‹ Nouveaux éléments de botanique et de physiologie végétale avec le tableau méthodique des familles naturellesChapitre 13 sur 259 · SECTION V · texte numérisé non relu

SECTION V

CONSIDERATIONS GÉNÉRALES SIR l.' ACCROISSEMENT DES VÉGKTACX , ET E* PARTICULIER SCR LE DÉVELOPPEMENT DE LA TIGE.

Tous les corps de la nature tendent à s'accroître. Cette loi est commune aux corps inorganiques aussi bien qu'aux êtres organisés. Mais l'accroissement présente des différences très-marquées , suivant qu'on l'étudié dans ces deux groupes primilifs des corps de la nature. Dans les minéraux , il n'offre point de limites déterminées : ces corps s'accroissent continuellement jusqu'à ce qu'une cause fortuite vienne mettra un lerme à leur développement. Les animaux et les végétaux avant en général une existence dont la durée est déterminée, chez eux l'accroissement est toujours en rapport avec la durée de leur existence. Dans les minéraux ce sont de nouvelles molécules qui s'ajoutent extérieurement à celles qui existaient déjà et qui en constituaient le noyau primitif; en sorte que la superficie de ces corps se renouvelle à chaque instant et à mesure que leur volume augmente. De là la dénomination de juxla-pontion donnée au mode particulier de l'accroissement dans les corps bruts. Si au contraire on étudie l'accroissement dans les êtres doués d'organisation , on verra qu'il a lieu de l'intérieur vers l'extérieur, que ce sont ou des parties primitivement existantes qui s'alongent, ou des organes nouveaux qui se forment dans l'intérieur des premières et se développent en tout sens, pour augmenter la masse et le volume du corps. Aussi a-l-on nommé intu^-susception celle manière de croître , particulière aux animaux et aux végétaux.

L'accroissement ne présente pas de différences moins frappantes lorsque l'on compare entre eux sous ce rapport les végétaux et les animaux. Dans les premiers , en effet , l'accroissement n'est pas renfermé dans des limites aussi rigoureusement déterminées que dans les seconds. Le volume du corps, aussi bien que le nombre de ses parties constituantes, ne sont point fixes. L'art et la cul-

turc peuvent exercer sur le développement des végétaux l'influence la plus marquée. Il surfit , pour s'en convaincre, de comparer entre eux deux arbres d'une même espèce, dont l'un vil abandonné dans un terrain sec et rocailleux , tandis que l'autre est cultivé dans un terrain substantiel et profond. Le premier est petit, ses rameaux sont courts, et ses feuilles étroites; le second, au contraire élève majestueusement son tronc couronné de brandies longues et vigoureuses , et ornées d'un feuillage épais. Dans les animaux, le volume et la forme générale du corps, le nombre des partics qui doivent le constituer, sont plus fixes, et sujets à moins de variations; tandis que dans les végétaux il est en quelque sorte impossible de trouver deux individus de la même espèce qui offrent un nombre égal de parties.

Si maintenant nous cherchons à étudier les phénomènes de l'accroissement dans les végétaux en particulier , nous verrons que ces êtres se développent en deux sens , c'est-à-dire qu'à mesure que leur hauteur augmente, leur diamètre devient plus considérable. Nous avons vu, en traitant de l'organisation de la lige , que les arbres dicotylédons et les arbres monocotylédons étaient loin d'avoir la même structure intérieure, et qu'il existait entre eux des différences extrêmement tranchées. Ces différences dépendent évidemment du mode particulier suivant lequel les végétaux de ces deux grandes séries se développent. Aussi Irailerons-nous séparément de l'accroissement dans les arbres inonocolylédons et dans les arbres dicotylédons.

g 1. Accroissement de ta tige des arbres dtcotylédons*

A. Accroissement en diamètre.

Tous les végétaux s'accroissent en diamètre.

Il suffit de jeter les yeux sur les arbres qui végètent autour de nous , pour nous convaincre de cette vérité ; aussi personne ne l'a-t-il contestée. Mais par quel mécanisme cet accroissement a-t-il lieu ? C'est ici que l'on est loin de s'accorder. Parmi les opinions diverses qui ont été émises par les physiologistes, noosdistinguerons particulièrement les trois suivantes : i l'accroissement a lieu par la transformation annuelle du liber en aubier; 2° par le développement des bourgeons; 3" par le rarabium, qui forme chaque année une couche distincte de liber et d'aubier. Nous allons les exposer ici avec quelques détails.

P L'accroissement en diamètre a lieu dans les arbres dicolylédons par la transformation annuelle du liber en aubier , de l'aubier en bois , et par le renouvellement successif du liber.

Tel est le fondement de la théorie de Duhamel, de celle que cet auteur célèbre a développée dans sa Physique des arbres.

Nous prendrons la lige à l'époque de son premier développement, c'est-à-dire lorsque, par l'effet de la germination , elle sort de la graine qui la contenait, et commence à se montrera l'exteneur.

Toutes les parties du végétal renfermées dans la graine avant la germination, ne sont formées que par un tissu cellulaire dense et régulier. La tige se trouve, comme les autres organes, entièrement privée de vaisseaux. On n'aperçoit, à proprement parler, aucune trace d'écorce, de moelle, de liber, etc. Mais à peine la germination est-elle commencée, à peine la tige a-l-elle conquis quelque développement, qu'on voit des trachées, de fausses trachées et des vaisseaux poreux se former, pour constituer, en se réunissant, les parois de l'étui médullaire. C'cslcelte partie intérieure de la tige qui, la première , est apparente et s'organise. La moelle se trouve contenue dans son intérieur; mais elle est encore verte et abreuvée d'une grande quantité de fluides aqueux. Bientôt on voit la surface externe de l'étui médullaire se séparer do l'écorce et se recouvrir d'un tissu cellulaire fluide : c'est la première couche de cambium, qui d'un côté va former le premier liber, et de l'autre constituer les couches corticales. Ce liber se convertira bientôt en aubier, à mesure qu'une nouvelle couche s'organisera pour remplacer la première. L'année suivante, le nouveau liber formera une seconde zone d'aubier, et successivement ainsi, tous les ans, une couche d'aubier se convertira en véritable bois, tandis que le liber aura luimême acquis les propriétés et la nature de l'aubier. Ce développement régulier de la tige explique la formation des couches ou zones concentriques que l'on observe sur la coupe transversale de la tige d'un arbre dicotylédon. Mais ces couches n'ont pas toutes la même épaisseur, et cette épaisseur n'est souvent pas égale dans toute leur circonférence. Une observation attentive explique facilement cette disposition singulière. On a remarqué, en effet, que la plus grande épaisseur des couches ligneuses correspondait constamment au côté où se trouvaient les racines les plus considérables, qui, par conséquent, avaient puisé dans la terre une nourriture plus abondante. C'est ainsi, par exemple, qne les arbres situés sur la lisière d'une forêt présentent toujours des couches ligneuses plus épaisses du côté extérieur, parce qu'en effet leurs racines, n'y éprouvant pas d'obstacles, s'y étendent et y acquièrent un développement plus considérable.

Dans celte théorie de Duhamel, que nous sommes bien loin d'adopter, on voit que c'est le liber qui joue le rôle le plus important dans la formation des couches ligneuses, puisque c'est lai qui chaque année se convertit en une nouvelle zone d'aubier, qui s'ajoute à celles qui existaient déjà.

Le liber élanl l'organe essentiel de la végéla-

lion , cl changeant chaque année de forme et de consistance, la nature a du pourvoir aux moyen» de le reproduire aussi chaque année. C'est ce qui a lieu en effet. Si nous étudions avec attention le développement successif des divers organes qui composent la tige des dieoty lédons, nous venons que, la première année, entre les couches corticales et l'étui médullaire se trouve un liquide gélatineux, auquel Grewet Duhamel ont donné le nom de Cambium. C'est ce fluide particulier qui contient les premiers rudiments de l'organisation. A mesure que la jeune tige se développe, la couche la plus intérieure de ce liquide prend de la consistance, s'organise, se durcit, se change en liher, qui, à la fin de la première année, se trouve converti en une substance ligneuse, encore molle et mal formée. L'automne arrive, et la végétation s'arrête en cet état. La couche extérieure du cambium, qui n'a point encore entièrement changé de nature, reste stationnaire et comme engourdie. Cependant, au retour du printemps, quand la chaleur du soleil vient tirer les végétaux de leur sommeil hivernal, le cambium reprend sa force végétative; il développe les bourgeonset les nouvelles racines ; et, lorsqu'il a produit toutes les parties qui doivent servira l'entretien de lavie du végétal , il se dnreit peu à peu, devient compacte, en un mot, suit et éprouve les mêmes changements que celui qui l'a précédé. Mais , à mesure que ces changements s'opèrent, que le liber se durcit et change de nature, que la couche qu'il a remplacée acquiert une solidité plus grande, il se développe un nouveau liber. De tous les points de là surrace extérieure de celui qui est prêt à se convertir en bois, sainte une humeur visqueuse, c'est un nouveau cambium, un nouveau liber qui va s'organiser, se développer, et suivre les différentes époques d'accroissement parcourues par ceux qui l'ont précédé, et dont il a tiré son origine.

Tels sont les moyens que la nature met en usage pour renouveler chaque année la partie végétante de la tige. C'est ici que se présente la grande différence des tiges ligneuses et des tiges herbacées. Dans les tiges ligneuses , c'est au développement successif d'une nouvelle couche de liber que l'arbre doit sa durée et la persistance de sa végétation. Dans les tiges herbacées, an contraire, tout le cambium se consume a produire les différents organes de la plante, et, à la fin de l'année, il se trouve entièrement converti en une sorte de substance lignifornic , sèche et aride. Il ne reste donc point, comme dans la tige ligneuse, une certaine quantité de matière gélatineuse, chargée de conserver d'une année à l'autre les germes d'une nouvelle végétation, la plante meurt nécessairement, faute d'une substance propre à renouveler son développement.

Après avoir développé avec quelques détails la théorie de la formation des couches ligneuses au moyen de la transformation annuelle dn liber en

aubier, nous devons faire connaître celle qui a été émise par M. Du Pelit-Thouars, et quia fait, entre plusieurs physiologistes, le sujet de tant de contestations.

2° La formation succctme des couches ligueuses, c'està-dire l'accroissement en diamètre, est produit par le développement de bourgeons.

Dans la théorie précédente , c'est an liber que l'on attribue la pins grande part des phénomènes de l'accroissement en diamètre ; ici. au contraire , ce sont les bourgeons qui jouent le rôle le plus important dans cette opération. M. Du Petit-Thouars . ayant remarqué que les bourgeons sont assis sur le parenchyme extérieur, et que leurs fibres communiquent avec celles des scions nu jeunes rameaux qui les supportent, en a tiré les conséquences suivantes, qui forment la base de sa théorie de l'organisation végétale.

1° Les bourgeons sont les premiers phénomènes sensibles de la végétation. En effet, toutes les parties qui, dans les vég taux, doivent se développer à l'extérieur, sont d'abord renfermées dans des bourgeons.

Il en existe un I l'aisselle de toutes les feuilles; mais ce bourgeon n'est apparent que dans les plantes dicotylédones, et parmi les mnnorolylédoncs, dans la famille des Graminées seulement. Dans les autres monocotylédones, ce bourgeon est latent, et ne consiste que dans un point vital , susceptible , dans certaines circonstances , de se développer à la manière des bourgeons des dicotylédones.

2" Par leur développement, les bourgeons donnent naissance à des jcïoru ou jeunes branches chargées de feuilles, et le plus souvent de fleurs. Chaque bourgeon a une existenceen quelque sorte indépcndantedecelledcsautres.M. Du Petit-Thouars les regarde comme analogues, dans leur développement cl leur structure , aux embry ons renfermés dans l'intérieur des graines , qui, par l'acte de la germination, développent une jeune tige que l'on peut comparer , avec juste raison , au scion produit par l'évolution d'un bourgeon. Aussi donnet-il à ces derniers le nom d'embryons fi ret ou adhérents, par opposition à celui A' embryons libres , conservé pour ceux renfermés dans l'intérieur de la graine.

3° Si l'on examine l'iulérienr de ces bourgeons sur un scion ou jeune branche de l'année , on voit qu'ils communiquent directement avec le parenchyme intérieur ou la moelle. Or, celte moelle , comme nous l'avons dit, est d'abord verte, et ses cellules sont remplies de fluides aqueux, très-abondants. C'est dans ces fluides que les bourgeons puisent les premiers matériaux de leur développement. Ils se nonrrissent donc aux dépens du parenchyme intérieur; et en absorbant les fluides qu'il contient, ils le dessèchent, et le font passer a l'état de moelle proprement dite, plus ou moins opaque ou diaphane.

4° Dès que ce» bourgeons se manifestent, ils obéissent à deux mouvements généraux, l'un montant ou aérien, l'autre descendant ou terrestre. C'est ici que M. Du Pctil-Thouars rapproche la structure et les usages des beourgeons de ceux des embryons-graines. 11 considère en quelque sorte les bourgeons comme des embryons germants. La couche de camhium située entre l'écorce et le bois est, pour le bourgeou, analogue au sol sur lequel la graine commence à germer. Son évolution aérienne donne naissance à un scion ou jeune branche; tandis que de sa base, c'est-à-dire du point par lequel il adhère à la plante-mère, partent des fibres (que l'auteur compare à la radicule de l'embryon), et qui, glissant dans la couche humide du cambiura, entre le liber et l'aubier, descendent jusqu'à la partie inférieure du végétal. Or, chemin faisant, ces fibres rencontrent celles qui descendent des autres bourgeons; elles s'y réunissent, s'anastomosent entre elles, et forment ainsi une couche plus ou moins épaisse , qui prend de la consistance, de la solidité , cl constitue chaque année une nouvelle couche ligneuse. Quant au liber, une fois formé il ne change plus de nature , cl n'éprouve aucune transformation.

Cette théorie est extrêmement ingénieuse, et M. Du Pctil-Thouars s'appuie sur plusieurs faits pour eu prouver l'exactitude. Ainsi, dit-il, lorsque l'on fait au troue d'un arbre dicolylédon une forte ligature circulaire, il se forme au-dessus de l'obstacle un bourrelet, et f accroissement en diamètre cesse d'avoir lieu au-dessous de la ligature. Ce bourrelet est formé par les fibres ligneuses qui descendent de la base des bourgeons en glissaut dans le cambiuin situé entre le liber et l'aubier. Ces fibres ligneuses rencontrent un obstacle qu'elles ne peuvent surmonter, s'y accumulent et s'y arrêtent. Dès-lor s il ne peut plus se former de nouvelles couches ligneuses au-dessous de leur ligature, puisque les fibres qui doivent les constituer cessent d'y arriver. Telle est l'explication donnée par M. Du Pelit-Thouars du fait de la ligature et du bourrelet circulaires, que la plupart des auteurs expliquent d'une manière lout-à-fait différente.

M. Du Pclil-Thouars s'autorise encore des phénomènes de la greffe pour élajcr sa théorie. Lorsque l'on greffe en êeusson , on prend ordinairement un bourgeon encore slationnaire, on applique sa base sur la couche du cambium que l'on a mise à nu; dès-lors les radicelles ou fibres qui partent de la base du bourgeon glissent entre l'écorce et l'aubier, et le nouveau sujet s'est ainsi identifié à celui sur lequel on l'a greffé.

J'ai vu chez M. Du Pelit-Thouars une pièce précieuse, qui semble un argument bien fort en faveur de sa théorie, cl dont il a doun; ; une trèsbonne figure dans un recueil de mémoires, imprimé, mais resté, je crois, inédit. C'est une branche de robinia pteudoacaeia, sur laquelle avait été greffé

un jeune scion de robinia hinpida. Le sujet esl mort; mais la greffe ayant continué de végéter, on voit partir de sa base une sorte d'empâtement formé de fibres très-distinctes, qui embrassent l'extrémité de la branche dans une assez grande étendue, et lui forment une sorte d'étui. Dans cet exemple, on reconnaît avec la dernière évidence que les fibres descendent de la base de la greffe pour se répandre sur le sujet.

Slalgré toutes les raisons alléguées par l'auteur, en fav eur de sa théorie, aucun physiologiste ne l'a encore entièrement adoptée. Au contraire, presque tous ceux qui s'occupent de la physique des végétaux l'ontplus ou moins combattue. Les principaux arguments que l'on a cherché à opposer à la Ihéoriede M. Du Pelit-Thouars, «ont: l°que rien ne prouve d'une manière irréfragable que le» fibres, qui établissent la communication entre le» bourgeons et les lige» qui les supportent, descendent ainsi de ce» bourgeon» jusque dans les racine» ; mai» a cela -M. Du Petil-Thouars répond que les bourgeon» sont bien la source, l'origine première des fibres ligneuses, mais que ce ne sont pas les bourgeons qui fournissent tous les matériaux de leur clongalion ; une foi» sorties de la base des bourgeons, les fibre» se trouvent plongées dans le cambium, où elles absorbent tout ce qui est nécessaire à leur accroissement; 2° que le» phénomènes du bourrelet circulaire , formé à la suite de la ligature du tronc, peuvent s'expliquer par l'interception et la stase de la sève descendante : mais, objecte m. Du Pctit-Thouar», l'expérience de Halès, constatée par Duhamel , répond 1 à celle objection : ay ant isolé complètement deux cylindresd'éoorcc par trois enlèvements d'anneaux circulaires, dont l'un était pourvu d'un bourgeon et l'autre n'en avait pas, il en résulta que ce fut sur le premier seulement qu'il se fit un bourrelet inférieur, preuve évidente que ce sont les bourgeons qui donnent naissance aux fibres ligneuses; 3° qu'il est impossible de concevoir comment des fibres aussi gTélcs que celles qui unissent le» bourgeons aux liges peuvent, dans un espace de temps aussi court que celui durant lequel la lige s'accroît eu diamètre, descendre, de leur propre poids, du sommet d'un arbre de GO à 00 pieds, jusqu'à sa base: comme l'opinion du savant académicien n'est pas que les fibres sortent et descendent toute» formées de la base des bourgeons, mais qu'au contraire elles se forment en traversant le» couches de cambium, cette objection aurait moins do valeur ; 4" que, puisque ce sont les fibres, descendant de la base des bourgeons, qni constituent les couches ligneuses, si dans la greffe eu écusson on greffe un bourgeon d'un arbre à bois coloré sur un individu à bois blanc, les libre» qui parlent de ces bourgeons devraient conserver leur couleur, et les nouvelles couches ligneuses qu'elles forment en présenter une semblable, ce qui n'a pas lieu : cette objection, une de celles dont on a fait le plu*

de brait, est aussi une de celles que l'auteur croit réfuter avec le plus de facilité ; car c'est parce qu'on n'a pas bien compris son opinion, qu'on lui a opposé cette objection ; en effet, comme M. Du Petit-Thouars n'a cessé de le répéter, les fibres sorties de la base du bourgeon se nourrissent du cambium de la branche à la surface de laquelle elles se forment: or, dans le cas de la greffe des deux sujets dont le bois est d'une couleur différente, tant que les libres nouvelles sont plongées dans le cambium du sujet à bois coloré, elles prenneut et conservent la teinte qui leurest naturelle; lorsqu'au contraire elles se forment aux dépens du cambium du sujet à bois clair, elles prennent la teinte particulière i ce nouveau bois ; S* enûn, si c'est le développement des bourgeons qui donne lieu à la formation du bois, comment la première rooebe ligneuse a-t-ellc pu se former sur le jeune scion de l'année , puisque aucun des bourgeons qu'il supporte ne s'est encore développé? Selon le célèbre académicien dont nous exposons ici lâ théorie, au moment où un bourgeon se développe pour former on scion, les feuilles qui le composent s'éloignent les unes des antres, et laissent entre elles des espaces que l'on a nommés tnérithallet. Si l'on examine à celte époque la structure intérieure du jeune scion , on verra que de la base de chaque feuille il part un faisceau de fibres dont la réunion constitue l'étui médullaire ; mais à mesure que ces feuilles se développent, il se manifeste à l'aisselle de chacune d'elles un bourgeon qui tend aussitôt à établir sa communication radicale, en déterminant la formation de fibres ligneuses. Ce sont donc celles-ci qui recouvrent graduellement l'étui médullaire, et en composent une couche continue.

Les deux théories dont nous venons de faire l'exposition ne peuvent donc pas être adoptées dans leur entier, comme donnant une explication rigoureuse de tous les phénomènes de l'accroissement en diamètre dans les végétaux dicotylédons. F.o effet, celle de Duhamel est essentiellement fondée sur la transformation annuelle du liber en aubier, et sa régénération au moyen de la couche de cambium. L'expérience par laquelle ce célèbre physicien dit qu'ayant fait passer un fil d'argent dans le liber , il l'a retrouvé l'année suivante dans l'aubier, est tout-à-fait inexacte. En effet, tous ceux qui après Duhamel ont cherché à la répéter, n'ont pu obtenir le même résultat ; et lorsque le fil d'argent avait été réellement passé à travers le liber, on l'a toujours retrouvé dans cet organe, et non dans l'aubier. Cette théorie doit nécessairement s'écrouler, si nous sapons la base sur laquelle l'auteur l'avait élevée.

3* La formation annuelle des couches ligneuses est due an cambium, qui, chaque année, fournit les matériaux d'une nouvelle couebe de l'aubier.

Cette opinion est celle qu'en dernier lieu avait

professée M. Mirbel, et qu'il a brièvement fait connaître dans une note publiée en l n 1 6 dans le Bulletin des Sciences de la Société philomatique.

Bien que cette théorie soit comme on voit assez ancienne, elle a été néanmoins fort mal comprise et fort mal exposée dans tous les ouvrages subséquents; et beaucoup d'auteurs ont fait dire à M. Mirbel toute autre chose que ce qu'il a dit et écrit. Les belles planches que l'auteur a publiées depuis cette époque sur l'origine du bois et du liber, ont de nouveau rappelé l'attention des phytolomistes sur celte note succincte.

Le liber, que l'on avait jusqu'à présent considéré comme l'organe le plus essentiel de la végétation, comme celui qui opérait chaque année l'augmentation en diamètre du tronc des arbres dicotvlédons, étant au contraire neutre et passif dans cette opération, on doit chercher une autre explication des phénomènes de l'accroissement en diamètre. Si l'on examine une jeune branche à l'époque de la végétation, c'est-à-dire quand la sève circule abondamment dans toutes les parties du végétal, voici ce que l'on observe : Entre le liber et l'aubier, on trouve une couche d'un fluide d'abord clair et limpide, qui peu à peu s'épaissit et prend de la consistance; ce fluide, ou le cambium, est formé par la sève descendante, mélangée à une partie des sucs propres des végétaux. Telle était l'opinion généralement admise par tous les physiologistes, depuis Grève et Duhamel, sur le naturel du cambium, et telle est celle qu'on avait encore prêtée à M. Mirbel. Cependant, dés 181 G, il avait émis une opinion tout-à-fait contraire sur ce point important. Pour lui, en effet, le cambium n'est point un liquide qui s'épanche entre le bois" et 1 ecorce, c'est un véritable tissu qui nait à la fois de ces deux parties de la tige. II se forme, dit-il, entre le liber et le bois une couebe qui est la continuation du liber. Cette couche régénératrice a reçu le nom de cambium. Le cambium n'est donc point une liqueur qui vienne d'un endroit ou d'un autre : c'est un tissu très-jeune qui continue le tissu plus ancien. Il est nourri et développé à deux époques de l'année, enlrc le bois ell'éeorce, au printemps et en automne. Son organisation parait identique dans tous ses points ; cependant la partie qui touche à l'aubier se change insensiblementenbois, et cellequi touche au liber se change insensiblement en liber. Cette transformation est perceptible à l'œil de l'observateur.

Ainsi donc l'aubier n'est pasformé parle liber, qui s'épaissit et prend plus de consistance , mais par le cambium , qui donne lieu chaque année à la formation d'une couche d'aubier et d'une couche de liber, toutes deux distinctes l'une de l'autre. Lorsque Duhamel a retrouvé dans l'aubier le fil d'argent qu'il avait cru avoir engagé dans le liber, c'est que ce fil avait été passé i travers la couche organique du cambium.

Il suit également de là que , chaque année , le

liber s'accroit en épaisseur par sa face interne. En effet, elle produit, comme celle de l'aubier, une couche d'un tissu d'abord à peine organisé , qui petit à petit acquiert tous les caractères des feuillet* du liber. C'est pour cette raison que cet organe se trouve forme de plusieurs lames ou feuillets, réunis les uns aux autres par une couche excessivement mince de tissu cellulaire.

Ainsi donc, pour résumer celte théorie , il se forme chaque année dans le tronc des arbres dicotylédons une nouvelle couche ligneuse et une nouvelle couche d'écorce. Ces nouvelles couches sont une production de l'aubier et du liber qui s'organise et se solidifie. L'aubier formé l'année précédente acquiert plus de densité et so change en bois. Mais le liber u'éprouve aucune transformation; seulement il se réparc et s'accroit par sa face interne au moyen du camhium, et forme successivement de nouveaux feuillets.

C'est parce mécanisme qu'a lieu, selon M. .Wirbel, l'accroissement en épaisseur des tiges des dicolylédons.Cc n'est pas le cambium qui s'est transformé en liber et en aubier; mais c'est lui qui fournit les matériaux des nouvelles couches qui se forment.

Nous adoptons entièrement cette théorie de l'accroissement en diamètre du tronc des végétauxdicotylédons. Cependant nous croyons devoir la modifier en un point. Nous admettons que les nouvelles couches qui se forment sont une production, une sorte d'extension de la face externe de l'aubier et de la face interne du liber. Mais nous ne saurions donner le nom de rambium à ce tissu de nouvelle formation. Pour nous, le cambium est toujours ce fluide nutritif, produit de la sève élaborée , qui s'épanche au printemps et en* automne entre le bois et l'écorce. Mais nous n'admettons pas pour cela que ce soit lui qui se transforme, d'une part, en une nouvelle couche d'aubier, d'autre part, en une nouvelle couche de liber. Le cambium est le fluide essentiellement nourricier du végétal , comme le sang pour les animaux. Mais, de même que ce dernier fluide ne se transforme ni en muscles, ni eu tissu cellulaire, ni en graisse, en un mot, en aucun des éléments organiques des animaux, mais que seulement il fournit à chacun de ces organes les matériaux propres à leur développement, à leur entretien, de même aussi nous pensons que le cambium, dont on ne peut nier la similitude avec le sang des animaux, fournit à la fois, et à l'aubier et au liber, dont il baigne les surfaces libres, le» principes, lesaliments nécessaires à leur développement. Il ne devient pas tissu cellulaire, ni tissu vasculaire; mais ces tissus déjà existants y puisent les principes au moyen desquels ils se multiplient.

L'observation confirme d'ailleurs pleinement la nouvelle théorie que nous émettons ici. En effet, que l'on examine attentivement une jeune

branche d'un arbre, quand, au printemps, l'afflux de cambium en détermine l'accroissemeut en diamètre. On verra que la surface externe de l'aubier et la surface interne de l'écorce sont en quelque sorte dans un état do turgescence. Elles sont- recouvertes chacune d'une couche plus ou moins épaisse d'un tissu cellulaireà l'étal naissant, abreuvée d'une grande quantité de sucs. Ce tissu de nouvelle formation, semblable à cette couche de bourgeons charnus qui s'élèvent de la surface d'une plaie tendant à se cicatriser, est non-seulement adhérent aux deux surfaces sur lesquelles on le voit, mais en est évidemment une production, une vraie continuation.

C'est, en effet, le tissu de l'aubier et du liber qui, recevant alors une plus grande nourriture, produit à sa surface ce nouveau tissu. Ce mode de multiplication ou de formation d'un nouveau tissu cellulaire entre ton t-à- fait dans le mode de développement auquel M. Alirbel , dans son Mémoire sur l'anatomie du marchanda , a donné le nom de développement extra-utriculaire. En effet, on sait que le tissu cellulaire a la propriété spéciale de donner naissance à de nouvelles cellules, qui tantôt se forment dans l'intérieur même des cellules déjà existantes (accroisiemenl intra-utriculaire), ou dans la masse de ces cellules, qu'elles tendent à écarter (accroissement inter-utrieulaire) , ou eufin à la surface libre des cellules (accroissement extra-utriculaire ).

Si c'était le cambium qui s'organisâî chaque année, au printemps, en nouvelles couches ligneuses et corticales , il devrait nécessairement former entre le bois et l'écorce une masse continue qui réunirait, souderait même ces deux parties de la branche : c'est cependant ce qui n'a pas lieu. A aucune époque de l'année, ainsi que tout le monde le sait, l'écorce ne se détache plus faeilemeut de la surface du bois qu'au printemps et en automne, c'est-à-dire an moment où se forment les couches ligneuses. Loin d'être une masse conliuuc interposée entre ces deux parties de la branche , le nouveau tissu cellulaire forme deux couches qui n'ont ensemble aucune connexion.

De ce qui précède nous pouvons, je crois, tirer cette conséquence, que l'accroissement en épaisseur de la tige des arbres dicotylédons provient de nouvelles couches que la surface externe de l'aubier et la surface interne du liber produisent, et dont le cambium leur fournit les matériaux.

B. Accroissement en largeur.

Pour terminer ici tout ce qui a rapport à l'accroissement en diamètre de la lige dans les végétaux dicolylédonés, il nous reste à faire connaître le résultat des observations publiées récemment par M. Dulrochct (Mim. du Muséum, vol. vu et vin). Pendant long-temps, on n'avait généralement admis l'accroissement en diamètre que comme le résultat des nouvelles couches qui s'ajoutent chaqueannécentre l'aubier et l'écorce. Cependant,

Je* 1810, M. Mil bel avait «lit, dans sa note insérée dans le Bulletin des Sciences de la Société philumatique, que le système cortical s'accroît en largeur par le développement successif de tissu cellulaire alongé, et do tissu cellulaire régulier; d'où il résulte qu'elle devient plus ample dans toutes ses parties. Depuis lors, M. Dulrochel a prouvé, l'un des premiers, que les couches ligneuses s'accroissent également en diamètre en deux sens, savoir : 1" en épaisseur , par la formation de nouvelles couches entre l'écorce et l'aubier ; 2° en largeur, par le développement latéral de la nouvelle couche et la formation de nouveaux faisceaux de fibres. Cet accroissement, dans le sens de l'épaisseur et de la largeur, a lieu également dans les racines et dans les tiges. Mais nous devons faire remarquer que le professeur Link , dans son Anatomie des plantes, et plus tard dans sa Philosophie botanique, a également établique la tige s accroissait non-seulement vers son centre etsa périphérie, mais encore latéralement parla multiplication des faisceaux vasculaires (Voyez Link, Grundl. d. Anat. f. d. Pfl . , p. 146 , f. 50-60).

C'est d'abord sur la tige de la clématite que M. Dutrochct a fait ses premiers essais. Lorsque l'on coupe transvcrsalemeiitlextrémité d'une jeune branche de clématite, on trouve qu'elle se compose de six faisceaux de fibres longitudinales , séparées les unsdes autres par des rayons ou espaces médullaires assez larges. Peu à peu, et par les progrès de la végétation , il se forme au centre de chaque espace médullaire un nouveau faisceau de fibres longitudinales qui acquiert bientôt le même volume que les faisceaux primitifs; en sorte qu'à la fin de la première année la tige se trouve composée de douze faisceaux de fibres, séparés par autant de rayons médullaires.

Pendant la seconde année , chacun des six faisceaux primitifs se divise en trois par la production médiane d'un nouveau faisceau de fibres longitudinales séparé des deux autres, au milieu desquels il s'est développé, par deux rayons médullaires incomplets, qui n'atteignent pas jusqu'à la moelle centrale ; d'un autre côté, les six autres faisceaux secondaires de la première année se divisent chacun en deux par la formation médiane d'un nouveau rayon médullaire incomplet: d'où il résulte qu'à la fin de la seconde année, il y a trente faisceaux de fibres distingués les uns des autres par autant de rayons ou espaces médullaires! dont douze seulement , savoir ceux qui existaient à la fin de 1« première année, sont seuls complets, et établissent nne communication directe entre la médulle externe et l'interne.

Pour peu qu'on réfléc hisse avec quelque attention, à la manière dont les faisceaux de fibres longi- (udinalesse sont multipliés, on verra que l'accroissement s'est fait latéralement. En effet, la production médiane de nouveaux faisceaux de fibres an centre des rayons médullaires, ou cello de nou-

veaux rayons médullaires au centre des faisceaux défibres, a du nécessairement dilater latéralement, et par conséquent augmenter la largeur de la couche circulaire dans laquelle ce développement s'est opéré. Or, c'est cette dilatation latérale qui n'avait point encore été aperçue avaut MM. Mirbel, Link et Dutrochel, dont nous faisons connaître ici les résultats.

L'accroissement en largeur s'arrête dans les parties dès l'instant qu'elles se sont solidifiées. Ainsi il n'a plus lieu dans les couches ligneuses; mais il se continue dans l'écorce , et eest ainsi qu'elle permet l'accroissement en épaisseur des couches ligneuses.

L'accroissement en largeur a également lieu dans les racinos, ainsi que nous l'avons déjà annoncé. Mais dans cet organe il commence toujours par la production médiane de nouveaux rayons médullaires au centre des faisceaux de fibres. Plus tard , ces nouveaux espaces médullaires donnent eux-mêmes naissance à d'autres agglomérations des fibres.

D'après ce qui précède, on voit que les élément» organiques des végétaux ont une tendance naturelle à la production médiane. Ainsi, les faisceaux de fibres tendent à produire dans leur partie moyenne de nouveaux rayons médullaires; d'un autre côté, les rayons médullaires tendent à produire de nouveaux faisceaux de fibres longitudinales.

Nous venons de faire connaître l'opinion de M. Dutrochet relativement à l'accroissement en largeur; exposons aussi ses idées sur le développement en épaisseur. Les couches ligneuses de nouvelle formation, qui se développent chaque année, sont séparées des anciennes par une couche mince de médulle centrale. Ces couches de médulle, qui isolent les couches ligneuses les unes des autres, ne sont pas toujours faciles à apercevoir; mais elles sont très-visibles dans quelques arbres, par exemple, dans le Rhus typhinum, où leur couleur plus foncée les fait distinguer, au premier coup d œil, des couches de bois qui sont plus claires. Au printemps , l'accroissement en épaisseur commence toujours par la formation de cette couche mince de tissu cellulaire ou de médulle. Bientôt , par sa propriété de donner naissance à des fibres longitudinales, cette couche de moelle produit des vaisseaux qui l'environnent, et constituent ainsi une sorte de canal médullaire, destiné à devenir plus lard la nouvelle couche ligneuse.

Dans cette théorie , on voit le rôle important que l'auteur fait jouer à la moelle. C'est elle , eu effet, qui devient l'agent essentiel de l'accroissement en diamètre , puisque c'est elle qui donne naissance aux vaisseaux qui doivent constituer plus lard la nouvelle couche de bois.

Les mêmes phénomènes ont lieu dans le liber.

Chacun de ses feuillets est séparé rar une couche

mince de tissu cellulaire, qui appartient à la médulle corticale, et qui est l'agent de son accroissement annuel.

C Accroissement en hauteur.

A l'époque de la germination, la radicule s'enfonce dans la terre , tandis que le caudex ascendant s'élève vers le ciel. La partie ligueuse et la partie corticale se séparent et s'isoleut avec les caractères qui leur sont propres. Vers l'automne, quand elles sont organisées en aubier et en liber, leur accroissement s'arrête. Quand , au retour du printemps, la végétation recommence, le tissu végétal est gorgé de fluides nourriciers qui vivifient les bourgeons; en même temps qu'une nouvelle couche s'est ajoutée à celle de l'année précédente, il naît de la partie supérieure de la tige, toujours terminée par un bourgeon, un nouveau centre de végétation d'où s'élève une jeune pousse qui éprouve dans son développement les mêmes phénomènes que la première; à celle seconde en succède une troisième, qui l'année d'ensuite est surmontée d'une quatrième, etc.

Le tronc se trouve donc formé par une suite de cônes très-alongés, dont le sommet est en haut, et qui sont superposés les uns aux autres. Mais le sommet du cône le plus intérieur s'arrête à la base de la seconde pousse, et ainsi successivement; en sorte que ce n'est qu'à la base du tronc que le nombre des couches ligneuses correspond au nombre des années do la plante. Ainsi, par exemple, une tige de dix ans offrira à sa base dix couches ligneuses. Elle n'en présentera que neuf, si on la coupe à la hauteur de la seconde pousse, que huit i la troisième, et enfin qu'une seule vers son sommet. C'est pour celte raison que le tronc des arbres dicolylédons est plus ou moins conique , le nombre de ses couches ligneuses étant graduellement plus considérable, à mesure que l'on descend du sommet vers la base.

Il est des arbres sur lesquels ce développement en hauteur est des plus manifestes : dans les pins et sapins , par exemple. Au bout de la première année, on voit au sommet de la lige un bourgeon conique, d'où part un vcrticille déjeunes rameaux, au centre desquels en est un qui s'élève verticalement ; c'est lui qui est destiné à continuer la tige. A la fin de la seconde année, de son sommet part également un semblable bourgeon qui présentera les mêmes phénomènes dans son développement. Ainsi l'on peut connaître dans ces arbres le nombre de leurs années par le nombre des verlicillcs de rameaux qu'ils présentent sur leur tige.

§ 2. Accroissement de la tige des arbres monocotylêdons.

Si nous exaininous l'accroissement du slipe d'un palmier, nous voyons qu'il se développe de la manière suivante :

Après la germination, les feuilles, ordinaire-

ment plissées sur elles-mêmes, se déroulent et se déploient en formant un faisceau circulaire, qui nait du collet de la racine. Du centre de ce faisceau part, la seconde année , un autre bouquet de feuilles qui rejettent en dehors celles qui existaient déjà ; alors les plus anciennes se fanent, se dessèchent et tombent. Biais leurs bases étant intimement adhérentes au sommet de la racine, restent, persistent, et constituent, en se soudant, un anneau solide qui devient la base du stipe. Chaque année un nouveau bourgeon central venant à se développer, les feuilles les plus extérieures de celui qui l'a précédé tombent, et leur base qui persiste forme un nouvel anneau qui s'ajoute au-dessus de ceux qui existaient déjà.

Tel est le développement de la lige des monocotylédons. Leur slipe, au lieu d'être formé, comme le tronc des dicolylédons, de couches concentriques , est composé d'anneaux superposés. D'après cela, on voit que le tronc des monocotylédons ne doit croître que très-peu en épaisseur. En effet, son développement latéral ne peut avoir lieu qu'autant que la base persistante des feuilles ne s'est point encore assez solidifiée et endurcie pour résister à la pression excentrique que le bourgeon tend à opérer sur elle. Aussi voyons-nous que les palmiers, qui ont quelquefois jusqu'à cent vingl et ccnl quarante pieds de hauteur, ont une tige qui a souvent à peine un pied de diamètre.

Dans les arbres dicotylédonnés c'est le cambium qui est l'agent essentiel de l'augmentation de la tige, puisque c'est lui qui, chaque année, fournit les principes alimentaires des nouvelles couches qui se forment. Ici, au contraire, c'est le bourgeon terminal couronnant le stipe qui remplit le même usage. Aussi l'arbre périrait-il infailliblement si l'on retranchait ce centre de végétation.

Si nous comparons d'une manière générale l'accroissement en diamètre de la tige des arbres dicolylédons et celui des monocotylêdons, nous verrons qu'il ne diffère pas moins que leur structure anatomique. En effet, dans les dicolylédons il y a deux systèmes distincts , le système central, formé de 1 étui médullaire et des couches ligneuses , et le système cortical, qui se compose de l'écorce. Ces deux systèmes s'accroissent séparément, en sorte qu'il y a deux surfaces d'accroissement dans cette classe de végétaux. Le système central s'accroît par les nouvelles couches qui s'ajoutent à sa surface externe , et le système cortical saccroll par sa face interne.

Dans les végétaux monocotylêdons. au contraire, il n'y a qu'une seule surface d'accroissement, et par conséquent qu'un seul système.

Al. Thém. Lestiboudois, professeur de botanique à Lille, remarquant, et avec juste raison, que daus ce système unique qui forme la tige des monocotylédons, l'accroissement se fait par la face interne, en tire celte conclusion que ce système est le cortical, et que le central manque : d'où il suit, selon

lui, que le stipe des palmiers est organisé comme l écorce des dicolylédons.

Decesdiversesconsidérations on doit tirer cette première observation, c'est que le stipe des palmiers et des autres arbres monocotylédonés ligneux diffère essentiellement, et par son organisation et par son mode de développement, du tronc des végétaux dicotylédones. Si même on pousse plus loin cette observation , on verra que le stipe diffère tellement du tronc par son origine première et son mode de développement , qu'il n'est point étonnant que son organisation intérieure, qui n'est que le résultat de ce mode de développement, offre avec la tige ligneuse des arbres à deux cotylédons des différences aussi tranchées. Rappelons-nous, en effet, comment se forme et s'accroît la tige d'un chenu ou de tout autre végétal dicotylédoné : la graine germe, la radicule s'enfouce dans la terre, la ligelle ou l'organe qui la représente , c'est-àdire qui sert de support à la gemmule et l'élève au-dessus de la base de la radicule, se redresse ; en un mot, dès ces premiers temps de la vie de la plante, l'organe qui doit constituer la lige existe déjà sous la forme d'un cylindre plus ou moins alongé, composé intérieurement d'un tissu cellulaire qui représente la moelle, et extérieurement de tubes ou de fibres, premiers rudiments du bois, de l'écorce, et en général de toutes les parties filamenteuses de la tige. Examinons comparativement une graine de palmier, au moment où elle germe : son extrémité radiculaire s'alonge plus ou moins, se rompt à son sommet pour laisser sortir la radicule, emprisonnée d'abord dans une sorte de bourse close, nommée cotéorhize, qu'elle déchire pour pouvoir s'enfoncer dans la terre, et devenir la racine. L'extrémité opposée à la radicule, c'est-à-dire le cotylédon, prend un léger développement, mais bientôt on le voit se fendre sur l'un de ses côtés, au-dessous de son sommet, et, par cette fente ou rupture, sort un nombre plusou moins considérable de feuilles d'abord emboîtées les unesdaus les autres. Mais dans cet embryon de palmier nous n'apercevons pas, commedansceluidu chêne, du tilleul, du pin, etc., une tigelle ourudimcntdc lige. L'organe auquel on donnera plus tard ce nom va se former successivement aux dépens 4'un autre orfane. En effet, ainsi que nous l'avons exposé précédemment, ce sont les bases des feuilles successivement développées qui, en se rapprochant les unes des autres par suite du refoulement que les plus extérieures éprouvent, à mesure que de nouvelles se développent à l'intérieur, se soudent ensemble, et finissent par former une sorte de plateau charnu, formé de tissu cellulaire et parcouru de fibres éparses. Ce que l'on appelle stipe ou tronc dans un palmier est donc un organe composé d'un grand nombre d'écaillés qui ne sont que des bases de feoilles plus ou moins soudées entre elles, et offrant à leur intérieur un bourgeon central et terminal qui en est l'organe essentiellement végé-

tant. Ainsi donc le stipe d'un palmier n'est véritablement pas une tige, ni par son origine, ni par son développement, ni par son organisation.

Voyons s'il n'offre pas quelque analogue dans la série des autres végétaux. Et d'abord, qu'est-ce que la prétendue tige souterraine, vulgairement nommée racine dans la plupart des espècesdu genre iris? C'est un corps charnu, offrant quelques fibres longitudinales intérieurement, et présentant à sa surface externe des cicatrices ou des écailles. Or, si nous en suivons le développement, nous verrons qu'elle doit sa formation aux bases des feuilles qui ont persisté, tandis que leur partie supérieure s'est détruite. Elles se sont soudées, et ont formé le corps charnu que l'on désigne communément sous le nom de racine, de rhizome, de souche ou de lige souterraine dans les iris. Par conséquent cet organe n'est, en réalité, comme le stipe des pclmiers, ni une racine, ni une tige, mais une réunion de bases de feuilles toutes soudées en une seule masse. Une espèce d'ail (allium teneteens ) nous offre un organe entièrement semblable, c'est-àdire une souche plus ou moins rameuse. Or, de celle souche de l'allium senetceni et des iris aux bulbes solides ou écailleox des Liliacées, la transition me parait insensible. Un bulbe, en effet, n'est qu'un organe composé d'écaillés variables dans leur forme et leur disposition, mais toujours assises sur un plateau charnu et recouvrant un bourgeon central et terminal ; toujours ces écailles ne sont que des feuilles ou dont la base seule s'est développée, ou dont la base seule a résisté, tandis que la partie supérieure s'est détruite. Si, comme nous croyons l'avoir prouvé, la souche souterraine des iris a la même origine, le même mode de développement et la même organisation que le stipe des palmiers; si, d'un autre côté, nous avons démontré que, sous ces divers rapports, il n'existe aucune différence sensible entre cette prétendue souche des iris et le bulbe de la plupart des Liliacées, il nous paraît impossible de ne pas tirer celle conclusion , que le stipe des palmiers, au lieu d'être une tige, n'est véritablement qu'une sorte de bulbe. Celle opinion pourra paraître paradoxale à relui qui ne fera pas abstraction de la forme générale, de la grandeur et de la durée du stipe des palmiers, comparées avec le bulbe des autres monoeoljlédoncs.Mais si l'on réfléchit attentivement que ces divers attributs ne sont pas essentiels à la nature de cet organe , qu'ils manquent fréquemment dans un grand nombre d'espèces , qu'aiusî dans quelques-unes le stipe, au lieu d'être long et cylindrique, est court, à peine sensible, et consiste quelquefois seulement en une sorte de renflement bulbiforme ; que dans d'autres espèces le slipe, loin d'être dur et ligneux, est mou, charnu, et se laisse aisément entamer par les instruments tranchants, ces différences, d'abord si frappantes, disparaîtront à l'instant. Si, d'un autre côté , on examine l'origine, le mode de formation et de dé-

vcloppcment dn stipe comparés i ceux du bulbe , on devra conclure que ces deux organes sont essentiellement les mêmes.

Dans celte manière d'envisager le stîpe, on peut très-bien expliquer pourquoi cet organe se ramifie si rarement. En effet, on sait qu'un rameau u'est jamais que le résultat de l'élongation d'un bourgeon placé en général à l'aisselle d'une feuille: or, dans les monocoHlédoncs, ces bourgeons axillaires avortent presque constamment, ou restent à l'état rudiment ) in . comme dans la plupart des Graminées, par exemple ; il en est de même dans les palmiers; leurs bourgeons axillaircs restent, en général, à l'état rudimentaire, et alors le stipe est parfaitement simple ; mais, dans certaines circonstances, quelques-uns de ces bourgeons, recevant plus de nourriture que les autres, se développent, c'est-à-dire que les feuilles qui les composent, en se soudant par leur base, finissent a la longue par former un nouveau slipe partant du premier: c'est ce qu'on observe , par exemple , dans certaines espèces d'yucca, dans le Palmier Doom de la Thcbaïde, elc.

Théorie de quelques procédés pour la multiplication artificielle des végétaux expliquée par les lois de la physiologie végétale.

Le moyen de multiplication le plus naturel et le plus facile dans les végétaux est sans contredit celui qui a lieu au moyen des graines et de leur développement; c'est celui par lequel les végétaux dispersés sur la snrface du globe se renouvellent naturellement ; mais il en est encore d'autres que l'art de la culture met fréquemment à contribution pour perpétuer et multiplier certaines races ou variétés d'arbres que l'on ne pourrait reproduire par le moyen des graines. Ces procédés sont la marcotte, la bouture et la greffe. Nous allons en peu de mots exposer la théorie de ces trois opéralions, considérées d'une manière générale, et quant à leurs rapports avec la physique végélale.

1° Le marcottage est une opération par laquelle on entoure de terre la base d'une jeune branche, aGn de faciliter l'évolution des racines avant de la détacher du sujet. Tantôt cette opéralion se pratique sur les branches inférieures «l'un jeune arbuste: on les incline et on les couche légèrement; tantôt c'est sur les branches supérieures que l'on fait passer à travers un pot ou une cage de verre , remplis de terre de bruyère.

Pour faciliter le marcottage on pratique ordinairement à la base de la jeune branche nne incision ou une forte ligature , aGn de déterminer la formation des racines. Ces racines sont des bourgeons qui , plongés dans la terre , s'alongcnt en Gbres grêles et radicellaires, tandis qu'exposés à l'air ils se seraient développésen jeunesscions. On emploie le marcottage pour multiplier un grand nombre

de végélani, tels que les œillets, les hortensia, les bruyères, les groseillers, etc.

2° La boctcre diffère de la marcotte en ce que l'on sépare la jeune branche du sujet avant de la Gxcr en terre. Il y a des arbres chez lesquels les boutures reprennent avec une grande facilité. En général , ceux dont le bois est blanc et léger se prêtent plus facilement à celte opération: ainsi une branche de saule, de peuplier, de tilleul, enfoncée en terre, s'y enracine au bout de quelque temps, et ne tarde pas à pousser avec vigueur.

Une bouture réussira d'autant plus sûrement que le cultivateur aura eu le soin de laisser deux ou trois jeunes bourgeons au-dessous de la terre , c'est-à-dire sur la partie inférieure de la jeuno branche. Ces boutons s'alongcnt en racines, et aident singulièrement la succion qui doit amener le développement des jeunes scions.

Assex souvent on pratique à la base des boutures des incisions ou des ligatures, aGn d'en assurer la réussite. Quelquefois même on les fend longitudinalement à leur base, et l'on y introduit une petite éponge imbibée d'eau.

Il est des espèces ligneuses qui reprennent trèsdifGcilement de bouture : tels sont les pins, les sapins, les chênes, les bruyères, et en général les arbres à bois très-dense on résineux.

3° La greffe est une opération par laquelle on ente sur un individu, un bourgeon ouun jeune scion, qui s'y développe et s'idcntiGe avec le sujet sur lequel il a été greffé.

La greffe ne peut réussir qu'autant qu'elle a lieu entre des parties végétantes : c'est ainsi , par exemple, que l'on ne peut greffer le bois ni même l'aubier. C'est dans l'opération et les phénomènes de la greffe que l'on peut remarquer la grande analogie qui existe entre les gemmes ou bourgeons, et les graiiies, surtout sous le rapport de leur développement. Ces deux organes, en effet, sont destinés à donner naissance à de nouveaux individus, dont les uns vivent aux dépens du sujet sur lequel ils se développent, tandis que les autres subsistent par eux-mêmes, et sans avoir besoin de secours étrangers.

Remarquons que la greffe ou soudure des parties ne peut avoir lieu qu'entre des végétaux de la même espèce, des espèces du même genre, ou enfin des genres d'une même famille , mais jamais entre des individus appartenant à des ordres naturels différents; c'est ainsi , par exemple, que l'on peut greffer le pêcher sur l'amandier, l'abricotier sur le prunier, Icspat'ia sur le marronnier d'Inde ; mais cette opération ne pourrait pas réussir entra ce dernier arbre, par exemple, et l'amandier; il faut qu'il y ait une sorte de convenauce , d'analogie entre la sève des deux individus pour que la soudure d'une greffe puisse s'effectuer.

C'est au moyen du cambium, ou suc propre des végétaux, que s'opère lasoudttredes greffes. Cette matière fluide sert de moyen d'union entre l'indi-

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