PHYSIOLOGIE GENERALE DES MICROORGANISMES
générale. J
mycètes; en revanche, comme certains Schizomycètes, il en est qui vivraient presque dans l’eau distillée.
En général, elles redoutent la réaction alcaline du milieu et admettent volontiers l’acidité qui, au contraire, est habituellement fatale aux Schizomycètes.
1. a pression atmosphérique, Y électricité, la lumière, paraissent être sans effet sensible sur les moisissures, dit Flügge. Il semble cependant, en ce qui concerne la lumière, que les parasites qui envahissent les céréales aient besoin du grand jour, tandis que les mucorinées, les Aspergillus, pénicillium, végètent mieux dans l’obscurité des caves.
Les extrêmes de température sont mortels aux moisissures. Entre les extrêmes, il y a un point optimum, variable selon les espèces, et dont il faut se rapprocher pour chacune. Ce point est aux environs de 20° pour Pénicillium, de 38° pour Aspergillus flavescens. Le premier végète encore jusqu’à 2°, 3 en bas, 43° en haut; le second jusqu’à 12 ou 13° en bas, 43° en haut.
Quand des levûres ou des schizomycètes sont semés sur le même milieu que les moisissures, les premiers peuvent empêcher entièrement le développement des secondes; c'est surtout une question de concentration ou de réaction du milieu. Entre des moisissures d’espèce différente, c’est une question de température.
La formation des spores et leur germination exigent, en général, la meilleure constitution chimique du milieu et les circonstances physiques les plus favorables. La germination se fait plus ou moins longtemps après l’éclosion des spores. Les « spores durables » ont besoin d’une période de sommeil. D’autres germent de bonne heure, si elles en ont l’occasion, mais peuvent garder, dans le cas contraire, pendant des mois et des années l’aptitude à la germination.
2. Les levures. — La levûre de bière, type du genre, renferme en moyenne : carbone 48 p. 100; azote 9 à 12; hydrogène 6 à 7; soufre 0 G. Les matières minérales y sont dans la proportion de 7 p. 100 (Nageli). Elles renferment de la potasse, de l’acide phosphorique, delà chaux, delà magnésie. 11 est remarquable que les matières albuminoïdes des levures soient plus importantes que la cellulose; c’est le contraire des moisissures. L’eau varie de 40 à 80 p. 100.
Les levûres se nourrissent essentiellement comme les moisissures. Elles prennent l’azote aux peptones et aux sels ammoniacaux, mais point aux nitrates, et, quand elles sont réduites à vivre des sels ammoniacaux, elles dégénèrent. Le carbone leur est fourni surtout par le sucre, puis par la mannite, la glycérine, l’acide tartrique, elc. Flügge fait remarquer qu’il ne faut pas confondre la nutrition des levûres avec la fermentation, qui est une fonction basée sur la première, mais n’en résultant pas nécessairement et la compliquant, lorsqu’elle a lieu. Cette distinction éclaire la question du rôle de l’oxygène dans l’existence des levûres.
La levûre, mise en contact avec de l’eau qui contient de l’oxygène, absorbe I oxygène, comme 1 a montré Schützenberger, et son développement
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est plus actif, si l’on fait passer un courant d’air dans le milieu nourricier. Si l’on supprime l’accès de l’air, le développement n’a plus lieu qu’à la condition qu’il y ait dans le liquide une substance nutritive très favorabler de la peptone, par exemple, avec 1 à 10 p. 100 de sucre et 0,5 d’acide phosphorique, et qu’il puisse y avoir une fermentation. Ce qui a fait dire à Niigeli que « l’activité fermentative est en état de procurer une certaine somme d’énergie réalisable dans la vie végétative des cellules. » (Flügge).
Les levûres supportent assez bien les acides, mais point les alcalis. La lumière et l’électricité sont sans influence sur elles. P. Bert avait annoncé qu’une pression de 20 à 40 atmosphères suspend leur développement; mais, des pressions de 300 à 400 atmosphères (Certes et Cocbin) n’atteignent pasleur vitalité ultérieure. D’après Hansen, le mouvement leur serait favorable. La température qui leur est le plus propice est entre 25 et 30°.
La concurrence des schizomycètes est capable d’arrêter le développement des levûres. Mais si le milieu est avantageusement constitué pour celles-ci et que l’ensemencement de levûre soit assez considérable, le développement des saccharomycèles peut être assez rapide pour l’emporter sur les autres parasites.
Les levûres et les schizomycètes, contrairement aux moisissures, bourgeonnent et se multiplient par fragmentation, tant que le milieu nourricier est riche. Si celui-ci s’appauvrit, c’est alors seulement qu’ils se réfugient dans la forme qui n’a pas de besoins, la forme 'permanente , l’état de spores. Il suffit, par exemple, d’étendre de la levûre sur une tranche de carotte pour la voir produire des spores, comme il a été dit (page 437). Ces spores ne se forment pas au-dessous de 1/2 degré ni au-dessus de 37°, 5.
3° Les Schizomycètes. — On analyse les bactéries en les isolant de leurscultures pures. Les données fournies, à cet égard, par Nencki, Nægeli, Lœw, Scheiler et Durin, ne concordent pas absolument. Si l’on en défalque 83 à 85 p. 100 d'eau, la substance des bactéries renferme de 84 à 87 d’albumine, 6 à 8 de graisse, 3 à 5 de cendres. La substance albuminoïde est la mycoprotéine de Nencki, qui donne du phénol, de l’indol, du scatol, des acides gras, lorsqu’on la calcine avec la potasse ou la chaux. Les substances non azotées sont en très minime quantité dans les schizomycètes: il semble cependant exister chez quelques-uns une substance voisine de la cellulose.
Les schizomycètes ont donc besoin surtout d’azote; mais l’on commence à s’apercevoir qu’il est difficile de formuler sur ce point des lois générales. La plupart d’entre eux le prennent aux albumines solubles ; mais ils utilisent aussi les sels ammoniacaux et même, quelques-uns, les nitrates (organismes réducteurs de Gayon et Dupetit, Dehérain et Maquenne). Le carbone est fourni par le sucre et les substances analogues, glycérine, sels des acides gras, tartrates, malates, acétates alcalins, et même les acides phénique et salicylique en solution.
Mais il faudrait avoir expérimenté, dit avec raison Flügge, sur chaque espèce bactériene en particulier, puisque Meade Bolton a signalé des espè-
générale.] PHYSIOLOGIE GÉNÉRALE DES MICROORGANISMES. 460
ces ( Bacillus erythrosporus, micrococcus aquatilis ) qui se développent dans l’eau distillée, et que, d’autre part, un assez grand nombre d’espèces, pathogènes pour l’homme ou pour les animaux, exigent des bouillons ou des gelées d’une provenance ou d'une constitution particulière et très délicate (bacilles de la fièvre récurrente, de la lèpre, de la tuberculose, du choléra des poules, etc.).
Certaines bactéries ne peuvent vivre et se multiplier sans oxygène libre; •ce sont les aérobies de Pasteur. D’autres s’en passent ou môme ne peuvent ■se développer qu’à l’abri de l’oxygène ; ce sont les anaérobies. Entre ces deux groupes, Liborius a introduit les anaérobies facultatifs, qui se développent mieux en présence de l’air, mais le font encore, quoique plus lentement, en l’absence de l’oxygène. Une forte tension de l’oxygène leur est préjudiciable. Ce groupe nouveau compte précisément un grand nombre d’espèces pathogènes, les bacilles de la suppuration, de la septicémie, du charbon, du typhus abdominal, du choléra. Pour l’auteur, les autres sont anaérobies obligés (bacille de l’œdème malin, des Allemands; Bacillus butyricus, B. muscoï(les), ou aérobies obligés , accomplissant ou non une fermentation ( Bacillus subtilis, B. æropfiilus, etc.).
Les schizomycètes ont toujours besoin de beaucoup d’eau. Les acides et les alcalis leur sont défavorables, mais les premiers plus que les seconds, quoique quelques-uns ne se développent qu’en présence d’un léger excès d’acide (bacille du lait bleu, ferment acétique).
La lumière solaire est antipathique au bacille du charbon (Arloing); on ne sait pour les autres. P. Bert avait constaté que la pression au delà de 20 atmosphères tue le même bacille, mais ne détruit pas la virulence du liquide qui les renferme; c’est que cette pression ne compromet pas les spores. Certes aurait observé que des pressions de 350 à 500 atmosphères n’enlèvent pas leur vitalité aux bacilles de la putréfaction ni aux bacilles charbonneux.
Les opinions sont divergentes en ce qui concerne l'influence du mouvement sur le développement des schizomycètes (Iioppe-Seyler, Horwath, Reincke, Tumas).
Les diverses espèces microbiennes, dit Flügge, ont leur plus grand développement à des températures extraordinairement variées. On s’en est aperçu dans le cours de l’article Ier de ce chapitre. Mais « les schizomycètes se développent de préférence à une température plus voisine de celle du corps » que celle qui est convenable aux moisissures et levures. Nous ajouterions volontiers que cette loi est surtout vraie des schizomycètes pathogènes.
Les schizomycètes redoutent peu la concurrence des lcvûres et des moisissures , mais il est clair qu ils s’en font entre eux une très redoutable, selon 1 appropriation des conditions du milieu.
La sporulation se lait dans des conditions qui ont été indiquées et sous l’influence décisive de la température.
Produits de l’activité nutritive des microorgnnismes. — Les mici'OOI’ganismes, comme les êtres supérieurs, assimilent et désassimilent, con-
470 LES ORGANISMES INFÉRIEURS. [llygiôno
str'Uisent et détruisent. Les substances qui pénètrent dans leur protoplasme, soit pour être fixées, soit pour rester en réserve, ne peuvent être absorbées qu’à l’état gazeux ou en solution, absolument comme il en est chez les animaux et les plantes à chlorophylle. C’est encore la mise en liberté de force latente qui suffit à leurs mouvements vitaux, et ce dégagement d’énergie est le résultat de la respiration inlramoléculaire. Seulement l'oxygène n’est point toujours nécessaire ici et peut être suppléé par la fermentation.
Duclaux explique très clairement l’essence de la nutrition des microorganismes et son double aspect. Dans le cas le plus simple, une mucédinée vit sur une solution de sucre au contact de l’air. « A la condition qu’on lui fournisse un aliment minéral convenable, renfermant de l’azote à l’état de nitrates ou de sels ammo" niacaux, elle pousse, se fabrique de la cellulose, de la matière grasse, un protoplasme azoté, et fournit aux rénovations incessantes dont ses organes sont le siège. En un mol, elle édifie ses tissus et les alimente, elle vit. Or, même pour les végétaux, vivre et croître est un travail exigeant une dépense de force. Cette force, la plante la trouve dans le sucre donné comme aliment et, pendant qu’elle en utilise une partie pour l’édification et l’entretien de ses nouveaux organes, elle fait descendre à une autre portion de ce sucre l’échelle de destruction de la matière organique, au bas de laquelle tout l’hydrogène étant devenu de l’eau, tout le carbone de l’acide carbonique aux dépens de l’oxygène de l’air, il est résulté de cette combustion complète un dégagement de chaleur, dans lequel la plante a trouvé la force dont elle avait besoin eL qu’elle a dépensée ailleurs.
« Malgré les apparences contraires, la levüre de bière vivant dans un milieu sucré et lui faisant subir la fermentation alcoolique ne se comporte pas autrement. Ici encore il y a création et entretien de cellules nouvelles, eL dépense concomitante de force, c’est-à-dire de matière alimentaire, don L partie entre dans les matériaux de construction des cellules, partie est brûlée pour fournir de la chaleur. Toute la différence est que cette portion brûlée est moins bien brûlée que tout à l’heure. Avec la mucédinée rivant au contact de l’air, elle Tétait complètement et fournissait toute sa chaleur disponible. Dans la cuve du brasseur, il n’y a que peu ou pas d’oxygène présent à l’état libre. Celui qu’on trouve dans l’acide carbonique produit par la fermentation provient non pas de l’air, mais du sucre lui-même; la combustion, au lieu d’être extérieure, est intérieure, ce qui la rend à la fois moins calorifique et moins complète. »
Il est fort difficile, chez tous les êtres, de distinguer constamment les produits excrétés des matériaux plastiques. Cependant, chez les microorganismes, on sait que CO2 est toujours une excrétion, tandis que les végétaux supérieurs peuvent l’assimiler de nouveau, après l’avoir excrété. Les matériaux plastiques azotés des microorganismes sont les corps du groupe des protéines, les amides, la triméthylamine, les composés ammoniacaux, substances qui peuvent aussi revêtir un caractère excrémentiliel. En effet, dans l’expérience de Meade Bolton qui consiste à obtenir une multiplication de bactéries dans l’eau distillée, il faut bien que les bacilles nouveaux vivent des excrétions des anciens. Les matières plastiques non azotées sont la glycose, la tréhalose, la mannile, la cellulose, la graisse, certains acides organiques.
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Indépendamment de la dépense de force, nécessitée chez les microorganismes par les actes nutritifs mêmes, par la croissance, la germination, il en faut une autre pour la motilité de ceux qui possèdent cet attribut, pour la production de chaleur ou de lumière par certains autres.
Excrétions. Sécrétions. — L’acide carbonique, comme il a été dit, 1 hydrogène, l’hydrogène carboné et sulfuré, l’ammoniaque, sont des produits habituels d’excrétion des microorganismes. On trouve encore, parmi ces produits, l’eau, les nitrates, l’urée, le soufre; des corps volatils, l’alcool, la trimélhylamine, les acides formique, acétique, propionique, butyrique; des acides plus lixes, lactique, malique, succinique, oxalique, tartrique; la taurine: les amides des acides gras; des corps de la série aromatique, leucine, tyrosine, phénol, crésol ; des produits de réduction, comme l’indol, l’acide paracumarique.
Certains microorganismes, dans des circonstances particulières, produisent en outre des matières hydrocarbonées, la peptone, des substances colorantes, des matières toxiques, des ferments solubles. A notre avis, rien ne dit que ce soient toujours là des excrétions; nous songerions plutôt à des sécrétions ou à une élaboration du milieu répondant à quelque besoin physiologique des êtres qui fournissent ces substances.
Il y a, sous ce rapport, une réelle spécialisation de la part des microorganismes; cependant une seule espèce peut cumuler plusieurs fonctions et même alterner, selon les cas, de l’une à l’autre. Mais elle ne manifeste telle ou telle fonction que dans des conditions précises du milieu nutritif.
Les matières colorantes, rouge, verte, bleue, violette, sont fournies par des Champignons dont nous avons indiqué un certain nombre de types dans l’article qui précède. Peut-être que les schizomycètes, selon la remarque de Fliigge, ne fournissent pas vraiment la couleur, mais seulement une substance chromogène qui devient matière colorante au contact de l’air. Aussi ces Champignons ont-ils besoin d’oxygène pour remplir celte fonction. D'ailleurs la coloration leur est tout à fait extérieure et la cellule mycélique elle-même n’est point colorée.
La propriété de peptoniser (liquéfier) la gélatine a servi de base à une elassilicalion des schizomycètes, sans trop rien signifier par elle-même; car on trouve également des organismes insignifiants et de redoutables parasites dans ceux qui liquéfient et dans ceux qui ne liquéfient pas.
On a remarqué que dans la fermentation alcoolique, l’alcool produit arrête le développement de la levure quand il atteint à la proportion de 14 p. 100. La fermentation ammoniacale cesse quand il y a 13 p. 100 de carbonate d’ammoniaque dans le milieu.
Le phénol, le paracrésol, qui sont le produit d’excrétion d’un assez grand nombre de bactéries, sont des antiseptiques reconnus. Il semble donc que l’on puisse conclure que les bacléries sont en général victimes de la présence de leurs excrétions dans le milieu où elles ont vécu. Mais toutes les espèces ne produisent pas des substances antiseptiques et même, selon Buchner, le bacille du choléra prospérerait mieux dans une solution renfermant déjà les produits des bacilles-virgules antérieures.
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Flügge suppose que le moyen par lequel les saprophytes viennent à bout des bacilles pathogènes qui leur disputent l’usage d’un milieu nourricier consiste précisément- en ce que les saprophytes produisent une substance toxique pour leurs rivaux. Mais il suffit peut-être que les saprophytes aient une vitalité plus puissante et que le milieu leur soit plus approprié; ils accaparent la nourriture, affament et étouffent les autres.
Ptomaines. — Les matières toxiques fabriquées par les bactéries méritent quelques développements particuliers.
On connaissait les poisons putrides bien avant de savoir exactement quelle est leur place en chimie et quels sont leurs rapports avec les microorganismes. Gaspard et Stich (1822), Panum (1856), Dupré et Jones Bence (1866), Bergmann (la sepsine, 1868), avaient attiré l’attention, à divers égards, sur ces composés. Panum, A. Ililler (1877) avaient même démontré que ces substances produisent des accidents pathologiques indépendants des bactéries qui peuvent avoir participé à leur formation. D’un autre côté, Sonnenschein et Ziilzer, Rôrscb et Fassbender, Otto, Hager, A. Gautier, Husemann et Cortez, Brugnatelli, Ch. Bouchard, Brouardel et Boutmy, etc., signalaient, en diverses circonstances, la présence d’agents à propriétés semblables à celles des alcaloïdes végétaux ( conicine , vératrine, strychnine ), dans des matières animales et même dans le maïs gâté. En 1872, A. Gautier découvrait que la putréfaction de la fibrine donne, en outre des produits déjà connus, une petite quantité d’alcaloïdes complexes, fixes ou volatils. A la même époque, Selmi (de Bologne), qui, de 1870 à 1871, avait soupçonné les alcaloïdes cadavériques dans des cas de médecine légale, les annonçait officiellement et allait avoir l’honneur de créer le nom de plomaïne. Nencki, le premier, isola la collidine ; A. Gautier et Étard, peu après, retirèrent du maquereau en putréfaction la collidine et la parvoline. Brouardel et Boutmy indiquèrent un réactif général des ptomaïnes, la coloration bleue parle ferricyanure de potassium et le perchlorure de fer, qui, du reste, a cessé d’être caractéristique. Mais c’est surtout Brieger qui a fait sa spécialité des pLomaïnes et y a trouvé une légitime notoriété. Dans ces derniers temps, les études d’A. Gautier sur les leucomaïnes ont assuré aussi à ce savant une place très honorable dans cet historique.
Les ptomaïnes sont, pour la chimie, des diamities appartenant à la série grasse et paraissant dérivées des carbures éthyléniques (CnH2n). Ce sont des bases azotées, comme les alcaloïdes végétaux. Brieger en a isolé un grand nombre de la fibrine, de la viande, de la colle, de la levure, du poisson, du fromage putréfiés, des parties de cadavres en putréfaction, et, enfin, de culture pure de microbes pathogènes (fièvre typhoïde).
Elles se forment au début de la putréfaction et disparaissent par sa durée; ce qui explique que la piqûre anatomique soit beaucoup plus dangereuse dans une autopsie que dans la dissection d’un cadavre déjà avancé. Selon Brouardel et Boutmy, elles se formeraient mieux à l’abri de l’air; Brieger a fait voir, au contraire, que l’oxygène augmente le rendement. Néanmoins des essais de Henrijean, à Gœttingen, tendent à prouver que certains anaérobies fournissent, en l’absence de l’oxygène, des produits toxiques en quantité plus considérable et plus rapidement que les autres microbes de la putréfaction.
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Il est probable que les ptornaïnes varient avec l’époque depuis laquelle la fermentation putride a commencé (Brouardcl et Boutmy). Dans tous les cas, il est certain qu’elles diffèrent suivant l’espèce du ferment qui ■détruit les matières albuminoïdes (A. Gautier) et suivant la nature du terrain où s’opère la putréfaction. Cependant la neuridine, la plus fréquente des ptornaïnes, a été rencontrée par Brieger dans la chair humaine, la viande de bœuf, de cheval, la chair des poissons, la gélatine et le fromage putréfiés et môme dans des tissus qui n’ont pas encore été atteints par les microorganismes, tels que les œufs cl le cerveau humain frais. D ailleurs, de môme que la lécithine (non basique) se dédouble en deux vraies bases, la choline et la névrine, de même la choline passe aisément à la névrine en perdant une molécule d’eau ; la neuridine et la cadavérine du troisième jour sont remplacées, au quatrième jour, par la putrescine, etc.
Les bacilles du typhus abdominal, cultivés sur de la viande hachée, ne fournirent h Brieger aucun signe de putréfaction; mais on put isoler une ptomaïne, toxique pour les cobayes. Une autre, obtenue de Staphylococcus pyogenes aureus, dans des conditions semblables, ne se montra pas toxique. Les cultures pures de komma-bacillus , de bacillus crassus sputigenus , et quelques autres, donnèrent une matière toxique, qu’on n’a pas encore isolée. En revanche, Nencki et Marnie ne purent rien obtenir de pareil des bacilles du charbon. Néanmoins Fliïgge estime que « les symptômes essentiels du typhus, du choléra et de beaucoup d’autres maladies infectieuses résultent de ia production de poisons spécifiques par les germes spécifiques. »
Ne sont pas toxiques ou ne le sont qu’à très fortes doses les bases suivantes :
La neuridine, très répandue, isolée de la viande, du fromage et surtout de la colle en putréfaction; se rencontre dans les cadavres humains, le troisième jour; — la gadinine (morue pourrie); la cadavérine , la putrescine, la saprine, toutes du cadavre humain; — la choline, toxique à forte dose; la triméthy lamine, la dvnéthylamine, et la Iriéthy lamine.
Sont toxiques : la peptotoxine, retirée par Brieger de l’albumine peplonisée par l’action du suc gastrique ; — la névrine (viande putréfiée) ; — l’éthylène diamine (poisson putréfié); — la muscarine, connue depuis longtemps comme le poison de la fausse oronge, trouvée par Brieger dans la chair de poisson putréfié; la mydaléine, extraite du cadavre humain.
Les ptornaïnes, par suite de ces étonnantes propriétés, sont donc souvent le moyen par lequel les moteurs vivants des maladies infectieuses atteignent à leur rôle pathogène. Elles sont aussi la cause de ces empoisonnements alimentaires ( botulisme ), si mal expliqués jusqu’ici, que nous retrouverons en leur lieu. Par la même raison, comme il est aisé de le concevoir, elles imposent la plus extrême réserve et des études approfondie.'» à la médecine légale qui, dans les conditions actuelles, est vraiment désarmée en présence des empoisonnements par les alcaloïdes (Linossier, Debierre).
Ln certain nombre de ptornaïnes répandent l’odeur de cadavre, d’urine, ou 1 odeur vireuse; d autres, au contraire, sentent la rose, l’aubépine.
474 LES ORGANISMES INFÉRIEURS. [Hygiène
Peut-être se forme-t-il parfois des ptomaïnes sans l’intervention des microorganismes : elles dérivent de composés chimiques peu stables. Mais il ne convient point, pensons-nous, d’opposer à la théorie de leur genèse par les microbes, les alcaloïdes des urines (Ch. Bouchard), soit d’hommes sains, soit au cours de maladies infectieuses, ni le poison des moules (mi/tilo toxine) et de certains poissons, ni les leucomaïnes d’A. Gautier. En effet, la cellule animale équivaut ici à la cellule mycélienne et la fabrication des poisons par les animaux supérieurs n’est pas une anomalie. « Les animaux supérieurs seraient anaérobies dans une notable proportion» (A. Gautier). Avec un peu de surmenage, le côté par lequel l’homme « vit putréfaclivement » s’exagère; il y a résorption de produits toxiques — et un état morbide que Peter, bien à tort, s’est empressé d’identifier avec la lièvre typhoïde.
Ferments et fermentations. — Il y a deux sortes de fermentations: l’une, par les ferments solubles, qui est un acte chimique, dans lequel une petite quantité de ferment suffit à transformer une grande quantité du corps à décomposer, sans que le ferment lui-même soit modifié; l’autre par la nutrition de certains microorganismes, qui est un phénomène biologique.
Les ferments solubles sont produits par des appareils glandulaires chez les animaux; mais il en est un grand nombre de tout pareils que les microorganismes fabriquent d’abord pour se préparer à eux-mêmes le milieu qui doit leur servir de nourriture; ainsi, la diaslase, le ferment inversif, les ferments peptonisants, la présure , etc. Ils sont naturellement, isolables des organismes inférieurs qui les produisent.
Nous renvoyons à ce qui a été dit plus haut (page 470) de l'essence de la fermentation par acte biologique. Les organismes inférieurs vivent fermentativement, tantôt par nécessité et par hasard, comme les mucédinées ou les schizomycèles aérobies auxquels on intercepte l’oxygène libre; tantôt par constitution, comme les levures et un certain nombre de schizomycètes, qui opèrent la fermentation dès qu’ils sont au contact de la substance fermentescible qui leur convient; car chaque substance n’est décomposée que par un seul ou par un petit nombre de ferments figurés.
Parmi les classes de fermentation établies par Flügge, les plus fréquentes et, sans doute, les plus intéressantes pour l’hygiène sont : les fermentations des matières hgdrocarbonées (les divers sucres), accomplies par les saccharomycètes ( Saccharomyces ellipsoideus, S. apiculatus, S. exigu us, la petite levure qui provoque la fermentation alcoolique de la lactose, récemment découverte par Duclauxgetc.), et par quelques schizomycètes (fermentation lactique, butyrique, glaireuse, etc.); la fermentation des matières albuminoïdes, fermentation putride ou putréfaction.
La putréfaction est un phénomène assez simple, comme résultat définitif, puisqu’il s’agit de faire repasser les composés organiques è l’état de principes binaires ou même d’éléments ; mais extrêmement complexe au point de vue de sa modalité et de scs phases successives.
générale.] PHYSIOLOGIE GÉNÉRALE DES MICROORGANISMES. 475
L’albumine est d’abord peptonisée, puis décomposée, mais en quelque sorte par échelons; le sens dans lequel la décomposition se fait dépend des microorganismes primitivement présents, de leur association et de? ceux qui viendront après.
Les corps qui prennent naissance pendant la putréfaction sont : l’acide carbonique, l'azote, l’hydrogène, l’hydrogène sulfuré, phosphoré, carboné; les acides formique, acétique, butyrique, valérianique, lactique, oxalique, succinique; la leucine, le glycocolle, l’ammoniaque, son carbonate et son sulfate; un grand nombre d’amines; de l’indol, du scatol, de la lyrosine, etc. ; finalement, les ptomaïnes.
Dans la vaste concurrence et la succession variée des microorganismes qui opèrent la putréfaction, il importe de distinguer les aérobies et les anaérobies et, par suite, la putréfaction qui se fait avec l'aide de l’oxygènede celle qui a lieu sans oxygène. La première est une oxydation rapideet complète des substances putrescibles, s’accomplissant d’ordinaire sans odeur (les Allemands l’appellent Verwcsung, ou destruction, de venvesen, cesser d’être); l’autre est une réduction, une métamorphose lente, dans laquelle la décomposition de l’albumine a lieu par la conversion des oxacides en acides gras, des nitrates en nitrites, des sulfates en sulfures, ainsi de suite ; d’où les émanations odorantes. C’est la putréfaction à laquelle se rattache le plus étroitement l’idée de putridité ( Fdulniss des Allemands). 11 est aisé de voir que ces deux aspects de la fermentation des matières albuminoïdes répondent au double aspect de la nutrition des microorganismes en général. L’oxydation rapide, c’est la mucédinée brûlant par l’oxygène libre son milieu nourricier; la putréfaction lente, ce? sont les organismes anaérobies (normaux ou forcés), prenant dans le milieu nourricier lui-même le peu d’oxygène qu’il contient, en combinaisonassez stable, et par suite, opérant péniblement. Pasteur faisait remarquer, à ce sujet, l’alternance entre les microbes aérobies et les anaérobies dansles liqueurs putrescibles : les premiers agissent d’abord, à la surface, ait contact de l’air dont il consomment l’oxygène; ils forment une pellicule qui empêche l’air de pénétrer dans la profondeur ; c’est à ce moment que les anaérobies se trouvent dans de bonnes conditions pour remplir leur rôle. Puis la membrane des premiers tombe au fond; les anaérobies sont de nouveau au contact de l’oxygène et suspendent leurs fonctions; les aérobies reprennent la leur. Ainsi de suite.
A vrai dire, les choses ne sont pas en réalité aussi régulières et les mômesbactéries, parfois, peuvent décomposer l’albumine avec ou sans oxygène.
Il n’échappera à personne que la décomposition rapide des matières organiques azotées, c’est-à-dire la putréfaction du premier mode, avec afflux d oxygène, est précisément le moyen que l’on adopte pour détruire dans le sol, à l’aide de ses microorganismes, les résidus excrémentitiels desgroupes urbains.
Action patliogénique îles microorgnuismcB. — Seuls, les lllicroorganismes qui peuvent vivre en parasites sur le corps ou dans les tissus d’un>
LES ORGANISMES INFÉRIEURS. [Hygiène
végétal supérieur ou d’un animal, sont capables d’élre pathogènes. L’un n’entraîne pas l’autre, toutefois, d’une façon fatale. Il y a des parasites qui sont plutôt utiles à leur hôte et forment avec lui une sorte d’association (symbiose), comme l’algue réunie à un champignon qui constitue les lichens (Schwendener) et comme ces curieuses associations d’un crabe et d'une moule, d’une éponge et d’un polype, relevées par A. Bordier.
Parmi les microorganismes, les Mucédinées sont volontiers parasites chez les plantes et chez les insectes, parce qu’en s’alimentant sur ces êtres, elles conservent l’usage de l’oxygène et que, d’ailleurs, la nourriture est à leur convenance; elles le sont rarement chez les animaux vertébrés, sauf les Saprolégnées sur des poissons déjà malades (de Bary) et les Mucorinées chez les oiseaux ; encore est-ce dans les voies aériennes de ces derniers (pneumomycose). Sur les autres animaux, il faut la violence pour implanter les moisissures, et elles ne produisent que du mycélium sans spores. Chez l’homme, elles sont toujours superficielles (Achorion, etc.). Toutefois, nous avons vu que les circonstances de temps et de lieu sont décisives dans le succès de ce parasitisme; c’est un enseignement pour l’épidémiologie humaine, qu’il ne faut pas négliger.
Les levures sont rarement parasites, à part Mycoderma vint (le muguet): aussi est-il inutile d’insister.
Le parasitisme sur les animaux est, au contraire, comme le lot régulier des Schizomycètes , qui trouvent là le milieu nourricier riche, la température, l’alcalinité qui leur conviennent. Les aérobies y prennent suffisamment d’oxygène au sang, où il est faiblement combiné; d’ailleurs, parmi eux, beaucoup sont anaérobies quand il est nécessaire (Liborius). Les anaérobies se mettent aisément à l’abri de l’oxygène dans la profondeur des tissus. Toutefois, les Schizomycètes sont loin de pouvoir être tous parasites.
Récemment, Galippe a constaté la présence de microbes qu'il n’a point spécifiés, dans l’épaisseur de légumes cultivés sur des terrains fumés intensivement. Des adversaires de l’épuration par irrigation ont cru pouvoir s’appuyer sur cette constatation pour condamner l’usage des légumes provenant de Gennevilliers. Outre que l’auteur a rencontré à peu près autant d’organismes dans les plantes des jardins ordinaires que dans celles de Gennevilliers, il convient d’attendre que des recherches de contrôle aient prouvé que des germes de hasard ne se sont pas mêlés aux cultures de Galippe, à son insu; surtout il importe de vérifier s’il ne s’agit pas ici de schizomycètes particulièrement adaptés à vivre dans le milieu froid, pauvre et acide des végétaux, ce qui n’a rien d’impossible, plutôt que de saprophytes ordinaires et, à plus forte raison, de microbes pathogènes, qui ont besoin de conditions tout opposées.
Les parasites sont obligés ou facultatifs (de Bary) ; de même que les saprophytes comptent des espèces qui sont toujours saprophytes et d’autres qui, saprophytes le plus ordinairement, sont quelquefois parasites. Parmi les parasites obligés, quelques-uns peuvent, dans des cas spéciaux, vivre en saprophytes.
Les divers modes de l’action pathogénique des microorganismes.
Les troubles produits dans l’économie de l’hôte parla présence des Chain-
n ■ rT-
générale.] PHYSIOLOGIE GÉNÉRALE DES MICROORGANISMES. 477
pignons parasites dérivent d’une loi de la physiologie de ceux-ci, selon l’expression de Duclaux.
C’est déjà un trouble que le fait physique de la présence de cellules nouvelles (les Schizophytes) dans les tissus, au milieu des cellules animales, qui sont seules appelées à y être. Il y a là une action mécanique de contact, de refoulement, qui s’accroît par la multiplication des parasites. Dans les petits vaisseaux, elle va jusqu’à former l’embolie capillaire. Les champignons de la septicémie de la souris envahissent et désagrègent les globules blancs.
Puis, les cellules parasitaires accaparent la nourriture des cellules normales, sans qu’il y ait restitution en conséquence. Cette destruction de nourriture est remarquablement énergique de la part de certains Schizomycètes anaérobies, qui vivent à la façon des levûres et ont besoin d’en décomposer beaucoup pour suppléer à leur inaptitude à se servir de l’oxygène. A la vérité, l’absorption de celui-ci dans le sang par les bacilles qui en sont avides, comme le bacille du charbon, équivaut à une vaste asphyxie.
Mais surtout, les microorganismes fabriquent des produits étrangers à l’économie et antipathiques à la cellule animale. Tout d’abord, les « diaslases variées » (Duclaux), qui sont pour eux comme des liquides digestifs, au moyen desquels ils préparent à leur assimilation la substance organique qui les environne. « C’est probablement à elles que sont dues ces nécroses de coagulation, produites par presque tous les agents infectieux, et aussi ces liquéfactions d’organes ou de portions d’organes, qui en font un véritable putrilage. »
Enûn il y a les produits de nutrition et de désassimilation des parasites, qui peuvent être impropres à la nutrition de la cellule animale ou même toxique pour elle, absolument comme ils sont inutilisables ou toxiques pour la cellule bacillaire. A la vérité, de même que les produits d’élimination d’une cellule sont quelquefois nutritifs pour une autre, il peut arriver que les sécrétions des microbes soient indifférentes ou utiles aux cellules du tissu environnant (Duclaux).
Certaines bactéries ont l’énergie parasitaire faible et ne se développent qu’a la surface, sur la peau, les muqueuses, les plaies (Flügge), où elles répandent leurs plomaïnes plus ou moins toxiques. Celles-ci le sont quelquefois assez pour nécroser progressivement les tissus et assurer l’invasion de proche en proche des parasites, jusqu’à ce que la réaction inflammatoiie leur barre le chemin. Les bacilles de la tuberculose pénètrent très bien dans les tissus. Ceux de la gangrène gazeuse et du charbon symptomatique craignent l’oxygène et ont besoin d’être abrités dans le tissu cellulaire sous-cutané. Les microcoques de 1 érysipèle se propagent dans les voies lymphatiques de la peau.
Il impoile de noter que, dans bien des cas, la présence de certains microorganismes dans un milieu est secondaire , c’est-à-dire que d’autres microbes ont primitivement préparé le terrain ou les voies. Ainsi la présence de bacilles variés, plus ou moins malfaisants sans être le bacille typhique, sur les ulcérations intestinales de la lièvre typhoïde; ainsi les
478 LES ORGANISMES INFÉRIEURS. [Hygiène
microphytes divers qui pénètrent dans les cavernes pulmonaires après que le bacille de la tuberculose a commencé l’ulcération, et qui aident puissamment celui-ci à la rendre plus profonde, comme le signale judicieusement P. Villemin.
Portes (.Ventrée. — Les microorganismes qui vivent sur les surfaces, •peau, muqueuses, n’ont besoin que de l’accès extérieur à ces membranes et des orifices naturels. Ceux qui pénètrent plus avant ne le font que par une solution de continuité, une plaie, une érosion épidermique. Cependant, il peut arriver qu’une inflammation banale, ou môme celle que les parasites provoquent par leur présence, gonfle les muqueuses, entraîne la chute de l’épithélium superficiel et permette dès lors la pénétration des bactéries dans l’épaisseur des tissus. C’est ainsi que la tuberculose succède à la bronchite. Nous avons dit (page 323) comment les poussières les plus ténues peuvent pénétrer par le poumon, non dans le sang d’abord, mais dans le parenchyme pulmonaire et les ganglions bronchiques. Arnold (1883) et Wyssokowitsch, bien que leurs expériences aient eu pour but de prouver l’imperméabilité pulmonaire (contre la théorie de Pettenkofer’' n’ont pas démenti, au fond, ces résultats. Ces expériences, d’ailleurs, sont discutables. L’intestin, si les bactéries ont échappé à l’acidité des sucs de l’estomac, offre la même barrière que le poumon aux microorganismes et, dans des cas donnés, la même faiblesse. Finalement, les chances d’infection, autrement que par une plaie, sont d’autant plus grandes que les parasites se présentent en plus grande quantité, qu’ils peuvent faire un premier foyer sur la surface qu’ils atteignent et, surtout, qu’ils se trouvent précisément au lieu d'élection de leur multiplication (le microcoque de Neisser sur la muqueuse uréthrale, les bacilles du typhus et du choléra dans l’intestin).
Résistance de l'économie. — On a cru (Iiorwath) que le mouvement s’oppose au développement des schizomycètes et que, par suite, le mouvement des liquides de l’économie est une protection contre eux. Les expériences de contrôle ont prouvé que cette vue est inexacte. De même, la .ressource de l’élimination des schizomycètes par les organes excréteurs, que l’on croyait capable de l’emporter parfois sur la multiplication des microbes, cette ressource doit être abandonnée; Wyssokowitsch a montré que, pour l’économie normale, dans aucune sécrétion on ne trouve trace des bactéries, pathogènes ou non, qui ont été introduites dans le sang. Widal et Chantemesse ont confirmé cette loi en ce qui concerne le bacille typhique, lequel ne passe dans l’urine que quand « une lésion du filtre rénal lui a ouvert une porte de sortie. »
En définitive, il y a une lutte entre les cellules bactériennes étrangères, et les cellules animales, qui sont chez elles. En général, la défense repose d’abord sur la vitalité de celles-ci; par leur propre multiplication, elles peuvent soustraire la nourriture aux schizomycètes, les étouffer sous leur propre végétation et éliminer, au moins, les plomaïnes que les premiers ont fabriquées. Cette lutte est matériellement représentée par les leucocytes (microphages) et les grandes cellules de l’épithélium et du
géuérale.] LA DÉFENSE CONTRE LES MICROORGANISMES. 470
tissu conjonctif (macrophages), que Metschnikoff a réunies, à cet égard, sous le titre de phagocytes. Ces cellules s’incorporent les microorganismes et les détruisent. La lutte a lieu presque constamment, encore qu’elle ne tourne pas toujours à l’avantage des phagocytes. Il y a une exception visà-vis du bacille du choléra des poules, chez les poules et les pigeons, où les phagocytes ne l’atteignent point; mais les leucocytes englobent ce même bacille chez les cobayes. De môme les cellules microphages n’attaquent pas le bacille du charbon chez les souris, les cobayes, les lapins; mais elles l’enveloppent quand il a été introduit sous la forme du « vaccin faible » de Pasteur. Les phagocytes agissent énergiquement sur les microcoques de l'érysipèle, sur les parasites malariques de Laveran, sur les spirilles du typhus à rechutes; beaucoup moins sur les bacilles de la lèpre et de la tuberculose, dont l’enveloppe cellulaire est dure. Pour Metschnikoff, l’inflammation n’est pas autre chose que la convergence des phagocytes sur un point en butte aux agressions d’un corps étranger, vivant ou non. Les virus atténués, les vaccins, ne confèrent peut-être l’immunité qu’en habituant peu à peu les phagocytes à digérer des microbes pathogènes qu’ils n’absorbaient point primitivement.
Ces résultats ont été, à la vérité, contestés par Wyssokowitsch, qui n’a trouvé dans les leucocytes que les bacilles du rouget et ceux de la septicémie de la souris, tandis que, partout ailleurs, il a plutôt vu les leucocytes désagrégés, c’est-à-dire victimes de la lutte. En revanche, Wyssokowitsch a démontré que les bactéries dans le sang en sont promptement éliminées, non par sécrétion, mais par emmagasinement dans le foie, la rate, la moelle osseuse, à l’aide de la filtration parles capillaires. Ce serait dans les cellules endothéliales qu’aurait lieu la lutte, dont le résultat est la mort des bactéries ou, au contraire, la destruction des cellules animales et la multiplication des microbes.
Il est probable qu’une lutte analogue s’accomplit dans les tissus où les microorganisrnes pathogènes pénètrent directement sans passer par le sang. C’est-à-dire qu’en somme la théorie de Wyssokowitsch n’est pas si éloignée qu’il le croit de celle de MetschnikoiT; dans l’un et dans l’autre cas, c’est la cellule animale qui absorbe la cellule étrangère, et Wyssokowitsch reconnaît lui-inôme que les leucocytes ont quelquefois ce pouvoir.
La disparition des bactéries dans le sang a été aussi démontrée par Fodor, qui l’attribue à une propriété chimique du sang frais; elle a lieu, en effet, môme dans le sang sorti des vaisseaux, pourvu qu’il soit récent. Quelle que soit la raison de cette propriété du sang, elle permet de garder quelques doutes vis-à-vis des expériences d’inhalation de microbes, d’après lesquelles les auteurs, ne retrouvant pas ces microbes dans le sang, ont conclu à l’imperméabilité pulmonaire.
3" La défense contre les microorganismes.
L hygiène possède trois ordres de moyens contre l’action des microorganismes dangereux. Ceux du premier ordre sc confondent presque
480 LES ORGANISMES INFÉRIEURS. Ll|ygiène
avec la résistance innée des cellules animales; c’est Y immunité naturelle ou acquise. Les autres sont voulus; ils comprennent Y atténuation des virus et les méthodes vaccinales, Y antisepsie et la désinfection.
1. Immunité. — Immunité naturelle. — 11 est des immunités d’âge, de sexe, de race, auxquelles l’hygiène est étrangère. Mais il en est une vis-à-vis de laquelle elle est d’une extrême puissance; c’est celle qui dépend de l’intégrité biologique de la cellule animale, du plein épanouissement de sa vitalité.
Maintenir cette vitalité à son plus haut degré, c’est assurer à l’homme une immunité, sinon absolue, au moins de quelque valeur et souvent suffisante. Faire le contraire, c’est créer la réceptivité, la disposition individuelle. Wyssokowitsch, par une température de 37°, par des poisons minéraux et des ptomaïnes, a réussi à affaiblir les cellules animales chez des lapins, à un point tel que des bactéries nullement pathogènes, injectées à ces animaux, se multipliaient considérablement dans leur économie. C’est avec cette notion et celle du parasitisme microbique latent (Yerneuil) que l’on peut comprendre comment des soldats, venus d’une garnison où l’on voyait de temps à autre quelques cas de lièvre typhoïde, font si aisément une vaste épidémie, lorsqu’on les met en campagne et pour peu qu’ils soient surmenés, moralement ou physiquement.
II y a, d’autre part, des dispositions de temps et de lieu, qui, tantôt favorisent le développement des microbes offensifs, tantôt dépriment les économies. Le résultat est le même au point de vue du succès des premiers.
Nous ne pouvons ici expliquer en détail comment on évite de créer la disposition individuelle et comment on modifie les dispositions de temps et de lieu. C’est d’ailleurs à peu près toute l’hygiène didactique. Aussi bien, l’on peut dire que la connaissance du rôle des microorganismes pathogènes ne change pas l'hygiène ancienne; elle l’éclaire, simplement. A la vérité, c’est un point considérable.
Immunité acquise. — Une première atteinte d’une maladie infectieuse, à laquelle le sujet a résisté, confère assez souvent (il y a de nombreuses exceptions) l’immunité contre de nouvelles atteintes de la même maladie, au moins pour un temps (variole, rougeole, scarlatine, fièvre typhoïde, choléra). Même s’il y a une seconde attaque, elle est plus bénigne que la première.
On ne sait positivement comment expliquer l’immunité créée par une première atteinte. Pasteur et Klebs ont pensé à la soustraction, pour les microbes de la première infection, d’une substance nécessaire à celte espèce- et dont l’absence empêche les suivants de vivre dans l’économie. Chauveau, Wernich croient, au contraire, que les microbes infectieux laissent dans l’économie quelque chose de ces poisons paralysants (Duclaux), diastases ou ptomaïnes, antipathiques au développement ultérieur des organismes mêmes qui les ont produit. Buchner suppose que les organes ont une altération durable, qui ne permet pas une seconde fois le développement des germes; selon Wolffberg, la vaccine, par exemple, détrui-
générale.] LA DÉFENSE CONTRE I.ES MICROORGANISMES. 4SI
rait certaines cellules du réseau de Malpighi. Grawitz entrevoit, au contraire, que la lutte a élevé l’énergie vitale des cellules.
L’hypothèse de Pasteur semble la plus acceptable à J- Héricourt, qui fait remarquer avec raison que les maladies, pour lesquelles l’immunité est conférée par la première atteinte, sont essentiellement des affections toxihémiques, c’est-à-dire d’infection généralisée. Mais, à ce compte, les vues de Chauveau seraient encore plus près de la vérité, s’il n’était probable que l’économie se débarrasse aussi rapidement des poisons chimiques qu’elle récupère les composés qui lui ont été soustraits. Quelques expériences récentes sont en faveur de cette théorie.
Pasteur observait déjà que l’introduction dans le corps d’une poule du liquide de culture du choléra des poules, filtré sur porcelaine, donnait à l’animal quelques-uns des symptômes de la maladie, sans cependant lui conférer l’immunité. Charrin a montré que la mort est retardée chez les lapins que l’on inocule avec le microbe du pus bleu, s’ils ont reçu préalablement de fortes doses du liquide dans lequel a vécu le bacille pyocyanogène. Aux États-Unis, Salmon aurait donné aux pigeons l’immunité contre le hog-cholera par injection à ces animaux de cultures stérilisées du microbe de cette maladie. Beumer et Peiper, Chantemesse et Widal, ont reconnu que l’immunité vis-à-vis du bacille typhoïde est conférée aux animaux par l’inoculation de cultures stérilisées de ce microorganisme. Enfin, Roux et Chamberland confèrent aux cobayes l’immunité contre le vibrion septique (bacille de l’œdème malin), soit en leur injectant une forte dose d’un liquide de culture de ce microbe, bien privée d’organismes par le chauffage à 110°, soit en leur faisant plusieurs inoculations successives de très petites doses de la sérosité empruntée à un animal atteint de septicémie, filtrée sur porcelaine et pure de germes. Ce liquide, en effet, est plus toxique que les bouillons de laboratoire, surtout chauffés à 110°. L’immunité est encore parfaite au bout de trente jours.
D’autres fois un microbe passant par l’organisme donne l’immunité contre l’invasion d’un autre. Suivant R. Emmerich, la culture du microcoque de l’érysipèle dans le corps des lapins procure à ceux-ci l’immunité pour le charbon. Paulowski, en contredisant Emmerich, assure que cette immunité s’acquiert par le pneumocoque de Friedlander. Il doit y avoir, d’ailleurs, des spécialisations dans ces antipathies; car l’homme peut très bien être occupé à la fois ou successivement par plusieurs maladies infectieuses. Au moins peut-on en conclure que l’aphorisme : une maladie n’a d'antagonisme que pour elle-même, n’est pas toujours exact.
2. Atténuation «les virus. Vaccinations. — Il est d’observation vulgaire et ancienne qu une atteinte légère d’une maladie infectieuse assure 1 immunité aussi bien qu une atteinte forte. C’est de là qu’on est parti pour susciter chez les animaux et même chez l’homme des maladies artificielles bénignes en vue de prévenir une infection spontanée, qui peut être mortelle.
Les injections de liquides à ptomaïnes, dont il vient d’être question, Arnould, Hygiène. 2* édit. 31
482 LES ORGANISMES INFÉRIEURS. [Hygiène
rentrent dans le procédé. Mais, jusqu’à ces derniers temps, on avait provoqué la maladie artificielle préservatrice on se servant du parasite môme de la maladie spontanée, soit que l’on en atténuât la virulence (Pasteur, Toussaint), soit qu’on l’introduisît dans l’économie par une autre voie que son lieu d’élection, comme Arloing, Cornevin et Thomas injectent le bacille du charbon systématique dans les veines des ruminants, au lieu de le déposer dans le tissu cellulaire. Ces virus atténués ou détournés portent le titre de vaccins, plutôt par analogie avec les résultats de la vaccine de Jenner qu’en raison des rapports de celle-ci avec la variole. Jusqu’à présent, en effet, la vaccine de Jenner et la variole passent pour deux maladies différentes (quoique l’on ne connaisse le microbe ni de l’une ni de l’autre).
L’atténuation du choléra des poules s’obtient par l’action de l’air pur (oxygène) et non par le vieillissement des cultures, comme le prétendent les Allemands. Cette action bienfaisante de l'air fait songer à l’influence de l’aération sur la cessation des épidémies.
L’oxygène n’atténue pas autant que le pensait Pasteur le bacille du charbon. Toussaint en obtient l’atténuation par l’exposition à une température de 55°; Chauveau, par des températures variant de 42 à 52°; Pasteur et Koch ‘par une chaleur de 42 à 43°. L’action de la chaleur doit durer d’autant plus longtemps que le degré est moins élevé; de dix minutes (Toussaint) à douze et vingt-quatre jours (Pasteur). Il faut que le bacille ne produise pas de spores pendant l’opération. Chamberland et Roux pratiquent l’atténuation de ce microorganisme au moyen de l’acide phénique, de l’acide sulfurique ou du bichromate dépotasse dilués; Buchner, en le cultivant dans une solution d’extrait de viande et en introduisant en même temps de l’air dans le milieu nourricier au moyen d'un agitateur. D’après Arloing, la lumière solaire atténue encore ce parasite, et selon Chauveau et Wossenessenski, une haute pression en ferait autant.
Une température de 90 à 101°, pendant dix heures, atténue le virus du charbon symptomatique (Arloing, Cornevin et Thomas). On emploie d'ailleurs comme vaccin la sérosité môme d’un premier malade, desséchée et chauffée, que l’on inocule au bout de la queue ou sous la peau de l’oreille.
Le bacille du rouget s’atténue pour les porcs en passant par l'organisme du lapin.
La virulence de la rage s’atténue par la dessiccation lente de la moelle dans l’air sec. C’est par ce procédé que Pasteur prépare ses vaccins rabiques.
Nous ajoutons volontiers ici l’atténuation de la virulence des bacilles de la morve, et même la disparition de cette virulence, que réalise Loffier par la culture de ce microbe sur la pomme de terre. En effet, la découverte absolument française de l’atténuation des virus a rencontré chez les Allemands un accueil moins franc qu’il n’est permis à des savants de bon aloi, et nous sommes doublement heureux que cet élève si distingué de R. Koch ait lui-môme fait un virus atténué, en môme temps qu’il proclamait, au Congres d’hygiène de Vienne (1887), ce que reconnaît désormais la grande école à laquelle il appartient, à savoir, que la valeur scientifique
générale. J LA DÉFENSE CONTRE LES MICltOOllGANISMES. 483
de la découverte et de la méthode de Pasteur n’est plus contestée.
Comme corollaire de la loi générale, Fitz a fait perdre par la chaleur (81 à 00°) leurs propriétés fermentatives Bacillus butyricus et à H. Fitzianus.
Théorie de l'atténuation. — L’importante modification que l’on imprime ainsi à divers bacilles en modifiant les propriétés du milieu parait bien être un cas particulier de la loi générale qui subordonne la vitalité de ces êtres inférieurs auxeondilions de leur terrain nourricier. Il n’y a rien au monde de plus malléable et nous ne savons pourquoi l’école de Berlin résiste avec tant d’énergie aux faits qui tendenl à prouver, dans ce monde microscopique, sinon la variabilité des espèces, au moins les écarts morphologiques et surtout physiologiques des espèces connues, équivalant pour le moment et en pratique à celte variabilité. A notre sens, on ne comprendrait même pas qu’il y ait des microorganismes pathogènes, si l’on n’admettait d’abord, de la part de ces êtres, l’adaptation au milieu. Il va sans dire, à notre avis, que puisqu’il est possible de diminuer la virulence de cerlains microorganismes, il n’est nullement impossible d’augmenter la virulence de quelques autres; et Gaffky s’est donné une peine inutile en essayant de prouver que l’augmentation progressive de virulence, observée par Davaine chez les bacilles de la septicémie, ne repose que sur la pureté de plus en plus grande du virus, de série en série. Si la conclusion n’était pas exacte dans ce cas particulier, elle le serait dans un autre. lNous n’avons pas la compétence nécessaire pour décider si Buchner a réellement fait passer Bacillus anthracis à l’état de B. subtilis et réciproquement. Mais une transformation pareille ne nous répugnerait pas (ni probablement à Fokker, Nâgeli, A. Giard, Ray Lankester), bien que van Tiegkem ait pu reconnaître Bacillus butyricus dans les conifères fossiles de la houille et que Zopf et Miller aient retrouvé nos modernes microbes buccaux dans le tartre dentaire des momies égyptiennes.
L’atténuation de virulence, artificiellement établie, est désormais acquise et les nouvelles générations de bacilles la conservent, à moins de conditions spéciales du milieu. 11 est même difficile de réaliser celles-ci, et Koch avoue n’y pas réussir aussi bien que Pasteur.
Pratique des vaccinations. — Il n’est pas question de la vaccination contre la variole. Pasteur a créé et régularisé la méthode de vaccination par les virus atténués. On prépare ordinairement, par une technique dans laquelle nous ne saurions entrer, deux vaccins, l’un faible, l’autre fort, que l’on emploie successivement (en commençant par le faible). A part le vaccin rabique, les virus atténués ne sont appliqués qu’aux animaux. Le vaccin du rouget des porcs a été largement employé, et avec succès, dans le grandduché de Bade (Lydlin, Schütz). La vaccination contre le charbon symptomatique est aujourd’hui vulgaire en Francho-Comté, en Suisse, dans le lyrol,en Italie. Depuis 1881, après une série d’expériences démonstratives les inoculations de bovidés et d’ovidés contre le sang de rate se sont répandues en France (Eure-et-Loir, Seine-et-Marne, Hérault), en Austro-Hongrie, en Italie, en Espagne, en Belgique, et ont subi en Allemagne l’épreuve victorieuse du domaine de Packisch, comme il a été constaté au Congrès f e icnne, malgré 1 opposition de Lôffler. Elles sont un peu moins sûres poui es moutons que pour les bœuls, mais réduisent les perles à moins de 2 p. 100 pour les seconds.
484 LUS ORGANISMES INFÉRIEURS. [Hygiène
Il ne s’agit ici do l’homme qu’indirectement. Mais il est clair que l'hygiène a tout intérêt à ce qu’il soit conservé le plus possible de cet aliment précieux et cher, la viande, et que l’industrie de l’élevage assure le bien-être des groupes qui s’y consacrent, en même temps qu’elle contribue à la fortune nationale.
L’immunité conférée aux animaux, dans les divers cas qui précèdent, ne dépasse guère un an. C’est suffisant pour beaucoup d’entre eux. D’ailleurs on peut revacciner.
Il est peu probable que l’on réussisse jamais des vaccinations avec des virus qui ne font pas d’emblée une maladie générale, comme la tuberculose, par exemple, qui ne devient générale qu’à la suite d’une extrême multiplicité des localisations. Les essais de Cornil et Babes (1883) et ceux de Fallc, dans cette direction, n’ont rien d’encourageant.
En ce qui concerne les inoculations antirabiques, elles présentent ce caractère particulier qu’elles sont pratiquées chez l’homme et après que le virus delà maladie spontanée a déjà été introduit chez les sujets. C’est le 6 juillet 1885 que Grancher injecta le virus rabique, atténué par Pasteur, sous la peau du jeune Joseph Meister, mordu par un chien enragé deux jours auparavant. Le succès fut complet. Depuis lors, Pasteur a systématisé la méthode ; on injecte des moelles vieilles d’abord (14 jours), c’est-àdire de virulence faible ; puis des moelles de plus en plus récentes jusqu’à celles de quelques jours ou même d’un jour, dans les cas graves (morsures à la face, morsures des loups); tantôt les injections successives se font en dix jours, douze jours; tantôt, dans les cas pressants, on précipite le traitement et l’on fait parcourir en un jour au même sujet toute la série ascendante des moelles. En septembre 1887, Chamberland (Congrès de Vienne) annonça que le chiffre des personnes traitées au laboratoire de Pasteur dépassait trois mille, et que la mortalité était tombée à 1,3p. 100 environ, alors que la statistique la plus faible, celle de Leblanc, établit qu’il y a 16 morts sur 100 cas de morsures par chiens enragés (par les morsures de loup, il y a 60 à 80 morts p. 100). Des Instituts antirabiques se sont fondés à Saint-Pétersbourg, Moscou, Odessa, Vienne (Autriche), Milan, Turin, Naples, New-York, la Havane, Buenos-Ayres.
3. Antisepsie et désinfection. — L’antisepsie et la désinfection s’adressent sans intermédiaire aux microorganismes et germes, la première pour les écarter, la seconde pour les détruire. Il va sans dire qu’il y a des degrés et des variations dans les moyens employés par l’une et l’autre. La distinction, d’ailleurs, entre l’antisepsie et la désinfection n’est réellement pas aussi nette que nous l’indiquons ici pour la commodité de l’élude ; la première emprunte souvent quelques-uns des procédés de la seconde et inversement.
L 'antisepsie est une méthode de l’hygiène, que la chirurgie s’est appropriée, elle qui est régulièrement en présence des solutions de continuité du tégument, c’est-à-dire de portes d’entrée des germes, quand elle ne les fait pas elle -même.
générale.] LA DÉFENSE CONTRE LES MICROORGANISMES. 48o
Celle mélhocle consiste à éviter le transport des germes à la plaie au moyen des personnes et des choses, à barrer le chemin aux germes qui pourraient se présenter et même à les attaquer, là où l’on soupçonne leur présence, par des agents paralysants, coagulants, oxydants, en un mol par les agents de désinfection que nous allons examiner plus loin.
ha première partie de ces pratiques se résume essentiellement dans la propreté des objets de pansement, des instruments, des mains des chirurgiens et des aides, de leurs vêtements et du local (asepsie) dans lequel s'accomplissent les opérations. Le chirurgien attentif qui va faire une ovariotomie commence sa journée par prendre un bain, et tous les aides qui doivent l’assister font de même. Il ne voit aucun autre malade avant de se rendre auprès de la patiente à opérer. Tous les instruments baignent dans une solution antiseptique; la région sur laquelle va être porté le bistouri est lotionnée avec le même liquide; le chirurgien et ses aides, les bras nus, y trempent leurs mains et ne s’essuient à aucun moment de l’opération, bien qu’ils aient revêtu des tabliers immaculés, sortant d’une armoire où les poussières de l’air n’ont pas accès. En un mot, on évite d’établir un rapport même indirect entre la plaie et toute surface qui aura pu recevoir les germes aériens ou d’autres. On ne lave plus les plaies à l’eau naturelle, toujours pénétrée de microorganismes, mais avec les solutions boriquées, phéniquées, bichlorurées.
On barre le chemin aux germes vers les plaies à l’aide de pièces de pansement imperméables ou tillrant l’air, comme le pansement ouaté d’Alphonse Guérin. On les précipite par l’humectalion à l’aide du spray , qui d’ailleurs les met au contact d’une substance défavorable à leur vitalité; surtout, on imprègne de solutions antiseptiques les pièces à pansement (Lister), on saupoudre la plaie d’iodoforme ; c’est-à-dire que l’obstacle mécanique possède en même temps la propriété d’affaiblir et d’anéantir les microorganismes.
Les succès actuels de la chirurgie, en suivant cette méthode, sont tels que les chirurgiens s’habituent peu à peu à dédaigner l’état du milieu dans lequel ils opèrent ou traitent leurs blessés, comme nous l’avons constaté personnellement, en 1883, dans les cliniques de Berlin et comme le prolesse Championnière. Nous avons peine à croire que ce dédain soit légitime. Lister, dit-on, réussissait ses opérations dans des salles infectes. Soit, mais nous ne saurions nous empêcher de songer encore, après l’opération,
à 1 opéré lui-même, dont la vitalité générale réclame l’air, le soleil et la propreté ambiante.
En fait, des chirurgiens avisés exigent que les parois intérieures de leurs salles soient revêtues de. matériaux lisses et imperméables, ne fixant pas les germes et se prêtant aux lavages, que l’on pratique en effet, avec la solution de sublimé. Ils condamnent les saillies et les encoignures, le matériel hospitalier qui multiplie inutilement les surfaces d’infection, le mobilier en matériaux spongieux. C’est donc qu’ils pensent devoir étendre leur préoccupation un peu au delà de l’œuvre chirurgicale pure.
En médecine, 1 antisepsie s’appelle plus volontiers désinfection. Cepen-
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dantil est des opérations, que l’on peut appeler médicales, auxquelles peut s’appliquer aussi la véritable antisepsie. Ainsi le traitement de l’hydropneumolhorax tuberculeux, du professeur Potain, au moyen de l’air stérilisé introduit dans la plèvre après évacuation du liquide (la stérilisation de 1 air s obtient par son passage à travers la ouate et une solution phéniquée forte).
Désinfectants. — Les désinfectants sont des agents qui tuent les microorganismes, pathogènes plus particulièrement, — ou tout au moins les empêchent de se développer; ou enfin en annulent les produits. A l’origine, on désinfectait ce qui est infect; aujourd’hui, l’on s’attaque de préférence à ce qui est infectieux (tout ce qui pue ne tue pas, et inversement). Cependant il est toujours utile, à notre avis, de comprendre parmi les propriétés des désinfectants celle d’empêcher les mauvaises odeurs, qui sont souvent attachées à des sécrétions d'organismes inférieurs, saprophytes ou non, comme aussi d’absorber ou d’annuler les substances odorantes.
Vallin a cru devoir distinguer entre les antiseptiques , qui s’adresseraient surtout aux champignons saprophytes, et les antivirulents, qui s’appliquent naturellement aux microbes pathogènes. La classification du savant hygiéniste n’a point prévalu; on se sert aujourd'hui du terme d 'antiseptiques dans les deux cas. En fait, on ne sait jamais très bien où s’arrêtent les saprophytes et où commencent les pathogènes. En outre il est assez régulier que la même substance qui tue ou paralyse les premiers soit également funeste aux seconds. Les microbes les plus tenaces sont même plutôt parmi les saprophytes.
En empruntant seulement une part de la classification de Vallin, nous envisagerons :l°les agents mécaniques ou physiques de désinfection ; 2° les antiseptiques ou désinfectants proprement dits.
Agents mécaniques ou physiques. — 11 est clair que 1 enlèvement de la source même de l’infection est un mode excellent de désinfection. Sous ce rapport, on peut, avec Vallin, ranger parmi les agents mécaniques ou physiques qui atteignent ce but : la vidange, les égouts, les cimetières, les lavages des locaux, le grattage des parois, l’épandage de sable sur les planchers, le tamisage de l’air de ventilation, la pulvérisation d’eau dans l’atmosphère des habitations, le nettoyage des instruments de chirurgie, l’enlèvement immédiat des déjections ou des linges des malades, etc. On peut y joindre la construction des habitations, collectives surtout, en matériaux imperméables, à surface lisse et dure; la fabrication d’instruments de chirurgie en acier et en verre exclusivement, t\ manches en métal; la suppression du velours et du drap dans les boîtes destinées îi les renfermer.
La ventilation agit mécaniquement en dispersant et en diluant les microbes et odeurs, et chimiquement, en oxydant les molécules organiques. En se reportant aux résultats d’atténuation de certains virus par l’air pur, que Pasteur a fait connaître, il est permis de penser que la ventilation nous protège même contre les molécules organiques vivantes.
Le charbon absorbe les gaz et la vapeur d’eau, et d’autant mieux qu il
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est plus récemment éteint. S'ilestantisepliquo, c’est qu’en absorbant aussi l’air il fait oxyder les autres gaz.
Les poussières sèches, la terre sèche, qui forment la substance de Yearihcloset de Moule, des tinettes Goux et des procédés de traitement des matières fécales recommandés par Fée, Yallin, et d’autres, agissent en absorbant les liquides, les gaz, et probablement en oxydant les matières albuminoïdes à la faveur des microorganismes aérobies qu’elles renferment. En effet, la terre de jardin, riche en microbes, désinfecte mieux que l’argile.
Les bactéries ne vivant pas sans eau, la dessiccation des matières qui en renferment est un moyen de détruire beaucoup de microorganismes dans la phase de végétation ; elle affaiblit la virulence du vaccin (Yallin) et celle des moelles rabiques (Pasteur). En général, la croissance des bactéries est suspendue, quand la teneur en eau est à moins de G8 a 70 p. 100. Malheureusement les spores de divers bacilles pathogènes (typhus abdominal, tuberculose), comme nous avons vu, résistent très longtemps à la dessiccation, des années peut-être.
La soustraction de l'air est le principe de la préparation des conserves Appert, à la vérité avec association de la chaleur. Aujourd’hui, l’on sait, dans les laboratoires de bactériologie, que les gelées nourricières ne s’altèrent point sous l'influence de l’air, pourvu que l’on oblige cet air à se filtrer sur un tampon d’ouate avant d’arriver à la substance putrescible.
La lumière solaire détruit les spores charbonneuses, d’après Arloing. Roux estime que cet effet est dû à ce que la lumière favorise l’action de l’air.
L’effet destructif de la pression est douteux (P. Bert, Certes, Gochin); il est probablement très restreint. Celui de Y électricité est plus positif; le courant galvanique constant produit l’arrêt de la multiplication.
La température présente les ressources les plus certaines pour la destruction des bactéries.
Le froid est beaucoup moins efûcace que les hautes températures. A la vérité, il conserve les viandes, ainsi que l’ont prouvé les essais du Frigorifique et que le montre encore le transport de viandes d’Amérique en Europe sur des navires, dans des appareils réfrigérants. On a retrouvé, dans les glaces polaires, des mammouths dont la chair est mangeable. On conserve les cadavres dans la glace, à la Morgue de Paris. Mais peutêtre y a-t-il là une modification du milieu nutritif qui le rend, pour un temps, impropre au développement des organismes inférieurs. Ceux-ci sont paralysés plutôt que tués. Des liquides ensemencés par Pasteur ont manifesté 1 activité vi I ale après avoir supporte 30 degrés au-dessous de zéro. Selon Gubler et Bordier, Melsens aurait fait perdre sa virulence au vaccin soumis à — 80°. Prudden (voy. p. 204) a reconnu que les bacilles pathogènes subissent dans la glace une diminution lente, mais progressive. Le fait parait constant, quoique les résultats de Bordoni-Uffreduzzi ne le confirment pas. Une série de congélations et de liquéfactions successives et alternanles est rapidement mortelle pour les microbes.
La chaleur est le parasilicidé par excellence. 11 y a, toutefois, de grandes diflérences entre la chaleur sèche et la chaleur humide, et les effets oble-
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nus sont autres quand il s’agit de bacilles asporés que quand on a affaire à des organismes avec spores.
Toutes les bactéries adultes et leurs spores sont détruites par l’ébullition à 100 degrés, suffisamment prolongée et pourvu que la température de 100 degrés ait été réellement atteinte dans toute la masse renfermant des microorganismes. On les détruit même très complètement à des températures bien inférieures (50 à GO degrés) dans les liquides, en recourant au procédé de Tyndall et de R. Koch, qui consiste à chauffer plusieurs fois, successivement, à des intervalles de douze à vingt-quatre heures, la liqueur à stériliser ; les spores non tuées par les premières chauffes se développent dans les intervalles et sont aisément détruites au moment où elles sont devenues végétal parfait. Toutefois, Miquel, van Tieghem, Globig (à la surface du sol), ont signalé des bactéries qui se développent entre 50 et 70° et même au-dessus.
Le temps d’ébullition nécessaire pour la plupart des spores varie de deux à dix ou quinze minutes; cependant, d’après Buchner, les spores du bacille du foin ( Dacillus subtilis ) exigent une heure. Celles du bacille de la pomme de terre de Globig, cinq à six heures d’exposition à la vapeur à 100°.
La chaleur sèche exige des degrés beaucoup plus élevés, précisément parce que, dans l’état de dessiccation, le protoplasme des microorganismes ne se prête plus aisément à des changements d’étals. Dans les expériences de Wernich, des tissus imprégnés de matière putride et soumis à une température de 110 à 118° à sec, ensemencèrent cinq fois sur six les liquides de culture. Au contraire, l’ensemencement échoua dix fois sur dix après cinq minutes d’échauffement entre 125 et 150 degrés. Certaines spores (Flügge) sont seulement tuées après un séjour de trois heures dans de l’air chauffé à 145 degrés, ainsi qu’il résulte des expériences de Koch et Wolffhügel.
Les spores de moisissures ne cèdent qu’à l’exposition pendant une heure et demie dans l’air à 110-115°. Selon Miquel, les bacilles résistent plus que les bactéries et microcoques.
A la suite des études de Koch, Wolffhügel, Miquel, Loffler, Gaffky, Vallin, Herscher, Grancher, Yinay, etc,, il a été reconnu que la chaleur humide, fournie par la vapeur à l’état de courant et sans pression — ou sous une pression modérée, mais en expulsant l’air, corps mauvais conducteur, qui protège réellement les microbes autour desquels il se trouve, — est parfaitement suffisante pour anéantir, dans un temps convenable, tous les germes et tous les microorganismes pathogènes. La température de la vapeur sans pression ne dépasse naturellement pas 400 degrés, à moins que l’on n’ait élevé, par l’addition de sel (Dobroslavine) par exemple, le •point d’ébullition de l’eau. A une pression légère, on porte la chaleur de la vapeur à 102,7 par 1/10 d’atmosphère (H. Merke), à 105, MO degrés et plus, en surajoutant moins d’une atmosphère. (Zundel et Alph. Koch obtiennent la température de 100°, dans la désinfection des wagons de bestiaux, en empruntant un jet d’eau à la chaudière de la locomotive, où il y a 5 à 6 atmosphères, c’est-à-dire près de 160°.)
Étuves a désinfection. — C’est sur la notion de l’action parasiticide de
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la chaleur que repose la construction des éluves pour la désinfection des vêtements, du linge, de la literie ayant servi à des malades, des pièces de pansement provenant des blessés.
Etuves à air chaud. — Les premiers appareils de désinfection, construits à une époque où l’on avait plutôt l’intuition que la démonstration des effets de la chaleur sur les germes, employaient l’air chaud, c’est-àdire la chaleur sèche, qui vient de se révéler comme insuffisante, à moins que l’on n’atteigne à des températures extraordinaires. Ainsi, les étuves anglaises de Notlingham, de Liverpool, de Londres; celle de Moabit, à Berlin, de l’hôpital Saint-Louis et de la Maternité, à Paris, de l’Hôtel-Dieu de Rouen, etc. En 1880, le Conseil d’hygiène de la Seine, sur un rapport de Pasteur et Léon Colin, adoptait le principe de la création de deux étuves à désinfection publiques, à air cbaud, sur deux points opposés de la capitale; la température intérieure ne devait pas dépasser 110°. Tous ces efforts, bien intentionnés, étaient autant d’erreurs qui, heureusement, n’ont pas trop compromis la méthode. Déjà, en 1880, Em. Trélat et Hudelo exprimaient le vœu que l’on n’essayât point, dans de pareilles étuves, la désinfection d’objets épais, comme les matelas, à l’intérieur desquels la chaleur ne pouvait s’élever suffisamment pour être efficace. L’expérience a condamné totalement ces appareils; l’air est le plus mauvais véhicule du calorique que l’on puisse imaginer; il ne pénètre que très malaisément dans l’épaisseur des étoffes et surtout des couvertures et matelas, où il y a primitivement de l’air incorporé qui protège les microbes par sa conductibilité nulle. De sorte qu’il faut faire une dépense extraordinaire de combustible, pousser la température jusqu’à 125 degrés au moins, et griller les linges et étoffes au point de les rendre inutilisables, sans atteindre, dans la profondeur des matelas, à une température approchée de celle qui pourrait tuer les microorganismes.
Il est démontré, en effet (Koch et Wolffhügel), que la soie, la laine, le lin, le cuir, ne résistent pas aux températures approchant de 150 degrés. La chaleur sèche de 120° roussit déjà la laine blanche (Vallin). La chaleur humide serait moins compromettante, d’après Wolffhügel; cependant on a dû renoncer à exposer les objets de cuir à l’étuve Geneste-IIerscher, quoique la température n’y dépasse jamais 115° et reste souvent très au-dessous.
« On dépense depuis un an, nous écrit Vallin, plusieurs milliers de francs pour tenir allumée jour et nuit l’étuve à air sec de lTIÔlel-Dieu de Rouen, et l’on y fait roussir le matériel de deux hôpitaux. On roussit, mais l’on ne désinfecte pas. La température centrale des oreillers de malades qui y sont exposés ne dépasse pas 65 à 70 degrés. »
Nous n insistons pas davantage sur un procédé qu’il y a tout intérêt à abandonner au plus tôt. Des installations reposant sur ce principe, pourvu qu’elles ne soient pas très coûteuses, pourraient être adoptées dans des prisons, des asiles, des magasins de matériel, à la destruction des gros parasites, vermine, mites, vers.
11 existe un modèle de ce genre dans la maison Geneste-IIerscher. Mais il semble devoir, bien souvent, faire place a l’etuve à vapeur, qui rend les mômes services et d’autres plus importants.
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Étuves à vapeur. — Robert Koch a construit lui-même l’appareil qui sert aujourd’hui de type aux constructeurs d’étuves, en Allemagne. Une marmite remplie d’eau est surmontée d’un cylindre en fer-blanc, dont la partie supérieure est conique et se termine par un tube d’un centimètre de diamètre. Ce cylindre est enveloppé de corps mauvais conducteurs. On porte à l’ébullition l’eau de la marmite; un jet de vapeur à 100° s’échappe par le tube terminal. Si l’on a placé dans le cylindre vertical des objets à désinfecter, l’effet voulu est atteint en quinze à soixante minutes. Les spores les plus résistantes sont tuées dans ce dernier délai, même contenues dans une membrane épaisse. 11 est probable que l’étroitesse de l’orifice d’échappement comprime un peu la vapeur à l’intérieur du cylindre. Les constructeurs recherchent parfois (Wolffhügel) des dispositifs qui permettent cette compression et une température notablement supérieure à 100 degrés. Or, l’un de ces dispositifs consiste simplement dans le jeu d’un robinet, qui rétrécit à la moitié, au quart, le calibre du canal d’échappement.
La figure 88 ci-contre représente l’un des modèles de « désinfecleurs » de Henneberg (Berlin). Il est facile, d’après ce qui a été dit, de comprendre le fonctionnement de cet, appareil.
Il est de remarque que les objets humides opposent une résistance plus énergique que les autres à la pénétration du calorique et que certains objets, tels que les plumes, la ouate, sont plus particulièrement endommagés par le fait de la condensation de la vapeur à leur surface, quand ils sont froids (Wolffhügel, Knorre, IL Merke). Aussi conseille-t-on de les chauffer préalablement.
En France, les ingénieurs Genesle et Ilersclier ont réalisé toutes les conditions que l’on peut attendre d’un appareil de désinfection pour la (*)
(*) a. Cylindre renfermant les objets à désinfecter; — /). Axe sur lequel est mobile ce cylindre pour pou voir se placer horizontalement, quand on y introduit les objets; — m. Indicateur de niveau; — • "■ ^
noir d’introduction de l'eau dans la chaudière; — o. Tuyau d’échappement de la vapeur; p. Tuj ■'>u ''
, pcnu de condensation à la chaudière; — s. Robinet d’évacuation; — t. Conduite dalimen a 10 r. Porte du cendrier; — vj. Orifices de nettoyage.
Fig. 88. — Étuve ù désinfection à vapeur sans pression, de Rietschel et Henneberg (*).
générale.] LA DÉFENSE CONTRE LES MICROORGANISMES. 101
chaleur dans les constructions dont les figures 89 et OOdonnent un aperçu.
Leur étuve agit sous pression, et ils le disent, au lieu de recourir aux solutions salines ou aux robinets de retenue, par lesquels les Allemands atteignent à des températures supérieures à 100 degrés avec des appareils
Fig. 89. — Étuve à vapeur sous pression, de Geneste et Hersclier (*).
dits sans pression. Mais, pour obtenir le déplacement de l’air interposé aux fibres des tissus et à la laine des matelas, et pour le remplacer par la vapeur chaude, ils ont adapté au cylindre renfermant les objets à désinfecter un mécanisme très simple, qui permet de laisser échapper, au bout de cinq minutes, la vapeur accumulée dans le cylindre. Cette dépression, qui équivaut sûrement, comme on le voit, au courant de vapeur des Allemands, peut-être provoquée une seconde fois et l’opération n’en réussit que mieux. D’ailleurs la condensation de la vapeur introduite dans la chambre d’épuration est empêchée par deux faisceaux de tubes intérieurs, desservis d’une façon indépendante, qui chauffent par rayonnement l’intérieur du cylindre avant l’introduction de la vapeur et après l’opération, pour le séchage.
Comme l’a constaté Yinay, l’étuve Herscher satisfait aux trois indications principales qui sont la raison d’être de ces mécanismes. Elle tue les germes pathogènes (Grancher, Arloing, Yinay), y compris le Bacillus sublilis et le virus du charbon symptomatique (à 112, 115 degrés), un des plus résistants que l’on connaisse. Elle agit rapidement : quinze minutes pour la désinfection, quinze à vingt minutes pour le séchage, et ne dépense pas de combustible à l’excès: 100 kilogrammes de charbon pour dix à douze heures de travail par jour. Enfin, le passage par l’étuve n’altère ni l’aspect ni la coloration du lin, du colon, de la soie; la laine blanche seule roussit un peu. 1 outefois la chaleur, au-dessus de 100°, rend à peu près indélébiles sur le linge les taches de sang, de méconium, de pus. Si l’on cherche à en obtenir la décoloration, après désinfection, par le chlorozone, il en résulte une usure considérable. Vinay conseille le lavage préalable. D’ailleurs il met la sécurité vis-à-vis des microbes bien au-dessus des risques du linge et des effets.
Les hygiénistes sont unanimes à reconnaître la sûreté de cet appareil.
( ) F. Corps cylindrique de 1 étuve. — S. Batteries chauffantes intérieures. — V. Voie d'entrée; — V'. Voie de sortie ; — G. Chariot.
LES ORGANISMES INFÉRIEURS. [Hygiène
Wolffhügel lui-même le cite parmi les bons; J. Salomonsen et F. Levison (Copenhague) viennent de le déclarer supérieur. Les inventeurs en ont modifié la forme de telle sorte qu’au lieu de rester étuve fixe, il puisse être
Fig. 90. — Étuve loeomobile de Geneste et Herscher.
sur un navire, sur un chaland, sur une voiture. La figure 90
installé
îeproduit un modèle aisément transportable, tel qu’il en circula un dans
les villages du Poitou envahis par la suette miliaire de 1887. Objet de quelque méfiance au début, le « train sanitaire » ne tarda pas à être bien accueilli par les paysans et rendit de réels services. Le ministère du Commerce français organise un service régulier de désinfection par étuves mobiles, et il vient d’en être inauguré une à Saint-Denis. Le maniement de l’étuve sur roues diffère un peu de celui de l’étuve fixe. D’ailleurs, pour l’une et pour l’autre, il importe d’utiliser un personnel intelligent et bien dressé.
L’étuve Geneste-Herscher a servi, aux lazarets de Port-Gros et Bagau, à désinfecter les effets de nos soldats rapatriés du Tonkin. Les ministères du Commerce et de la Marine l’installent dans les ports et sur les navires. La ville de Paris la place dans ses hôpitaux d’isolement et dans les succursales du Mont-de-Piété. Du mois de juin 1887 au mois de mars 1888(Duval), ces dernières ont désinfecté près de 30,000 objets. Un des succès les plus remarquables est celui qui a été obtenu sur le Mytho (Proust); ce navire arrivant d’Extrême-Orient et ayant pratiqué, à l’aide de son étuve Herscher, la désinfection à bord , a pu être admis immédiatement en libre pratique en France. Les étuves suppriment les quarantaines. Ce procédé s’impose naturellement pour la désinfection des chiffons (Vallin, Richard, Loffler).
Fig. 91. — Appareil pour la désinfection et le nettoyage des crachoirs de phtisiques, de Geneste et Herscher.
générale.] LA DÉFENSE CONTRE LES MICROORGANISMES. 493
Pour ne pas étendre à l’excès cet article, nous nous bornerons à une mention, d’ailleurs honorable, à l’égard des étuves de Jules Leblanc, de Pierron et Dehaitre, de Reck, qui ont leurs mérites, mais ne donnent pas à la vapeur le mouvement qui dispense des hauts degrés de température, ou sont un peu compliquées.
La figure 91 représente un appareil de désinfection des crachats par ébullition. La partie essentielle de cet ensemble consiste en un seau en cuivre dans lequel sont placés les crachoirs; on vide par dessus une solution de carbonate de potasse ou de soude que l’on a fait chauffer dans un seau pareil au premier et auquel on substitue celui-ci ; un cône mobile percé de trous formant trémie est introduit dans l’intérieur du seau, où il est supporté par trois ou quatre équerres rivées, dans le but de maintenir les crachats dans un milieu liquide et de faciliter l’ébullition. Le tout est placé sur le feu et la porte de l’appareil soigneusement fermée. Il suffit de faire bouillir pendant quelques minutes. Grancher et de Gennes affirment l’efficacité absolue de celte méthode.
Antiseptiques proprement «lits. — Il est assez difficile de classer les antiseptiques. Vallin fait une classe à part des absorbants chimiques , qui absorbent lesgaz et désodorisent ; mais beaucoup de ces corps (sulfates de fer et de zinc, chlorure de zinc, etc.) sont en même temps de réels parasiticides. Duclaux fait entrevoir une division qui comprendrait la série des paralysants, des oxydauts, des coagulants; elle est fort rationnelle, mais peut-être que le même agent pourrait rentrer dans deux catégories à la fois ; d’ailleurs les distinctions à faire ne sont pas encore précises. Miquel distingue : les substances qui tuent les bactéries ; — celles qui tuent les spores; — cellesqui paralysent les microorganismes développés ou àl’étatde spores. Le même auteur a échelonné les substances bactéricides de la façon suivante : éminemment, très fortement, fortement, modérément, faiblement, très faiblement antiseptiques. «Un corps est éminemment antiseptique quand il s’oppose à la putréfaction de 1 litre de bouillon, à la dose comprise entre 0 gr. 01 et 0,1; » très faiblement antiseptique, quand il en faut de 100 à 300 grammes pour le même effet. A la vérité, Miquel a surtout essayé les antiseptiques sur les germes contenus dans les poussières des habitations ; ce qui n’éclaire pas absolument l'antisepsie appliquée aux microbes pathogènes. Il faudrait avoir expérimenté sur chacun de ceux-ci, individuellement, comme l’a fait It. Koch sur Bacillus anthracis, comme ont procédé Gartner et Plagge pour rechercher l’action de l’acide phénique et du sublimé. Nous reproduisons néanmoins l’échelle d’antisepticité de Miquel :
Substances.
Biiorlure do mercure
lodure d’argent
Eau oxygénée
Substances éminemment antiseptiques.
Doses.
25 milligr.
Substances.
Biclilorure de mercure Azotate d’argent
Doses.
70 milligr.
LUS ORGANISMES INFÉRIEURS
[Hygiène
Acide osraique. ...
— chromique
Chlore
Iode
Chlorure d’or
Acide cyanhydrique
Très fortement antiseptiques.
15 centigr.
Brome
lodoforme
Bromoforme
Chlorure de cuivre
Chloroforme
Sulfate de cuivre. . .
Gü centigr.
Acide salicylique )
— benzoïque j
Bichromate de potasse ,
Cyanure de potassium )
Acide picrique
Chlorure d’aluminium /
Gaz ammoniac )
Chlorure de zinc
Acide thymique
Chlorure de plomb
Essence de mirbane
Fortement antiseptiques.
1 gramm.