MER BALTIQUE
Chlorure de sodium
— do magnésium
— de calcium
Sulfate de soude
— de maguésie
— de chaux
Autres
Total
(1) Sulfate de potasse.
L’eau de mer renferme de 22 à 30 centimètres cubes par litre d’un air beaucoup plus riche en oxygène et en acide carbonique que l’air atmosphérique. Les proportions seraient, d’après L. Carpenter :
A la surface. Au fond.
Oxygène
Azote
Acide carbonique
DE L’EAU
[Hygiène
Les recherches de Commaille sur l’eau de la Méditerranée ont fixé quelques résultats d’un grand intérêt. L’eau puisée sur la route de la Corniche, très limpide, donna :
GAZ DÉGAGÉ PAR l’ÉOULLITION :
COMPOSITION DE l'aIR
dissous :
Acide carbonique.
Oxygène
Oxygène
Azote
Azote..
Résida séché à -f- 130° — calciné
= 43sr,700 par litre.
Une eau de la même mer, puisée au large à 220 mètres de profondeur, donna :
Résidu séché à + 130° = 44gr,04 par litre.
— calciné = 3G ,00 —
Les chlorures de sodium et de potassium l’emportaient de beaucoup, et plus dans le second cas que dans le premier.
Les eaux des ports, au contraire, renferment beaucoup moins de matières minérales: Joliette 28sr,68; Vieux-Port 17 à 18 grammes; canal maritime 7sr,04. Mais elles présentent moins d’oxygène, Vieux-Port 16,20 p. 100 ( au lieu de 28,61) ; plus d’acide carbonique, 12cc,98 (Joliette) à 28cc,45 (Vieux-Port); elles dégagent de l’ammoniaque, 0mgr,04 (Joliette) à 0msr,42 (Vieux-Port) ; de l’hydrogène sulfuré, 0CC,38 (Joliette) à 4CC, 61 (Vieux-Port), ceux-ci en raison directe de la diminution d’oxygène; en certains points, de l’hydrogène carboné C2tP (33cc,37 dans le canal maritime; 20cc,24 à un quai du Vieux-Port),
La raison de cette constitution singulière et d’aspect peu rassurant est dans l’abus que fait la ville de Marseille des eaux qui baignent ses quais pour y déverser ses égouts. Le Vieux-Port est évidemment un foyer de putréfaction et a été justement signalé (Brouardel) comme l’une des grandes insalubrités qui préparent la ville à accueillir les fléaux exotiques et autres, le choléra spécialement.
Peu de cités aussi populeuses projettent leurs immondices dans des eaux aussi peu renouvelées que celles des ports de Marseille, et il semble que d’autres rives puissent se permettre ce mode d’évacuation, si compromettant pour les habitants des bords de la Méditerranée, qui n’a pas de marée. Mais, là où la marée se fait sentir, ce que le flot descendant a emporté, le Ilot montant le ramène et l’étale. On dépeuple de poissons l'embouchure des fleuves et l’on fait fuir les visiteurs des stations balnéaires maritimes.
On reviendra sur ce point (Voy. Hygiène urbaine). Mais, dès à présent, nous pouvons énoncer cette formule ; que la mer ne doit pas être prise pour l’aboutissant des égouts.
La température de la mer à la surface se rapproche de celle de l’air; mais elle s’abaisse dans la profondeur, de 4 à o degrés par 1,000 mètres jusqu’à 2°, 4 vers 4,000 ou 5,000 mètres. Dans les explorations du Travailleur, auprès des Canaries, on trouva 2 degrés à 4,000 mètres, l’eau de la surface étant à 25° (A. Milne-Edwards). Les oscillations thermiques de la masse soint moins rapides et moins étendues dans la mer que sur les eaux douces. La mer a souvent, dit-on, la moyenne thermique du lieu où l’on observe.
générale.] L’EAU DANS LA NATURE. 140
Un des phénomènes les plus curieux et les plus décisifs vis-à-vis de la répartition des climats sur le globe, c’est l’existence des courants marins, étudiés depuis 1830 par le commodore américain Maury et par les géographes et physiciens cjui ont suivi son exemple. Ce sont comme des fleuves océaniques énormes, dont la direction résulte de l’inégalité de température entre les régions polaires et la zone équatoriale et du mouvement de la terre. Ils sont chauds de l’équateur au pôle et froids dans le sens contraire. Les courants chauds dans l’hémisphère nord réchauffent les côtes occidentales; les courants froids influencent les rives orientales. C’est l’inverse dans l’hémisphère sud. Le Gulf-Stream (courant du golfe) nous intéresse particulièrement; parti du golfe du Mexique, ce lleuve de 23 lieues de large et de 9,000 mètres de profondeur aborde obliquement les côtes de France, déjà divisé en deux bras en venant du large ; le bras méridional, qui atteint notre littoral atlantique, détache un courant secondaire qui va tournoyer dans le golfe de Gascogne puis rejoint le courant principal pour se diriger vers le nord; le bras septentrional baigne les côtes des Iles-Britanniques; l’un et l’autre se heurtent au rivage de la Scandinavie en s’acheminant vers le pôle. C’est à eux que la plus grande partie de la Norvège doit d’être habitable et non occupée par des glaces perpétuelles. Grâce au courant aérien qu’il entraîne avec lui, le Gulf-Stream verse sur les côtes d’Irlande, de Bretagne et d’Aquitaine, des vapeurs tièdes qui y entretiennent un climat égal et d’une température moyenne supérieure à celle que comporterait la latitude. De là, les prairies de la « verte Erin, » de l’Angleterre et de la Normandie, les arbustes des pays chauds persistant en Bretagne, les primeurs que ce pays envoie au centre, et le figuier de Roscoff, le plus beau figuier du monde.
Le Kuro-Siwoo (fleuve noir) est pour le Pacifique ce que le précédent est pour l’Atlantique. Il attiédit les côtes orientales du Japon et du Kamtschatka.
Des courants froids abaissent la température de la côte est de l’Amérique du Nord et du Groenland, du littoral occidental de l’Amérique russe, les côtes de la ■Corée et de la Mandchourie.
L 'air marin, peu distinct chimiquement de l’air terrestre, lui est très supérieur par sa pureté, comme il sera dit plus loin (Atmosphère).
L’eau de mer n’est pas potable ; des malheurs célèbres ont montré que l’homme peut mourir de soif sur l’Océan comme dans les solitudes du Sahara. Depuis plus d’un siècle, les navires ont adopté le procédé de lu distillation, qui permet d’approprier l’eau de mer à la consommation des navigateurs ( cuisine distillatoire de Peyre et Rocher, appareil Perroy, etc.).
L’eau de mer ne convient pas plus pour le lavage des navires que pour la boisson des marins; elle dépose, sur le bois et dans les interstices de la charpente, des sels déliquescents qui entretiennent l’humidité et disposent le bois à pourrir. Il est vrai que les médecins de marine, qui condamnent formellement les lavages à l’eau de mer, tendent à trouver que le mieux serait la plus grande rareté possible de lavages quelconques, remplacés par le nettoyage à sec. Tout porte à croire qu’ils ont raison.
En revanche, dans quelques villes d’Angleterre, d’après Boulnois et J. W. Cockerell, on se trouve très bien de l’arrosage des chaussées avec 1 eau de mer, qui forme sur le macadam une sorte de croûte, solide et fixant bien la poussière.
Le voisinage de la mer impose aux populations côtières des habitudes
DE L’EAU
[Hygiène
particulières de travail et d’alimentation. L’Océan fait appel aux hardiesses de l’homme et à l’esprit d’aventure. Nul doute qu’il n’ait contribué à donner à certaines races des aptitudes caractéristiques, la patience mêlée d’audace, l’entêtement allié à la résignation, un haut sentiment d’indépendance qui n’exclut point l’amour do la terre natale.
Ijob cours «l’eau . — Ce sont, originairement, des eaux de source, sortant très pures des flancs ou de la base de quelque montagne; ou la collection de filets issus d’un glacier et coulant sur le roc, par conséquent irréprochables dès l’abord. Cependant, quelques cours d’eau naissent d’un marais ou sortent du sol spongieux de grandes forêts, telles que les forêts vierges d’Amérique, où les débris végétaux ont formé une couche épaisse à la surface; en pareil cas, l’eau courante est primitivement douteuse.
A partir de son origine, le cours d’eau est soumis à des vicissitudes nombreuses, à ne parler même que des influences naturelles. 11 traverse des terrains de constitution très diverse, s’enfonce dans des coupures profondes ou s’étale en surface, quelquefois disparaît sous terre dans une portion de son cours, et par conséquent dissout ou abandonne des matières terreuses selon l’occasion. A ses eaux, dans tous les cas, les pluies ajoutent de saison en saison leur contingent, formé de la partie des précipitations atmosphériques qui n’a pas le temps d’être évaporée ou qui ne trouve pas à filtrer dans le sol. Les pluies d’averse, comme sont généralement celles d’orage, fournissent donc l’apport proportionnel le plus considérable. Toutes, mais celles-ci plus que les autres, en raison de leur violence, entraînent avec elles dans les cours d’eau ce qu’elles ont pu dissoudre de l’atmosphère et du sol,, et surtout des matières minérales ou organiques, recueillies et véhiculéesmécaniquement. Des sources secondaires, des affluents, les communications avec la nappe souterraine, alimentent encore les fleuves, chemin, faisant.
Le mouvement de l’eau dans les fleuves et rivières, les heurts du courant contre les aspérités de la rive, lui font perdre les gaz en excès, ou au contraire servent à aérer ces eaux. La proportion des sels qu’elles tiennent endissolution dépend des terrains d’où jaillissent les sources, de ceux que le cours d’eau traverse et de l’apport minéral des pluies. L’analyse des eaux de fleuves donne donc des résultats variables d’un fleuve à l'autre et d’un point à un autre du fleuve.
Une circonstance qui peut contribuer pour une part à la richesse deseaux courantes en sels et déterminer la nature de quelques-uns de ceux-ci, mais qui est capitale vis-à-vis de la richesse en matières organiques, c’est la présence sur l’une ou l’autre rive d’un fleuve, ou sur les deux, d’une grande cité, d’une ville industrielle, et la façon dont les coutumes urbaines respectent l’intégrité des eaux fluviales, ce qui est rare et difficile, ou au contraire se servent du fleuve comme d’un canal d’évacuation naturel pour les immondices de l’agglomération humaine et pour les déchets des industries diverses.
générale.] L’EAU DANS LA NATURE. lnl
Constitution de l'eau des fleuves et rivières. — L’eau courante renferme normalement le maximum d 'air que l’eati peut dissoudre, de IG à 50 centimètres cubes (Moleschott, Bolley); les gaz de l’air y sont dans des proportions correspondant au coefficient de solubilité de chacun d’eux.
Les matières minérales y existent en dissolution ou en suspension.
a. Les premières varient en nature et en quantité, d’un fleuve à l’autre, d’un point à un autre d’un même fleuve, d’une saison à la suivante; il est clair que les cours d’eau ne dissolvent que ce qu’ils rencontrent dans le sol de leurs bords : taies svnt aquæ qualis terra per quarn fluunt (Pline). Poggiale trouvait, au môme moment, 0Br,230 de matières fixes dans 1 eau de la Seine, à l’un de ses bords, et 0Br,296 à la rive opposée. C. Schmidt remarque que les carbonates sont plus abondants en hiver, dans les eaux fluviales, alors que l’acide carbonique y est aussi en plus grande proportion. L’Elbe donne 260 milligrammes de résidu par litre à Magdebourg, et 270 à Hambourg (Reichardt); le Rhin, à Cologne, par les basses eaux, en octobre 1870, renfermait 240 milligrammes de matières fixes par litre, 160 milligrammes en novembre suivant, les eaux étant hautes, 245 milligrammes en janvier 1871, par la gelée (Yohl). Reichardt a examiné en des mois différents l’eau de la Saale, à Iéna, et a constaté des différences de 80 milligrammes, le 3 mai, à 312 milligrammes le 3 novembre, tandis que l’eau d’une source ne variait qu’entre 295 et 470 (d’ailleurs aux mêmes dates). Cn attribue à la Seine de 180 à 330 milligrammes ; à la Tamise de 273 à 396 ; au Nil jusqu’à 1,600. Deville calcule sur 180 pour le Rhône, 300 pour la Garonne, 511 pour la Marne; Emmerich et Bruhner, sur 210 à 219 pour l’Isar en amont de Munich; Polek 135 dans l’Oder, à Breslau ; Wolffhügel 187 à 194 dans l’Aar, à Soleure; Emmerich-Brunner 191 à 247 dans le Danube, à Deggendorf. On voit que rien n'empêche, de ce côté et à priori, d’utiliser l’eau des fleuves pour la boisson et les usages domestiques. En effet, les matières fixes sont en général moins abondantes dans l’eau des fleuves que dans celle des sources, probablement parce que la première renferme moins d’acide carbonique et que des carbonates se sont précipités.
Quant à leur nature, ces matières sont surtout des carbonates de chaux et de magnésie, du chlorure de sodium, rarement des nitrates (Rhin, Seine). Le Rhin renferme de 0mgr,17 à 0mgr,48 d'ammoniaque par litre (Boussingault, 1853); la Seine, au pont d’Ivry, 0mgr,17 (Poggiale).
b. Relativement aux secondes, tous les fleuves charrient, même en dehors des grands « troubles », une cerlaine proportion d’éléments solides en simple suspension. Bischoff donne l’estimation suivante pour quelques fleuves (en milligrammes par litre) : l’Elbe 9 ; le Rhin 17 à 20 ; le Danube 92 ; le Mississipi, jusqu’à 588; le Gange 217 à 1,943. Poggiale a trouvé dans la Seine de 7 à 118 milligrammes de matières suspendues; Terme, de 350 à 1,250 dans le Rhône. Dans le Rhin et le Danube, ces éléments sont surtout siliceux, puis argileux, ferrugineux, calcaires. Ils sont parfois d’une ténuité telle qu’ils passent à travers les filtres et mettent 4 mois à se précipiter par le repos (le Rhin à Bonn). Ce sont eux dont la constance donne
UE L'EAU
[Hygiène
une véritable coloration à certains cours d’eau et leur mérite des noms qui rappellent le fait: Rio Colorado (le fer), fleuve Blanc à Java, fleuve Jaune en Chine (l’argile), Weissbach en Suisse (la chaux), Nil blanc, fleuve Bleu, Bed-River, etc.
Selon Umpfenbach et E. Scbmitt, cités par Wolffhügel, le diamètre des corps (minéraux) entraînés par les eaux est proportionnel au carré de la vitesse de celles-ci, et le poids de ces corps proportionnel à la sixième puissance de cette vitesse.
La température des eaux fluviales est réglée par la température atmosphérique, c’est-à-dire qu’elle est essentiellement inconstante. Nous ne parlons pas de l’eau au sortir des glaciers ni même à l’émergence de la source du fleuve. Le tableau ci-dessous, de Reichardl, caractérise à cet égard les eaux de sources, de puits, et celles des fleuves :