B. BACILLES
1° Vacille» pathogènes pour l’homme. — Le nombre commence a en être important. Ce sont essentiellement les bacilles qui représentent les agents
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des infections générales. Nous commençons, avec Flügge, par le plus anciennement et le mieux connu.
Bacillus anlhracis (Bactéridie de Davaine, Bacille du charbon). Bâtonnets de 1 [a à l (a, 25 de large sur 5 à 20 u. de long, se sectionnant après avoir acquis environ le double de leur longueur primitive (lig. 79). Quelques bacilles ont une cloison transversale dans leur milieu ; d’autres sont coudés
en ce point ou suspendus l’un à l’autre; il y a parfois comme des chaînettes de bacilles articulés et présentant un renflement à leur extrémité, au point d’articulation.
Les bacilles charbonneux sont toujours immobiles et aérobies. Sur un terrain nourricier approprié et à la température d’environ 36°, il s’accroissent jusqu’à atteindre cent fois leur longueur originelle et produisent des spores ovalaires, pendant qu’eux-mêmes disparaissent peu à peu (flg. 80).
Cet organisme se cultive sur la pomme de terre, la gélatine, les graines amylacées, les racines succulentes, l’urine alcaline, l’infusion de foin neutralisée. Il réussit au mieux dans le sang des animaux vivants, chez qui il provoque une affection locale ( pustule maligne) ou générale, celte sorte de septicémie que l’on nomme le sang-de-rale (. Milzbrand ).
Les animaux les plus divers sont accessibles à ce virus aussi bien que les moutons et les bœufs, chez qui le charbon s’observe spontanément. Les moulons algériens, toutefois, sont relativement réfractaires (Chauveau, 1880) et les oiseaux, dont la température est de 42°, résistent à l’inoculation, à moins d’être artificiellement refroidis (Pasteur, 1878). Toutefois, les moineaux et quelque autres sont inoculables sans préparation (Koch). Les rais blancs, les chiens, les grenouilles, possèdent l’immunité, complète ou relative. Gibier donne le charbon à la grenouille, en l’échauffant. C’est dans le sang que s’accumulent les bacilles charbonneux chez les animaux inoculés.
Dans le corps de l’animal vivant, les bacilles ne se multiplient que par sectionnement transversal et ne forment pas de spores. Celles-ci n’appa-
Fig. 79. — Bacillus anlhracis dans le sang (d’après Koch).
Fig. 80. — Le même après vingt-quatre heures de culture.
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Laissent que dans une matière de culture inanimée et d’ailleurs sous certaines conditions parmi lesquelles la température joue le principal rôle. La limite supérieure est vers 43° ; la limite inférieure entre 12 et 18°. Au-dessous de 12°, la végétation par spores ni par filaments ne paraît plus avoir lieu. Donc, dans les pays où il existe une couche de sol, à la profondeur de quelques mètres, dont la température est constante et aux environs de 10°, ainsi qu’il arrive dans nos climats tempérés, si l’on enterre les animaux charbonneux à une profondeur convenable, il ne s’engendre pas de spores, et les bacilles meurent sans passer à la forme durable. Malheureusement, il est fort rare que l’on prenne la précaution d’enfouir les cadavres charbonneux jusqu’à cette couche de sol constamment au-dessous de 12°. Les bacilles de ces cadavres trouvent, dans les couches superficielles du sol, déjà peut-être arrosées de sanie charbonneuse, la température et toutes les conditions nécessaires à la sporulation. Ils s’y conservent, par suite, et s’y multiplient, comme Pasteur l’a constaté, ce que reconnaît Koch lui-même, en expliquant comme il suit la conservation des bacilles charbonneux : « Les germes répandus, çà et là, de longue date, au bord des cours d’eau, dans les contrées marécageuses, peuvent se développer sur une substance nourricière végétale qui leur convienne et produire de nouvelles spores. Celles-ci sont dispersées par les inondations sur les pâturages et se retrouvent dans le fourrage. Ce qui explique la fréquence prédominante de l’infection par la voie intestinale. » On ne comprend donc pas que Koch et Flügge opposent à la théorie du transport des spores charbonneuses par les vers de terre, de Pasteur, l’impossibilité (pour raison de température) de la formation de ces spores. Et l’on conçoit que l’immunité charbonneuse des Savarts de la Champagne, où il n’y a que 13 à 20 centimètres de terre végétale sur la craie, puisse être attribuée par Pasteur à l’absence de vers dans cette couche crayeuse.
Nous avons cité précédemment (page 87) les expériences peu probantes de Schrakamp et de Soyka sur la multiplication des bacilles charbonneux dans le sol. Eu 1880, Poincaré (de Nancy) reconnut, dans un liquide marécageux, rapporté d’un pré sur lequel avait pâturé un troupeau de bœufs atteint du charbon (19 victimes en 3 semaines), des « bactéridies » semblables à celles que renfermait le sang de ces animaux. On observe quelquefois le charbon, dans le département du Nord, sur les bœufs qui mangent l’herbe des prairies exposées aux débordements de l’Espierre, chargé des eaux de désuintage des laines; le vétérinaire Pollet n’hésite pas à voir une relation entre cet arrosage et les accidents charbonneux. Kitt estime que les excréments des hêtes à cornes offrent un milieu nourricier aux bacilles, dans les régions infestées (Flügge).
Les spores charbonneuses ont une remarquable puissance de conservation.
Les bacilles charbonneux ont été l’objet de tentatives heureuses d'afténualion, soit au moyen de la chaleur (Toussaint), soit par l’action de l’oxygène de l’air (Pasteur). Ces virus atténués ont permis une gradation dans l’application de la méthode vaccinale aux moutons et aux bovidés. Ces faits intéressants seront l’objet de considérations ultérieures, à un
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point de vue général. On y joindra les réflexions qu’inspirent les assertions de H. Buchner relativement à la malléabilité biologique de Bacillus anthracis et à la possibilité de sa transformation en B. sublilis.
Vibrion septique (Pasteur). — C’est le môme organisme que Koch appelle Bacillus œdematis maligni , parce qu’en effet, son inoculation est le point de départ d’un œdème du tissu cellulaire sous-cutané, qui s’étend et aboutit à la mort. Mais, en français, le titre d'œdème malin s’appliquant déjà à une affection charbonneuse, nous sommes obligé de maintenir l’appellation première; à moins que pour concilier tout le monde, on ne consente à donner à ce microbe le nom de Bacille de la gangrène gazeuse, qui lui appartient également et qui ne fera aucune difüculté pour le chirurgien (Ch. Bouchard, Chauveau, Arloing, Brieger).
Le vibrion septique (flg. 81) ressemble beaucoup au bacille du charbon, Il est seulement quelquefois mobile, en filaments plus longs, et les éléments bacillaires se renflent en têtards pour la production des spores. Surtout il est anaérobie et, par suite, difficile à cultiver, à moins qu’on ne l’inocule profondément dans le milieu solide. La température qui lui est la plus favorable est de 18 à 20°.
Les bacilles en question sont très répandus et se présentent dans presque toutes les substances en putréfaction; ils peptonisent très énergiquement l’albumine et jouent probablement un très grand rôle comme saprophytes. La poussière de foin, la terre de jardin les renferment.
Néanmoins ils ont des propriétés pathogènes redoutables, en inoculation aux animaux, comme il a été dit au début. Chez l’homme, ils pénètrent quelquefois par une plaie, par exemple dans le cas d’une fracture avec issue des fragments qui a été souillée de terre ou d’une autre substance renfermant les germes septiques.
Bacillus typhi abdominalis , bacille typhique. — Soupçonné par Recklinghausen et plus ou moins reconnu par Klebs et ses élèves, il a été découvert par Eberth, de Zurich, qui, le premier, mit en évidence sa spécificité. Depuis lors, Koch, Meyer, Gaffky, Artaud, Chantemesse et Widal, ont con-
gazeuse .
firmé ou complété sa morphologie et l’histoire de ses propriétés biologiques Enfin, de nombreux savants, A. Pfeiffer, C. Seitz,
E. Frankel et M. Simmonds, W. Sirotinin, Beumer et Peiper, ont éclairé divers points importants do jj ses rapports avec le typhus addominal.
C est un bacille peu caractérisé (flg. 82), de 2 à 3 p. de long sur 1 de large, mais capable de s’allonger davantage et de s’épaissir dans les cultures.
Par suite d’une dégénérescence partielle (Chantemesse et Widal), le bâtonnet présente assez souvent un espace clair sur une partie de sa longueur ; c’est ce qu’on appelle vacuole.
Il prend mal les couleurs d’aniline, est doué de mouvements très vifs
Fig. 82. — Bacille typhique et ses spores.
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et ne liquéfie pas la gélatine. Il est aérobie, mais facultativement anaérobie et se cultive bien dans le vide. La plupart des milieux organiques se prêtent à sa culture ; celle que l’on fp.it sur la pomme de terre passe pour caractéréristique. « Il y prospère et se multiplie, mais sans culture apparente à l’œil nu; à peine aperçoit-on au bout de quelques jours, sur la strie d’inoculation, une traînée humide, et souvent la tranche de pomme de terre doit être examinée sous un certain angle d’incidence pour que l’on puisse déceler la présence d’une culture. Lorsque la pomme de terre est très humide, on distingue sur sa tranche, au point d’ensemencement, une légère boursouflure dont l’aspect rappelle assez bien la surface glacée de certains gâteaux. Cette apparence est parfois si légère
qu’elle peut passer inaperçue pour un œil inexpérimenté » Comme
on voit, ces caractères si vantés sont surtout négatifs. Les colonies sur la gélatine apparaissent au troisième jour; au bout de cinq à six jours, elles ont la taille d’une lentille, sont d’un aspect .nacré, transparentes ; leur contour est déchiqueté; la surface, vue à la loupe, est tourmentée, coupée par des sillons; on dirait une montagne de glace en miniature. Toutefois « cette forme est loin d’être constante ; la culture du bacille typhique sur gélatine est essentiellement polymorphe. » (Chantemesse etWidal.)
La sporulation se fait par l’apparition d’une spore terminale à l’une des extrémités du bâtonnet (Gaffky) ; la température de 34 à 40 degrés est la plus favorable. Ces spores sont incolores et ne prennent pas les couleurs d’aniline. Elles sont très résistantes, particulièrement à la dessiccation.
Selon Chantemesse et Widal, la température la plus favorable à la culture du bacille typhique est entre 23 et 33 degrés ; à 46° le développement s’arrête ; au dessous de 23°, il diminue, mais n’est pas encore arrêté à 3 degrés (Seitz). Sa résistance au froid est très grande.
Sur le cadavre, on le rencontre dans l’épaisseur de la muqueuse intes-" tinale, des plaques de Peyer, dans les ganglions mésentériques, la rate, le foie, les reins et d’autres organes. On ne le trouve pas (Eberlh) sur les cadavres d’individus qui ont succombé à une autre maladie que la fièvre typhoïde.
Il a été longtemps difficile de le démontrer dans le contenu de l'intestin et dans les selles des typhoïsants. C’est à Pfeiffer, de Wiesbaden, qu’on doit la première constatation de ce genre.
Sur le vivant, Neuhaus assure l’avoir obtenu des taches rosées, mais il est généralement admis qu’il ne reste pas dans le sang périphérique. C’est par ponction de la rate que les bactériologues vont le chercher (Nous ne recommandons pas cette méthode).
Nous avons vu antérieurement qu’il est très difficile de remarquer les bacilles typhiques dans les milieux, même dans l’eau (page 198). Nous serions plutôt inquiet de la fréquence des succès obtenus dans cette recherche sur quelques points. D’ailleurs nous sommes très antipathique à l’opinion d’après laquelle un milieu ou l’autre serait le véhicule exclusif ou prédominant du bacille typhogène. Flügge estime avec raison que les
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aliments sonl aussi bien appropriés il ce rôle que l’eau de boisson. « Les voies de propagation des germes, dit-il, depuis les déjections jusqu’aux aliments, sont extraordinairement nombreuses. Elles semblent tantôt dues au hasard ; tantôt, elles donnent l’illusion d’une conformité à certaines lois. Donnons seulement comme exemple le fait que les déjections qui renferment des spores arrivent, en dernière analyse, sur les terrains consacrés à la culture, jardins, campagnes, champs d’irrigation et de là, les •spores non altérées sont transportées dans les habitations par les produits de la terre, l’homme, etc. Elles peuvent alors, par suite d’innombrables manipulations, de circonstances particulières, tomber sur un milieu nutritif favorable, s’y multiplier et donner lieu à une transmission ultérieure de la maladie. » D’ailleurs, la fièvre typhoïde est moins fréquente à Lille, dont toutes les matières fécales sonl répandues en nature sur les champs d’alentour, qu’à Paris, où l’on en transforme une grande partie en sulfate d’ammoniaque.
Gaffky n’a jamais pu réussir, par l’inoculation ou l’injection de cultures pures du bacille typhique à des animaux, même à des singes, à reproduire une maladie qui ressemblât à la lièvre typhoïde. E. Frankel et :E. Simmonds assurent avoir été plus heureux; Seitz est disposé à comprendre leurs expériences dans le même sens. Mais W. Sirolinin, Beumer et Peiper estiment que ces auteurs n’ont produit que des accidents pareils à ceux qu’on obtient avec les bactéries banales, tout au plus une intoxication (par la typhotoxine de Brieger), et jamais une véritable multiplication des bacilles spécifiques (infection). Les recherches de Widal et Chante- •messe seraient plutôt favorables à Frankel et Simmonds.
Bacillus pneumoniæ , découvert par Friedlânder et Frobenius (1883), fut rangé par euxdans les microcoques [pneumococcus). Commeles éléments sonl plus longs que larges, il paraît plus exact de les désigner sous le nom de bacilles.
Ces organismes (fig. 83) sont entourés, quand on les prend aux tissus animaux, d’une capsule, mais non plus quand ils proviennent de cultures ; cette capsule est une enveloppe muqueuse, que l’on rencontre aussi chez •quelques autres espèces. Ils se cultivent aisément sur la gélatine, l’agar agar, la pomme de terre. En injection dans le poumon de la souris ou en inhalation, ils reproduisent la pneumonie. Mais d’autres organismes en font autant et eux-mêmes ne se distinguent pas, morphologiquement, de beaucoup d’autres espèces. De telle sorte que le rôle pathogénique des bacilles de Friedlânder n’est pas encore nettement fixé (Dreyfus-Brisac). L’organisme en question a été reconnu par Àffanasiew, dans le laboratoire -de Cornil. Emmerich, à l’occasion des épidémies de pneumonie qui ravagent, tous les ans, la prison d’Amberg (tlaut-Palatinal), l’obtint par les cultures de la matière déposée dans les entrevous des locaux habités et, a 1 aide de ses cultures, put provoquer des pneumonies lobaires chez des cobayes et des souris. Mais Netter (1887) a isolé les mêmes bacilles de la salive de trois personnes saines; il met en doute l’intervention du microbe •de Friedlânder dans la pneumonie et rapporte le rôle pathogénique au pneumocoque de Frânkel.
Arnould, Hygiène. 2e édit.
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Bacillus luberculosus. — A été découvert par Koch (1882), au moyen de procédés ingénieux. G’esl un bâtonnet très grêle, de 2 à 5 g, rarement 8 y,
de longueur, fort semblable à celui de la lèpre. Son épaisseur est à peu près celle du bacille de la septicémie de la souris. Il est habituellement infléchi (0g. 84). Il produit des spores dans la longueur du fdament, à la façon de Bacillus Anthracis, mais
Fig. 84. — Tuberculose miliaire du poumon (700 x 1).
oVV-
Fig. 83. — Bacille de la pneumonie ; a, culture ; b, d’exsudat avec capsule (700 x 1).
de
sous des dimensions restreintes. Pas de mouvements spontanés..
Les bacilles se trouvent dans tous les produits tuberculeux et spécialement dans les crachats. Leur foyer normal semble être la cellule géante : c’est par la rupture de celle-ci qu’ils se dispersent sur les parois des cavernes. Koch pense qu’ils sont portés à distance par les cellules migratrices.
Ainsi fut confirmée par la bactériologie la démonstration de la virulence de la tuberculose, fournie par Villemin (1865).
Koch a cultivé le bacille tuberculeux sur le sérum du sang coagulé ; c’est un procédé laborieux et d’une réussite difficile. Nocard et Roux ont montré que Y addition de glycérine au sérum de Koch, à la gélose nutritrive, aux bouillons, en fait des milieux très favorables à la culture du bacille de la tuberculose.
Les cultures doivent se faire à la température de 37°. On ne voit apparaître les colonies que du dixième au quinzième jour. Elles ne liquéfient pas le sérum gélatinisé et restent superficielles. Leur aspect est celui de membrane friable et de croûtes sèches. Les bacilles de culture ont été reportés avec succès sur des animaux. D’ailleurs, malgré quelques protestations (Forrnad, Spina), tous les bactériologues et la plupart des cliniciens ont revu le bacille de la tuberculose et en admettent la spécificité.
En 1883, Malassez et Vignal, puis en 188o, Nocard, Eberlh, et finalement Chantemesse (1887), ont signalé des cas de lésions tuberculeuses, dans lesquels ils n’avaient pu constater de bacilles, mais qui présentaient des microcoques en zooglécs, difficiles à colorer. Par l’inoculation, les premiers reproduisirent sur quatre générations de cobayes les mêmes microcoques. En dernier lieu, les bacilles reparurent. De telle sorle que l’on n’est poinl fixé sur la valeur et la nature de celle tuberculose zoogléique. Les microcoques en question ne sont poinl les spores de Bacillus luberculosus ; mais ils pourraient en être un mode particulier de dévelop-
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peinent. A moins qu’il ne s’agisse d’une psewlo-tuberculose, comme Uiarrin et Koger(1888) en ont étudié une, « inoculable en série » aussi bien que la vraie et que la tuberculose zoogléique. Le petit bacille mobile, observé par ces deux savants, provoque la formation, dans le l'oie et la rate des cobayes, de granulations analogues à celles delà tuberculose; mais il ne se développe pas dans les milieux glycérines. Dans les observations de Chantemesse, la tuberculose zoogléique a élé obtenue par l’inoculation des poussières d’un air respiré par des phthisiques.
La conquête des propriétés biologiques de l’agent pathogène de la tuberculose a amené Ivocb refaire l'étiologie et la palhogénie de cette affection. Uacillus tuberculosus ne se retrouve dans aucun point du monde extérieur, indépendant de l’organisme de l’homme ou des animaux. C’est un « parasite essentiel ». Il lui faut, pour se développer, une température d’au moins 30°, un temps assez long, un milieu nourricier très animalisé et exempt d’autres organismes, normaux ou acclimatés, qui pourraient l’étouffer. Ce n’est que dans l’économie animale qu’il rencontre ces conditions.
Cette circonstance donne peu de chances à l’espoir que l’on pourrait concevoir d’une atténuation de ce virus. D’ailleurs, il est très résistant : Fischer et Schill ne sont pas parvenus à obtenir un amoindrissement de la virulence des bacilles tuberculeux en les soumettant pendant six semaines à l’influence de la putréfaction, ni en les abandonnant à la dessiccation pendant cent quatre-vingt-six jours.
Malgré l’énorme abondance du parasite dans les lésions tuberculeuses, il n’y a que deux formes de la tuberculose qui soient nettement aptes à le disséminer, à savoir la phthisie pulmonaire de l’homme et la tuberculose des animaux.
Les phthisiques humains propagent la tuberculose par leurs crachats, poudroyés dans les efforts de toux, mais surtout desséchés et pulvérisés dans l’air des habitations. Koch et Tappeiner ont démontré expérimentalement la transmissibilité tuberculeuse par inhalation de poussières de crachats de phthisiques. Selon Koch, les bacilles sont essentiellement véhiculés par les parcelles légères qui se détachent des draps de lit, des mouchoirs de poche, des couvertures, etc., sur lesquels des crachats se sont desséchés. Les bacilles ainsi inspirés pénètrent, quoique avec difficulté, jusqu’aux alvéoles pulmonaires, s’y fixent et font foyer; quelque fois, ils ont débuté par le larynx. Une souffrance préalable de la muqueuse aérienne, la desquamation rubéolique, la stagnation des mucosités d’un catarrhe bronchique simple, et même l’inactivité pulmonaire par les déformations du thorax, par les adhérences pleurales, favorisent leur implantation. Les nouveaux bacilles sont repris par les cellules migratrices et transportés, mais jamais très loin, tant qu’ils ne se sont pas ouvert un chemin par les canaux lymphatiques ou les vaisseaux sanguins. La tuberculisation par le transport lymphatique s’étend et fait des localisations lointaines; par le sang, elle est immédiatement généralisée et souvent miliaire et aiguë.
A la rigueur, les déjections intestinales des phthisiques, qui renferment
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beaucoup de bacilles, peuvent, après dessiccation, contribuer à répandre la maladie. Mais le cas doit être rare, parce que les phthisiques n’ont pas de selles involontaires qui souillent la literie, comme les typhoïsants.
En somme, c’est la véhiculation aérienne qui transmet la tuberculose, bien qu’on n’ait pas réussi, jusqu’à présent, à démontrer la présence du bacille spécifique dans l’air, plus qu’on n’y a reconnu celui de la fièvre typhoïde ou d’autres. Bollinger, Celli et Guarneri ne l’ont pas obtenu même de l’air de locaux occupés par des phthisiques. Williams seul l’aurait reconnu dans l’air d’un hôpital de tuberculeux, au moyen du microscope, ce qui rend son observation suspecte. 11 est vrai que la culture des germes de l’air n’offre aucune chance au bacille tuberculeux, si lent à se développer.
La théorie de Koch emporte en même temps la pénétration par la voie pulmonaire. En effet, les mœurs du bacille tuberculeux l’exposent fort à périr, sous l’influence des sucs de l’estomac et des mouvements du tube digestif, avant d’avoir pu s’implanter. 11 ne peut y avoir, du reste, que les bacilles à spores qui réussissent. Les phthisiques, qui avalent nécessairement une partie de leurs crachats, n’ont pas la tuberculose intestinale aussi souvent que cela devrait être, si cette voie était favorable à l’introduction du parasite spécial.
Or, les animaux tuberculeux, qui ne crachent pas, ne peuvent propager la tuberculose que par la voie digestive, au moyen de leur viande ou de leur lait. Gomme la tuberculose intestinale primitive est rare, on peut encore voir là une preuve que le tube digestif ne se prête pas volontiers à l’introduction de ce virus. A vrai dire, la tuberculose des animaux est assez localisée et l’on écarte de l’alimentation les parties habituellement envahies par les tubercules. Nous retrouverons plus loin (Alimentation; cette question et celle du lait des animaux tuberculeux.
Notons, cependant, que d’après Koch les rapports de la tuberculisation des animaux ( Perlsucht ) avec celle de l’homme ne sont pas encore absolument nets. Les faits de transmission du tubercule d’un animal à l’homme, par suite de l’usage de viande ou de lait infectés, ne sont ni clairs ni frappants. Cependant, comme l’inoculation des tubercules des ruminants réussit sur les animaux les plus divers, chats, lapins, cobayes, souris, il est peu probable que l’homme fasse exception.
Bacillus lepræ. — Bâtonnet de 4 à G p. sur 1 de large, se colorant difficilement, doué de mobilité propre, mais dont la sporulation reste douteuse, se trouve dans toutes les lésions lépreuses, superficielles ou profondes. Les grandes cellules de la lèpre renferment de ces organismes en grand nombre.
Découvert en 1853, par Armauer Hansen, à Berne, il a été bien décrit par Neisser, en 1879. Il ressemble, en somme, infiniment au bacille tuberculeux.
Les inoculations sur des animaux donnent, tantôt une multiplication locale, faible, des bacilles (Damsch), tantôt ne donnent rien (Vidal, Kœbneri. Mais les animaux n’ont pas la lèpre. Chez l’homme, la contagion paraît
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possible, quoique assez rare et môme encore non absolument démontrée (Leloir). La constance et la généralisation du bacille en question chez le>: lépreux permettent de le tenir pour l’agent spécifique.
Bacille de la morve. — Étudié en môme temps, en France par Capitan et Gharrin, en Allemagne par Lœffler et Schütz. Nous ne savons trop pourquoi Fliigge établit une opposition entre le microbe de Capitan-Charrin, que ces auteurs auraient vu à l’état d’ « organismes globuleux, parfois réunis en chaînettes », et le microbe en bâtonnets de Schiitz-Lœffler. Le fait est qu’il n,’y a pas un mot de la morphologie du microbe de la morve dans la note de Capitan et Charrie, lue par Brouardel, à l’Académie de médecine, dans sa séance du 26 décembre 1882. Mais les expérimentateurs français devaient, selon Fliigge, avoir mal opéré parce qu'ils cultivaient leurs virus en des milieux liquides. Babes, qui, du reste, réclame la priorité sur les uns et les autres, dit seulement que les microbes de la morve, décrits par Bouchard, Capitan et Gharrin « sont plus courts et plus épais >► que ceux qu’il a vus à Budapest et à Berlin, mais non que ce ne sont pas
des bacilles.
Ce bacille contesté ressemble, pour Babes, Lœffler et Schiitz, à celui de la tuberculose. Il se cultive sur le sérum du sang à 37°, mais plus aisément que son congénère, et donne des colonies au bout de trois jours. 11 réussit encore sur la pomme de terre et sur l’agar nutritif, qu’il liquéfie. Israël, fvitt et Weichselbaum ont confirmé essentiellement ces résultats.
Bacille de la diphthérie. — Le parasite de la diphthérie est mal connu et même douteux. Il est clair que les fausses membranes du pharynx, situées sur le passage de l’air, peuvent être ensemencées d’organismes variés qui n’ont rien à faire avec l’étiologie de la maladie. Lœffler s’est convaincu que certains microcoques en chaînettes, rencontrés particulièrement dans la diphthérie scarlatineuse, et se propageant dans l’économie par les vaisseaux lymphatiques, ne sont point propres aux cas typiques de diphthérie. Les microcoques d’OErtel, de Letzerich, de Klebs (1873) de Wood et Formad 1882), ne sont pas davantage spéciaux à la diphthérie. Il n’en est peut-être plus de même des bacilles annoncés par Klebs, au Congrès de Wiesbaden, en 1883, mais qu’il n’avait pu cultiver. Lôffler les a retrouvés, quoique non constamment, dans l’épaisseur de la fausse membrane, par-dessous la foule des organismes indifférents apportés par l’air. La culture de ces bâtonnets ne réussit pas sur la gélatine peptone, mais sur le sérum du sang, à 37°. Au bout de trois jours, on a des colonies de bacilles droits ou légère-
Fig. 85. — Bacilles de la.
diphthérie; a, de cultures récentes ; b, forme d’involution (tOOOxl).
ment courbes (fig. 8o), immobiles, de la longueur des bacilles tuberculeux, mais d une épaisseur double. Les plus longs sont composés d’articles. Ils ne paraissent pas donner de spores, mais ils restent vivants pendant trois mois, si la température est assez élevée. Ils ne se développent pas au-dessous de 20 degrés. Wyssokowitsch les a cultivés, à 33®,
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sur plaques d’agar à l’infusion de viande peptonisée. Ils se colorent vivement par le bleu de méthylène. Loffler réussit un assez grand nombre des inoculations qu’il pratiqua sur les animaux; les souris et les rats se montrèrent réfractaires; les cochons d’Inde semblèrent succomber à une intoxication; les lapins et les petits oiseaux offrirent de la diphthérie locale; les pigeons et les coqs eurent des fausses membranes et des paralysies; les singes n’éprouvèrent aucun dérangement. L’expérimentateur de Berlin hésite, cependant, à proclamer son bacille le parasite spécifique de la diphthérie, parce qu’il a obLenu une fois, en cultivant la salive de vingt enfants sains, des bâtonnets identiques de tous points à celui qui vient d’être décrit. Mais il se peut bien que cet agent spécifique fût venu d’autres malades diphthéritiques dans la bouche de cet enfant et y restât sans inconvénient, grâce à l’intégrité de la muqueuse. L’angine diphthéri- Lique de l’homme, on le sait, est très souvent précédée d’angine inflammatoire.
Les études de Lôfflor sur la diphthérie des veaux et des pigeons ne sont pas favorables à l’opinion qui identifie ces affections à la diphthérie humaine. L’identité a été soutenue par Dammann et G. Fleming (diphthérie des veaux); par Nicati, Teissier, Chauveau, et jusqu’à un certain point, R. Longuet (diphthérie des volailles). Emmerich, de Munich, considère aussi la diphthérie de l’homme et celle du pigeon comme dues à un même agent, qui serait un bâtonnet court, massif, deux fois aussi long que large. En revanche, Flügge met en suspicion la méthode d’Emmerich et déclare que l’identité de la diphthérie du pigeon et de celle de l’homme est inacceptable ; ce qui est aussi l’avis de Corail et Babes.
Bacille de la syphilis. — Le bacille de Lustgarten (fig. 86) a passé pendant quelque temps pour le parasite de la syphilis. Alvarez et Tavel, du laboratoire de Corail, ont reconnu, dans le smegma du prépuce, des bacilles qui se comportent comme ceux de Lustgarten vis-à-vis des substances colorantes. D’autre part, toutes les tentatives d’inoculation de la syphilis aux animaux échouent. Comme le fait remarquer Leloir, il convient d’avoir la plus grande défiance vis-à-vis des microbes que l’on obtient par la culture des produits de surface , sécrétion d’ulcérations syphilitiques ou autres détritus. Si bien que « la nature parasitaire de la vérole, bien que probable, n’est pas démontrée. »
Bacille de la malaria. — Nous avons dit (pag. 124) comment s’est évanoui le Bacillus malariæ de Klebs et Tommasi-Crudeli. Les « hématozoaires du paludisme » de Laveran semblent devoir le replacer. Ce ne sont pas, il est vrai, des bacilles, ni des spirilles, ni des schizomycètes d’aucune sorte. W. Osler, propose pour eux le titre d'JIematomohas malariæ c t Melschnikoff
Fig. 8G. — Bacilles de la syphilis dans une cellule migratrice (d'après Lustgarten) 1050 X 1.
générale.] MORPHOLOGIE ET ROLE SPÉCIAL DES MICROOROAN ISM ES. 45S
•celui d'Bematophyllum malanæ. On les caractériserait ainsi : « corps plastiques ovoïdes ou globuleux, sans différenciation du protoplasma, contenant des grains de pigment; llagella en nombre variable (de 1 à 4), extrêmement polymorphes (amiboïdes, croissants, sporocystes, corps sphériques libres, pigmentés). »
Le bacille de la dysenterie épidémique, découvert par F. Widal et Chantemesse sur un soldat mort de dysenterie aiguë, prise au Tonkin, et revu par eux dans quatre autres cas de dysenterie exotique, est un bâtonnet à extrémités arrondies, légèrement ventru, se cultivant dans le bouillon, sur la gélose, la pomme de terre et dans l’eau de Seine sLérilisée. On ne lui a pas vu de sporulation. Tl est très peu mobile, se colore mal par les teintures d'aniline et ne liquéfie pas la gélatine. On le trouve dans les matières fécales des dysentériques et, sur le cadavre, dans les parois du gros intestin, dans les ganglions mésentériques et dans la rate. L’ingestion à des cobayes leur procure des ulcérations de la muqueuse de l’estomac; l’injection intra-péritonéale, une péritonite avec péricardite et pleurésie fibrineuse ; l’inoculation intra-intestinale, un catarrhe intense des glandes de l’intestin, une diarrhée liquide, du gonflement avec ecchymoses et ulcération de la muqueuse. Les bacilles spécifiques se multiplient et forment des foyers entre la muqueuse et la celluleuse.
Les auteurs se sont assurés que cet organisme n’existe pas chez l’homme sain.
Bacille de la fièvre jaune. — Indépendamment des microbes en chaînettes, ovoïdes, que Babes a figurés, dans les vaisseaux du rein, dans un cas de fièvre jaune, Flügge lui attribue la démonstration, dans l’épaisseur -de la muqueuse de l’intestin grêle, de courts bâtonnets « ressemblant à •ceux du typhus ».
Les bacilles du rhinosclérome, décrits par Alvarez et Cornil, ressemblent aux bacilles de la pneumonie de Friedlânder et selon Netter, sont le même organisme.
2° Bacilles pathogènes pour les animaux. — Al'loing, Cornevin et Thomas ont nommé « Bactérie » du charbon symptomatique un bacille arrondi aux extrémités, souvent porteur d’une spore terminale, mobile (contrairement au bacille du sang de rate), que l’on trouve dans le tissu cellulaire sous-cutané, les glandes lymphatiques, les reins, la rate, les poumons du gros bétail, dans cette maladie. Ce bacille ne se cultive qu’à l’abri de l’oxygène.
L inoculation de matière empruntée aux tissus ou aux humeurs des malades reproduit 1 affection chez les cobayes, les lapins, les veaux, les moutons ; tandis que les chiens, les rats, les poules, sont réfractaires.
Les auteurs précités ont découvert qu’en injectant la matière virulente •dans les veines au lieu de la déposer dans le tissu cellulaire, on obtient une maladie atténuée qui confère l’immunité contre des atteintes ultérieures. Ils en ont tiré une méthode vaccinale.
Le Bacille de la septicémie de la souris, remarquablement étudié par
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Koch, est un organisme extrêmement petit (tout au plus 1 p de longueur sur 1 à 2 dixièmes do p de large), souvent par couples ou en chaînettes, sans mobilité apparente, apte à la sporulation.
Il est très intéressant de savoir que, quand on inocule une vingtaine de souris avec de peliles quantités d’un liquide putride quelconque, il y en a toujours quelques-unes qui présentent les symptômes de la septicémie à laquelle appartiennent ces bacilles. Il ne l’est pas moins que le sang des souris seplicémiques, inoculé aux souris des champs, les laisse complètement indemnes. Cette inoculation réussit, généralement, sur les moineaux et les pigeons ; peu chez les lapins et pas du tout chez les cobayes.
Par la culture de l’eau de la Panke (Berlin) et aussi de la saumure putréfiée, Gaffkj obtint un bacille très petit qu’il pensa devoir identifier avec le bacille de la septicémie du lapin, de Davaine, Badllus cuniculicida de Koch. Cependanl, la septicémie de Davaine, autrefois, était inoculable au cochon d’Inde et le pigeon y était réfractaire. C’est le contraire de celle de Koch et Gaffky.
Bacille du choléra des poules. — On l’a traité d’abord de microcoque, puis de bactérium. En réalité, les individus jeunes ne sont pas arrondis, mais plutôt rectangulaires, à bords parallèles (1 à 2 p. de longueur). Plus tard, ils s’étranglent dans leur milieu, ce qui leur donne la physionomie de diplocoques. Cet organisme est immobile et aérobie. Il se cultive sur sérum, sur pomme de terre, dans le bouillon de poulet neutralisé.
On le trouve dans le sang et les organes des poules atteintes de la maladie que Pasteur a décrite dans les termes suivants : « L’animal en proie à cette affection est sans force, chancelant, les ailes tombantes. Les plumesdu corps soulevées lui donnent la forme en boule. Une somnolence invincible l’accable. Si on l’oblige à ouvrir les yeux, il parait sortir d’un profond sommeil et bientôt les paupières se referment et, le plus souvent, la mort arrive sans que l’animal ait changé de place, après une muetteagonie. C’est à peine si, quelquefois, il agite les ailes pendant quelques secondes. » A l’autopsie, on trouve une entérite duodénale hémorrhagique.
Le microbe du choléra des poules a une certaine célébrité par ce fait qu’il est le premier sur lequel Pasteur ait obtenu l’atténuation d’un virus, au moyen de l’oxygène de l’air.
Les pigeons, les moineaux, les faisans, les souris, les lapins, comme les poules saines, peuvent être inoculés avec les cultures pures de ce bacille 4 la mort s’ensuit rapidement. Les cobayes, les brebis, les chevaux ne meurent pas à la suite de l’inoculation : il se forme, au point de la piqûre, uneinfiltration lardacée, dure; puis, plus tard, un séquestre qu’il est facile d’extraire, et qui est rempli des bacilles spécifiques.
On a encore remarqué qu’en filtrant sur du plâtre une culture pure de choléra des poules, si l’on injecte à une poule le liquide filtré ne contenant plus de bactéries, la poule présente encore les symptômes du choléra ; mais ils sont moins accentués et l’animal en guériL. C’est, évidemment, un exemple frappant d’un microorganisme qui fabrique une substance toxique; celle-ci provoque les phénomènes habituels de la maladie, mais ne saurait les faire durer, parce qu’elle ne se multiplie pas.
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Bacille du rouget du porc. — Le rouget des porcs, mal rouge , érysipèle malin du cochon, Schweinerothlauf, a été complètement étudié, en Angleterre, par Klein, depuis 1878. Cet auteur y signalait la présence d’un Bacillus minimus, qui n’a point paru être le véritable parasite du rouget. Celui-ci aurait été découvert en mars 1882, simultanément, par Thuillier en France et par Detmer, à Chicago. Pasteur, qui a tiré un si grand parti des propriétés de ce microbe, le décrit constamment comme un organisme en 8 de chiffre ; c’est, néanmoins, un bacille, assez semblable à celui de la septicémie de la souris, mais un peu plus long et plus épais. Schiitz et Lôffler, Lydlin, Scholtelius ont complété son histoire.
Il se cultive sur la gélatine peptonisée; entre 18 et 40 degrés. Ses cultures ressemblent également à celles de la septicémie de la souris. Il est a la fois aérobie et anaérobie (Chamberlain! et Roux).
Un des points les plus curieux de l’histoire de ce microbe est le fait, utilisé par Pasteur pour la vaccination des porcs contre le rouget, que si l’on reporte ce virus chez le lapin, on obtient de génération en génération un virus de plus en plus meurtrier pour le lapin, mais qui ne communique plus aux porcs qu’un rouget modéré. La vaccination du rouget se pratique largement à Bade, où Lydtin a observé.
Si l’on fait une semblable série d’inoculations chez des pigeons, la virulence du parasite augmente pour ceux-ci, mais pour les porcs également.
D’après Chantemesse, il y aurait une pneumonie contagieuse des porcs, quelquefois confondue avec le rouget, mais absolument distincte, présentant un bacille également différent et à laquelle conviendraient les désignations de Schweine Seuche, de Schütz et Lôffler, et de Swine plague, de Salomon (Washington). Elle régnait naguère dans le département des Bouches-du-Rhône. Le marché de la Villetle en est un foyer puissant. D’autre part, Rietsch et Jobert, qui ont comparé le microbe de la maladie des porcs, à Marseille, avec celui de Lôffler dans la Schweine Seuche et celui de Salomon dans le Hog Choiera, affirment qu’il s’agit de trois bactéries distinctes.
Bacillus septicus agrigenus, trouvé dans la terre par Nicolaier, élève de Flügge, est mortel en inoculations aux souris et aux lapins.
Il existe, dans la bouche de l’homme, dans la salive, des bacilles assez divers, dont plusieurs sont infectieux pour les animaux. Ainsi, le microbe qui fut, un instant, pris pour celui de la rage, dans un cas observé par Maurice Raynaud et Lannelongue, et au mojmn duquel Pasteur et Vulpian tuaient les lapins en quarante-huit heures. Us ressemblent beaucoup au microbe du choléra des poules.
Bacillus crassus spuligenus de Kreibohm est encapsulé comme le microbe de Friedlânder, mais plus gros. Injecté dans les veines des lapins et des chiens, il amène la mort en dix heures, avec les signes d’une gastroenterile aiguë. Bacillus septicus spuligenus, observé par Frankel dans les crachats rouilles de la pneumonie, est également entouré d’une capsule et regarde par 1 auteur comme le réel parasite pathogène de la pneumonie. — Bacillus pneumonicus agilis, obtenu par Schou ; en injection dans les poumons du lapin ou môme en inhalation, détermine aussi la pneumonie.
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Nous nous bornons â énumérer: B. diphtherix columbarium el B. diphlherix vitulorum, de Lofiler; — B. cavicida, de Brieger; — fJaclerium coli commune, d’Escherich; — BacilLm neapolilanus, d’Emmerich, regardé par cet auteur el par Buchner comme l’agenL cholérigène; B. necrophorus, de Lofiler; B. parvus ovatus, du même; tous plus ou moins infectieux pour divers animaux, en inoculation ou en injection veineuse; — Bacillus tetani, ainsi nommé par Nicolaier, parce que l'inoculation, à des animaux, d’un peu do la terre végétale qui le renferme, leur procure des symptômes mortels tétaniformes (anaérobie); — Bacillus alvei, déterminé parWatson- Cheyne et Cheysire pour être le champignon du couvain gâté des abeilles; — les bacilles du jequirily.
3° Jlucillcs saprophytes ou indifférents. — Il y a lieu, suivant Flügge, •qui nous sert de guide dans cet exposé, de faire cette réserve à l’égard d’un certain nombre de bacilles saprophytes, que l’on n’a pas expérimenté leurs propriétés pathogènes et que l’on pourrait être obligé, plus tard, de les Adjoindre aux précédents.
Plusieurs de ces espèces sont chromogènes : Bacillus prodigiosus ( Micro coccus prodigiosus ; monas prodigiosa) produit une couleur rouge que l’on a observée sur le pain, en 1843, à Paris, et qui a valu son nom à ce microbe pour s’être montrée sur des hosties. Il dégage, en outre, une odeur de trimélbylamine, en décomposant les matières albuminoïdes. — B. indicus ruber (Koch) donne la même matière colorante.
Bacillus (ou ?nicrococcus ) pyocyaneus, a été isolé par Gessard, en 1881, de linges colorés en bleu et en vert par le pus, dans le service du professeur Chauve], au Val-de-Grâce. Cet organisme est incolore, ovoïde, long de 1 à lg.,5; aérobie, très mobile. On le cultive bien, entre 33 et 38°, dans l’urine neutralisée, la décoction de carottes. Il se développe également dans la salive, la sueur, les liquides albumineux, la sérosité du vésicatoire, de l’hydrocèle. La matière colorante bleue sécrétée est la pyocyanine de Fordos, rougissant par les acides, ramenée au bleu par les alcalis. On l’extrait facilement par le chloroforme (et agitation). La solution aqueuse de pyocyanine est neutre ; elle n’est pas altérable par l’ébullition.
Bacillus fluor escens putidus, B. fl. liquefaciens, B. erylhrosporus, B. lut eus. B. fuscus, B. janthinus, B. cyanogenus, bacille du lait bleu, complètent la série des chromogènes.
D'autres opèrent la fermentation des matières hydrocarbonées.
La fermentation lactique, c’esl-â-dice la transformation du sucre de lait en acide lactique, en l’absence de l’oxygène et aussi en présence de ce gaz, est provoquée principalement, mais non exclusivement, par un organisme, le Bacille de lu fermentation lactique, qui serait, d’après Pasteur, un bâtonnet de 1,5 à R jj- de long, étranglé par le milieu, formant des groupes très denses de courts filaments, .habituellement doué de mouvements très agiles. Hueppe a décrit récemment un microbe qui est l’agent le plus fréquent de la coagulation du lait el que Miigge déclare êLre probablement le même que le ferment lactique de Pasteur el de Lister, bien que les bacilles de Hueppe ne soient pas doués de mobilité.
générale.] MORE’HOLOGIE ET ROLE SPÉCIAL DES MICROORGANISMES.
Beaucoup de bactéries, qui produisent des ferments semblables a la présure, ainsi que l’a montré Duclaux, déterminent aussi la coagulation de la caséine.
La fermentation butyrique est probablement aussi produite par des bactéries variées (Flügge). Les bacilles décrits par Pasteur, Prazmoxvski, Fil/, et Hueppe, comme possédant ce pouvoir, ne se ressemblent pas. Le pre-
mier en date est le Bacillus butyricus ou Clostridium bulyricurn, signalé par Pasteur et que van Tieghcm appelait Bacillus amylobacter. L’organisme étudié ensuite par Prazmowski en reproduit les caractères essentiels. Ce sont des bâtonnets de 3 10 a de long sur 1 de large, souvent en chaînettes
ou en lilaments sans articles apparents, ou encore en zooglées, d’ordinaire doués de mouvements très vifs, se gonflant en fuseaux ( clostridium ) ou en têtards, au moment de la sporulation. C’est un anaérobie typique. L’oxvgène tue rapidement les bâtonnets, mais point les spores, quoique celles-ci ne germent pas à son contact. Duclaux admet, cependant, que cet être ait besoin d’oxygène à un certain moment de son existence. Max Gruber a reconnu, par une culture appropriée, trois espèces distinctes dans Bacillus amylobacter; l'une d’elles est aérobie. Ce qui explique peut-être la remarque précédente.
Bacillus butyricus détermine des phénomènes fermentatifs extrêmement accentués. Dans les solutions d’amidon, de dextrine et de sucre, il développe eu quelques jours une quantité notable d’acide butyrique avec dégagement d'acide carbonique et d’hydrogène. Les vases renfermant les liqueurs nourricières, sur lesquelles on expérimente le ferment, doivent être imperméables à l’air et privés d’air avant l’ensemencement des bacilles. La forte pression que les gaz accumulés exercent au bout de quelque temps n’arrête pas le développement du bacille non plus que la fermentation même. La température favorable est de 3o à 40°.
C’est encore ce bacille qu’il faut regarder comme la cause de la fermentation butyrique du lait vieux et du fromage fait. La fermentation butyrique ne commence dans le lait que quand une végétation vigoureuse de bactéries lactiques a converti une grande partie du sucre de lait en acide lactique et, par suite, a ■dépouillé le liquide de son oxygène.
Il est probable que la décomposition de la glycérine en acide butyrique, alcool éthylique, etc., doit être rapportée à l’action de ce bacille. Il est vraisemblable, en outre, que c'est encore lui qui opère la décomposition de la cellulose et qu'il a une importance industrielle dans le rouissage du lin, sans préjudice de son intervention dans la digestion de la cellulose chez les herbivores. C’est cette action sur la cellulose (pie van fieghem attribuait au Bacillus amylobacter particulier, qu il reconnut plus tard être identique au ferment butyrique de Pasteur.
Enfin, il est dénitrifiant, d après les expériences de Dchérain et Maquenne.
Le B. butyricus présente cette particularité, dans certaines conditions, qu’il lournit avec 1 iode une combinaison de son plasma qui se colore en bleu passant au violet foncé. Cette propriété se réalise au mieux quand le bacille est cultivé sui un terrain renfermant de l’amidon; elle se montre encore sans amidon, s’il est lemplacc par la cellulose, le lactate de chaux, la glycérine ; mais elle disparait habituellement avec la dextrine et le sucre. Les bâtonnets jeunes sont en bleu pui , les vieux en violet loncé ; quelques-uns n’ont que des zones transversales colorées en bleu; d’autres le sont uniformément.
B. butyi icus est extraordinairement répandu; on peut le retirer du suc des
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piaules en putréfaction, de la poussière de foin, du fromage, des cellules des plantes à suc laiteux.
On peut en rapprocher le bacille de Liborius et celui de Hueppe, qui ne di fièrent peut-être du piécédent que pour les expérimentateurs qui les ont cultivés. Bacillus polymyxa, de Prazmowski, ne doit pas, non plus, en être très éloigné, et, comme en d’autres cas, les propriétés particulières reconnues ici peuvent dépendre du milieu dans lequel on a pris la semence bacillaire.
Parmi les microbes qui font fermenter le lait de vache, pour la fabrication du Kèfir dans le Caucase, Kern et Krannhals ont noté des bâtonnets qu’ils ont nommés Dispora caucasica et qui peuvent recevoir le litre de Bacillus caucasicus.
Riedlin, dans ses expériences sur l’action de l’iodoforme, a utilisé un bacille qui ressemble exactement au bacille typhique, sauf une nuance de coloration de ses colonies et qu’il qualifie de « typhusàhnlicher Bacillus »
0 littéralement : bacille typhoïde). Ce microbe a été obtenu des poumons d’un cheval mort d'influenza; il ne liquéfie pas la gélatine, mais il opère, dans ses cultures par piqûres, une fermentation qui se traduit par le dégagement de nombreuses bulles d’acide carbonique le long des parois du canal d’inoculalion.
Mentionnons: Bacillus pyogènes fœtidus (Passet), — B. putrificus coli (Bienslock), — B. saprogenes f, 2 et 3 (Rosenbach), — B. coprogenes fælidus (Schottelius) et les divers Proteus de Hauser, — P. vulgaris, mirabilis, Zenkeri , issus des substances animales en putréfaction, et qui sont remarquables par les dispositions singulières de leurs masses zoogléiques.
Les genres Bacterium termo et B. lineola, si importants naguère, semblent ne plus exister. Ces termes se rapportent à une collectivité d'espèces bacillaires, fort communes, très mobiles, mais n’ayant rien à faire avec la putréfaction, contrairement aux idées reçues. En revanche, Flügge fait une remarque qui mérite une grande attention, à savoir que beaucoup d’espèces, participant réellement à la putréfaction, sont anaérobies; d’où il résulte qu’il est possible que l’on ait reconnu les individus de ces espèces, au microscope, dans Les matières putrides; mais I qu’on n’en retrouve plus trace dans les culLures.
Les spores de ces anaérobies sont répandues partout et pénètrent dans toutes les matières qui se putréfient à l'air; elles se développent seulement lorsque l’oxygène y a été épuisé parla nutrition des aérobies. Pour cultiver ces anaérobies, il faut porter l’ensemencement sous une couche épaisse de gélatine, cultiver dansl’hydrogène, dans le vide, etc.
Des filaments, qualifiés jadis de Leptothrix buccalis, appartiennent probablement' (Rasmussen, Miller, Flügge) à diverses espèces et cette expression ne doit plus être qu’une désignation générique.
Une dernière section de bacilles comprend, d’après Flügge, les bacilles ne produisant pas de fermentation spécifique connue. Elle est assez nombreuse et intéressante. Nous nous bornerons à y décrire Bacillus subtilis, extrêmement commun et remarquable à divers égards.
Ce sont des bâtonnets d’environ 6 y. de long, larges de 2 u, souvent disposés en! pseudo-filaments, ordinairement mobiles et s’avançant par reptation. Aux deux 'I
générale.] MORPHOLOGIE ET ROLE SPÉCIAL DES MICROORGANISMES.
extrémités du bâtonnet, on peut, après traitement par l’hématoxyline (Koch), distinguer un Ûagellum en spirale. La sporulation a lieu quand le milieu nutritif est épuisé; le bâtonnet se gonfle en un point et produit une ou deux spores ovoïdes, assez grandes.
Bacillus subtilis est un type d’aérobie; la privation d’oxygène le lue. Ses spores sont dans l’air, dans la poussière, sur tous les objets. Il prospère sur les milieux les plus variés, mémo peu riches en matière organique, pourvu qu'ils soient humides. On le voit en efllorescences blanches sur le fumier des herbivores, en membranes plissées sur les purins. L’acidité du milieu, seule, lui est antipathique. Ses spores sont douées d’une grande résistance. Buchner l’obtient en cultivant l’infusion de foin, bouillie pendant un quart d’heure.
On ne sait pas quel genre de fermentation ce microbe peut opérer. On en rapproche, à cet égard, Bacillus aerophilus, B. mesentericus fuscus, B. mesentericus vutgatus, B. liodcrmos, B. multipediculus , B. racemosus liquefaciens (Praussnitz), B. mijcoîdes, les bacilles des excréments (Bicnslock), Bacterium Zopfii, dont un grand nombre ont été reconnus et étudiés à l’Institut d’hygiène de Gœltingen (Flügge) et retrouvés dans le sol par Pagliani, Maggiora et Fralini ; tous Saprophytes. — Bacillus megaterium (de Bary), B. tumescens (Zopf), B. ulna (Cohn), B. Hansenii i Rasmussen), B. tremulus (Ivoch), B. merismopedioïdes (Zopf).