‹ Nouveaux éléments d'hygièneChapitre 31 sur 268 · LA NAPPE · texte numérisé non relu

LA NAPPE

Hôpital Lariboisière

Barrière Montparnasse.

Observatoire

Panthéon

Barrière do l’Étoile

Barrière de Clichy

Barrière Blanche

Belleville

58 mètres.

til —

33 mètres.

23 mètres.

Ce tableau esl, emprunté à Vallin, qui a cherché si les influences de la nappe souterraine avaient joué quelque rôle étiologique dans l’épidémie très sévère de lièvre typhoïde de 1876, à Paris. Les résultats de cette enquête ont été peu significatifs et, dans tous les cas, notablement différents de ceux qui ont été reconnus pendant le choléra de 1832, bien plus meurtier (3o décès pour 1,000 hab.) aux arrondissements riverains qu’aux arrondissements très élevés (10 décès pour 1,000 hab.). Mais l’auteur remarque judicieusement que la statistique des décès ne distingue pas entre les divers quartiers d’un même arrondissement, où la nappe peut être plus ou moins voisine du sol, et que d’ailleurs, ce n’est pas tant la proximité de la nappe, qui a de l’importance, que ses oscillations verticales. Or, Paris ne bénéficie pas encore, comme nombre de villes étrangères, de stations multiples où l'observation de ces mouvements soit suivie et enregistrée.

Ce sont d’abord les précipitations aqueuses atmosphériques, pluie, neige, rosée, qui alimentent la nappe souterraine et, par suite, les sources, les cours d’eau, les lacs, la mer. Le régime des pluies, celui des saisons, donnent à cette alimentation ses caractères particuliers.

Il n’arrive jamais à la nappe qu’une fraction de l’eau tombée. Dalton a calculé que la Tamise et les autres fleuves d’Angleterre ne portent à la mer que 40 p. 100 de l’eau qui a arrosé le pays. La Seine n’écoule qu’un tiers de l’eau de pluie tombée sur les terrains de son bassin ; le Rhône, que 58 p. 100; la Garonne, 64,6 p. 100 (Soyka); le Rhin, 50 p. 100(Berghaus). Des constatations analogues ont été faites à l’égard de la Weser, de la Lippe, de l’Yonne.

Il en résulte qu’indépendamment de l’étendue de la surface arrosée, correspondant à une nappe souterraine, et de l’abondance des précipitations aqueuses dans la région, il faut toujours tenir le plus grand compte de l’aptitude du sol aux infiltrations d’eau jusqu’à la nappe et de l'alimentation de celle nappe, s’il y a lieu, par la déperdition de certains ruisseaux, lorsqu’il s’agit d’apprécier dans quelle mesure telle ou telle nappe peut assurer l’approvisionnement d’eau d’une ville.

La nature du sol et l’intensité variable de l’évaporation expliquent que l’ascension du niveau de la nappe souterraine n’ait pas toujours lieu dans le môme temps après les pluies dans un môme lieu et n’offre pas les mômes rapports en tous lieux avec les précipitations atmosphériques. On a constaté, sur certains points, que le sommet de la courbe du niveau de l’eau souterraine coïncide précisément avec la plus grande chaleur de

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l’année. A Munich (28 ans d’observation), le sommet de la courbe des précipitations tombe en juin et celui de l’eau souterraine en juillet; mais, à Berlin (16 ans d’observation), le premier est en juillet et le second en avril. En outre, les rapports des deux courbes sont bien différents d’un point à l’autre. Tandis qu’il Munich une différence entre le minimum et le maximum mensuel des pluies allant de 30 à 112 millimètres d’eau n’arrive qu’à faire passer le niveau de l’eau souterraine de l’altitude miniina 515m,485 à l’altitude 51 5m,753 comme maximum, les extrêmes correspondants, à Berlin, sont 32 et 06 millimètres de pluie, 32m,38 et 32m,90 d’altitude de l’eau souterraine.

Tous les météorologistes savent qu’en beaucoup de lieux, comme Madrid, Home, le Caire, etc., il s’évapore trois ou quatre fois plus d’eau qu’il n’en tombe. Il faut donc que sur des espaces voisins, l’évaporation soit entravée par diverses conditions de température, de végétation. La pénétration de la pluie dans le sol est la meilleure protection contre l’évaporation et, en fait, plus l’eau a pénétré profondément, moins elle s’évapore (Soyka, d’après Haberlandl). La faiblesse de l’évaporation en hiver permet de comprendre pourquoi les précipitations de cette saison sont le plus sérieux aliment de la nappe souterraine. En été, dans les pays secs, il est certain que la condensation de la vapeur d’eau de l’atmosphère, par absorption de la part du sol (Volger), rend une part sérieuse de son eau au sol. La raison physique de cette condensation est dans la température du sol, plus basse, à ce moment et à une faible profondeur, que celle de l’air. Le sol sec et froid absorbe au mieux la vapeur d’eau.

Dans l’année sèche 1863, ltisler a observé que, sur sa propriété de 12,300 mètres carrés, des 815 millimètres d’eau tombée il s’en évapora 664, ou 81 p. 100. La moyenne, sur une série d’années, est bien au-dessous de ce chiffre.

D’ordinaire, une pluie modérée et üne, fût-elle d’abondance médiocre, profile plus à l’eau souterraine que les averses violentes, quelle que soit la quantité d’eau qu’elles précipitent.

UtiliNntion «le la nappe souterraine comme moyen «l’approvisionnement «l’eau. — En dehors des sources proprement dites qui s’en échappent, la nappe souterraine alimente tous les puits que les particuliers creusent dans les centres habités. Elle peut également servir à abreuver les groupes urbains et, en fait, de nos jours, comme on le verra (chap. Eau), elle fournit, à l’aide de puits profonds et de galeries d’aspiration, des quantités énormes d’eau irréprochable à des municipalités qui, parfois, croient emprunter l’eau d’un fleuve. — On a calculé que, dans un rayon de 20 lieues autour de Londres, le bassin de la Tamise, formé d’une épaisse couche de craie sur roche imperméable, emmagasine par jour plus de 2 millions de mètres cubes d’eau, môme en supposant que le sol n’y absorbe que 150 des 700 millimètres d’eau qui y tombent annuellement.

Variante» «le la nappe souterraine. — 11 existe, parfois, dans un plan

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différent de la nappe principale, des nappes secondaires d’étendue restreinte, qui, sauf leurs dimensions, ont les mômes rapports avec la santé des humains que celle qui a été étudiée. D’autres sont comprises entre deux couches imperméables ( Unlergrundwasser , Virchow); ce sont les nappes profondes ou secondes nappes, que l’on va quelquefois chercher par dessous et à travers la première, la vraie nappe souterraine, dans les grandes villes industrielles, comme Lille, où celle-ci est très corrompue et, surtout, trop peu abondante. On fait, dans ces cas, des puits de 30 à 00 mètres de profondeur.

Suivant Delesse, la véritable nappe souterraine, à Paris, serait, au contraire, sur un plan plus élevé que la nappe d'infiltration (qui se draine à la Seine). Elle est au-dessus de l’argile de Beauce et de l’argile verte, bien plus haut que cette dernière. La nappe d’infiltration s’étend principalement dans la vallée de la Seine et de la Marne, où elle alimente les puits; la nappe souterraine venant de l’argile verte gagne les collines et les plateaux des environs de Paris, où elle fournit des sources en abondance.

On peut considérer comme nappes souterraines les eaux invisibles qui, en Afrique, dans des zones sans pluie, reposent dans des dépressions de terrain, à fond de rochers, remplies d’une couche d’alluvions. En ce point surgit une oasis. Mais la menace d’influences malariales de la part du sol est établie (marais souterrain).

Mesure de la profondeur de la nappe et de ses oscillations verticales. — Ce que l’on cherche, c’est la distance de l’eau souterraine à la surface du sol et les variations de cette distance.

Pour faire cette recherche, on choisit un puits qui ne serve qu’à cela ou un trou de l'orage fait exprès. Autrement, l’eau extraite du puits ferait baisser artificiellement le niveau de l’eau souterraine. Toutefois, on peut attendre quelques heures après qu’il a été puisé de l’eau, pour pratiquer la mensuration, et même, dans les terrains légers, opérer Lout de suite, parce que l’eau puisée est vite remplacée et que le niveau se rétablit aussitôt. Un ruban métrique ou une longue règle, portant à son extrémité libre un corps sur lequel la trace de l’eau se reconnaît aisément, est descendu dans le puits suffisamment pour rencontrer l’eau. On note, d’autre part, le point où la partie supérieure du ruban se trouve à la hauteur d un « point fixe » situé sur la margelle et précisant l’altitude du lieu. La distance, lue sur le ruban, entre la division correspondant à ce point lixe et celle où 1 on constate l’humectation par l’eau du puits, est la mesure cherchée. Pettenkofer a imaginé de munir de petits récipients ou coquilles la partie inférieure du ruban. Ces coquilles se succèdent à de courtes distances; on compte les divisions jusqu'à la première qui se trouve pleine d’eau.

On n’a pas tardé à recourir à des appareils automatiques et même enregistreurs. A Munich, une chaînette portant du côté du puits un flotteur en liège, de l’autre un contrepoids, s’enroule sur un cylindre horizontal qui porte, à une extrémité, une aiguille verticale. Selon que le flotteur monte ou s’abaisse, l'aiguille indique des chiffres plus ou moins élevés sur un cadran lixé en arrière d’elle. Il y avait, à l’exposition d’hygiène de Berlin (1883), un appareil enregistreur construit par Fucss: un flotteur portait une lige verticale, rigide, armée d’un cravon horizontal

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il sa partie supérieure hors du puits; celui-ci inscrivait sur un cylindre tournant les oscillations que la montée ou la descente du flotteur imprimaient à la tige.

Applications «le l’observation «le la nappe souterraine il l’étiologie.

On a pu déjà entrevoir, surtout à un point de vue général, quelques-

unes des conséquences sanitaires qui peuvent résulter des phénomènes de décomposition dans l’épaisseur des premières couches du sol, favorisés par l’humidité de ces couches et accompagnés de dégagements et d’échanges gazeux. Les hygiénistes ont éprouvé le besoin de préciser ces conséquences et nous chercherons à faire de même. Parmi les tentatives de ce genre, il en est qui appartiennent encore à l’histoire contemporaine et qui ont eu un éclat mérité. 11 convient de les prendre pour point de départ.

I. Ces essais ont porté sur l’étiologie du choléra et celle de la fièvre typhoïde.

ot. Choléra. — On avait remarqué, dès les premières apparitions du choléra en Europe et particulièrement en France (Nérée Boubée, Fourcault, Yial, Dechambre), que les localités reposant immédiatement sur le roc ou sur des couches compactes, inaccessibles à l’eau, pouvaient bien présenter des cas isolés de la maladie, mais n’avaient jamais eu que très rarement de véritables épidémies de choléra. On savait également que les foyers épidémiques du mal affectionnent les localités situées le long des fleuves; mais, comme d’autre part l’homme est le véhicule avéré du fléau, on ne voyait dans ce fait que le rôle de grandes routes, départi aux fleuves dans les relations entre humains.

En 1854, Pettenkofer reconnut que l’on trouvait, dans la carte épidémique du choléra, des localités atteintes qui n’étaient pas précisément sur le passage par eau, mais se reliaient au fleuve uniquement par leur situation dans le bassin ou sur la pente d’une vallée. Les localités établies sur la ligne de partage des eaux, fussent-elles à une hauteur médiocre, étaient régulièrement épargnées. On s’aperçut bientôt que le voisinage des fleuves, en soi, n’était pas l’influence décisive. Là où la rive était formée de terrain compacte, on n’avait pas le choléra, et, sur les rives de terrain poreux, la vallée fluviale n’était frappée épidémiqueinent que dans une étendue limitée. Or, dans un terrain dont les couches superficielles sont poreuses, c’est la couche imperméable la plus prochaine qui détermine la ligne où un cours d’eau doit apparaître au jour. Ce cours d’eau occupe nécessairement les points les plus déclives, le long de la ligne sur laquelle convergent les couches imperméables de pentes diverses. Là, l’humectation du sol poreux n’est plus ce qu’elle était à la ligne de partage. De même, les alternatives d’humectation du sol poreux varient d’un point à un autre de la vallée fluviale; un degré d’humidité qui n’existe plus à la partie supérieure de la vallée peut persister en aval.

Mais ce n est, dit Pettenkofer, ni le sol poreux en soi, ni la nappe souterraine seule, qui ont de l’importance vis-à-vis du développement des épidémies cholériques; la circonstance déterminante, ce sont les alter- Ap.nould, Hygiène. 2e édit.

DU SOL. [Hygiène

nances île niveau de cette nappe, les inondations souterraines. L’épidémie de 1854 â Munich et celle de 1855 à Zurich et ailleurs ont été précédées d’une énorme élévation du niveau de l’eau tellurique.

Il va de soi que l’auteur n’attribue pas une influence directe et mystérieuse à ces oscillations mêmes ; celles-ci agissent en humectant les détritus organiques de provenance humaine dont le sol est imprégné, non seulement sous les habitations en maçonnerie de nos villes et de nos villages, mais sous les tentes des troupes en expédition, autour des baraques et des boutiques improvisées où s’abritent et se fournissent les ouvriers employés aux grands travaux publics, et même aux lieux de campement des caravanes de pèlerins, dans la traversée du désert. La souillure dangereuse, dans le cas présent, est la dispersion ou la pénétration dans le sol des excréments humains. Le moment redoutable est celui où, à une ascension considérable du niveau de l’eau souterraine, succède un abaissement qui laisse derrière lui l’humectation et fait appel à l’air extérieur. C’est dans le sol d’alluvion que ce phénomène est le plus facile et le plus commun. Même dans l’Inde, il semble présider aux réveils épidémiques de l’endémie dont cette contrée a le fâcheux privilège.

La quatrième proposition contenue dans les recherches de Pettenkofer sur le choléra dans l'Inde est ainsi conçue : « L’élément du processus cholérique, qui se développe dans le sol et dépend essentiellement des allures du choléra par rapport au temps, dans ses foyers d’endémicité ou d’épidémicité, exige, parmi d’autres conditions, un certain degré d’humidité moyenne du sol. Une sécheresse permanente (comme celle du désert) et une humectation prolongée du sol (comme dans le Delta du Gange, à la fin de la saison des pluies) sont également défavorables au choléra. C’est pourquoi, dans les régions de l’Inde supérieure, où la sécheresse et la chaleur dominent, le choléra coïncide habituellement avec la saison des pluies (choléra d’été ou de la mousson, à Lahore), tandis que dans le Bas-Bengale, dont le climat se caractérise par la chaleur humide et des précipitations aqueuses abondantes, le choléra se réveille avec le printemps sans pluie (choléra de printemps, à Calcutta) et disparaît de nouveau avec les pluies et la mousson d’été. Les localités, telles que Madras, qui, toutes choses égales d’ailleurs, tiennent le milieu entre Lahore et Calcutta pour le régime des pluies, présentent, assez régulièrement, dans la même année, un choléra de printemps et un choléra d’été.

« Ainsi, selon que, dans une même contrée, les circonstances de température, d’humidité et, par conséquent, les oscillations de la nappe souterraine, s’écartent de la règle ordinaire, le rythme dans le temps et la fréquence du choléra varient dans un sens ou dans l’autre. A Bombay, l’on voit, pour ces raisons, prédominer tantôt le choléra d’été, tantôt celui de printemps.

« Une môme quantité de pluie agi tdifféremment sur des sols de constitution différente et différant aussi par la sécheresse ou 1 humidité habituelle. Le sol et les oscillations de la nappe souterraine peuvent être regardés comme les raisons de l’immunité temporaire ou permanente. »

En cherchant à vérifier, pour quelques villes de France, la théorie tellurique de la propagation du choléra, Decaisne constate que Lyon a toujoui-s montré une grande résistance à ce fléau ; ce qu’il y a de plus frappant dans les conditions hygiéniques de cette cité, c’est qu’une partie de la ville repose sur le roc et le granit, soit immédiatement, soit par l’intermédiaire d’une couche d’argile inter-

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posée (Croix-Rousse, Fourvières, Saint-Just), et que l’autre partie, qui repose sur le terrain d’aUuvion (Perrache, la Guillotière, les Brotteaux, Yaise), possède une nappe souterraine toujours très élevée et ne s’abaissant notablement qu avec les bas niveaux du Rhône. Ces quartiers furent môme assez éprouvés en 1854, époque à laquelle le Rhône descendit à l’un des niveaux les plus bas qu’on ait eus depuis quarante ans. Versailles, qui ne fut jamais que très peu touchée par le choléra, est bâtie sur un sol sablonneux qui recouvre à peu de profondeur une couche de marnes imperméables; les fondations des maisons de Versailles (Gémin) reposent sur cette couche. Paris, au contraire, qui ne s’est montré réfractaire à aucune des épidémies cholériques, est bâti sur les terrains éocènes tertiaires, perméables et arides.

Dans le bassin de la Seine, il y a eu immunité cholérique pour le massif granitique du Morvan, le terrain crétacé inférieur, excessivement humide, imperméable, couvert d’étangs, les argiles à meulières supérieures, de même caractère, le Lias Auxois, Bazois, argileux, très imperméable, aride en été. Ont été maltraités : les calcaires oolithiques de la Bourgogne, arides par excès de perméabilité, la craie blanche de Champagne, et les terrains éocènes tertiaires, calcaire grossier, sables moyens.

Les villes de Birmingham, Francfort-s. -M., Würzbourg, Stuttgart, Crefeld, Salzbourg, Innsbrüclc, Munster, ont été reconnues jouir d’une immunité pareille à celle de Lyon et Versailles vis-à-vis du choléra.

La théorie de Pettenkofer obtint rapidement une grande vogue, non toutefois sans rencontrer des contradicteurs autorisés. C’est à l’occasion d’objections soulevées par Virchow, que l’auteur s’expliqua à l’aide de l’hypothèse de la génération alternante des germes, défendue aussi par le professeur Liebermeister (de Bâle), et à laquelle sa formule étiologique s’adaptait, en effet, merveilleusement. Ce n’est pas le lieu de développer cette doctrine; qu’il suffise de dire que l’on distinguait le germe (C ho 1er alceim) du poison cholérique ( Choleragift ); le premier se trouve chez le malade et dans ses selles; il est inofîensif; pour devenir poison et être capable d’infecter un sujet sain, il a besoin d’accomplir une nouvelle phase de son existence, hors de l’homme, dans un substrat approprié. Le meilleur substrat, ou milieu, est le sol souillé d’immondices et dans lequel l’air et l’eau se rencontrent.

Aujourd’hui, les élèves de l’École de Munich et le maître lui-même, dans son grand ouvrage sur Y État actuel de la question du choléra, cherchent à moderniser la doctrine formulée, il y a plus de trente ans, et à en atténuer, en quelque sorte, l’expression première. On vise un peu moins les oscillations de la nappe souterraine et davantage les conditions qui rendent le sol « miasmatique » ( Siechhaft , .Nâgeli), entête desquelles, toutefois, reste toujours un degré prononcé d’humidité. Il n est plus guère question de la « Grundwasserthcorie », mais de la théorie « localiste». 11 y aune certaine disposition de lieu (dépendant du sol) qui, à la faveur d une certaine disposition de temps, décide souverainement de la réussite des germes cholériques, importés parmi les groupes; à tel point que cette disposition locale est plus importante que la bactérie du choléra et que, pour Pettenkofer, 1 assainissement du terrain prime tout à fait la désinfection, l’isolement et les quarantaines. — On ne contestera peut-être pas que la réalisation du premier ne réduise beaucoup l’œuvre des autres.

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Malgré ces concessions, l’étiologie du choléra, depuis la découverte du bacille de Koch, rompt tous les jours le cercle dans lequel l'enfermait Pettenkofer. On semble affirmer de plus en plus sa transmissibilité directe, sans l’intermédiaire du sol, par tout autre véhicule que l’air s’élevant de celui-ci, par l’eau de boisson spécialement (R. Koch, Marey, Proust, Brouardel, Charrin, v. Gruber, etc.); finalement, la possibilité de sa propagation sur toutes les formations géologiques, même sans nappe souterraine (L. Pfeiffer).

(J. Fièvre typhoïde. — De 1855 à 1866, pendant que Pettenkoffer notait les oscillations de l’eau souterraine, Bulil autopsiait tous les typboïsants morts à l’hôpital de Munich et en tenait exactement le registre. Rapprochement fait, il se trouva que les plus bas niveaux de la nappe coïncidaient avec les chiffres les plus hauts de la léthalité typhoïde et, inversement, que les niveaux les plus élevés de la nappe souterraine se rencontraient, sous le rapport du temps, avec les chiffres les plus faibles du typhus abdominal. Buhl en concluait simplement que le principe spécifique de la fièvre typhoïde est dans le sol; mis à nu quand la nappe plonge, il serait recouvert par elle quand elle remonte. Ce qui est incontestable, c’est que plus la chute de la nappe souterraine est rapide, profonde et durable, plus riche est la quantité de substances organiques putrides qui sont mises en liberté dans le sol; réciproquement, plus son ascension est rapide, puissante et prolongée, plus il y a de ces matières recouvertes et submergées.

En supposant que le principe de la fièvre typhoïde fût un germe et qu’il y eût encore lieu ici à une génération alternante, on ne pouvait mieux trouver pour expliquer comment le milieu d’évolution ( substrat ) était tantôt offert, tantôt soustrait, au germe typhoïde. Et si ce germe existe à un moment donné dans le sol (venu avec les selles d’un premier typhoïsant), rien n’est plus simple que de comprendre sa pénétration dans l’air de nos demeures, grâce aux échanges gazeux inévitables entre l’air du sol et l’atmosphère, et sa puissante influence dans l’atmosphère limitée de nos appartements, où aucun moyen de ventilation ne permet d’approcher de la dissémination des germes qui se fait d’elle-même à l’air libre.

L’échange gazeux atteint quelquefois aussi son effet en pleine campagne ; en ce qui concerne le choléra, Pettenkofer relevait soigneusement le fait qui suit. 11 y avait, aux Indes, une certaine route par une vallée fluviale, sur laquelle les troupes anglaises, à certaine époque de l’année, ne pouvaient jamais camper sans avoir de nombreux cas de choléra : on avait fini par l’éviter systématiquement. Un jour, par suite de circonstances pressantes, un détachement de 400 hommes, sous le commandement de sir Patrik Grant, fut obligé de la reprendre. On défendit rigoureusement aux soldats d’entrer dans aucune maison des indigènes, de boire même une goutte d’eau des sources du pays. Néanmoins le campement dans la vallée coûta la vie à 80 hommes du détachement. D’où était venu le germe du choléra, sinon du sol, par l’air émané de ses couches superficielles?

Presque dans le même temps que Buhl, Seidel (de Dresde) apportait un sérieux appoint à la théorie des oscillations du Grundvvasser en montrant

générale.] NAPPE SOUTERRAINE.

que le niveau de la nappe souterraine dépend de la quantité d eau tombée et, à la fois, que les mois de plus grande précipitation aqueuse sont ceux de moindre léthalité typhoïde. Il était tout naturel de réunir les trois faits : eau tombée, niveau de l’eau souterraine, lréquence de la fièvre typhoïdq. C’est ce qui fut fait et Pettenkofer, d’après les calculs de Seidel, put annoncer en 1872, à la Société médicale de Munich, que seize années d’observations permettaient d’afûrmer que les probabilités de la coïncidence d’un niveau d’eau souterraine déprimé avec une fréquence élevée du typhus abdominal étaient désormais de 36,000 contre 1. Le typhus (abdominal) monte comme le Grundwasser descend : telle est la loi.

II. Or, cette loi a été l’objet de protestations nombreuses, ou tout au moins a paru, çà et là, susceptible de restrictions ou de modifications profondes. Virchow consent à regarder les années sèches comme des années de typhus (abdominal), ce qui ne dérange pas sensiblement la formule précédente; mais, fait-il observer, il y a bien des localités où les couches superficielles du sol sont humides sans qu’il y ait de nappe souterraine ; les oscillations de celle-ci peuvent donc avoir quelque influence, sans être une condition sine quâ non. Pfeiffer et Delbrück ont trouvé une relation différente : celle du choléra avec la température du sol. 11 est vrai que la discordance est loin d’être absolue, puisque, nous le verrons, lorsque la nappe souterraine s’est retirée et que la fermentation putride commence, rien ne la favorise mieux que la chaleur des couches qui en sont le foyer.

Sur divers points d’Allemagne et à Munich même, en face de la Grundiv as ser théorie, s’éleva une doctrine étiologique nouvelle et qui faisait table rase de la première, à savoir celle de la propagation du choléra et de la fièvre typhoïde par l’eau de boisson (Trinkwasser théorie) , dont Wolfsteiner ] fut le champion déterminé dans la Société des médecins de Bavière. Divers faits éclatants, observés en Angleterre (Snow), en Hollande (Snellen), en Allemagne même (Wolfsteiner, Zuckschwerdt), plaidaient en faveur de ce ' nouveau rapport étiologique, que nous retrouverons ultérieurement.

Quant à l’influence de la nappe souterraine, Buchanan faisait remarquer que 25 villes anglaises, à l’aide de l’établissement de conduites d’eau et de la canalisation souterraine, avaient fait baisser notablement le niveau de leur nappe sans que pourtant la fièvre typhoïde éprouvât une recrudescence ; c’était plutôt le contraire.

Pettenkofer (1870) considéra cet argument comme une subtilité et n’eut pas tout à fait tort. Ce dérangement artificiel de la nappe souterraine devait évidemment troubler aussi les indications fournies par les oscillations du niveau, sans qu’on puisse taxer l’instrument lui-même d’infidélité, de même que l’on peut, en dérangeant avec le doigt les aiguilles d’une montre qui va bien d’ailleurs, lui faire marquer une heure fausse.

Il y eut des dissidences mieux motivées. Biermer constate qu’à Zurich , la fièvre typhoïde de 1867 et celle de 1872 ne respectent pas la loi des oscillations inverses du typhus abdominal et de la nappe souterraine. Socin, à Bâle, d’après un relevé de vingt années (1848-1869), trouve que la fièvre typhoïde n atteint annuellement ses chiffres les plus élevés qu’un temps

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