DE LA GERMINATION
On donne le nom de germination à la série de phénomènes par lesquels passe une graine qui , parvenue à son étal de maturité, et mise dans des conditions favorables, se gonfle, rompl ses enveloppes, et tend à développer l'embryon qu'elle renferme dans son intérieur.
Pour qu'une graine germe, il faut le concours de certaines circonstances dépendant de la graine elle-même, ou qui lui sont accessoires el étrangères, mais qui n'exercent pas moins une influence incontestable sur les phénomènes de son développement.
La graine doit être à son élat de maturité : elle doit avoir été fécondée, et renfermer un embryon parfait dans loulcs ses parties. Il faut de plus que la graine ne soit pas trop ancienne ; car elle aurait perdu, parle temps, sa faculté germinative. Cependant il est certaines graines qui la conservent pendant un nombre d'années considérable : ce sont principalement celles qui appartiennent à la famille des Légumineuses. Ainsi l'on est parvenu à faire germer les haricots conservés depuis soixante ans; on cile même des graines de sensitiv» qui se sont parfaitement développées ccnl ans environ après avoir été récoltées : mais il faut qu'elles aient été préservées du contact de l'air, do la lumière et de l'humidité.
Le» agents extérieurs indispensables à la germination sont : 1° l'eau, 2" la chaleur, 3° l'air.
i° Veau, comme nous l'avons déjà vu précédemment, est indispensable à la végétation et aux phénomènes de la nutrition dans les végétaux. Co n'est point seulement comme substance alimentaire qu'elle agit dans ce cas; mais c'est plulôt par sa faculté dissolvante et sa fluidité, qu'elle sert alors de menstrue et de véhicule aux substances vraiment alibilcs du végétal.
Elle a, dans la germination, une manière d'agir parfaitement analogue. C'est elle, en effet, qui, en pénétrant dans la substance de la graine, ramollit ses env eloppes, fait gonfler l'embryon, détermine, dans la nature même de l'endosperme ou des cotylédons, des changements qui les rendent souvent propres à fournir au jeune végétal les premiers matériaux de sa nutrition. C'est elle encore qui se charge des substances gazeuses on solides qui doivent servir d'aliments à la jeune plante qui commence à croître. Elle fournil aussi à son développement par la décomposition qu'elle éprouve; ses éléments désunis se combinent avec
le carbone, et donnent naissance à différents principes immédiats.
Cependant il ne faut pas que la quantité d'eau soit trop considérable ; car alors les graines éprouveraient une sorte de macération qui détruirait leur faculté germinalive , et s'opposerait à leur développement. Nous parlons ici des graines qui appartiennent aux plantes terrestres ; car celles des végétaux aquatiques germent étant plongées entièrement dans l'eau. Quelques-uucs néanmoins, quoique en très-petit nombre, montent à sa surface pour y germer à l'air, et ne pourraient se développer si elles restaient submergées.
L'eau a donc évidemment trois modes d'action dans la germination : 1° elle ramollit l'enveloppe séminale cl favorise sa rupture; 2° elle pénètre l'amande , dont elle opère le gonflement; 3° elle sert de dissolvant et de véhicule aux véritables aliments du jeune végétal.
2° La chaleur n'est pas moins nécessaire à la germination que l'eau. Son influence est , m effet, très-marquée sur tous les phénomènes de la végétation. Une graine mise dans un lieu dont la température est au-dessous de zéro , n'éprouve aucun mouvement de développement, reste inaclive, comme engourdie ? tandis qu'une chaleur douce et tempérée accélère singulièrement la germination. Mais cependant il ne faut pas que celle chaleur dépasse certaines limites, sans quoi, loin défavoriser le développement des germes, elle les dessécherait, et y détruirait le principe de la vie. Ainsi une chaleur de 4* à 50", surtout si elle est sèche, s'oppose à la germination , tandis que celle qui ne s'élève pas au-dessus de 23 à 30", surtout si elle est jointe à une certaine humidité, accélère l'évolution des différentes parties de l'embryon.
3° L'air est aussi utile aux végétaux, pour germer et s'accroître , qu'il est indispensable aux animaux pour respirer et pour vivre. Une graine que l'on priverait totalement du contact de ce fluide n'acquerrait aucune espèce de développement.
Cependant Homberg dit être parvenu à faire germer quelques graines dans le vide de la machine pneumatique. Mais quoiqu'un ait, depuis lui, souvent répété celle expérience, on n'a jamais pu obtenir les mêmes résultats. L'on peut donc assurer que l'air est indispensable à la germination. M. Théodore de Saussure , dont le témoignage est d'un si haut poids daus la partie expérimentale de< la physiologie des végétaux, pense que les expériences de Homberg ne doivent nullement infirmer cette vérité, et que les conclusions qu'il en a tirées doivent être considérées comme des résultais imparfaits et peu exacts.
Des graines enfoncées trop profondément dans la lerre, et soustraites ainsi à l'action de l'air atmosphérique , sont souvcul restées pendant un temps fort long sans donner aucun signe de vie. Lorsque, par une cause quelconque, elles se sont trouvées ramenées plus prés de la superficie de la