C. EAUX MÉTÉORIQUES
On comprend sous ce litre la pluie, la neige, la rosée , les brouillards , la grêle, la gelée blanche, le givre. La première est de beaucoup la plus importante. Nous étudierons, à l’article Météorologie, les conditions qui en règlent l’abondance et la distribution selon les temps et les lieux.
i/eau «le la pluie. — L’eau de pluie, qui est le résultat de la condensation des vapeurs océaniques et autres, serait absolument pure, chimiquement et biologiquement; si, en tombant, elle ne traversait l’atmosphère, très divisée et avec une certaine violence. Elle dissout des gaz, au passage, spécialement GO2, participe à des combinaisons chimiques, entraîne des
DE L’EAU
poussières minérales, des débris d’infusoires et de végétaux, des micro-organismes. Comme l’a ditFrankland et comme leconstalent les bactériologues contemporains, « elle lave l’atmosphère » ; par conséquent elle lui emprunte une bonne part de ses impuretés.
Sans parler des poussières siliceuses, quartzeuses, argileuses et du charbon que les pluies abattent, particulièrement au-dessus des villes, celle eau renferme du chlorure de sodium, quelquefois d’autres chlorures encore, du sulfate de chaux et de soude , du carbonate de chaux, du brome, et même, selon Chatin, de Y iode. Le résidu sec s’élève à 2mer,6 d’après Brandes; à 50m!?r,9 au calcul de Marchand. 11 est clair que ces chiffres peuvent différer selon les lieux. A Paris, on sait que l’eau de pluie renferme assez de sels terreux pour rester sans action sur les tuyaux de plomb, que l’eau distillée attaque. Mais la qualité vulgaire de cette eau d’être très favorable au lessivage, grâce à sa pauvreté en sels calcaires, est constante.
L’eau de pluie utilisée dans la ferme de Lawes et Gilbert, à 25 milles de Londres, a été trouvée contenir 40 milligrammes de matières solidesparlitre.
Toutes les pluies dissolvent des gaz de l’atmosphère et d’autant plus que la température est moins élevée. (A la pression normale, suivant Wurtz, l’eau pure dissout 28 centimètres cubes d’oxygène à 20 degrés, 32 centimètres cubes à 10 degrés). En janvier, par 4 degrés, Reichardt obtint 32cc,4 de gaz par litre d’eau de pluie; en juin, par 15 degrés, 24cc,9 et même 26cc,9.
D’après Baumert, les gaz de l’eau de pluie se répartiraient dans les proportions suivantes : oxygène, 33,76; azote, 64,47; acide carbonique, 1,77 p. 100. Reichardt, sur quatre épreuves, a trouvé les variations ci-après :
Proportions pour 100 de gaz.
Oxygène 31,8 27,0 13,3 22,0
Azote G 1 ,6 04,2 72,6 G4,8
Acide carbonique 6,7 8,8 14,1 13,2
L’eau de pluie contient d’une façon très constante de Yammoniaque et, le plus ordinairement, sous forme de carbonate d’ammoniaque. On pensait que ce corps et ses congénères (acide nitrique, nitrates) émanent du sol par l’intermédiaire des décompositions organiques qui ont lieu à sa surface ou dans ses couches corticales : Boussingault, comparant les grandes villes à d’immenses fumiers à ce point de vue, expliquait ainsi la richesse azotée des pluies qui ont balayé l’atmosphère au-dessus des capitales. Mais, récemment, Schlœsing a cru pouvoir affirmer que l’ammoniaque de l’air vient des mers et non point du sol. Notons, néanmoins, que dans le YI° rapport de la Hivers pollution commission, l’on cite un fait dans lequel l’eau de pluie, au voisinage de champs couverts de fumier, renfermait plus d’azote que l’eau des égouts de Londres (Fr. Sander). Elle serait, suivant Brelschneider, plus riche en ammoniaque au printemps qu’en hiver, et en été qu’au printemps et en automne. Les phénomènes électriques de l’atmosphère passaient pour faire dériver aisément, de l’ammoniaque, Yacide nitrique (Civendish, Bence Jones, Barrai) et les nitrates (Schonbein). Bretschneider a
générale.] L’EAU DANS LA NATURE. 175
remarqué, au contraire, que la plus forte proportion de ces produits azotés ne coïncide pas avec les orages.
La pluie de Paris a présenté jusqu’à 6 milligrammes d’ammoniaque par litre (Boussingault) ; celle de Lyon, IG milligrammes (Bineau); celle de Francfort-sur-le-Mein, de 0,9 à 3 milligrammes (Kober). Sur le Liebfrauenberg (Vosges), 0msr,79.
Les physiciens de l’Observatoire de Montsouris dosent séparément, dans l’eau de pluie, Y azote organique , dont il sera question un peu plus loin, Y azote ammoniacal et Y azote nitrique { des nitrites et des nitrates). Nous leur empruntons les chiffres ci-après, moins forts que ceux de Barrai en 1852, mais où cependant les oscillations mensuelles sont dissimulées par ce fait que les moyennes sont rapportées aux années.
AZOTE PAR LITItE D’EAU DE PLUIE (MONTSOURIS)
Azote
Azote
ammoniacal.
nitrique.
Années.
mgr.
mgr.
Ainsi, l’azote total est entre 2 et 3 milligrammes par litre, de sorte que la pluie restitue au sol, en un an, à Montsouris, 13lts, 8 d’azote. A Rothamsted, d’après les calculs de Lawes, Gilbert et Warington, cette quantité ne dépasse pas 10 kilogrammes.
Le court tableau suivant, emprunté encore à Y Annuaire cle Montsouris (1883), indique sous ce rapport l’influence relative des villes et des campagnes.
Angleterre (intérieur des terres)
— (dans les villes)
Écosse (près de la côte)
— (intérieur des terres)
— (Glascow)
Montsouris
Azote
Azote
ammoniacal.
nitrique.
mgr.
mgr.
Suivant Bobierre (Nantes), l’ammoniaque est régulièrement plus abondante dans la pluie recueillie à une faible hauteur (7 mètres) que dans une zone atmosphérique élevée (47 mètres) ; c’est généralement l’inverse pour l’acide nitrique.
L acide nitreux est un élément régulier de l’eau météorique (Schœnbein). Meissner, Slruve, Goppelsrœdor ont signalé, dans les pluies d’orage, le peroxyde d hydrogéné, qui est peut-être appelé, suivant Schüno, à prendre le rôle attribué autrefois à l’ozone. Les acides sulfureux et sulfurique se ren-
t~6 DE L’EAU. [Hygiène
contrent (1 à 2 centigr. SO:‘ par lit.) dans la pluie des villes, où l’air renferme les produits de la combustion des houilles pyriteuses.
Les proportions de matière organique dans l’eau de pluie sont assez «levées. Dans les recherches de l’Observatoire de Montsouris, portant soit sur la pluie du parc de Montsouris, soit sur celle des Buttes-Chaumont, un litre d’eau a absorbé de 1 à 3mgr, G d’oxygène du permanganate de potasse alcalin.
JLsi neijçe. — L’eau de neige ressemble inliniment à la précédente, puisqu’elle est de même origine. Examinée par Reichardt, elle contenait 22c0,2 •de gaz; oxygène, 29,1 p. 100; azote, 64,2; acide carbonique, 6,7.
La neige absorbe encore de l’ammoniaque, alors qu’elle repose sur la terre (Boussingault). Elle a, d’ailleurs, abattu les impuretés de l’air, y compris les bactéries, tout comme la pluie, et quelques-uns l’ont considérée comme l 'épurateur par excellence de l’atmosphère. Cependant, elle ne relient pas les micro-organismes avec la même énergie que le sol mouillé.
L’eau de neige, comme boisson, a une réputation médiocre. Les méfaits qu’on lui attribue sont, toutefois, mal établis. Il est même à peu près certain qu’on doit renoncer à lui attribuer un rôle dans l’étiologie du goitre.
«osée, brouillard, etc. — La Rivers pollution commission de 1868 a constaté de 0mgr,26 àlmgr,96 d’azote par litre dans la rosée et la gelée blanche. Boussingault, de 1 à 6 milligrammes d’ammoniaque dans la rosée de Paris et jusqu’à 138 milligrammes dans l’eau d’un brouillard. La rosée et le givre précipitent les organismes de l’air, comme la pluie.
Mais ces incidents météoriques n’ont vraiment aucune importance vis-àvis de la consommation d’eau ; ils reparaîtront, du reste, plus légitimement dans l’étude de l’atmosphère.
2° Rôle sanitaire de l’eau.
L’influence sanitaire de l’eau peut être, plus expressément que celle d’aucun autre milieu, considérée au point de vue positif et au point de vue négatif. L’eau, en d’autres termes, doit contribuer à élever la santé d’une part, et, de l’autre, ne doit causer ni malaises ni maladies.
A. Rôle positif de l’eau. — Il s’exerce de la part de l’eau d'utilisation aussi bien que de l’eau de boisson.
La dernière n’a presque aucune importance comme matière alimentaire, car nos aliments, tels que nous les préparons, renferment toujours une bonne partie de l’eau nécessàire pour compenser les pertes aqueuses de l’organisme; mais elle en a, au contraire, une très considérable, comme assaisonnement des repas, comme condiment , chez les groupes nombreux qui n’ont pas le moyen de les accompagner de vin, de bière, de café, de thé. Ces trois dernières boissons emportent, d’ailleurs, l’intervention de l’eau et le vin lui-même est souvent l’objet de coupages volontaires, par le consommateur (sans parler du mouillage clandestin). Une eau appétis-
générale.] UoLE SANITAIRE DE L’EAU.
santé à l’œil et au palais rehausse la saveur des repas et stimule les fonctions digestives. Elle peut certainement faire concurrence à beaucoup de boissons alcooliques et quelques hygiénistes prétendent, avec raison, que l’approvisionnement d’eau excellente est un des moyens propres à, combattre l’alcoolisme. Nous ne sommes pas éloigné, non plus, de partager l’opinion de ceux qui croient que la bonne eau peut remplacer toutes les tisanes.
Quant à l’eau d 'utilisation, il est évident qu’il importe au plus haut point à la propreté de la maison, des ustensiles, du linge, que les lavages soient faits avec une eau qui ne commence pas par augmenter elle-même les impuretés; sans compter qu’elle peut en apporter de dangereuses. Le contact d’une eau limpide et inaltérée est seul tolérable en bain chaud, seul tonique en bain froid. Plus sera fraîche et salubre l’eau dont on lavera les ruisseaux de rue, dont on arrosera la chaussée, plus agréable sera le séjour d'une ville. Ce serait même rendre un mauvais service aux habitants que de répandre sur leur passage de l’eau sale. Par contre, c’est leur ménager des promenades et des exercices salutaires, la natation, lç canotage, la pêche, que de protéger contre les souillures l’eau des rivièrqs et des lacs, sans parler de tant d’industries qui ont besoin d’une eau d’une pureté chimique poussée loin.
B. Rôle négatif de l’eau. — Contrairement à la tendance, qui semble prédominer aujourd’hui, en France et au dehors, à ne considérer l’eau comme dangereuse que quand elle renferme des microorganismes pathogènes, ou tout au moins des poisons chimiques, nous pensons qu’elle peut être nuisible aussi, rien qu’en introduisant dans les voies digestives des substances qui n’ont rien à faire avec la nutrition, ou qui la gênent si elles sont absorbées, et qui, tout au moins, irritent le tube intestinal à la façon des corps étrangers à l’organisme. La question est donc générale et spéciale.
Nous devons faire remarquer, avant d’aller plus loin, qu’il ne convient guère, ici, de séparer l’eau de boisson de l’eau d’utilisation. Les principes offensifs, surtout s’ils sont de nature spécifique, qui pourraient être absorbés par la muqueuse digestive, avec l’eau de boisson, semblent également capables de pénétrer dans l’organisme par l’extérieur, à la moindre occasion, à la faveur du pouvoir d’absorption de la peau ou d’une solution de continuité. L’eau sale, étalée sur la rue, sur le sol de nos demeures, s’y évapore et abandonne des impuretés minérales ou organiques, des organismes pathogènes peut-être, qui se mêleront aux poussières et pénétreront dans l’économie par les voies respiratoires. On se contente peut-être trop aisément de réclamer de l’eau de source pour la boisson des citadins, en admettant que des eaux fluviales des plus suspectes se répandenl partout ailleurs que dans l’estomac des habitants. Les microorganismes pathogènes sont aussi transportés par voie sèche et, d’ailleurs, les poussières peuvent également être dégluties.
1. influence «les matières minérales. — Les gaz. — Leur présence ou leur absence sont, en elles-mêmes, assez indifférentes.
Arnould, Hygiène. 2e édit.
178 DE L’EAU- [llygicue
L 'acide carbonique, quelle qu’en soit la provenance, est assurément inoll'ensif dans l’eau, puisque nous en absorbons, de propos délibéré, des quantités notables dans l’eau de Seltz, les vins mousseux, la bière mousseuse. Du reste, on ne l’accuse pas et l’on se plaindrait plutôt de son absence, parce qu’il excite légèrement l’estomac et donne à l’eau un air de fraîcheur. Les proportions de ce gaz dans l’eau de puits sont en raison directe de l'abondance des résidus et des matières organiques, d’après Munkacsy ; un excès de GO2 (par exemple au delà de 100 centimètres cubes par litre) serait donc généralement une fâcheuse présomption pour l’eau, lin revanche, d’après les recherches de G. Leone, l’acide carbonique dans l’eau, même lorsqu’il y est dissous sous pression, est antipathique à l’existence des bactéries.
La diminution de l 'oxygène, au moins dans l’eau fluviale et lorsqu’elle correspond à une augmentation de CO2, est une note des plus fâcheuses pour l’eau, puisque l’oxygène a disparu en oxydant les souillures. Mais ce n’est rien de plus. Les poissons meurent par asphyxie dans l’eau sans oxygène, parce qu’ils ne peuvent respirer ailleurs; mais cet oxygène ne sert en rien à la respiration chez 1 homme et l’on ne voit pas en quoi il aiderait à la digestion.
L’azote, dans l’eau, est évidemment sans aucune action nuisible sur les consommateurs.
L 'hydrogène sulfuré, Y hydrogène phosphoré, qui se développent dans des eaux extrêmement sales et au sein desquelles s’accomplissent des décompositions organiques, quelquefois de nature animale; le gaz d’éclairage qui, parait-il, s’est diffusé dans certains puits, ne sont pas dangereux, parce que ces eaux sont remarquablement puantes et que, par suite, personne n’en boit.
Les matières minérales solides. — 11 faut distinguer parmi elles : 1° les substances toxiques positives : plomb, arsenic , mercure, etc., qui peuvent arriver dans l’eau à la faveur de certaines négligences ou par une manœuvre criminelle. De celles-ci, le danger n’est pas douteux; mais le cas est rare. 2° les sels alcalins et terreux que l’eau dissout des terres traversées; 3° ceux qu’elle doit à la transformation des matières organiques et que la nappe souterraine recueille particulièrement dans les lieux habités.
De ces deux dernières catégories, la première n’est guère suspecte. Les sels de la seconde pourraient inspirer quelque inquiétude; mais la dose à laquelle ils se trouvent dans l’eau la plus souillée est assez rassurante. Le sulfate dépotasse, par exemple, n’est à la dose que de 0Bt,32 par litre dans l’eau d’égout, à laquelle on ne s’abreuvera certainement jamais. Tous les sulfates ensemble ne font pas 1 gramme par litre; et un adulte élimine 2 grammes d’acide sulfurique en vingt-quatre heures par les urines.
Voici, d’ailleurs, les chiffres des divers sels reconnus par Tiemann et Preusse dans une eau de ce genre.
générale.]
HOLE SANITA1KE Ül£ L’EAU.
Pour 1 00,000 parties (l'eau, le résidu desséché à 100° contenait .
Sulfate de chaux
— de potasse
Carbonate de chaux ,!1
— de magnésie ^
— de fer C»
Chlorure de sodium
— de potassium 1
Nitrate d’ammoniaque •>
— de chaux U*
Silice ’
Matières organiques non volatiles à 100 degrés.. . . 21,5
Total 225,0
Les carbonates de chaux, de magnésie et de fer, qu’on n’incrimine pas, au point de vue de l’influence sanitaire, ne représentent que 0sr,405 par litre. 11 y en aurait le double, que personne n’y prendrait garde. Mais, d’ordinaire, l’eau ne saurait en dissoudre davantage.
Le Congrès de Bruxelles de 18o3 avait fixé à 0er,b par litre, ou bO parties pour 100,000 d’eau, la proportion que les matières minérales ne doivent pas dépasser. En réalité, cette proportion pourrait s’élever à 60, 70, 80 p. 100,000 sans être préjudiciable à la santé, si l’eau est d’ailleurs exempte de souillure et si la majeure partie des matières fixes est constituée par des carbonates de chaux et de magnésie, dissous à la faveur de CO2 libre. Mais ce cas se réalise difficilement, le Congrès s’en est rendu compte, et voici pourquoi :
Les carbonates des terres alcalines existent dans l’eau à l’état de sels acides ; autrement dit, ils sont dissous à l’aide de l’acide carbonique libre. Or, peu d’eaux sont assez riches en CO2 pour pouvoir tenir dissoutes plus de 20 parties de chaux ou de magnésie dans 100,000 d’eau ; 20 p. de chaux fournissent 3b de carbonate de chaux; 20 de magnésie, 44 de carbonate de magnésie. Dans le premier cas, il reste 50 — 3b = lb; dans le second, bO — 44 = 6, pour les sels alcalins, et dans des proportions qui ne menacent pas la santé. Y a-t-il plus de bO de résidu pour 100,000 d’eau? il se peut à la rigueur que le surplus soit encore de carbonate de magnésie ou de chaux; mais, d’après ce que l’on sait de l’abondance limitée de CO2, il y a beaucoup de chances pour que l’excès soit surtout .constitué par des sels d’un autre acide : chlorures, nitrates, sulfates, lesquels sont plus positivement offensifs que les carbonates. Il y a même des probabilités, d’après les faits, que ces sels seront à bases alcalines.
Le chlorure de sodium , le carbonate de soude et le sulfate de chaux peuvent encore être rangés dans les sels naturels de l’eau, c’est-à-dire fournis par les terrains traversés; mais, déjà, il arrive que certaines eaux doivent une partie de leurs chlorures à l’urine qui y a été versée directement. C’est même dans la haute proportion du chlore que l’on peut trouver une échelle de la souillure des fleuves, comme le fait remarquer Brouardel, et des puits intra-urbains. A Berlin, où l’eau municipale est prise à la Sprée et au lac de Tegel, on distingue tout de suite l’eau du lac de celle du fleuve à ce que la première ne renferme que 16 à 18 milligrammes de chlore, tandis que 1 eau de la Sprée en offre 20 à 30 milligrammes (Plagge et Proskauer).
DIÏ L’EAU.
[Hygiiuio
Saul' ce souvenir, nous ingérons journellement plus de chlorure de sodium que les .eaux n’en renferment dans la quantité que nous pouvons en boire. Dans la région des Cholts, en Algérie, on trouve des sources ou des puits dont l’eau est horriblement salée. On se borne à ne pas en user (Jaquemet). C’est comme de l’eau de mer.
Les nitrates, comme le faisait remarquer Grellois, sont employés en thérapeutique à des doses beaucoup plus élevées qu’il ne peut arriver par la consommation d’une eau de puits. Nous en dirons autant des sels de soude. Pourtant, nous avons déjà reconnu qu’il n’est point bon d’introduire d’une façon continue des alcalins dans le sang; il peut en être de même vis-à-vis de sels qui excitent la fonction rénale, comme les nitrates. Enfin, il vaut mieux ne pas absorber quotidiennement du sulfate de potasse, même à petites doses.
Letheby, comparant la statistique de soixante-cinq villes anglaises, a cru reconnaître que la mortalité baisse comme la dureté de l’eau consommée augmente. Avec Wolffhügel et la Hivers pollution commission, nous pensons que les sels de chaux, de magnésie et de fer n’ont pu être pour rien dans cet état de choses, très heureux et peut-être bien réel. C’est assez qu’ils soient inoffensifs et que notre époque les ait exonérés des soupçons qui pesaient sur eux, dans l’étiologie de la pierre, de la carie dentaire, du goitre, du crétinisme.
Leurs inconvénients sont autres et moindres. Ils constituent ce que l’on a appelé la dureté dé l’eau. Nous indiquerons la manière de déterminer cette dureté; dès maintenant, disons qu’on la reconnaît à de certains indices, qui sont en même temps des exemples de l'incommodité des eaux qui en sont affectées. Les eaux dures incrustent les tuyaux de conduite ; cuisent mal les légumes, parce que les sels terreux forment avec les albuminoïdes des composés insolubles; font obstacle au savonnage, parce que d’autres composés également insolubles se constituent avec les acides gras du savon et les terres alcalines de l’eau ; sont impropres à la fabrication de la bière, à la teinture, à l’alimentation des chaudières à vapeur, etc. Le fer, en grandes proportions, peut rendre l’eau impotable, quoique inoffensive.
11 se fait aisément des légendes sur l’effet des eaux. On attribuaità l’eau de Munich (avant l’établissement de la distribution de Mangfalllhal) la diarrhée dont souffrent les nouveaux arrivants. Wolffhügel soupçonne que les patients ont bu plus de bière de Bavière que d’eau. 11 arrive aussi, à Paris, qu’il faudrait quelquefois accuser le marchand de vins plus que l’eau de Seine.
Des diarrhées d’une nature grave ont été attribuées à l’usage des eaux troubles du Gange, du Mississipi. Cette étiologie peut être exacte ; mais quel élément du trouble est vraiment le coupable, et n'y a-t-il pas du parasitisme en j eu ? Grellois s’est mis lui-même, pendant quelque temps, au régime de l’eau limoneuse et n’a constaté autre chose que le manque de charmes d’une semblable boisson. La Medjerdâh (Tunisie), qui charrie des dépôts considérables, est toujours trouble et, cependant, les riverains s’y désaltèrent et Moissonnier déclare que cotte pratique est sans inconvénient.
générale.]
ItOLE SANITAIRE DE L’EAU.
2. Influence des matières ory» niques. — Les maticlCS Olgailiques do l’eau sont mortes on vivantes.
Les premières sont en suspension ou dissoutes.
a. Matières en suspension. — Ce sont des débris animaux ou végétaux, extrêmement variés : filaments de lin, de coton, de laine, duvet, plumes, poils, végétaux ou animaux, fragments de bois ou de paille, corpuscules d’amidon, spores de grands champignons; — la gangue des immondices; épithélium buccal, globules de mucus, débris alimentaires, matière slercorale, cellules végétales diverses, fragments de fibres musculaires: — des fragments ligneux, provenant souvent du bois pourri de la margelle d’un puits ou d’un corps de pompe; — les restes plus ou moins complets d’animaux noyés, rats, insectes, écailles de papillons, pattes de mouches, ou même d’animaux qui ont vécu dans l’eau, poissons, batraciens, mollusques, etc.
Toutes ces choses mortes sont répugnantes; mais il n’est pas certain qu’elles soient très dangereuses. C’est, au moins, une question de quantité et, surtout, il importe de noter la nature des accidents qui peuvent résulter de l'ingestion de ces débris.
Or, les débris cadavériques, non plus que les matières fécales, ne peuvent mettre dans l’eau des agents virulents, des bactéries pathogènes en d’autres termes, s'ils ne proviennent eux-mêmes d’animaux atteints d’affections bacillaires Ce qui nous reporte à la discussion qui sera tentée tout à l’heure (Voy. Les Microorgamsmes de l'eau).
Hors de là, nous ne pouvons plus avoir affaire qu’à la putridité banale. 11 est probable que les débris animaux sont plus fâcheux que les substances végétales. Celles-ci et ceux-là restent sans influence apparente tant que leur masse n’atteint pas à des proportions considérables. Dans les campagnes, en France, on voit beaucoup de puits mal protégés, où tombent les feuilles des arbres, où les enfants jettent des ordures et dans lesquels de petits rongeurs se noient fréquemment. Les paysans boivent, néanmoins, cette eau, généralement fraîche, assez copieusement et ne paraissent pas s’en porter plus mal. Cependant, Léon Colin est disposé à rapporter aux matières organiques des étangs, canaux et rivières, auxquels boivent les soldats en marche, la fréquence de la dysenterie dans les expéditions militaires. Jaqucmet, de même, attribue aux matières organiques en décomposition la diarrhée qui suit l’ingestion de l’eau des puits du désert, dans laquelle tombent les débris des branches de palmier ou de bois d 'aria et où l’on a quelquefois jeté un cadavre humain. Nous-même, pendant notre séjour en Algérie, nous avons pu nous convaincre que boire aux eaux limpides, mais de saveur ligneuse, de certains ruisseaux africains, c’est s’exposer à brève échéance à des coliques violentes.
La diarrhée n’est pas précisément la dysenterie, quoique elles se confondent aisément, dans les pays chauds. La dernière pourrait bien être une maladie parasitaire, ce qui réduirait les matières banales de l’eau au rôle de cause prédisposante.
Au fond, l’action mécanique des débris n’est probablement pas autre que
DF. L'ICA 11.
| Hygiène
<’ello do substances indigestes, ce qui est peu grave, quoique à éviter. Le rcel effet de la matière putride est produit par la partie soluble de ces débris et de ces immondices.
b. Matières organiques dissoutes. — Ce sont des substances albuminoïdes ou hydrocarbonées, naturellement solubles, mais n’ayant pas subi de modifications; — ou bien les dérivés de ces substances. Tiemann et Preusse énumèrent, parmi les produits de dédoublement qui résultent de la putréfaction des matières albuminoïdes, les corps suivants : peplone, triméthylamine ; des amides dérivés d’acides monobasiques ou bibasiques de la série grasse ( leucine , acide asparagique, glutamique, etc.), des acides de la série grasse ( acides valêrianique, butyrique, etc.). Enfin, des substances appartenant à la série aromatique, phénol, crésol, indol, scalol, tyrosine , acides hydroparacumarique, paroxyalphatoluique, alpkatoluique, hydrocinnamomique). Les graisses se décomposent en glycérine et en acides gras riches en carbone. Les hydrocarbonés donnent des alcools (aldéhydes) et des acides de la même série. Il y a dans la matière excrémentitielle des corps immédiatement solubles (l’urée, spécialement). Nous avons parlé précédemment des « éléments de l’humus » qui se présentent dans certaines eaux. C’est ce que l’on accuse, d’ailleurs, le moins.
Mais tous ces corps, parmi lesquels il s’en trouve de dangereux, au moins à dose sérieuse et d'une façon banale, sont loin de se trouver simultanément dans les eaux que l’on dit chargées de matière organique. On ignore môme, régulièrement, s'il y existe un quelconque d’entre eux. Les procédés d’expertise les plus parfaits ne savent que distinguer les matières azotées et les matières carbonées, ou encore signaler l’urée et les amides parmi les autres substances (G. Pouchet). La plupart du temps, on dose en bloc « les matières organiques », sans soupçonner en aucune façon leur nature ou leurs propriétés. Aussi peut-on trouver étonnant que, dans des livres sérieux et même dans des instructions officielles, il soit donné un chiffre précisde matière organique par litre au-dessous duquel l’eau est «très pure ». tandis qu’elle est « suspecte» ou « mauvaise » au-dessus. C’est, assurément, le moyen de condamner beaucoup d’eaux irréprochables et d’en autoriser d’autres, d’une incontestable nocuité. Nous pensons qu’il faut absolument se déshabituer de dire : « toute eau qui ne consommera pas plus de 1 milligramme d’oxygène du permanganate sera parfaite; toute autre qui en exigera plus de 3 milligrammes sera détestable. »
Il va sans dire qu’aucune matière organique dissoute ne peut communiquer à l’eau la propriété de provoquer des maladies spécifiques, autrement dites parasitaires. 11 est entendu également que les matières dissoutes ne sont pas toutes nuisibles et que la quantité qui en existe dans l’eau n’est pas décisive. Cependant, pourvu que l’on abandonne la rigueur mathématique des formules d’autrefois, nous croyons que l’eau notablement riche en matière organique est généralement inférieure et à éviter le plus possible.
Les matières organiques dissoutes peuvent correspondre au « poison septique » de Panum et Bergmann, au ferment non figuré de Hiller, au « poison fécal » d’autrefois, aux « p fontaines » d’aujourd’hui. A ce titre, elles ne
générale. ROLE SANITAIRE DE L’EAU. 183
peuvent déterminer qu’une intoxication, remarque Wolllhügel, et non point une maladie véritable: mais c’est déjà quelque chose et c est trop. Simon (Heidelberg) a pu injecter 16 grammes d’urine fraîche sous la peau d un homme et une livre du même liquide sous la peau d’un chien, sans tuer ni l’un ni l’autre. Mais II. Emmerich (Munich) empoisonnait en quarante-trois heures un fort lapin avec 20 centimètres cubes d’une urine ayant stagné quelques jours. Le même savant a reconnu toxiques les matières fécales, même fraîches, en dilution jusqu’au dix-millième; bien qu’il ait pu faire impunément sa boisson, pendant plusieurs jours, d’une dilution fécale au vingt-millième.
Mais nous abandonnons volontiers le terrain des intoxications et nous attachons formellement une importance beaucoup plus grande à l’action lente de l’usage habituel de l’eau sale en boisson, à titre de préparation locale et générale de l’économie à recevoir les maladies infectieuses, spécialement celles qui peuvent être supposées pénétrer par les voies digestives et qui, dans tous les cas, semblent se fixer de préférence sur l’intestin. Nous croyons que les magnifiques conquêtes de notre époque dans le domaine du parasitisme ont un peu trop accaparé les esprits au profit des causes spécifiques. La façon dont l’homme contracte les maladies, même parasitaires, n’est pas une inoculation. Elle comporte une préparation des portes d’entrée des micro-organismes pathogènes et une adaptation du milieu, c’est-à-dire de l’économie. La mauvaise eau, banalement souillée, nous paraît un des plus sûrs agents de cette double préparation. Remarquons, d’ailleurs, que l’eau riche en matière organique est peut-être elle-même un milieu nourricier pour les bactéries pathogènes. Dans tous les cas, lorsqu'elle en renferme de telles, elle possède en même temps le pouvoir d’irritation de la muqueuse digestive, qui favorise la pénétration des parasites. De sorte que, si l’on réserve le nom d 'eau pure à celle qui ne renferme ni matière toxique ni matière infectieuse, nous maintiendrons entre le cadre des eaux pures et celui des eaux impures les « eaux nuisibles », c'est-à-dire celles qui renferment des substances putrides ou les produits de la putréfaction. Et que, lors même qu’il y aurait lieu de contester ou de restreindre le rôle spécifique de l’eau dans la propagation des maladies infectieuses, on aurait toujours raison de regarder l’absence d’eau irréprochable comme l'une des plus grandes misères que puissent supporter les groupes.
c. Organismes vivants. — 11 semble que l’on puisse faire deux classes des organismes qui vivent dans l’eau et qui intéressent l'hygiène.
Dans une première classe se rangent les grands parasites, les infusoires, les algues. On peut, à la rigueur, compter en tête de la série la sangsue de cheval (Hæmopis sanguisuga), commune dans les eaux d’Algérie, que l’on avale grosse comme un fil et qui se fixe au pharynx, où elle se gorge. Puis, viennent les œufs et les embryons d’entozoaires et d’hématozoaires : les distomes, spécialement le distome hématobie ( Bilharzia haematobia ), qui cause l’hématurie endémique du Cap et d’Égypte, et le Disloma llingen ou peut-être D. pulmonale , qui accomplit la première phase de son existence
DK L’EAU.
[Hygiène
dans un petit coquillage d’eau douce, selon Patrick Manson, et auquel il faut attribuer l’hémoptysie intermittente du Japon, de Chine, de Formose; la filaire de Médine , dont le premier habitat est le corps d’un cyclope; la Filaria immilis , F. sanguinis hominis, filaire de Bancroft ou de Wucherer, qui dépose ses œufs dans les larves de moustics. Enfin, les œufs ou les embryons d'ascarides, de Yankylostome duodénal, qui serait coupable de l’anémie d’Égypte (Griesinger), de l’anémie des ouvriers du tunnel du Saint- Gothard (Perroncito, Concato, Sonderegger) et même de l’anémie des mineurs d’Anzin (Lesage). 11 faut probablementy joindre les œufs de ténias. Une des phases de l’existence du Bolhriocephcilus latus s’accomplirait dans le corps de certains poissons du lac de Genève (les férats ). Les eaux de la
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Fig. 12. — Famille des Oxytriehiens (").
Cochinchine introduisent dans l’intestin les angnillides de la diarrhée chronique (Normand, Laveran, Bavay, Dounon); mais il n’est pas certain que ces parasites soient la cause de la diarrhée de Cochinchine (A. Bordier).
Les Entomostracées, Daphnia , Cyclups , Cypris (voy. page 162), ainsi que la plupart des Rotateurs, se nourrissent d’algues et d'infusoires plus petits. Ils n’ont aucun effet nuisible sur l’économie et leur présence ne prouve pas nécessairement que l’eau soit mauvaise. Les Infusoires carnivores, Amibes, Paramécies, Oxytrichées, Chilodon cucullus, Euplotes Charon , RoLifev vulgaris (fig. 12), les Infusoires flagellés, certains Infusoires ciliés, Glaucoma scintillans, Vorticella infusionum, Colpoda cucullus, Enchelgs, Paramecium putrinum , Leucophrys piriformis, etc. (fig. 13), ne sont pas plus offensifs par eux-mêmes. C’est seulement l'indice d’une forte proportion de matières organiques dissoutes dans l’eau, sans qu’on puisse en rien conclure sur la
(*) I. Iiuplotes Charon Ehr. — 2. Aspidieca turrita Cl. et E. ex Ehr., vu de face. — :t. Le même, vu de profil. — 4. Aspidiscu cicada CL et L.. vu de face. — 5. l.e même, vu de dos. — fi. Le même, vu de profil.
Fig. 13. — Paramécies et Kolpodes {*).
des eaux, de leur putréfaction' sur le sol découvert ( Annbœna , Clathrocystis). Mais l’odeur qu’elles répandent a l’avantage d’éloigner les consommateurs. On peut en dire autant des algues bleu verdâtre ( phycochroma cées ). Les Oscillariées et les Beggiatoées réduisent les sulfates, et mettent en liberté de l’hydrogène sulfuré. Les Saprolégnées vivent sur des débris stercoraux ou cadavériques. Ces trois dernières familles ne paraissent pas
(*) 1, Paramecium inver.ium Cl. et Lach., d'eau douee. — 2. Kolpoila parvifrons Cl. et L. — 3. Cyclidium eloni/alum Cl. et L., d'eau douce, à mouvements saccadés, alternant avec des périodes d’immobilité (famille des Kolpodéens). — 4. Buxleya crassa Cl. et L., des eaux de mer et saumâtres (famille des Dvstériens). — 5. Trichopus dysteria (famille des Trachéliens). • — 6. Pleuronema chrysalis Perty (PI. crassa et marina Dujardin). — 7. Balte ri a volvox Eiclrwald, d'eau douce (famille des Haltériens).
(1) Dans les figures ci-dessus, relatives aux infusoires, les lettres ont la signification suivante : n, le nucléus; o, la bouche; v, les vaisseaux; v. c., la vésicule contractile; a), l’anus. Grossissement : 300 à. 500 diamètres. Celles qui ne sont pas accompagnées d’une indication spéciale sont tirées des mémoires de Claparède et do Lachmann ( Etudes sur les Infusoires et les B/iisopodes, in Mémoires de l'Institut de Genève in-4°, avec planches. 1858-18G1).
générale.] ROLE SANITAIRE DE L’EAU,
nature ou la provenance de ces matières (1). En général, cette eau n est pas séduisante et l’on n’est pas tenté d’en boire.
Les Algues vertes sont plus utiles que nuisibles; elles remettent en liberté de l’oxygène de l’acide carbonique dissous dans 1 eau et, par suite, contribuent à l’oxydation des souillures. On a signalé (Farlow, à Boston , Bouillard, à Versailles), l’inconvénient qui résulte, au moment du retrait
DK L’EAU.
DK L’KAU. Ilygièno
êLro plus malfaisantes que les autres. L’eau qui les renferme a des caractères extérieurs qui suffisent à protéger les humains contre elles. Une
Algue absolument inoffensive, quoique gênante, a fait beaucoup parler d’elle à Halle, à Berlin, où on l’appela la « Calamité des eaux », et à Lille ; c’est le Crenothrix polyspora (fig. 14) de Cohn, ou Hypheothrix Kühniana Rabenhorst, qui semble venir du sol plus que des collections aqueuses et aune prédilection pour l’oxyde de fer, qu'il emprisonne dans ses masses zoogléiques. Aussi sa présence dans les eaux de distribution, en même temps qu’il gêne par la quantité, s’accompagnet-elle d’une saveur d’encre qui rend l’eau impropre aux usages domestiques. La plante n’a pas d’autre inconvénient au point de vue sanitaire. Mais ceux-là sont suffisants pour qu’on l’évite, de même que toutes ses congénères, dans l’approvisionnement d’eau des villes.
2. Le second groupe peut être formé des Champignons inférieurs, moisissures , levures, schizomycèles ou bactériens.
Les uns et les autres peuvent être doués de propriétés banales ou, au contraire, de propriétés nuisibles, pathogènes. C’est à la présence de ces êtres dans l’eau, mais surtout à ceux de la dernière catégorie, que nous consacrons l’article suivant.
Fig. 14. — Creiiof/irix Kühniana. 1 : 300. Filaments avec disques cylindriques et coccus'ya) , d’après Zopf.
Les levures ne sont jamais guère signalées comme agents pathogènes chez l’homme, sauf le cas du muguet et celui des troubles digestifs attribués à l’usage de certaines bières mal fabriquées. Aussi en sera-t-il peu question dans ce chapitre. On connaît quelques moisissures pathologiques, au moins chez les oiseaux; mais comme ce sont les spores qui, introduites parla respiration, peuvent déterminer des accidents, il ne semble guère probable que les moisissures des eaux soient jamais offensives pour l’homme et par elles-mêmes. Le nombre de celles qui le sont, dans les circonstances les plus favorables, est d’ailleurs très restreint. En outre, Frankel a montré que celles (certains Aspergillus) qui ont la faculté de croître dans les corps des animaux à sang chaud sont précisément celles pour lesquelles la température la plus favorable au développement est très élevée et voisine de la température du corps (37 à 40°). Or, les eaux, surtout les eaux de puits, sont d’ordinaire à un degré bien inférieur.
Lies microorgn niâmes «le l’eau. — H y a des microorganismes dans toutes les eaux, même les plus pures. 11 est, en effet, impossible qu’il en soit autrement, dès que l’eau est en rapport avec l’air et avec le sol. On en trouve jusque dans l’eau distillée, pour peu que les manipulations nécessaires pour vérifier le fait aient permis des contacts entre cette eau et l’air. Par suite, il est inévitable que, parmi les bactéries innombrables que les mille incidents de la vie des humains dispersent dans l’air, répan-