‹ Nouveaux éléments d'hygièneChapitre 33 sur 268 · NAPPE SOUTERRAINE · texte numérisé non relu

NAPPE SOUTERRAINE

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absolument erronées et négligeables ? En aucune façon; aussi longtemps, au moins, que l'on regardera la fièvre typhoïde comme étroitement liée, dans ses explosions épidémiques, à la présence de foyers putrides, créés par la vie animale et surtout humaine. On ne peut guère contester aujourd'hui que le sol, dans de certaines conditions, à l’intérieur des villes ou des villages, ne soit le grand réceptale des déchets organiques, de la matière à putréfaction. On ne contestera pas davantage que les résidus organiques, les excréments humains surtout, sont d’autant plus dangereux que la fermentation y est plus active.

Le principe delà fièvre typhoïde est un microorganisme; il a donc besoin, pour vivre, comme d’autres microorganismes, de chaleur, d’humidité et de matière nourricière. Toutes ces conditions ne se trouvent jamais mieux réunies que dans le cas supposé par Pettenkofer, pourvu qu’on n’attache pas une importance absolue à loi des oscillations inverses. Aussi faut-il tenir compte des vues étiologiques de cette École, tant qu’il ne sera pas démontré que le bacille typhique, qui est complaisant et vivace, ne saurait ni se développer ni se conserver dans le sol, quelles qu’en soient les propriétés. La question est plutôt de savoir comment il peut en sortir, avec l’eau ou avec l’air, problème que nous aborderons bientôt.

Que si l’influence typhogëne, directe et spécifique, du sol venait à être controuvée, il n’en resterait pas moins que, du sol imprégné de substances putrescibles, où le degré convenable d’humidité a permis la fermentation, il se dégage des produits gazeux et des composés volatils mal définis, qui sont l’association la plus fâcheuse que puisse subir l’air atmosphérique. Ces émanations agissent, au moins, sur les récepteurs de la fièvre typhoïde, préparent l’économie à être un bon terrain de culture et affaiblissent la vitalité de la cellule animale.

Mais le sol ne peut-il êlre à la fois chaud, aéré et humide, qu’à la condition de posséder une nappe souterraine? Et, s’il y a une nappe souterraine, la fermentation, avec l’activité qui convient pour l’éclosion d’une épidémie typhoïde, se rencontrera-t-elle toujours à point nommé avec tel ou tel des mouvements de cette nappe ? L’effet pathogénique des émanations du sol sera-t-il constant et fatal, et les phénomènes de putréfaction ne peuvent-ils s’accomplir que dans le sol perméable, dans les conditions convenables pour la réviviscence de la fièvre typhoïde? Les choses naturelles n ont point cette invariabilité, et les études étiologiques ne nous ont guère habitués à des rapports simples et mathématiques entre les faits extérieurs et la génération des maladies.

La formule de Pettenkofer exprime un fait général réel et qui peut êlre d observation fréquente ; mais elle ne saurait être acceptée comme unique etd application universelle. Nous avons proposé ailleurs de ne la prendre que dans le premier sens, qui ressort suffisamment des développements dans lesquels on vient d entrer. « Elle gagnerait de l'importance en perdant de sa rigueur, » disions-nous, et il ne serait pas nécessaire d’adhérer à 1 hypothèse de la génération alternante des germes pour admettre qu’un sol accessible aux déjections de cholériques ou de typhoïsanls peut être spécifiquement dangereux, et cela d’autant plus qu’il les retient mieux à une laible profondeur et qu’il se prête mieux au conflit de l’air et do

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l’eau dans les couches dont l’iniluence sur l’air atmosphérique est incontestable.

Ici, encore, il semble que les élèves de Pettenkofer admettent quelque atténuation aux formules présentées autrefois. On peut s’en apercevoir à la lecture des récents travaux de Port et de Soyka sur l’étiologie de la fièvre typhoïde (insérés dans Archiv fur lhjgicnc, l’organe officiel de l’École de Munich).

Le docteur Port, qui a exposé d’une façon remarquable les allures de la fièvre typhoïde dans les casernes de Munich, maintient la loi fondamentale : que les épidémies de typhus sont amenées par la chute de la nappe souterraine et réprimées par son ascension ; mais il ajoute déjà : « dans tous les lieux où les propriétés du sol sont les mêmes qu’à Munich ». Il reconnaît, en outre, que le point le plus bas de la courbe du typhus retarde de 4 mois sur le point le plus élevé de celle de la nappe, et que le fastigium du typhus retarde d’autant sur le moment de la plus grande dépression de l’eau souterraine. Enfin, il ne dissimule pas certaines irrégularités, ressortant d’ailleurs de ses graphiques, soit d’une année à l’autre dans la même caserne, soit d’une caserne à la voisine.

Soyka établit une intéressante comparaison entre les villes de Berlin, Munich, Francfort-s. -M., Brème, Salzbourg. Les observations faites sur ces points divers confirment essentiellement le principe ; mais avec quelques divergences qui amènent l’auteur à rester, au moment de ses conclusions, dans des termes généraux. « La répartition saisonnière du typhus, dit-il, a un rythme qui ne correspond pas aux divisions ordinaires du temps, mais aux changements dus à la hauteur de l’eau souterraine. Le rythme du typhus est généralement en sens inverse de celui de la nappe.» On peut aisément, à la seule inspection de ses courbes, surprendre parfois le typhus et le niveau de l’eau souterraine marchant parallèlement; par exemple, à Berlin, en 1874; à Brème, en 1874 et 1884; et même à Munich, de 1880 à 1885. L’auteur admet, ce qui est grave pour l’École à laquelle il appartient, qu’un bon approvisionnement municipal d’eau soustrait, au germe typhique, un « moyen de transport important », encore qu’il puisse influencer la nappe en ne mettant plus à contribution les puits. Bref, il ne réclame plus, pour les oscillations de la nappe, un rôle causal, mais simplement le titre d’une condition, de même que la poussière, dans la théorie d’Aitkin, est une condition du brouillard, mais ne le fait pas. Nous pensons que bientôt il faudra encore faire descendre de cette dignité les oscillations de la nappe souterraine.

En France, le professeur Corail [Acad, de méd., 29 mars 1S87) a proposé, de l’influence des oscillations de la nappe, une explication déjà avancée par Gafflcy, mais que l’école de Munich n’acceptera certainement pas. «La théorie de Pettenkofer, dit Corail, ne contient qu’une partie de la vérité au sujet de l’étiologie de la fièvre typhoïde, mais cette partie de vérité est incontestable... Un abaissement de la nappe souterraine, c’est la diminution d’une rivière ou d’une source, c’est l’accumulation, sous un plus petit volume, des germes nocifs qu’elle peut contenir. D’autre part, dans un terrain perméable, c’est l’attraction des microbes vers les parties déclives, c’est-à-dire vers les origines de la collection des eaux. Le contraire a lieu naturellement, quand la nappe s’élève ; la quantité de l’eau dans les sources ou les rivières est augmentée et, pour un même poids, sa virulence est détruite ou affaiblie. Les organismes pathogènes, au lieu d’être attirés vers ces

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