le 21 juin 1830. De là, ilgagna Moscou, Varsovie (14 avril 1831), les ports de la Ballique, l’Allemagne (juillet 1831), Londres, le 10 février 1832, et il débarqua à Calais, le 15 mars suivant, pour être à Paris, le 26. En France, 52 départements furent atteints, et le nombre des morts dépassa probablement 100,000.
La deuxième épidémie générale (1841 et 1842) reproduit assez exactement l’histoire de la précédente, sauf la gravité.
La troisième grande épidémie européenne (1852-1854) donne lieu à discussion, au point de vue de l’origine et de la translation du fléau. Peut-être ne dépend-elle point d’un réveil épidémique dans l’Inde ; il s’agirait simplement d’une réviviscence des germes cholériques conservés et acclimatés dans l’Europe nord-orientale (Silésie, Pologne, Prusse). Dans tous les cas, elle fit en France 143,000 victimes.
L’épidémie de 1865 vint de l'Inde, par la Mecque (pèlerinage), mais avant marché avec une rapidité conforme aux progrès de la locomotion. Le choléra avait quitté la roule de terre et les caravanes, pour prendre le bateau à vapeur. La réunion des musulmans, à la Mecque, avait lieu en avril 1865; le choléra était à Suez le 21 mai, à Alexandrie (d’Égypte) le 2 juin, à Marseille le 23 juillet.
En août 1873, la France fut envahie par le Havre (navire allemand Ammonia, venant de Hambourg). L'accès fut très bénin. Cette fois encore, il sembla qu’il s’agissait de germes restés en Europe depuis 1865 et revivifiés sur place, dans la province russe de Kiew.
L’épidémie de 1884 est absolument étonnante, au point de vue de la doctrine classique de l'importation indienne ou autre. Le choléra avait régné en Égypte en 1883; mais l’organisme quarantenaire avait fait bonne garde. Tout à coup, le 21 juin 1884, un homme meurt du choléra, à Toulon, provenant du Montebüllo, navire-caserne qui n’avait point fait de traversée, mais était dans le port depuis longtemps. Au même moment, d’ailleurs, un lycéen mourait de la même cause, et, le 22, la ville comptait neuf décès cholériques. Si bien qu’on a pu prétendre que c’est en ville que le choléra avait commencé. En fait, Brouardel et Proust avouent n’avoir pu retrouver « la fissure » de pénétration, et l’on ne conclut, celle fois, à l’importation que par analogie, d’après une hisloire qui aurait peut-être besoin d’ètre revue.
Après Toulon, Marseille fut atteinte, puis Aix, d’autres villes et même Paris ; il est remarquable que, même par ces voies de terre, l’importation n’ait pas été évidente. Bourguet (d’Aix) affirme qu’il y avait eu des décès cholériques à Aix avant 1 arrivée des personnes que Proust accuse d’avoir apporté le choléra de Marseille.
Quoi qu’il en soit, le fléau eut l’air de rester plus exotique qu’il n’avait fait dans les épidémies antérieures, en ce sens qu’il manifesta une préférence marquée pour le littoral européen (Gênes, Naples, les côtes d'Espagne, notre Bretagne en 1885 et 1886). Nous n’hésitons pas à penser qu’il y aurait lieu, en ceci, de distinguer entre la part réelle des aptitudes épidémiologiques du choléra et l’adaptation des localités. La doctrine de Peltenkofer a là une base solide. Les villes en terrain déprimé,
LES MALADES ET LES MALADIES
[Hygiène
humide, souillé et miasmatique, sans égouts, sans eau de boisson abondante et irréprochable, à rues malpropres, avec des habitations sans soleil, encombrées, sales, se montrent incontestablement les réelles localités à choléra. C’est aussi l’avis de Thorne-Thorne et, si on le traduisait en pratique, la nécessité des quarantaines diminuerait infiniment.
Pour la nature du poison cholérique, il nous suffit de renvoyer à la première partie (p. 461). On trouvera, de môme, au chapitre du Sol, la constatation des affinités ou des répulsions du choléra pour certains terrains, certaines localités et, plus loin (p. 200), la discussion de l’influence de l’eau de boisson dans sa propagation. Par ailleurs, les épidémies de choléra ont rayonné dans toutes les directions, ne s’embarrassant guère des latitudes, du climat ni des saisons. Pourtant il faiblit visiblement dans les régions qui se rapprochent du cercle polaire, et les bourrasques épidémiques s’apaisent, si elles ne s’éteignent pas, quand arrive l’hiver.
Littré a été frappé, à bon droit, de l’intensité de ses ravages dans les quartiers pauvres et encombrés de Paris. Néanmoins, le fléau n’épargne nullement les villages, dont il faut dire qu’un bon nombre entretiennent les souillures du sol et présentent de déplorables conditions d’habitation.
L’altitude l’arrête moins que la nature granitique des roches qui constituent l'ossature des montagnes.
Sa diffusion par l’eau de boisson souillée d’infiltrations de selles cholériques, est plutôt une induction rationnelle qu’un fait démontré; Pettenkofer en repousse absolument l’hypothèse. L’air paraît avoir été le véhicule du principe cholérigène, par exemple pour des navires ancrés près d’un foyer (Léon Colin). Les caravanes qui viennent camper sur l’emplacement abandonné naguère par une caravane précédente, en puissance de choléra, .y prennent la maladie. Les hardes, les linges des malades ont été accusés maintes fois d’avoir été les intermédiaires de transmission ; des étoffes, certaines marchandises, provenant simplement d’un foyer, seraient dans e même cas. Pettenkofer n’admet pas la contagion directe du choléra; les gardes -mala selon lui, ne sont pas plus frappés que le reste de la population, lors même qu les déjections cholériques les souilleraient, et ne transportent pas le mal dans leur famille. On sait que le savant hygiéniste de Munich exige absolument l’intermédiaire du sol dans cette transmission.
On cite des cas intérieurs dans les hôpitaux ; l’atteinte plus fréquente des blanchisseurs; l’imprégnation cholérique de toute une garnison par un cadavre. Les médecins des hôpitaux de Paris onL réclamé l’isolement des cholériques aussi énergiquement que celui des varioleux. Fauvel fait remarquer que, dans ses mouvements de translation, le choléra a copié les allures du progrès des moyens de locomotion, qu'il a suivi les fleuves, les chemins de fer; que « jamais il n’a passé d’un endroit à un autre dans un temps plus court qu’il n’en faut à un bateau à vapeur ». Les ambulances sous tentes, hors de Varna, établies en 1854 (juillet), pendant que le choléra sévissait effroyablement dans la ville; l’ordre d’y transporter immédiatement tout homme qui donnait, au milieu des groupes sains, les premiers signes de la maladie, rendirent d'incontestables services à l’armée ; quelques-uns ont voulu y voir l’efl’el de l’isolement et de la suppression des rapports directs avec des contagieux.
Cependant, Leudel, à Rouen, n’isolait pas les cholériques ; Pettenkofer constate que le choléra se propage perpendiculairement aux fleuves aussi bien qu’en suivant
spéciale. 1 LE CHOLÉRA. 1351
leur cours; Günlher assure que le choléra se répand moins Lien aujourd’hui qu’en 1832, en Saxe, quoique le pays possède le plus beau réseau ferré de toute l’Allemagne. James Cunningham, commissaire du gouvernement de l’Inde, après douze années d’observations, déclara que l’influence des relations humaines sur la diffusion du choléra est nulle; nulle la contagiosité d’homme il homme; nulle la vertu spécifique des déjections cholériques. Le lléau dépend « de conditions mal définies de l’air ou du sol, ou de l’un et de l’autre ». Enfin, la préservation relative des troupes de Varna peut être interprétée comme le résullat de l’éloignement par rapport à un foyer, ce qu’il est toujours bon de rechercher, et du placement des malades dans de bonnes conditions atmosphériques générales, ce qui est aussi toujours avantageux. Chose étonnante, l’histoire de la première division qui, dans son expédition de la Dobrudscha, perdit en quelques jours 2,000 hommes sur 10,000, prouve en même temps que l’épidémie peut s’acharner à un groupe mouvant, dans les conditions qui, d’habitude, ne sont pas favorables à l’influence des contacts et, dans tous les cas, sont contradictoires de l’idée de foyer. En revanche, il a semblé que le sol pestilentiel, l’atmosphère chaude et orageuse, aient joué un rôle de premier ordre dans la gravité des désastres.
Notons les faits très catégoriques, au point de vue des mesures quarantenaires, de ces îles qui, comme les Baléares en 1849 et la Sicile en 1865-66, s’isolèrent en repoussant par la force et même à coups de canon tous les navires qui tentaient d’aborder à leurs côtes. Cette mesure leur valut l’immunité. Il faut bien que celleci soit due à la suppression des relations entre humains — et de tout ce qui en est la conséquence.
Ces incertitudes sur les propriétés du choléra, l’aspect assez changeant de ses allures de propagation, expliquent bien les controverses qui ont eu lieu sur le mode pratique, soit de traiter les malades, soit de protéger les groupes sains contre ceuxci et contre les arrivages d’hommes ou de marchandises de provenance suspecte. Ajoutons cette circonstance frappante que le fléau, réapparu deux fois en Europe depuis 1865, n’y a plus recouvré les allures formidables d’il y a soixante ans, bien que le transit humain ne diminue pas et que les musulmans continuent à se réunir à la Mecque. Nous savons que les Conseils sanitaires veillent; mais il serait étonnant que le choléra ne passât point quelquefois à travers ou à côté, s’il se présentait un peu violemment au passage. Sans doute aussi l’hygiène a grandi, de grands travaux d’assainissement ont été exécutés, les habitudes de vivre se sont améliorées partout. Néanmoins nous inclinons à croire que tout cela ne suffiraitpas à nous faire oublier du lugubre visiteur d’autrefois, si le choléra lui même ne traversait une de ces phases d’atténuation spontanée, qu’il est facile de retrouver dans l’histoire de toutes les pestes et que la physiologie moderne constate sur quelques virus particuliers.
Au-dessus des prétentions doctrinales et en face des doutes légitimes, le respect de la vie humaine ne permet pas de hasarder des expériences, et nous croyons que ce qu’il y a de mieux à faire, vis-à-vis des cholériques, lorsqu’il y en a dans une ville, c’est de les isoler de la population et des autres malades, en ayant soin de leur ménager des abris fractionnés, dans une bonne situation topographique et pourvus de toutes les ressources de la désinfection. Il y aura des pavillons spéciaux en ville, exclusifs ou associés à l’hôpital général, et des hôpitaux excentriques. Là, comme à domicile, le traitement des déjections par les parasiticides énergiques est de rigueur; le sulfate de cuivre (solution à 5 p. 100) nous paraît moins sûr que
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V acide phénique (solution à 5 p. 100), l’acide sulfurique. On y joindra la désinfection des effets et locaux.
La vaccination par le vaccin chimique du choléra, que Gamaleia essaye en ce moment même, sera, si elle réussit, le réel préservatif dans les milieux cholérisés.
Bibliographie. — Bailly. Le cuivre et ses prétendues propriétés prophylactiques fBull Acad, niéd., 21 août 1883). — Lereboullet (L.). Le choléra. Les méthodes de prophylaxie (Gaz. hebdomad., p. 493, 1884). — Grancher (J.). La contagion du choléra (Rev. d'hyg VI p. 6G4, 1884). — Pettenkofer (Max v.). Ueber Désinfection der Ostindischen Post als Schulzmütel gegen Einschleppung der Choiera in Europa (Arch. f. Hyg., II, p. 35, 13341 — Proust (A.). Instruction concernant les précautions à prendre en temps de choléra (Roc. des trav. du Comité consult. d'Iiyg. publ., XIV, p. 20G, 1885). — (Voy. aussi la Bibliographie p. 202).
Prophylaxie internationale. — Selon Fauvel, la prophylaxie internationale des maladies exoLiques comporte deux questions : 1° celle des mesures pour préserver l’Europe contre leur invasion; 2e celle des mesures propres à préserver chaque État européen, une fois l’Europe envahie.
Autrefois, la prophylaxie des fléaux exotiques (au dix-septième siècle, il ne s’agissait que de la peste) était profondément égoïste, ignorante et d’une tyrannie aussi odieuse que ridicule. Quelques-uns de ses moyens, comme le lazaret dans l’intérieur des villes, étaient plutôt adaptés à multiplier les victimes et à compromettre les populations qu’à repousser le mal redouté. Tous apportaient au commerce et aux relations internationales des entraves intolérables. Léon Colin a fail Tliistoire complète, depuis leur origine, de ces institutions fameuses, qui protégeaient jusqu’à un certain point, mais à quel prix !, les Bureaux de santé, datant de 1629, les Intendances sanitaires (1683) de Toulon et de Marseille, composées surtout d’autres personnes que des médecins, jouissant de pouvoirs discrétionnaires et imposant, en tout temps, à l’aveugle, à tout navire venant du Levant, une série de formalités vexaloires, sans efficacité, mais basées sur des règles telles qu’un bâtiment pouvait rester six mois dans le port sans débarquer ni passagers ni marchandises. Quand, en 1831, il fut question de choléra en Europe, le gouvernement français (25 août 1831) multiplia les intendances sanitaires; il y en eut jusqu’à vingt; des visites et des quarantaines par terre et par mer furent prescrites. On sait ce qu’il advint ; le choléra passa au travers de ce réseau et même dédaigna parfois d’entrer par des chemins où la libre communication avait été maintenue. Le 1er mai 1832, on jugea inutile ce grand appareil et Ton supprima l’intendance.
La quarantaine est devenue un procédé scientifique et ne rappelle plus que de très loin l’étymologie du mot, la séquestration des suspects pendant quarante jours, qui se pratiquait au quatorzième siècle. « C’est, dit Léon Colin, une lutte scientifique et rationnelle de l’homme contre les affections transmissibles; lutte pour laquelle l’homme choisira son terrain partout où il y aura chance d’attaquer le mal avec succès, et n’attendra point son invasion pour en prévenir, soit la propagation, soit même le développement originel. »
En Europe, nous nous défendons contre l’entrée de la peste, du vomilo, du choléra : mais, à New-York, on se proLège contre le typhus, qui se présente au débarquement avec les Irlandais.
Les ports de la Méditerranée avaient autrefois à se mettre en garde contre la peste, qui arrivaiL d’Égypte ou de Constantinople. Mais, aujourd’hui, Ton sait que la peste ne menace que les bords de la mer Caspienne et n’intéresse que la route
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de terre, encore entièrement en Russie. C’est à la Russie à lui barrer tl abord le passage, et jusqu’à nouvel ordre, il est absolument inutile que 1 on tracasse, à Marseille, sous prétexte d’une peste qu’ils n’ont pu embarquer, les bâtiments qui viennent de Constantinople ou d’Alexandrie. La peste serait-elle à Constantinople, on sait qu’elle n’est pas plus de six jours sans se déclarer ; par conséquent l’on n’a rien à craindre d’un navire qui est resté une dizaine de jours en mer sans avoir de malades. On sait encore que l’on n’arrêtera pas certainement la peste en lui fermant les ports, puisque toutes les routes lui conviennent ; c’est donc à son foyer qu’il faut l’étouffer; non pas en concentrant les malades, mais en les dispersant; en leur marquant une ligne en deçà, qu’ils ne franchiront pas, mais en leur donnant toute liberté d’aller au delà; en établissant un cordon sanitaire, mais non en les bloquant. Enfin, on n’oubliera pas que la propagation de la peste n’a pas de chances pendant les chaleurs.
Vis-à-vis de la fièvre jaune, ce sont les ports de l’Atlantique qui sont menacés, et d’autant plus que la saison est plus chaude et que la moyenne thermique du lieu, celle de l’été au moins, est plus élevée. Aussi l’Angleterre a-t-elle pu se dispenser de toute surveillance à cet égard. A la vérité, elle en fait autant pour la peste, qui la regarde moins que les ports de la Méditerranée; mais elle se défend contre le choléra, sinon par une législation quaranlenair-e, au moins par des mesures extemporanées en vertu desquelles les autorités sanitaires locales font rechercher, en ville, les passagers débarqués d’un navire porteur du mal, et les internent pendant le traitement.
La fièvre jaune n’arrivant que par eau, les précautions prises au port de débarquement sont aussi sûres que légitimes.
Pour le choléra, on sait que, le plus souvent, son extension à l’Europe succède à une exacerbation épidémique dans l’Inde; on sait que là seulement est son foyer permanent ; on sait comment le foyer reprend activité et crée des foyers secondaires, dans les villes saintes de l’islamine; on connaît ses routes et ses étapes ordinaires, Djeddah, Suez, Alexandrie. C’est donc chez lui qu’il faut le combattre et l’enfermer; sur les routes connues qu’il faut le guetter au passage, pour le signaler à l’Europe et l’arrêter de bonne heure. C’est au moment où l’avis est donné de ses recrudescences asiatiques que les autorités sanitaires des bords européens de la Méditerranée doivent mettre en œuvre toute leur vigilance et se servir, en dernier ressort, des armes que la législation maritime place entre leurs mains.
L’assainissemenL du pays berceau du choléra incombe aux Anglais. La surveillance des roules de mer appartient à l’empire ottoman et aux puissances qui ont des côtes sur la Méditerranée.
C’esten 1847 que notre gouvernementcréadesmeTJecms.s'cmifciîVessur cerlainspoinls du Levant. Il s’agissait, d’ailleurs, de surveiller non le choléra, mais la peste, et le premier résulLal, fort important sans aucun doute, des recherches de ces médecins fut de constater que la quarantaine était bien inutile à Marseille, puisque la peste n’existait plus à Constantinople ni en Égypte depuis 1844. Instruit par l’expérience de 1834 et de 1803, Fauvel pensa que les médecins sanitaires allaient pouvoir trouver leur emploi, bien plus avantageusement, vis-à-vis du choléra, en les échelonnant sur la route maritime du fléau, la route de terre regardant la Perse et la Russie. Ces vues furent adoptées par la conférence de Constantinople en 1806, et, sous la surveillance du Conseil international de santé de cette même ville, des médecins et agents sanitaires fonctionnèrent dès lors, à Aden, à Djeddah, à la Mecque. Un autre Conseil international de santé siège en même temps à Alexandrie.
Deux mesures, dit Vallin, protègent la mer Rouge contre l’importation du choléra par les pèlerins hindous : 1° le règlement anglais (de Bombay) empêche l’em-
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barquement des pèlerins dans certains porls de l’Inde où sévit une épidémie; 2° en passant par Aden pour entrer dans la mer Rouge, l’autorité sanitaire anglaise fait une visite rigoureuse des navires anglais chargés de pèlerins. Les mêmes précautions sont prises par l’autorité égyptienne pour les navires à pèlerins arrivant à Port-Saïd. Au retour, des quarantaines d’observation (48 h.), en cas de patente nette, ou de rigueur (10 à 15 jours) sont imposées aux navires et aux pèlerins qui veulent sortir de la mer Rouge par la voie de Suez ; le règlement du 5 août 1870 assure l’exécution de ces quarantaines et oblige les navires à rapatrier jusqu'au lieu de provenance, et quelle que soit la durée de la quarantaine, tous les pèlerins qu’ils ont conduits aux lieux saints d’Arabie.
Il faut dire que dans ces dernières années, les Anglais se sont beaucoup relâchés au point de vue de l’application du Native passenger Ad; que le gouvernement ottoman a mis la main sur le Conseil de Constantinople et que celui d’Alexandrie, depuis l’occupalion anglaise, n’a plus d’international que le nom (Proust), quoique parfois insupportable.
Toutefois, pour les navires à pèlerins, qui n’ont pas à bord de garanties de salubrité (médecin, appareil de désinfection), les points conseillés pour la quarantaine de la mer Rouge sont l’île de Camaran, Abou-Saad, El-Wesch, Djebel-Tar, resterait réservé pour les navires infectés non porteurs de pèlerins (Proust). La conférence sanitaire de Rome (1885) a indiqué Aioun-Ouna et la côte d’Attaka pour ceux qui reviennent du pèlerinage de la Mecque et se dirigent vers l’Égypte ou la Méditerranée.
Contre la peste, il appartient à la Russie de défendre le littoral de la Caspienne.
Les intérêts des divers États diffèrent trop, évidemment, dans l’époque actuelle, oùles peuples cherchent à s’entre-ruiner, au moyen des pratiques commerciales, comme ils s’efforceront, l’un de ces jours, de s'entre-détruire à coups de canon. Les conférences sanitaires internationales d’autrefois sont oubliées et celles de l’époque contemporaine n’ont pas de résultat qu’on se croie obligé de respecter. La conférence de Washington (1881) a été accaparée par les États-Unis, qui ne se préoccupent que de la fièvre jaune. Celle de Rome (1885) mit en présence trois camps bien distincts : le premier, représenté par l’Angleterre, les États-Unis et quelques Étals du Nord, ne voulait de quarantaines d’aucune sorte; un second, formé de la Turquie, de l’Espagne, de la Grèce, des États du Centre et de Sud Amérique, n’en aurait jamais assez; la France, l’Allemagne, l’Autriche, dans un troisième, ont pensé que c’est un moyen dont il faut user avec infiniment de discrétion, mais duquel il est bon de ne pas se désarmer immédiatement.
Nous adhérons volontiers à cette opinion mixte. Mais nous avons la conviction profonde qu’avec une connaissance plus complète de l’essence et des allures des fléaux exotiques; avec la pratique des moyens de surveillance compétente et de désinfection que l’on possède, beaucoup moins coûteux que les morts d’hommes, les peuples civilisés supprimeront absolument, un jour ou l’autre, les quarantaines. Notre pays, d’ailleurs, s’achemine, sagement mais sûrement, vers cette conclusion scientifique et humanitaire. Les projets de règlements formulés par Proust et approuvés parle Comité consultatif d’hygiène publique (Il mai 1885) en sont la preuve évidente. Le règlement institue le médecin embarqué, assurant l’hy-