‹ Nouveaux éléments d'hygièneChapitre 88 sur 268 · C. SPIRILLES · texte numérisé non relu

C. SPIRILLES

1° Spirilles pathogènes. — L’organisme de ce genre le plus anciennement connu est Spirilluni Obermeieri (Spirocfyæte O.), découvert en 1873, par Obermeier, dans le sang de malades atteints de typhus à rechutes, et retrouvé par F. Engel (1884) dans la fièvre bilieuse d’Égypte. Ce fut un des premiers exemples de Contagium animatum. Il n’existe que dans le sang et disparaît pendant la phase apyrétique de la maladie. L’inoculation de sang contenant des spirilles à des macaques (Koch et Carter) leur donna un accès, avec multiplication des spirilles dans leur sang, mais sans rechutes.

Le microbe (ûg. 77, pag. 438) a de 16 à 40 g. de long et 12 à 20 spires. On n’a pu encore en faire des cultures pures et l’on ne sait ce qu’il devient pendant la phase apyrétique. Il est, sans doute, détruit par les phagocytes.

Mais le schizomycète de cette classe le plus intéressant est le bacille-virgule, Komma-ba- .

CiUus ou Spinllum choleræ asiaticæ, démontré linge humide, d’aprèT Fltiggé par Rob. Koch, lors de sa mission dans l’Inde, (GOOx 1). au commencement de 1881.

Les bacilles-virgules (fig. 87), tels qu’ils se présentent dans l’intestin des cholériques, peuvent passer pour des éléments ou pour des fragments de spirilles, patfois disposés les uns à la suite des autres en S, en s, ou encore en longs filaments ondulés. Ce sont des bâtonnets longs de

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'1 pt.,5 en moyenne, dont l’épaisseur esl du tiers au sixième de la longueur, généralement recourbés et d’autant plus qu’ils sont plus vieux. Dans les cultures, on rencontre de véritables spirilles. Les bacilles-virgules se déplacent avec assez d’agilité; les longues spirilles sont plus lentes. Ils se cultivent dans le bouillon, le lait, la gélatine, la pomme de terre, et, en somme, dans les milieux nutritifs les plus variés. Les colonies liquéfient la gélatine; la culture par piqûre dans une éprouvette de gélatine affecte une disposition en entonnoir, que l'on a donnée comme caractéristique.

11. Koch et Flügge affirment que Komma-bacillus ne produit pas de spores. Divers observateurs qui avaient hasardé l’opinion contraire, n’avaient pas été pris en sérieuse considération. Mais un compatriote de R. Koch, d’une compétence notoire, Ilueppe, a décrit (1885) un processus et une forme de ce microorganisme qui ne peuvent guère se rapporter qu’à une « forme durable », à des spores. Sans les avoir vues, Max Gruber a observé des faits qui le portent à croire que ces spores existent. Au fond, il est assez difficile de comprendre la persistance et, parfois, l’extraordinaire diffusion du choléra, supposé maladie parasitaire, avec un bacille sans forme permanente et, d’ailleurs, de tempérament assez délicat, d’après Koch lui-même.

' En effet, le bacille de Koch ne supporte ni l’acidité, ni la pauvreté nutritive du milieu, ni la dessiccation pendant quelques heures, ni la concurrence des saprophytes. Il disparaît rapidement dans l’eau, même quand elle est chargée d’impuretés organiques (Meade Bolton). R. Koch l’a trouvé dans un tank de Calcutta; mais ce fait, d’ailleurs discuté, est resté unique. Dans les fosses d’aisance, il succombe en vingt-quatre heures.

Quoique aérobie, toutefois, Komma-bacille se développe encore dans ses cultures, lorsqu’on empêche l’accès de l’oxygène. Le "développement est seulement un peu plus lent. Au point de vue de la température, il lui faut au moins IG à 17° ; le point favorable est de 22 à 25°, ou plutôt de 30 à 40°, c’est-à-dire celui où la gélatine redevient liquide.

C’est uniquement dans l’intestin des cholériques et dans leurs selles que l’on rencontre le bacille-virgule, régulièrement à la surface de la muqueuse et plutôt dans les premiers jours que postérieurement; puis dans l’épaisseur de celle-ci, par immigration, quand le choléra a duré quelque temps chez le malade.

Le microbe en question se trouve chez presque tous les cholériques et ne se trouve pas sur d’autres malades ni en des milieux que la spécificité cholérique n’a pas atteints. Malgré les oppositions et les incrédulités du début (Finkler et Prior, de Bonn, T. Lewis de Netley, Malassez, Straus, Klein. Deneke, Miller, Ray Lankester, Emmerick, Buchner, etc.), l’originalité et la spécificité du parasite de Koch semblent s’établir; elles sont acceptées par Cornil et Babes, llictsch et Nicati, de Marseille, van Ermenghem, etc. U paraît assez certain que les bacilles courbes constatés dans des affections différentes du choléra asiatique, dans le choléra noslras, dans la dysenterie, dans le mucus vaginal de femmes atteintes de cancer utérin ou dans des milieux d’une banalité parfaite, n’ont de commun avec le Komma-bacille

générale.] MORPHOLOGIE ET ROLE SPÉCIAL DES MICROORGANISMES. 4 6Î

que de vagues caractères de forme. Eu fait, l’état de bacille courbe semble être vulgaire chez toutes les espèces de spirilles, pathogènes ou non, à une certaine phase de leur existence, et ne saurait servir de signe distinctif.

Pourtant, les essais de transport de cultures pures du bacille-virgule aux animaux, ne sont rien moins que probants. Il faut des précautions, ou plutôt des procédés extraordinaires, pour arriver à quelques résultats. Itietsch et Nicati injectent directement les déjections cholériques ou les cultures pures dans le duodénum des animaux ; il n’est pas nécessaire de lier en même temps le canal cholédoque. Ivock fait l'injection dans la première anse d’intestin qui se présente, afin d’éviter de fairesuccomber les animaux aux conséquences du traumatisme. Mieux encore, il introduit le virus par la bouche, en neutralisant au préalable le suc gastrique par «nesolution de soude et en faisant une injection de teinture d’opium dans la cavitéabdominale pour paralyser les mouvements péristaltiques de l’intestin. Dans cesconditions, il se produit habituellement deux résultats graves ; d’une part, les sujets en expérience deviennent malades et, souvent, meurentdans le refroidissement;, d’autre part, le contenu de l’intestin est composé presque exclusivement d’une, culture pure de bacilles-virgules. 11 y a donc vraiment une infection et des symptômes cholériformes, quoique sans diarrhée ni vomissements.

Mais, en faisant la même expérience avec d’autres espèces bactériennes, nolam-, ment avec les bacilles courbes de Finkler et Prior, Deneke, Miller, Koch a également provoqué, quoique bien moins souvent, la mort des sujets. On arrive,, d'ailleurs, au même résultat avec les bacilles du charbon et les bacilles de Brieger, D’un autre côté, quand on injecte de fortes doses de cultures de bacilles-virgules dans le péritoine, dans les veines des lapins, on observe également la parésie desextrémités postérieures, le ralentissement de la respiration, des phénomènes de gastro-entérite et, fréquemment, la mort au bout de trois heures. C’est une. intoxication et non plus une infection bacillaire, puisque les microbes sont détruits dans le sang.

Le parasite cholérigèue agit donc par la fabrication d’un poison, d’autant plu» abondant que les bacilles se multiplient davantage, et qui est résorbé à la surface de l’intestin après avoir d'abord entraîné la chute de l’épithélium. Cette circonstance explique que l’on puisse arriver à provoquer, en annulant leur résistancephysiologique, chez des animaux qui ne sont pas naturellement aptes au choléra, une multiplication des bacilles et une intoxication, sans avoir reproduit vraiment le choléra. Ce que l’on obtient ne dépasse guère ce que l’on fait sur la gélatine de culture, sauf que celle-ci ne traduit pas l’intoxication. C’est pour cela que l’on peuL provoquer également, en s’y prenant bien, chez les animaux, des pseudo-cholérasavec les bacilles de Finkler et Prior et avec tous les bacilles qui fabriquent de» poisons; de même que l’on a provoqué des pseudo-fièvres typhoïdes avçc le bacille typhique et quelques autres.

Quoi qu’il en soit, le bactériologue allemand a fait immédiatement eP d une façon très large la pathogénie du choléra sur les bases de sa découverte et comme s il n y avait plus rien à apprendre, après lui, sur la biologie du parasite de cette maladie infectieuse.

Le choléra ne peut venir que des déjections des premiers jours de lamaladie d un cholérique antérieur, ou des objets souillés par elles; il nese propage jamais par 1 air, puisque le bacille ne fait pas de spores et qu’ilmeurt par la dessiccation qui lui permettrait de se trouver dans les pous—

464' LES ORGANISMES INFÉRIEURS. [Hygièuo

sières. Il ne pénètre jamais, par suite, par les voies respiratoires ni même par aucune autre voie que le tube digestif. Les aliments, l’eau (dans laquelle il se plaît si mal), sont ses vrais véhicules. Les personnes qui soignent les cholériques, ou touchent leurs linges, leurs effets, s’infectent elles-mêmes en portant leurs mains à la bouche, en touchant leurs aliments sans s’être lavées (quoiqu’on sache que les médecins, les élèves, les infirmiers, ne soient point particulièrement maltraités par le choléra). Les mouches, qui volent des excréments cholériques aux aliments et aux boissons des individus restés sains, sont des agents sérieux de transport. II n’est pas difficile de prévoir que le régime des pluies peut influencer les allures du choléra, du moment qu’il relève d’un organisme dont la vitalité est liée à l’état humide des surfaces. *Les propriétés du sol et l’humidité de ses premières couches ne peuvent qu’avoir aussi de l’influence; mais nous ne comprenons absolument pas les explications, à la vérité fort diffuses, que donne Flügge du rôle de la zone « d’exsiccation » (ou d’évaporation. Yoy. p. 54); nous admettons sans peine que les bacilles-virgules s’y multiplient quand elle est détrempée par la pluie; mais cette zone humide les gardera, à moins qu’elle ne les transmette à l’eau souterraine, qui les détruira; ou bien, elles les mêlera aux poussières atmosphériques, à l’époque de sa dessiccation, et ces bacilles seront inoffensifs, puisque la sécheresse les tue.

Par ailleurs, Koch recommande comme prophylaxie la propreté des personnes et des choses, ce à quoi nous ne saurions trop souscrire, et le maintien d’un haut degré de résistance vitale chez les individus, défense excellente vis-à-vis de tous les contages et qui est précisément le but en résumé de tous les efforts de l’hygiène.

On ne connaît pas encore de moyen positif d 'atténuer la virulence du bacille-virgule, quoique Koch regarde cette atténuation comme possible et que Nicati et Rietsch aient cru remarquer qu’elle se réalise dans les cultures maintenues à 20 ou 25°. Quant aux inoculations préventives de Ferran, il est acquis qu’elles ne méritent pas la discussion.

2° Spirilles saprophytes ou indifférentes. — NOUS pensons avoir dit, dans les pages qui précèdent, tout ce qui peut intéresser l’hygiène au sujet des Spirilles de Finkler et Prior, de Spirillum tyrogenum de Denêke, de S. sputïgenum de Lewis. D’autres sont mal connues : Spirochæte plicatilis, Vibrio rugula , Vibrio serpens , Spirillum tenue , undula, S. volulans , etc.

Sous le nom de Tyrothrix , Duclaux a décrit un certain nombre de microbes dont la présence a pour effet de faire fermenter les matières albuminoïdes et qui, pour la plupart, nous ont semblé revêtir les caractères morphologiques des spirilles. Tyrothrix tenais, fîliformis, turgidus, scaber. virgula, distortus, geniculalus, sont aérobies, produisent une diastase et, au moyen de celle-ci, une matière albuminoïde dont ils se nourrissent en l’oxydant de plus en plus. Tyrothrix urocephalum , claviformi$,catenula, sont anaérobies et produisent une fermentation avec dégagement de gaz et d’odeurs

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