CHAPITRE PREMIER
DR LA aACWB(l).
On donne lo nom de racino à celle partie d'un végétal qui, constituant son extrémité inférieure, et cachée le plus souvent dans la terre, se dirige et croit constamment en sens inverse de la lige, c'està-dire s'enfonce perpendiculairement dans la terre, tandis que celle-ci s'élève vers le ciel. Un caractère non moins remarquable de la racine est de ne jamais devenir verte (au moins dans son tissu) quand elle est exposée à l'action de l'air et de la lumière, tan* dis que toutes les autres parties des végétaux y prennent cette couleur.
A l'exception de quelques trémelle» et de certaines confère es , qui , plongées dans l'eau ou végétant à sa surface , absorbent les matériaux de leur nutrition par les différents points de leur étendue, tous les autres végétaux sont pourvus de racines, qui servent a les flxer au sol et à j puiser une partie de leurs principes nutritifs.
Les racines , avons-nous dit , sont le plus souvent implantées dans la terre. C'est ce qui a lieu, en effet, pour le plus grand nombre des végétaux. Mais il en est d'autres qui, vivant à la surface de l'eau, présentent des racines flottantes au milieu de ce liquide, comme on l'observe dans certaines lentille» d'eau. La plupart des plantes aquatiques, comme le trèfle d'eau , le nénuphar, ïutriculaire (2) , offrent deux espèces de racines. Les unes, enfoncées dans la vase, les fixent au sol; les autres, partant ordinairement de la base des feuilles, sont libres et flottantes au milieu de l'eau.
D'autres plantes, végétant sur les rochers, comme les lichens , sur les murs , comme la giroflée commune, le grand muflier , la valériane rouge , sur le tronc ou la racine des autres arbres, comme le lierre, certaines Orchidées des tropiques, la plupart des mousses , Vorobanche el\'hypociste,j implantent leurs racines, cl, véritables parasites , en absorbent les matériaux nutritifs, et vivent à leurs dépens.
Le clusia rosea. arbrisseau sarmenteux de l'Amérique méridionale, le sempercicum arboreum, lo mais, le manglierel quelques figuiers exotiques, outra les racines qui les terminent inférieurement, en produisent d'autres de différents points de leur tige, qui, d'une hauteur souvent considérable, des-
(1) Radfx, lat. ; pK«, grec
(2) Les parties filamenteuse» , que la plupart des botanistes ont prises pour des feuilles dans l'utriculaire, ne sont que des racines flottantes.
tendent et s'enfoncent dans la terre. Ou a donné à ces racines surnuméraires le nom de racines aériennes ouadt entités, et un fait fort remarquable qui les concerne , c'est qu'elles ne commencent à s'accroître en diamètre que quand leur extrémité a atteint le sol, et y puise les matériaux de son accroissement.
Ne confondons pas avec les racines, comme on t'a fait très-souvent, certaines tiges soutetraincs . qui rampent horizontalement sous terre , comme dans Viris germanica, le sceau de Salomon, etc. Leur direction seule suffirait presque pour les distinguer, si d'autres caractères ne venaient point nous éclairer sur leur véritable nature ( Voyez dans le chapitre suivant ce que nous en disons en parlant de la souche ou lige souterraine).
La distinction entre la tige et la racine n'est pas aussi facile, ni aussi précise qu'on le croit généralement. Aussi voyons-nous que , même jusqu'en ces derniers temps , la plupart des botanistes décrivent toujours sous le nom de racines, des organes qui n'eu sont réellement pas , et surtout des liges souterraines. Un examen attentif nous a amenés à celte conclusion, que l'on doit beaucoup restreindre les organes compris sous cette dénomination générale déracines. Phvsiologiqocmcnt, on ne doit considérer comme de véritables racines que les dernières ramifications du caudex descendant, celles qui, dans la terre, représentent, et par leur position et par leurs fonctions , les feuilles naissant sur les dernières ramifications du caudex ascendant ou aérien. En effet, on ne saurait nier l'extrême analogie qui existe entre le chevelu et les feuilles. Le premier , dans les arbres , tombe et se régénère chaque année comme les feuilles ; ses fonctions sont les mêmes que celles de ces dernières. Il y a plus, les ramifications du caudex descendant qui , lorsqu'elles sont souterraines donuent naissance à du chevelu, poussent des feuilles quand par hasard elles viennent à être découvertes et exposées à l'action de l'air et de la lumière. C'est donc seulement la différence des milieux dans lesquels le chevelu et les feuilles se développent, qui détermine les différences qui existent entre ces deux parties. Ainsi, selon nous, on ne doit désigner sous le nomde racines que les fibres souterraines, dont la réunion constitue le chevelu. La partie généralement appelée le corps de la racine, et qui dans les végétaux ligneux , par exemple, n'est évidemment que la prolongation inférieure de Ja tige , n'appartient pas en réalité à la racine, pas plus que les ramifications principales qu'il présente : il fait partie de la lige.
D'après celle nouvelle manière d'envisager et de préciser les racines, on conçoit que leurs modifications doivent être beaucoup moins nombreuses qu'on ne l'admet généralement. Cependant, pour nous conformer encore en partie à l'opinion admise jusqu'à ce jour , nous conserverons ici quelques dénominations qui ne nous paraissent pas ap-
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plicables aux vraies racines , mais à des liges souterraines.
Différentes parlies dans les végétaux sont susceptibles de produire des racines qu'on peut appeler accidentelles : coupez une brauche do saule, de peuplier; enfoncez-la dans la terre, et au bout de quelque temps son extrémité inférieure sera chargée de radicelles. Le même phénomène aura encore lieu lorsqu'on aura implanté les deux extrémités de la branche dans la terre : l'une et l'autre s'y Oient, au moyen de racines qu'elles développent. Dans les Graminées, particulièrement le mats ou blé de Turquie, les nœuds inférieurs de la tige poussent quelquefois des racines qui descenJent s'enfoncer dans la terre. C'est sur cette propriété qu'ont les tiges, cl même les feuilles dans beaucoup de végétaux , de donner naissance à de nouvelles racines, que sont fondées la théorie et la pratique du marcottage et de la bouture , moy ens de multiplication très-employés dan» l'art de la culture.
On peut faciliter ce phénomène par différents moyens, qui tous ont un résultat commun , celui de mettre obstacle au cours de la sève descendante ou nutritive. Ainsi, la ligature et l'incision annulaire de l'écorce , sont journellement mises eu usage pour faciliter l'apparition des racines adventices, dans l'opération du marcottage.
Il existe une grande analogie de structure entre les racines qu'un arbre pousse dans le sein de la terre, et les rameaux qu'il étale au milieu de l'air. Les principales différences que l'on observe entre ces deux organes dépendent principalement de la différence (1) des milieux dans lesquels ces organes se développent.
Les racines de certains arbres poussent de distance en distance des espèces de cônes ou de bosses d'un bois mou et lâche, entièrement nus et saillants hors de terre, et que l'on a désignés sous le nom à'exostoses. Le cyprès chauve de l'Amérique septentrionale (taxodiutn dislichum, Rich.) en offre les exemples les plus remarquables.
La racine, considérée dans son ensemble et
(I) On a dit que lorsqu'on renversait un Jeune arbre de manière que ses branches fussent enfoncées dans la (erre , et ses racines étalées dans l'air , les feuilles ne changeaient en racines , et celles-ci en feuilles. Ce fait est faux , ou du moins l'explication que l'on en donne n'e»t pas exacte- Kn effet, les feuilles ne ne changent pas plus en racines que les racines en feuille» Mais, lorsqu'ils sont cachés sou» la terre, les bourgeons situés à l'aisselle des feuilles , au lien de développer de jeunes rameaux ou trions foliacés , s'alongcnt , s'étiolent , et deviennent des libres radicales; tandis que les bourgeons tatens qui existent dans les racines, et qui sont destiné» à renouveler le chevelu chaque année , placés dans un autre milieu, se développent en feuilles. On a encore un exemple Bien frappant de cette tendance de» bourgeons latens de la racine à se changer en rameaux foliacés , lorsqu'il» sont exposés au contact de l'air, dans ces rejets qui poussent autour des arbres à racines rampantes, comme l'acacia , le peuplier , le pommier , etc.
d'une manière générale, peut être divisée en trois parties : 1° le corps ou partie moyenne, de forme et de consistance variées, quelquefois plus ou moins renflé, comme daus le navet, la carotte; 2° le collet ou nœud ritai : c'est le point ou la ligne de démarcation qui sépare la racine de la tige, et d'où part le bourgeon de la lige annuelle, dans les racines vivaces; 3" les radicelles ou le cherelu : ce sont les fibres plus ou moins déliées qui terminent ordinairement la racine a sa partie inférieure.
A, Suivant leur durfe, les racines ont été di«tinguéesen annuelles, bisannuelles , ricaces, et ligneuses.
Les racines annuelles sont celles des plantes qui, dans l'espace d'une année, se développent, fructifient et meurent : tels sont le blé, le piedd'alouette (delphinium consolida), lecoquelicot [papa ter rheras), etc.
Les racines bisannuelles sont celles des'plantes à qni deux années sont nécessaires pour acquérir leur parfait développement. Les plantes bisannuelles ne produisent ordinairement, la première année, que des feuilles ; la seconde année elles meurent aprésavoir fleuri cl fructifié, comme la carotte, etc.
On a donné le nom de racines titaces à celles qui appartiennent aux plantes ligneuses et aux plantes herbacées qui, durant un nombre indéterminé d'années, poussent des tiges qui se développent et ineurent tous les ans, tandis que leur racine vit pendant un grand nombre d'années : telles sont celles des asperges, des asphodèles, de la luzerne, elc.
Cette division des végétaux en annuels bisannuels et titaces , suivant la durée de leurs racines , est sujette à varier , sous l'influence de diverses circonstances. Le climat , la température, la situation d'un pays, la culture même, modifient singulièrement la durée des végétaux. Il n'est pns rare de voir des plantes annuelles végéter deux ans, et même davantage, si elles sont mises dans un terrain qni leur soit convenable, et abritées contre le froid. Ainsi le réséda odorant, qui chez nous devient une plante annuelle, est une plante vivace dans les sables des déserts de l'Égypte. Des plantes vivaces et même ligneuses de l'Afrique et de l'Amérique , transplantées dans les régions septentrionales, y deviennent annuelles. La belle-de-nuit ( ngclago hoiicnsis ) , le cobœa, sont vivaces au Pérou , et meurent chaque année dans nos jardins. Le ricin, qui, en Afrique, forme des arbres ligneux, csl annuel dans notre climat. Cependant il reprend son caractère ligneux quand il se retrouve dans une exposition convenable. En herborisant aux environs de Villefranche, prés de Nice, sur les bords de la Méditerranée, au mois de septembre 1010, j'ai découvert sur la montagne qui abrite l'arsenal de cette ville, an couchant, un petit bois formé de ricins en
arbre. Leur tronc est ligneux, dur. Les plus hauts ont environ vingt-cinq pieds d'élévation, et présentent à peu près le mémo aspect que nos platanes. Il est vrai que la situation de Villefranchc, exposée au midi, défendue des vents d'ouest et du nord par une chaîne de collines assez élevées, la rapproche singulièrement du climat de certaines parties de l'Afrique.
En général toutes les plantes exotiques riraces, dont les graines peuvent donner naissance à des individus qui fleurissent dès la première année dans nos climats, y deviennent annuelles. C'est ce qui arrive pour le ricin, le cobra, la belle-dc-nuit, etc.
Les racines ligneuses ne diffèrent des racines riraces que parleur consistance plus solide, leur tissu ligneux , et par la persistance de la lige qu'elles supportent : telles sont celles des arbres et des arbrisseaux.
B. Suivant leur forme et leur structure, les racines peuvent se diviser en : 1" pivotante ( radix perpcndicularis), 2" flbreuse ( radix fibrosa), :»° tubérifère (radix tuberi fera), 4° bulbirère (radix bulbi fera).
1" Les racines picotantes sont celles qui s'enfoncent perpendiculairement dans la terre. Elles sont simples et sans divisions sensibles, comme dans la rave , la carotte ; rameuses dans le fréne et le peuplier d'Italie , etc. Elles appartiennent exclusivement aux végétaux dicotylédons.
2° La racine fibreuse se compose d'un grand nombre de fibres , quelquefois simples et grêles, d'autres fois épaisses et ramifiées. Telle est celle de la plupart des Palmiers. Elle ne s'observe que dans les piaules monocotylédoncs.
8" Les racines tubérifties sont celles qui présentent sur différents points de leur étendue, quelquefois à leur partie supérieure , d'autres fois au milieu ou aux extrémités de leurs ramifications, des tubercules plus ou moins nombreux. Ces tubercules ou corps charnus, que l'on a long-temps et à tort regardés comme des racines, ne sont que les renflements d'une lige souterraine , des amas de fécule amylacée, que la nature a , en quelque sorte, mis en réserve pour servir à la nutrition du végétal. Aussi n'observe-l-on jamais de véritables tubercules dans les plantes annuelles; il» appartiennent exclusivement aux plantes vivaecs: tels sont ceux de la pomme de terre, du topinambour, des Orchidées, des patates, etc.
4° La racine bulbifhre est formée par une espècede tubercule horizontal, mince et aplati, qu'on nomme plateau . produisant par sa partie inférieure une racine fibreuse, et supportant supérieurement une bulbe on oignon, qui n'est rien autre chose qu'un bourgeon d'une nature particulière, formé d'un grand nombre d'écaillés ou de tuniques appliquées les unes sur les autres : par exemple, dans le lis, la jacinthe, l'ail, et en général les plantes qu'on appelle bvîbcHW.
Telles sont les modifications principales que présente la racine relativ ement à sa structure particulière. Avouons cependant que ces différences ne sont pas toujours aussi tranchées que nous venons de les présenter. Ici, comme dans ses autres ouvrages , la nature ne se prête pas servilement à nos divisions systématiques. Elle fait quelquefoisdisparaltrc, par des nuances insensibles, ces différences que nous .av ions crues d'abord si constantes et si bien établies.
Toutes les racines qui ne peuvent être rapportées à une des quatre modifications principales que nous venons d'indiquer conservent le nom générique de racines.
Le chevelu des racines, ou cette partie formée de fibres plus ou moins déliées, sera d'autant plus abondant et plus développé, que le vi gétal vivra dans un terrain plus meuble. Lorsque par hasard l'extrémité d'une racine rencontre un filet d'eau, elle s'alonge, se développe en fibrilles capillaires et ramifiées, et constitue ce que les jardiniers désignent sous le nom de queue de renard. Ce phénomène, que l'on peut produire à volonté, explique pourquoi les plantes aquatiques ont, en général, des racines beaucoup plus développées.
C. Relativement à sa consistance , la racine est charnue, lorsque, étant manifestement plus grosse et plus épaisse que la base de la tige, elle est en même temps plus succuleutc : telle est celle de la betterave, de la carotte, du navet, etc. Elle est ligneuse, au contraire, lorsque son parenchyme, plus solide, approche plus ou moins de ladurctédubois. C'est ce que l'on observe dans la plupart des végétaux ligneux.
J). La racine peut èire simple (simplex), c'csla-dirc formée par un pivot absolument indivis i. fi g . 9 , lo.11.pl. l), comme la betterave, le panais, la rave, etc. D'autres fois elle est rameuse ( ramosa). ou divisée en ramifications plus ou moins nombreuses et déliées (fig. 8, pl. l), toujours de même nature qu'elle : telle est celle de la plupart des arbres de nos forêts, du chêne, de l'orme, etc.
E. Considérée quant à sa direction , la racine peut être rerticalc, comme celle de la carotte, de la rave; oblique, ou enfin horizontale, comme dans le Rhus radicans, l'orme, clo. Assez souvent l'on trouve ces trois positions réunies dans les différentes ramifications d'une même racine.
F. Les formes les plus remarquables sont les suivantes:
I" Fusiforme, on en fuseau (fusiformis), lorsqu'elle est alongéc, renflée à sa partie moyenne , et va en «'amincissant insensiblement à ses deux extrémités, comme la rave (fig. 9).
2° I\'apiforme, ou en forme de toupie ( napiformis), quand elle est simple, arrondie, et renflée à sa partie supérieure , amincie et terminée brusquement en pointe inféricurement : le navet, le radis, etc. (fig. 10).
3" Conique (ronica) , celle qui présente la