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PAR LA RAGE

Mais, en 1888, Dujardin-Beaumetz dénonce, pour le même département, 301 animaux enragés en 1884, 518 en 1885, 604 en 1886, 644 en 1887. Dans cette dernière année, 9 décès rabiques, dont 2 sur 306 personnes traitées à l’institut Pasteur et 7 chez 44 autres ; ce qui donne en chiffres l’efficacité des vaccinations :

Létlialité chez les personnes traitées par la méthode Pasteur... 0,76 p. 100.

— chez les personnes mordues, non traitées 15,90 —

La rage, en somme, est plus terrible par l’horreur du genre de mort qui la caractérise que par les pertes en existences humaines qu’elle entraîne.

Léon Colin relève, de 1862 à 1879, 26 cas de rage dans l’armée, dont 18 sur les troupes d’Afrique el seulement 8 en France.

Il est possible que des conditions mal connues favorisent le développement de la rage canine etque les cas soient simultanément plus fréquents à Paris, à Alger, a Nexv- York, ce que Vital appelait des « règnes de rage ». Mais d’abord, la fréquence

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des accidents esl subordonnée à la façon dont s’exerce la police sanitaire des animaux.

Espèce de l'animal qui a fait la morsure (1850-1870).

Chiens 707

Loups 08

Chats 23

Renard

Vache..

Il est utile de répartir le chiffre des morsures sur les différentes saisons.

Morsures par trimestre (1850-1870).

Juin, juillet, août 220 Décembre, janvier, février. .. . 150

Mars, avril, mai 182 Septembre, octobre, novembre. 100

L’opinion vulgaire, que la rage est plus commune dans la saison chaude, n'est donc pas absolument fausse, mais il ne s’en faut de guère.

Sous le rapport du siège, les morsures sont surtout aux mains (dans les deux tiers des cas) et au visage.

La catégorie d’àge, chez l’homme, qui fournit le plus de victimes, est l’enfance, ce que l’on explique par l’étourderie naturelle et les dispositions à la taquinerie envers les animaux, qui distinguent cet âge.

Décès rabiques suivant l'âge (1850-1870).

Au-dessous de 5 ans... 20 décès.

De 5 à 15 ans . . 95 —

De 21 à 30 ans

(il à 90 —

01 décès

Il y a même ce fait remarquable que, dans l’âge de 5 à la ans, les décès ne représentent que le quart des morsures.

La durée de l'incubation de la rage, chez l’homme, varie dans les limites extrêmes. Le minimum parait être de dix à douze jours (II. Bouley et P. Brouardel) ; la moyenne, « de quelques mois » (IL Bouley); mais quelques auteurs citent des exemples d’incubation de plus d’un an. Ces allégations paraissaient discutables, lorsque Léon Colin (1880) est venu confier à l’Académie de médecine l’histoire du maréchal des logis du 12e d’artillerie Lechenet, mort au Val-de-Gràce d’un accès de rage, le 31 août 1870, après avoir été mordu par un chien enragé le 2 novembre 1874 (dans la province d’Oran). La netteté de l’enquête et, d’ailleurs, la précision des circonstances de l’observation dans la vie militaire, sont ici sans réplique. L’incubation de la rage peut durer cinq ans.

Le danger étant essentiellement de la part du chien, c’est de ce côté que regardent aussi les mesures prophylactiques. Les chiens sont communs partout : chiens de chasse, chiens de garde, chiens de herger, chiens d’appartement. Il en existe en France près de 2 millions. On a pensé d’abord qu’en réduisant le nombre des chiens, on réduirait du môme coup les cas de rage, et l’on a institué en 1856, en France, l’impôt sur les chiens, qui devait, ce semble, faire disparaître d’abord les chiens des pauvres gens, c’est-à-dire les plus mal soignés, les plus exposés au vagabondage et aux chances de contracter la rage dans leurs accointances avec les autres individus de l’espèce. Or, l’impôt sur les chiens ne diminue point les cas de rage; ce serait plutôt le contraire, puisque le nombre des victimes humaines, par an, n’était que de 27, de 1850 à 1857. On le conserve, cependant, puisqu’il rapporte. Nos voisins l’ont môme adopté ; en Bavière, il est de 3 à

LES MALADES ET LES MALADIES

[Hygiène

15 marcs (3 fr. 75 à 18 fr. 75), selon la population des villes; à Bade, de 8 à

16 marcs (10 à 20 fr.), Si l’opinion spontanéiste, d’après laquelle les appétits génitaux non satisfaits chez les mâles (aujourd’hui plus nombreux que les femelles) favoriseraient le développement de la rage, était suffisamment établie, il conviendrait de taxer les mâles plus haut que les femelles.

Ces moyens ne paraissent pas pouvoir donner jamais de résultats sérieux. Il n’y a pas plus d’avenir dans les mesures vexatoires ou violentes, que les municipalités prennent parfois sous l’empire d’une panique, et qui ne durent que le temps d’un accès. La muselière, obligatoire à Berlin, à Bade, est efficace, quand elle est bien faite, et a contribué à faire presque disparaître la rage de ces deux villes. Les Allemands en ont, d’ailleurs, pris prétexte pour rester froids vis-à-vis de la découverte de Pasteur. La boulette empoisonnée est immorale. Le port obligatoire du collier, avec le nom et l’adresse du propriétaire, n’est pas une protection directe; mais il facilite l’application des articles 1382 et 1383 du Code civil, relatifs à la responsabilité des propriétaires d’animaux. On ne paraît pas s’être servi beaucoup de ces prévisions légales.

La réelle protection, parce qu’elle est aisément applicable et qu’elle tombe sur les animaux essentiellement dangereux, c’est la poursuite vigilante et continue des chiens erranls parla police municipale. Une razzia complète, opérée tous les quinze jours, ou même une fois par mois, sur tous les chiens sans maître et sans collier; l’abattage, après trois ou quatre jours, des animaux capturés et non réclamés, obtiendraient des résultats considérables, sans trop mécontenter personne.

H. Bouley relève, d’après C. Leblanc, sur 511 cas de rage canine ou féline dans le département de la Seine en 1878 :

440 cas sur les chiens. — 08 cas sur les chiennes. — 3 cas sur les chats.

Dans 103 morsures rabiques infligées à des humains, on compte : 67 adultes et 36 enfants; la mortalité connue par ce fait serait de 30, un peu moins de 1 sur 3. Mais ce qui est fort à considérer, c'est la répartition des cas selon les trimestres :

1er trimestre Ht 3° trimestre 133

Quelle est la raison de cette ebute brusque des chiffres, au quatrième trimestre? Un jeune homme, dont la famille avait une certaine notoriété dans le monde des arts, ayant succombé aux suites d’une morsure rabique due à un chien familier, une vive émotion s’était emparée du public, et la Préfeclurejde police s'était vue forcée de remettre en vigueur les ordonnances relatives à la rage, qu'on laissait un peu sommeiller jusque-là. En juillet et août, la police avait capturé, sur la voie publique; 4717 chiens, dont 4500 avaient été abattus.

Le 20 mars 1888, l’Académie de médecine, sur la proposition de Dujardin-Beaumelz, a réclamé l’adoption d’urgence des mesures suivantes, déjà adoptées par le Conseil d’hygiène de la Seine :

1. Utilisation du personnel des gardiens de la paix, ou, à son défaut création d’un personnel spécial;

2. Obligation de faire porter aux chiens une médaille constatant le payement de la taxe, médaille dont le modèle variera chaque année;

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3. Application rigoureuse des articles 53 et 54 du décret du 22 juin 1882, ainsi conçus :

« Art. 53. — L’autorité administrative pourra, lorsqu’elle croira celle mesure utile, particulièrement dans les villes, ordonner par arrêté que tous les chiens circulant sur la voie publique soient muselés ou tenus en laisse.

« Art. 54. — Lorsqu’un cas de rage a été constaté dans une commune, le maire prend un arrêté pour interdire, pendant six semaines au moins, la circulation des chiens, à moins qu’ils ne soient tenus en laisse. La même mesure est prise poulies communes qui ont été parcourues par un chien enragé. »

Cette disposition, des plus salutaires, est rigoureusement mise en pratique ... à Berlin.

Ajoutons que la diffusion des principales notions relatives aux caractères de la rage, à sa prophylaxie et aux soins à donner en cas de morsure, constitue la base de tous les règlements et la garantie de leur application.

L’Instruction sur la rage, rédigée par le Comité consultatif d’hygiène, comprend trois paragraphes :

1° Soûis à donner à une personne qui vient de subir la morsure d'un chien enragé ou suspect: cautérisation au fer rouge; en attendant, compression, lavage, succion;

2° Conduite à tenir lorsqu'un animal vient d'être mordu par un chien enragé ou suspect : l’animal doit être abattu immédiatement, sans aucun sursis, en hiver aussi bien qu’en été;

3° Caractères distinctifs de la rage du chien à ses différentes périodes : au début, l’animal- est triste, il recherche la solitude, il est inquiet, agité, gratte la terre avec ses pattes; ses gestes indiquent des hallucinations, le délire; cependant, il est encore soumis, docile, il obéit à son maître, il lui fait même souvent des caresses exagérées et très dangereuses, car sa bave est déjà virulente. Le chien enragé n'a pas horreur de l'eau ; au contraire, il en est avide : il n’est donc pas hydrophobe, et l’hydrophobie n’est j)us un signe de la rage du chien. Le besoin de mordre est un des caractères essentiels de la rage; le chien se mord lui-même, déchire les objets inertes et en accumule les débris dans son estomac, où leur présence est, lors de l’autopsie, un bon signe de la maladie. Dans la rage-mue, la mâchoire inférieure est paralysée, tombante, la gueule est béante, rouge et sèche. D’ordinaire, l’aboiement est rauque, voilé, se transforme en un hurlement saccadé qui suffit pour révéler, même à une grande distance, l’existence d’un chien enragé. A la vue d’un animal de son espèce, le chien enragé enlre dans une irritation furieuse et s’élance poulie déchirer. A la fin de la maladie, épuisé par ses fureurs et ses’efi’orls, il marche devant lui, d’une allure vacillante, la queue pendante, la tête inclinée vers le sol la gueule béante, d’où s’échappe une langue bleuâtre et souillée de poussière.

11 eût peut-èlre été prudent d’avertir que l’on ait à s’attacher à l’ensemble de ces signes plutôt qu’à l’un ou l’autre en particulier; car un chien fort bien portant « gratte la terre avec ses pattes », et la plupart des jeunes chiens mettent en pièces les objels déchirables qui leur tombent sous la dent. Dans tous les cas.il est désirable que cette instruction soit placardée en permanence dans les rues des villes et des villages; ce qu’on néglige régulièrement, en attendant les catastrophes.

Ilililiograpliie. — Dujardin-Beaumetz. Rapport sur tes mesures qu'il conviendrait de

prendre pour empêcher et prévenir la propagation de la rage (Conseil dTiyg do la Seine

1882). - De .même. Rapport sur les cas de rage qui se sont déclarés pendant les années

LES MALADES ET LES MALADIES

[Hygiène spéciale.

1881-188.3 dans le département de la Seine (Rev. d’Iiyg., VI, p. jqq, issî',. — Pasteur. Méthode pour prévenir la rage après morsure (Acad, méd., 27 oct. î 885, — Leblanc. Z)é la rage (Acad, méd., 17 nov. 8 déc. 1885). — üujaiidin-Rhaumetz. Des résultats obtenus par la pratique des inoculations antirabiques chez tes personnes mordues pur des animaux, enragés dans le département de la Seine (Acad, inéd., 20 mars 1888). — Colin "L ) Prophylaxie de ta rage (Conseil d’hyg., de la Seine, avril 1888).

2° La morve. — La morve et le farein, aigus ou chroniques, qui ne sont qu’une même maladie, viennent du cheval à l’homme le plus souvent par inoculation , à la suite de contacts répétés et par absorption delà peau, saine ou fissurée; mais aussi, vraisemblablement, par infection, comme dans le cas de Kelsch, où le malade n’avait pas eu de rapports avec des chevaux morveux, mais avait couché dans une écurie ayant servi autrefois à des animaux atteints de cette maladie. C’est donc un virus à la fois fixe et diffusible . La morve est ensuite transmissible de l’homme à l’homme et, même, peut être retournée expérimentalement au cheval.

Les personnes spécialement menacées sont toutes celles qui ont des rapports immédiats et habiluels avec les chevaux, palefreniers, cochers, soldats de cavalerie, équarrisseurs, vétérinaires, élèves des écoles vétérinaires, et enfin médecins et étudiants en médecine, intéressés par les hommes malades.

Un tableau de Bollinger, dressé sur l’analyse de 106 observations, répartit les cas par profession de la façon suivante :

Garçons d’écurie 41

Cochers, charretiers, cavaliers. 11

Propriétaires de chevaux, cultivateurs 14

Vétérinaires, étudiants vétérinaires 10

Équarrisseurs, bouchers de chevaux 12

Soldats 5

Médecins et chirurgiens 4

Jardiniers 3

Maquignons....) 2

Les contaminés par la matière du jetage, par le pus, même desséché, des pustules, peuvent être des intermédiaires de l’inoculation ou de l’infection rnorvofarcineuse.

La prophylaxie de la morve est fort simple; l’arrêt du conseil d’État, du 16 juillet 1784-, la contient tout entière : déclaration obligatoire par les propriétaires des cas de morve éclos ou soupçonnés dans leur écurie; visite d’experts; abatage sans délai des chevaux attaqués de la morve. En effet, la morve confirmée est jusqu’aujourd’hui incurable; il n’y a donc rien à attendre, et les intérêts matériels euxmêmes des propriétaires exigent la disparition la plus prompte d’un animal qui, outre ceux qui le soignent, peut contaminer d’autres animaux et infecter profondément l’écurie. — L’ordonnance de police (Léon Renault) de 187o 11’a fait que reproduire cet ancien arrêt du conseil d’État. Les articles S, 13, 14, 32, de la loi du 21 juillet 1881 sur la Police sanitaire des animaux complètent ces dispositions.

Dans la période d’observation, néanmoins, il faudra isoler le cheval malade ; éclairer sur le danger possible les hommes chargés de le soigner et qu’il faudra choisir intelligents et robustes; les dispenser de l’étrillage, faire le lavage des narines à grande eau, hors de l’écurie, avec la brosse à long manche; ne pas laisser coucher des hommes dans l’écurie, écarter les palefreniers ou infirmiers qui auraient des blessures aux mains.

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