ANNUELLE. ESTIVALE
Les fièvres de marais se rencontrent encore : à Fort Vancouver (Orégon)
Québec (Canada)
Kingston (Canada) .
Halifax (Nouvelle-Bretagne)
Toronto (Canada)
Gestricie (Suède)
Saint-Pétersbourg
Barnaul (Sibérie)
Elles ne se rencontrent plus :
k Fort Brady (Michigan)
Fort Makinack (id.)
Fort Kent (Maine)
Islande
Feroë
généralo.] ÉTAT DE LA SURFACE DU SOL. 12o
Sous la même influence, mais à un autre point de vue, les manifestations de l’intoxication tellurique sont des fièvres tierces ou quotidiennes en Hollande, dans la Bresse, des fièvres rémittentes ou continues en Algérie, continues bilieuses, liématuriques au Sénégal. Elles n’apparaissent que dans la saison chaude de nos pays tempérés et disparaissent en hiver. Dans les régions de haute lhermalité, elles croissent en fréquence et en gravité, sur un même terrain, à mesure que la saison chaude s’avance et se prononce (3e trimestre : Mayotte, moyenne thermique 24°. 8; Sénégal, 26°. 7 ; Antilles, 27°. 13; Guyane, 28°. 3). Bien plus, les accidents les plus graves suivent la saison des chaleurs plus qu’ils ne l’accompagnent; c’est en octobre que l’Algérie a ses fièvres les plus malignes et les cas les plus accentués d’imprégnation malariale ; comme si les hommes récoltaient en automne les fruits des germes que l’été a fait éclore, fleurir et mûrir.
b. L'altitude , qui, au point de vue du climat, équivaut parfois à la latitude, est incompatible avec les influences malariales, au point de vue absolu , quand elle abaisse la température moyenne du lieu à 4 ou 5 degrés. En Europe, les marais situés à 800 ou 1,000 mètres au-dessus du niveau de la mer, et même à 2,000 mètres dans les Pyrénées, sont encore dangereux; ils le sont à plus de 2,000 mètres au Mexique et à 3,600 mètres au Pérou (Tschudi).
Relativement , c’est-à-dire sous le rapport de la hauteur au-dessus du foyer, les observations de Monfalcon, de Parkes, de Léon Colin, ont prouvé qu’on n’est à l’abri, en Italie, qu’à la hauteur d’environ S00 mètres et que, dans l’Inde, il faut pousser cette altitude relative à 600 ou 800 mètres.
Mais nous touchons là à une question qui se retrouvera plus loin, celle du transport des germes à distance par l'air.
c. L’abondance et la distribution saisonnière des précipitations atmosphériques ont une influence de premier ordre sur la production et la prospérité du principe fébrigène malarial. D’une façon absolue, il faut de l’humidité au sol pour qu’il soit capable de devenir le foyer des fermentations malariales; la pluie apporte d’abord cette humidité nécessaire. Mais si les pluies sont continues, ou très abondantes à un moment donné, l’eau peut être en excès, recouvrir le sol jusqu’à une certaine hauteur; et l’expérience a démontré que le principe malarial ne prospère pas sous une couche aqueuse un peu épaisse; il ne se trouve pas mieux de la submersion que de la dessiccation. Les circonstances les plus favorables sont des pluies d’hiver généreuses, suivies de sécheresse en été et jusqu’à l’automne : c’est ce qui arrive le plus fréquemment en Algérie. Si les hivers sont secs, l’endémo-épidémie malariale n’est point sévère dans notre colonie. A la suite des sécheresses de 1866 et 1867, qui devaient engendrer la famine et le typhus algérien de 1868, les fièvres d’été et d’automne furent relativement rares et presque toujours bénignes. L’hiver et le printemps de 1868 furent marqués par une grande abondance d’eau météorique ; les fièvres de 1868, en été et en automne, reprirent l’extrême fréquence et la malignité qui avaient frappé les premiers observateurs.
Dans nos pays tempérés, quelques jours d’une pluie abondante, en été
DU SOL
[Hygiène
ou en automne, peuvent couper court à une épidémie de fièvres telluriques: le sol malarial est noyé pour un temps durable. Dans les pays chauds, il en est tout autrement; les averses d’été n’arrivent point à couvrir un sol déjà profondément sec ; l’eau en est d’ailleurs rapidement évaporée, s’il en reste à la surface. Ces averses ne font, habituellement, que donner un surcroît d’activité aux phénomènes de vie dans la couche superficielle et assurer une plus grande intensité des manifestations malariales. Ün observe le fait en Algérie. Il est plus frappant encore au Sénégal : Borius, Bérenger-Féraud, remarquent avec insistance que, le sol étant parfaitement sec et les fièvres absentes pendant la saison sèche, les premières pluies de l 'hivernage, en juin, qui ne mouillent que la poussière, font apparaître la fièvre après vingt-quatre ou quarante-huit heures ; en plein hivernage, c’està-dire dans la période d'inondation, l’insalubrité des premiers jours se modère; puis, elle redouble en septembre et octobre, c’est-à-dire quand les pluies s’arrêtent et que les chaleurs terminales de l’hivernage viennent dessécher les marigots créés par l’eau de la pluie.
On retrouve aisément, dans ces circonstances, la raison de la distinction autrefois classique et rappelée par Vallin : des marais couverts, découverts et alternatifs.
e. Les marais recouverts de végétation sont moins offensifs que les marais nus; planter des arbres ou des légumes est même un moyen d’assainir les marais. Mais encore faut-il que les plantes aient été choisies par l’homme et que la végétation soit méthodiquement dirigée. Au fond, l’effet d’assainissement est lié au remaniement du sol plus qu’à la présence des arbres. La forêt vierge, les jungles, les hauts herbages n’empêchent pas le sol d’être malarial. 11 en est de nombreux exemples dans toutes les parties du monde. La vaste zone du Teraï, au pied de l’Himalaya, l’une des plus meurtrières aux humains, est précisément recouverte d’arbres, de lianes et de broussailles.
f. il y a des influences de localité, mal expliquées jusqu’aujourd’hui. Divers points du globe présentent en apparence toutes les conditions nécessaires à la constitution d’un sol malarial ou même de marais véritables, sans que néanmoins l’action funeste des émanations d’un tel sol sur l’homme se fasse sentir. Tel est le plateau des Parécis, à 305 mètres d’altitude, où se fait le partage des eaux de l’Amazone et du Paraguay, avec des pentes si faibles que l’on voit pendant quelque temps le Rio Alègre (du bassin de l’Amazone) couler à 3 mètres du Rio Aguapey (appartenant au bassin du Paraguay). Telle est, du reste, presque toute la région pampéenne. Taïti, la Nouvelle-Calédonie, la plupart des îles de la Polynésie, partagent cet heureux privilège. Boudin relevait cette circonstance et tendait à en faire un caractère général aux terres de l’hémisphère sud. Les marais du Brésil et du Pérou, très délétères, prouvent bien qu’il ne s’agit pas ici d’une semblable règle. J. Girard crut pouvoir noter, comme circonstance importante, que les îles à marais inoffensifs, comme Taïti et la Nouvelle-Calédonie, sont entourées de coraux vivants, tandis que les Antilles, très insalubres, le sont de coraux morts. Mais que dire de la plaine des
ÉTAT DE LA SURFACE DU SOL
générale. 1
pampas? Pauly en attribue la salubrilé il une ventilation sans obstacle par des courants énergiques.
Pommay adopte cette explication pour les marais inoffensifs des hauts plateaux du Sud Oranais. Je ne sais si l’on pourrait appliquer la même théorie à la rareté des fièvres sur divers points de l’Amérique du Nord et de l’Inde, cités par Hirsch (d’après Kingii Monterey, Ilead dans le Minnesota, Wortabel en Syrie, Annesley dans la présidence de Madras), et qui ont extérieurement toutes les apparences du sol malarial. Est-ce aussi pour cette raison que les bords des grands lacs américains, de 43° à 46° de latitude nord, sont inoffensifs?
g. Quelques autres faits de même ordre sont restés sans explication. Ainsi, la différence d’intensité des épidémies d’une année à l’autre, ou même des excerbations de l’endémie, en un même lieu, dans des circonstances climatériques sensiblement identiques pendant une série d’années (L. Yolz). Ainsi encore, les manifestations pandémiques de la malaria, signalées par Hirsch, apparaissant par longues périodes irrégulières, quoique chaque année ramène à peu près les mêmes phénomènes météoriques, et gagnant des zones territoriales qui, habituellement, ne se montrent pas favorables au développement de la maladie. On a même fait remarquer que la Suède et la Norwège ne prennent leur part de l’extension pandémique qu’un an ou deux après l’Europe centrale, comme s’il s’agissait d’un transport réel d’un agent morbigène, à la façon dont on voit le choléra venir de l’Asie vers l'Europe par étapes successives et ne pénétrer en Occident qu’un temps notable après la recrudescence dans l’Inde, qui a été son point de départ.
Répartition géographique du soi malaria. I — • NOUS indiquerons rapidement les points qui se sont acquis une fâcheuse notoriété sous ce rapport.
Asie. — Toutes les côtes basses delà Méditerrannée,’de la mer Noire, de la mer Caspienne; les terres historiques de la Troade et de la Palestine; la Mésopotamie et surtout la région comprise entre le Tigre et l’Euphrate; les bords des lacs d’Arménie et de Perse; en Arabie, les environs de Médine et les côtes du golfe Persique; plusieurs points de l’Afghanistan ; dans l’Inde, le pied des pentes méridionales de l’Himalaya, les bouches de l’Indus, la plaine et le Delta du Gange, les régions des jungles et des rizières, Ceylan; la Cochinchine, l’Annam, le Tonkin, les côtes Sud et Sud-Est de la Chine.
Afrique. — Toute la côte septentrionale jusqu’à l’Atlas; quelques rares points dans la zone des oasis; la région des Chotts; le Delta du Nil et ses rives sur presque tout son parcours en Egypte et en Nubie, de Kartoum à Gondokoro ; les bords des grands lacs de l’intérieur, N’Gami, Nyanza, Tangagnyka, Tschad; la côte occidentale, du Sénégal au golfe de Guinée. C’est là qu'on voit ces fièvres à manifestations bilieuses et hémorrhagiques, qui rappellent si fort la fièvre jaune- Madagascar, Nossi-Bé, n’ont pas une renommée meilleure.
Amérique. — Il y a des marécages, mais pas de fièvre, dans la Nouvelle-Angleterre, le Bas-Canada, les rives de la baie d’Hudson, le Groenland et l’Amérique Busse. La fièvre commence à se montrer sur les rives des lacs tluron, Sainte-Claire, Erié, Ontario, et sur le versant ouest des montagnes Rocheuses, à l’embouchure de la Colombia. Sur le versant Atlantique, elle règne à partir* de Kingston et
d Halifax. On cite, à cet égard, le littoral de la Caroline du Nord, la Pensylvanie, New-Jersey, la « prairie », c’est-à-dire l’espace immense de terre végétale qui s’étend des bords du Missouri au pied des monts Alleghany, à travers les États de Missouri, Iowa, Minesota, Wisconsin, Michigan, Illinois, Indiana, Ohio; la partie ouest du Kentucky et surtout les bords du golfe du Mexique (Floride, Géorgie, Alabama, Louisiane, Texas, bords du Mississipi, du Rio Colorado, du Rio del Nortc, etc); la côte mexicaine et quelques points des hauts plateaux; les États de Centre-Amérique, spécialement sur le versant oriental. La côte du Pacifique a des marais, redoutables en Californie, mais'à peu près inofîensifs à partir de Centre-Amérique jusques et y compris le Chili. Les Antilles sont affligées d’un littoral marécageux et traitent rudement les Européens; la sinistre réputation des Guyanes et de leurs prispris n’est que trop méritée. L’état marécageux du sol est commun au Brésil (fleuve des Amazones), au Pérou et dans l’immense plaine des pampas; cependant, l’influence malariale, à ce que l’on assure, y est peu apparente ou nulle.
Océanie. — Les grandes îles asiatiques, Sumatra, Java, Bornéo, les Célèbes, les Philippines, ont des côtes basses, des barres et des atterrissement à l’embouchure des fleuves, des jungles et des palétuviers. Elles reflètent la haute insalubrité de l'Inde et de lTndo-Chine. Batavia est « le cimetière des Hollandais ». En revanche, les deltas marécageux, les côtes fangeuses, les terres vierges de Taïti, delà Nouvelle-Calédonie, des Sandwich, de la Tasmanie et delà partie sud du continent australien, ont une réputation d’innocuité qui aurait peut-être besoin d’être confirmée (Voy. p. 126).
Europe. — L’Europe septentrionale, la Scandinavie, le Danemark, la Russie, la Pologne, possèdent beaucoup de lacs et de véritables marais, que la moyenne thermique de ces contrées empêche d’être très dangereux. Toute la côte allemande de la Baltique et de la mer du Nord; les rives hollandaise, belge et même française de [cette dernière sont des terrains plats, très déprimés, où la terre et l’eau sont en perpétuel conflit; la Vistule, l'Oder, l'Elbe, la Weser, l'Ems, le Rhin, la Meuse, l’Escaut, se divisent dans la dernière partie de leur cours et forment des deltas, des barres, des flèches. La Sprée et la Havel, aux environs de Berlin, sont une série de lacs réunis par un filet d’eau. Les tourbières abondent dans l’Allemagne du Nord et l'on y voit des îles flottantes. Lalande deLunebourg [Lüneburger Heide ), les marécages de Broolc (Hambourg), les marécages du Hanovre ( Bourlanger Moor) sont bien connus. L’impaludisme y 'existe, mais n’est cependant pas très sévère.
Les rives du Danube et de ses affluents, l'Isar, la Tisza, la Save, la Drave, la Morawa, qui débordent au loin, constituent une assez large zone de marais en Bavière et en Autriche. La « plaine de Hongrie » ressemble aux Landes françaises. En Bohême, le cours supérieur de la Moldau traverse des tourbières ( Filze ) entremêlées d’étangs et de deux ou trois cents petits lacs.
La Hollande serait le pays le plus malarial du monde, si elle n’était, selon l’expression justement admirative de Monfalcon, la plus belle conquête du génie humain sur les eaux de la mer. Elle a les tourbières, les prairies tremblantes, les îles voyageuses, les plages vaseuses; mais elle a fait les « polders», desséché les lacs et élevé les digues qui fontpasser l’Océan du rôle d’ennemi à celui de protecteur. On se souvient des désastres éprouvés par l'armée anglaise à Walcheren. Les provinces d’Utrecht, de Nord-Hollande et de Sud-Hollande, quoique très peuplées, sont toujours très insalubres.
En Belgique,tle littoral des Flandres continue la Hollande, avec ses digues, ses
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vases submergées. De plus, on y trouve les landes de la « Campine » et les /agnes des vallées profondes des Ardennes.
L’Angleterre compte : les bruyères de Beaulieu, au sud de Southampton , les Romney-marsh, les bords de la Tamise, les Fens ou lourbes, dans le comté de Lincoln. En Écosse, les loelis et les moors sont communs, mais n ont pas d’influence malariale bien prononcée. Il en est de môme des landes et tourbières d’Irlande ( bogs ).
L’action malariale du sol est autrement expressive dans l'Europe méridionale : aux bouches du Danube et dans la Dobrudsclia ; en Bulgarie, en Albanie, à Corfou, dans la Morée, où les médecins français de l’expédition de 1828 ont retrouvé les accidents décrits par Hippocrate, il y a deux mille ans. Les Grecs modernes ne paraissent pas se soucier à un degré suffisant d’entretenir le drainage des kephalarias et des katavothres, qui procuraient une certaine sécurité à leurs ancêtres des temps héroïques.
L’Italie est, en Europe, la terre classique du méphitisme malarial sous tous ses aspects. En Lombardie et en Piémont , il est assuré par les rizières, par les dé« bordements du Pô et de l’Adige. Les lagunes de l’Adriatique sont insalubres lorsqu’elles ne communiquent pas librement avec la mer. Dans la basse Toscane, entre Piombino et Ortebello, s’étend la Maremme, où l’air est pestilentiel jusqu’à 300 mètres d’altitude. L'Agro Romano, plus de 200,000 hectares, est le domaine classique de la malaria, avec les marais Ponlins entre Porto d’Anzio et Terracine. La Pouille, la Basilicate, les Calabres, sont dévorées par la fièvre. On retrouve une autre maremme sur le versant de l’Adriatique entre Manfredonia et la bouche del’Ofanto.La Sicile et la Sardaigne sont coupées d’étangs et de marécages, sans parler des vallées fluviales, où les exhalaisons palustres sont mortelles dans la saison chaude.
Les maremmes d’Espagne ( marismas ) sont aux bouches du Guadalquivir. Les steppes de Castille et d’Andalousie, les environs de Huelva, ceux de Gibraltar, la côte de Valence, rivalisent avec elles d’insalubrité. En Portugal, de l’embouchure du Minho au cap Carvoeiro, s’étend une plage qui ressemble aux Landes françaises entre l’estuaire de la Garonne et la base des Pyrénées.
France. — A l’estimation de Vallin (1875), il y avait encore, en France, plus de 500.000 hectares (la surface d’un département) de marais non assainis. Les deux tiers sont sur le littoral (Charente-Inférieure, Loire-Inférieure, Bouchesdu-Rhône, Landes, Manche, Gironde, Vendée, Somme, Pas-de-Calais, Morbihan, Finistère, etc.).
Le littoral du Nord et du Pas-de-Calais possède ce curieux pays des Wateringues et Watergands, 70.000 hectares de polders, enrichis par la culture maraîchère, mais toujours menaçants et parfois réellement offensifs, pour peu que l’on néglige les canaux d’assèchement ou que les inondations aient été exagérées. A vrai dire, le soleil de la région ne donne pas une extrême activité aux effluves marécageux: les fossés, des alentours de Lille, les rivières occupées par le rouissage, les tourbières de la Somme et du Pas-de-Calais, ne se sont pas fait, à cet égard, de réputation fâcheuse.
La Seine entretient, à son embouchure, 1 e marais Vernier. Les prairies basses de la Normandie, les marais de Carentan, les tourbières du Cotentin, les bords fangeux des rivières du Calvados, sont presque entièrement assainis par la culture. Les marais de Dol (Ille-et-Vilaine) sont un terrain fertile plutôt que dangereux. Le Finistère et le Morbihan gardent encore des marais et des landes, avec des populations trop pauvres pour les assainir.
Arnould, Hygiène. 2e édit.
DU SOL
Sur les deux rives de la Loire, qui achève la formation géologique du pays, on trouve des dépressions correspondant aux anciens golfes et aux lacs salés, que les alluvions comblent peu à peu. Les marais de Saint-Gildas, de Donges, de Montoir, de Machecoul, en partie desséchés de notre temps, en marquent la trace. Au nord de Saint-Nazaire, la Grande-Bnàre est un vaste marais à tourbe, traversé par l’Elier de Méan et entouré à distance d’autres « brières » moins importantes. Les Briérons en retirent chaque année plus de 20.000 tonnes de tourbe. Sur la rive gauche, au sud-ouest de Nantes, le lac de Grand- Lieu représente une petite mer de Harlem. Paimbœuf est bâtie dans le voisinage immédiat de nombreux marais. Le Bocage et le Marais vendéen sont aujourd’hui bien modifiés par le drainage et la culture.
De la Seudre à l’estuaire de la Loire, la côte est bordée de salines, où l’eau de mer est promenée de compartiments en compartiments, jusqu’à ce qu’elle dépose le sel (Élisée Reclus). Mais, en raison de la difficulté du travail et pour d’autres causes encore, les marais salants sont abandonnés les uns après les autres et se changent en marais gdts, c’est-à-dire gâtés pour la production du sel. Quand l’eau douce venue de l’intérieur se mêle à l’eau saline, l’air s’y empoisonne et les populations du voisinage sont décimées. Les districts de Rochefort et de Marennes, où pendant longtemps on commettait cette faute d’abandonner les marais salés et de permettre le mélange des eaux, avaient autrefois énormément à souffrir des fièvres endémiques : les bourgs et les villages se dépeuplaient; Brouage, entourée de remparts et de bastions, devenait un misérable hameau. En 1830, la mortalité à Marennes approchait de 48 pour 1.000 habitants. Aujourd’hui, tout ce pays s’est bien assaini, et la région de Marennes spécialement, grâce aux efforts de Le Terme, ne perdait, dans la période de 1866 à 1876 que 27 habitants sur 1.000, pas beaucoup plus que la moyenne en France. Néanmoins, les polders de la rive poitevine, de Luçon à Marans et même plus au sud, influencent encore l’aspect de la pathologie dans les villes de Marans, la Rochelle, Jarnac, Rochefort, Jonzac, Marennes. Cette influence s’étend le long de la Sèvre jusqu’à Niort.
De l’embouchure de la Gironde à celle de l’Adour, les dunes de la rive séparent de la mer une série d’étangs ou lacs salés. En arrière de ceux-ci, le terrain, très plat, est formé de ce sol singulier, Yalios, dont il a été question plus haut (p. 21). Cette région a été l’une des plus malheureuses de France. De nos jours, le fixation des dunes par les plantations de pins maritimes, les aunes occupant les mares, la mise en culture de la lanne (ou lande) elle-même par la substitution du pin maritime et du chêne-liège aux ajoncs, genêts et carex, les fossés d’écoulement ( crastes ) creusés dans l’alios, les puits d’absorption, ont puissamment modifié, assaini et même enrichi la terre des Landescots, qui perdent peu à peu l’habitude de le locomotion sur des échasses. Des procédés du même genre sont en voie de faire disparaître du Médoc les fièvres médoquines , la cachexie héréditaire et la pellagre.
Le département des Basses-Pyrénées n’a pas plus d’un millier d’hectares de marais. Celui de Pont-Long influence encore les communes voisines.
L’état du sol, sur le littoral méditerranéen, de Perpignan et Agde jusqu’à la branche orientale du Rhône, contraste singulièrement avec les côtes situées à l’est du fleuve. Celles-ci sont rocheuses, élevées, baignées d’eaux profondes; les populations y prospèrent. Au contraire, du côté de Montpellier, la côte est plate, indécise, encore en formation géologique par les alluvions du Rhône et les barres que dessinent les courants de l’ouest à l’est ; la terre y est entrecoupée
générale.] ÉTAT DE LA SURFACE DU SOL. 131
d’étangs de peu de profondeur et plus ou moins renouvelés par l’eau de mer selon que les graux sont plus on moins libres. D’ailleurs, le canal des Étangs , mal entretenu, et l’industrie des salines chez les habitants, augmentent l’insalubrité de ces cantons. On se souviendra que le danger des émanations telluriques est assuré ici par les ardeurs d’un soleil vraiment africain. Ainsi s’explique l’état pitoyable de la population des communes de Vie, Capestang, VilIeneuve-lez-Maguelonne, Mirerai, Vias; tandis que Balaruc, Bouziguc, Mèze, Marseillan, sur les bords de l’étang de Thau, suffisamment profond et accessible au flol marin, ont une mortalité à peine supérieure à la moyenne de la France.
Dans l’ile de la Camargue, se trouvent le marais de Valcarès et les rozelières. L’établissement de rizières dans les parties les plus marécageuses de l’ile, dit Vallin, a plutôt augmenté que diminué l’insalubrité du sol. Le canal de Beaucaire à Aigues-Mortes traverse une série de marais, qui prolongent et étendent à l’ouest ces conditions d’air malarial.
Nos garnisons du littoral méditerranéen (XVe et XVIe corps) sont très éprouvées par les fièvres intermittentes de toutes formes. Chose remarquable, elles le sont aussi, à un haut degré, par la fièvre typhoïde.
La Corse a des marais dans les découpures profondes du sol, sur la côte orientale particulièrement, et ailleurs l’état inculte des espaces h maquis. Les manifestations aiguës de l’impaludisme sont communes dans plusieurs de ses cantons. Les insulaires des régions malsaines ne descendent dans la vallée que pour la culture et les moissons ; leur habitation est dans la montagne.
En rentrant sur le continent français, nous trouvons encore dans notre Midi les terres sur lesquelles les débordements de la Durance répandent l’insalubrité ; les marais de la Sorgues, issue de la fontaine de Vaucluse, le palus de Honteux, sur la rive gauche du Rhône; les marais de Bourgoin, dans l'Isère; la plaine du Forez et ses étangs, où Monfalcon observa les étangs à poisson du département de l’Ailier.
La Bresse, et spécialement la portion qui porte le nom de Dombes, s’est acquis, avec la Sologne, dont il va être parlé, une sorte d’illustration lugubre dans les fastes de l’impaludisme. La Bresse, selon les géologues, est le fond d’un ancien lac. Au nord, les eaux sont épuisées et le pays est salubre. Mais, dans la région argileuse du sud, les étangs sont encore nombreux ; c’est la Dombes. Ces étangs sont précisément les restes de l’ancien lac; le pays était en culture avant les guerres du moyen âge; mais, à cette époque, les paysans ruinés par le passage des gens de guerre profitèrent de la pente naturelle du sol et des dépressions pour mettre leur propriété sous l’eau, à l’aide de barrages en arrière desquels l’eau se collectionne, à la faveur de l’imperméabilité des couches prochaines. L’étang, exploité pour l’élève, du poisson pendant deux ans, était vidé la troisième année et ensemencé d’une céréale médiocre, de seigle .ou d’avoine le plus ordinairement. Mais la misère régna partout et la fièvre décima les habitants des villages. De 1802 à 1842, la vie moyenne en Dombes n’excédait pas vingt-quatre ans. Les choses, heureusement, ont bien changé depuis le milieu de ce siècle ; on a traversé d’un chemin de fer et reconquis, à l’aide d’engrais et d’amendements, plus de la moitié de ces 200,000 hectares, alternativement noyés et asséchés ; on y cultive aujourd’hui le blé et même la vigne, car la Dombes n’est pas une plaine basse et creuse, mais un plateau assez élevé, d’une inclinaison uniforme vers le nordouest, que trahit nettementla direction constante de tous les étangs (Voy. fig. 4).
Notre Nord-Est a peu de marais. Ancelon avait fait autrefois une réputation fâcheuse, d ailleurs méritée, aux bords de la Seille, depuis l’étang de Lindre jus-
132 DU SOL. [Hygiène
qu’en aval de Château-Salins, comme les médecins de Strasbourg avaient signalé les influences des débordements et des bras morts du Rhin. Le pays arrosé par la Seille appartient à cette assise du trias où se trouve le sel gemme; les flaques d’eau à la surface deviennent aisément saumâtres et les prairies y renfer-
2°, V2 E. de Punis
5° 02 E. do Greenwich /
Echelle : 6*t0 000
VO Kil
Fig. 4. — La Dombes et ses étangs.
ment çà et là des plantes familières aux plages marines. D’ailleurs la rivière déborde à tout propos et, comme sesbords sont souvent plus élevés que la plaine environnante, l’eau ne rentre pas, et l’inondation dure longtemps. Ces diverses circonstances et surtout la salure du sol ont pu contribuer à donner aux fièvres de la contrée une malignité particulière. Aujourd’hui, le lit de la Seille est l’objet
générale.] ÉTAT DE LA- SUilFACE DU SOL. 133
de fréquents curages, et des fossés profonds, perpendiculaires au courant, y recueillent les eaux des prairies inondées; la vallée est devenue beaucoup moins insalubre que par le passé.
Le nord du département des Ardennes continue les Ardennes belges et, sur le plateau arrosé par la Meuse et la Scmoy, l’on retrouve les landes et marais appelés fagnes dans le pays.
A l'ouest de Versailles, Seine-et-Oise a les étangs en eau ou cultivés de Boisd’Arcis, de Saint-Quentin. L’Oise, l'Orne, Eure-et-Loir, Seine-et-Marne, la Vienne, la Haute-Vienne, ont des marais de peu d’étendue et sans grande notoriété.
11 n’en est pas de môme de cette vaste région du Centre, appelée la Sologne et la Brenne.
La Sologne s’est faite à peu près comme la Dombes. Autrefois, de vastes forêts y buvaient l’eau dont les dépressions du sol favorisent les collections. La guerre, le pillage, le déboisement, passèrent parla; les nombreux jours d’abstinence des nombreux moines de l’ancien rite donnaient quelque valeur au poisson; et la Sologne devint, au centre de la France, le triste pays de marécages et de fièvres que l’on sait, de plus de 4,500 kilomètres carrés d’étendue. Les étangs et les marais de la Sologne sont essentiellement dus à l’imperméabilité des premières couches du sol, à la faible pente et aux faciles débordements des rivières (le Beuvron, la Sauldre, le Cosson). De plus les Solognots négligeaient bien plus leurs étangs que les Bressans ; on les laissait en eau pendant une dizaine d’années, et l’on ensemençait seulement les bords et la queue de chaque bassin, fertilisés par la vase. Depuis 1852, on travaille à assainir la Sologne, en commençant par l’arrondissement de llomorantin, le plus malheureux. Le but n’est pas très difficile à atteindre, si les habitants cessent de croire que leur existence est attachée à la production du poisson. Avec le canal de la Sauldre et des canaux secondaires, le défrichement et le reboisement, avec le chemin de fer d’Orléans à Vierzon, des modifications profondes sont survenues dans les habitudes du peuple et dans l’état du sol; les étangs diminuent et les arbres se multiplient : on cultive le blé en Sologne et même la vigne; le vin récolté est médiocre sans doute, mais voilà un travail salubre, et la médiocrité même du produit fait qu’on le consomme sur place ; c’est de la force emmagasinée et un préservatif de la fièvre (Ed. Burdel). La présence des cours d’eau, affluents du Cher, qui traversent le pays, est une condition favorable pour l’évacuation, à l’aide de canaux, des petits bassins lacustres.
La Sologne (département de Loir-et-Cher) est située sur la rive droite du Cher; cette rivière la sépare de la Brenne , quelquefois appelée petite Sologne et qui appartient au département de l’Indre. La Brenne, dit Vallin, est un plateau d’argile et de marne imperméable, couvrantplus de 100,000 hectares dans les cantons de Mézières, Tournon et Le Blanc. Il faut y joindre le Bois-Chaud , du même département de l’Indre, canton de La Châtre, avec 87,000 hectares de forêts et 164,000 de landes et bruyères (Bertrand). Le pays est coupé de haies, de fossés, avec de nombreux étangs. L’Indre, aux eaux dormantes, déborde à la moindre crue et laisse loin de ses bords des flaques stagnantes. La Creuse est presque dans le même cas. L’eau séjourne indéfiniment sur le tuf argileux, en. nappes qui sont toujours minces sur une grande étendue. La Brenne n’a pas seulement des étangs, mais encore de vastes plaines incultes, humides, occupées par des bruyères; ce sont les Brandes, tout aussi insalubres que les étangs à poisson, qui le sont surtout, comme on pense, par leur mauvais entretien. Toute cette contrée est peu peuplée et les habitants y sont chétifs, minés de fièvres, à physionomie cachectique. Ils fournissent d’un quart à un tiers d’exemptés pour faiblesse de cons-
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Million, à chaque levée de recrues pour le service militaire. Les chevaux euxmômes y sont petits et les arbres rabougris.
La Brenne a plus de peine à s’améliorer que la Sologne; la population y est ' dense, il n’y passe pas de chemin de fer et l’attention du gouvernement ne s’est pas concentrée sur ce point.
Assainissement du sol.
L’assainissement du sol comprend aussi les moyens préventifs de la souillure. Il s’adresse, ou bien au sol qui supporte nos demeures, ou bien à celui auquel l’homme demande l’entretien de son existence ou qu’il traverse accidentellement, dans une phase quelconque de son immense mobilité.
A. L’homme ne sait pas, comme les espèces animales, choisir d’instinct le sol qui lui est le plus favorable; il s’installe sur toute espèce de terrain et tente l’exploitation des terres les plus diverses, de concert avec les animaux qu’il s’est assujettis, et qu’il force de subir, comme lui, lesinlluences telluriques naturelles ou provoquées. Encore ceux-ci ont-ils le privilège d’une susceptibilité moindre que celle de notre espèce, puisqu’ils n’ont pas la fièvre malariale. Très souvent, le coin de terre que l’homme a choisi pour vivre avec sa descendance est d’avance l’ennemi de sa race ; lorsqu’il était inoffensif dès l’abord, la fixité des familles humaines le rend bientôt dangereux.
En écartant les circonstances géologiques ou de constitution minérale, qui favorisent ou contrarient le développement des causes réelles d’insalubrité, on a pu reconnaître, d’après les études qui précèdent, que la condition capitale de l’insalubrité du sol, c’est la présence et la décomposition des matières organiques au sein des couches voisines de la surface. Or, cette décomposition n’a lieu qu’autant que la triple action de l’eau, de l’air et de la chaleur peut s’exercer sur ces matières fermentescibles.
L’homme ne peut pour ainsi dire rien sur la chaleur du sol, qui paraît bien être une conséquence de la température extérieure et, parconséquent, dépend de l’action solaire. L’air est lui-même un agent très mobile, difficile à maîtriser; on n’a pas songé à lui interdire l’accès du sol, ni même à l’en extraire absolument quand il y apénétré; çà et là, au contraire, on le renouvelle, ce qui est une circonstance défavorable à la multiplication et à l’accumulation des agents de la putréfaction. Mais il est possible d’avoir prise sur l’eau, qui est peut-être l’élément le plus indispensable àladécomposition. Nous pouvons, non point l’empêcher de tomber sur le sol ni la lui soustraire entièrement, mais l’éloigner des couches où sa présence opérerait d’une façon dangereuse, ou bien encore la disposer de telle sorte que ce soit, pour les matières organiques, non plus Y humectation, mais la submersion; ce qui est, aussi bien que la dessiccation, une manière de les rendre inertes et inoffensives. Nous disposons de moyens à l’aide desquels nous abaissons la nappe souterraine et lui fixons des limites d’oscillation, de telle sorte qu’elle ne vienne point alternativement humecter, puis abandonner les couches voisines de la surface, où l’imprégnation organique
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est, naturellement, à son maximum. Ces moyens constituent le drainage , qui s’applique à la ville comme aux champs.
Il faut entendre d’une façon un peu large ce mot drainage. Cette opération ne se pratique pas rien qu’avec des tubes; les rigoles dans les cultures, les fossés dans les prairies, les canaux d’écoulement et de retrait des eaux sont du drainage. Le sillon tracé par la charrue draine quelque peu la couche tout à fait superficielle. Les arbres à longues racines drainent déjà profondément, sans compter la soustraction d’eau qu’ils opèrent par le phénomène vital de la transpiration. Dans les villes, nombre de canaux construits pour un autre but drainent sans qu’on y ait songé.
B. Comme premier moyen préventif, il serait aisé et il semblerait rationnel de conseiller aux groupes humains de ne point ajouter d’immondices aux détritus organiques que la vie et la mort des êtres divers déposentindéfiniment surlesol. Mais, outre quecedernier moden’enexisterait pas moins malgré les précautions prises par l’homme, il n’est pas possible, dans les conditions actuelles de la civilisation, d’éviter la production abondante d’immondices de provenance humaine non plus que la permanence de cette production sur des espaces restreints. Les peuples nomades, comme les fauves, se déplacent et peuvent, en abandonnant pour de longues années le sol souillé par le séjour de la tribu, lui assurer la purification naturelle que les éléments finiront par accomplir. Mais les peuples civilisés superposent les générations dans les mêmes enceintes; il n’y a pas à résister à la production d’immondices, il faut seulement les empêcher de s’étaler, les diriger et les rendre inoffensives lorsqu’elles ont, malgré tout, gagné l’épaisseur du sol.
Un seul des modes de souillure du sol des lieux habités peut être évité relativement,ou même absolument supprimé, si les sociétés humaines le veulent; c’est celui qui résulte de l’inhumation des cadavres. Les lois modernes ont déjà reporté les cimetières hors des villes; des tentatives ont été faites pour les éloigner davantage encore ; lorsque la pratique de la crémation aura pénétré dans les mœurs, tout danger de ce côté sera écarté, et la question résolue pour ce qui regarde cet aspect de l’hygiène.
Il convient que, dans les grandes villes, les autorités municipales fassent tout pour protéger la rue, les places et même la maison de chacun, autant qu il est possible de le faire sans amoindrir le respect de la liberté individuelle. Il y a quelques moyens de blinder le sol, si l’on nous permet cette expression. Quant aux dangers que l’on ne peutsupprimer, il est possible de les localiser ; l’ennemi est moins redoutable, quand on saitoù le prendre. Pour concréter cette pensée : toute ville, qui a prévu et installé des latrines et des urinoirs publics, est moins sale que celle qui n’en a pas, attendu que dans cette dernière la dispersion des urines et même des matières fécales est partout, insaisissable et irrésistible.
Mais le progrès moderne a inspiré les grandes tentatives et les travaux magnifiques d assainissement du sol des villes ; l’hygiène n’a point désespéré d être à la hauteur des nécessités formidables que créent le besoin
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d’évacuation des immondicesde groupes composés d’un ou de plusieurs millions d’hommes, et les déchets de toute nature des industries qui opèrent sur des matières organiques ou manient des agents minéraux menaçants. Les détails que comporte cette réalisation spéciale des conceptions de l’hygiène trouveront naturellement leur place, pour une part, à l’article : Habitations; le reste appartient à I’Hygiène des villes.
C. Nous sommesdoncramené à n’envisager l’assainissement dusol qu’au point de vue de ses influences propres et en quelque sorte spontanées. Il va sans dire que c’est surtout du sol malarial qu’il s’agira.
1. Culture et drainage. — Ces deux procédés sont tout d’abord applicables à toutes les espèces de sol, comme moyens préventifs, puis au sol malarial sans marais visible, comme procédés d’assainissement. Combinés à d’autres, ils deviendront aussi la raison définitive de la transformation radicale des marais avérés.
La culture, comme il a été dit plus haut (page 112), décide l’aération du sol et en diminue la richesse en eau, non seulement parce qu’elle favorise l’évaporation, mais parce qu’elle élargit les pores des sols compactes et en détruit la capillarité. Elle faisait autrefois la salubrité du Latium (L. Colin); elle rend habitable notre Algérie, le district de Pola, au bord de i’Adriatique (Jilek), et bien d’autres. Mais c’est une entreprise hardie et périlleuse que de porter pour la première fois l’instrument aratoire sur le sol vierge, de propriétés inconnues, ou sur une terre notoirement malariale (voyez page 29) ; c’est « comme la première tranchée qu’on va ouvrir sous le feu de l’ennemi », selon l’énergique image employée par Vallin, et les rangs des travailleurs sont tout d’abord rudement décimés par les effluves dont on vient détruire le foyer. Quesnoy, comparant la mortalité dans la Mitidja, pendant dix années de défrichement, avec la mortalité de dix années postérieures, obtenait les chiffres suivants :