CHAPITRE VI
Dans les chapitres précédents, nous avons étudié avec quelques détails les différents organes qui entrent dans la composition d'un fruit mur et parfait. Nous avons fait voir qu'il était toujours composé de deux parties, le péricarpe et la graine.
Nous devons maintenant faire connaître les diverses modifications que peut offrir le fruit,
considéré dans son ensemble, c'est-à-dire dans la réunion des difTérentes parties qui le consti- Hjcnt*
On conçoit qu'il doit exister un grand nombre d'espèces de fruits, toutes plus ou moins distinctes les unes des autres, quand on considère les variétés dcforme.de structure, de consistance, le nombre variable et la position respective des graines, etc., que présentent les fruits. Aussi leur classification est-elle un des points les plus difficiles de la botanique. Malgré les efforts et les travaux d'un grand nombre de botanistes célèbres qui s'en sont spécialement occupes, la classification carpologique est encore loin d'être parvenue à ce degré d'exactitude et de précision auquel sont arrivées la plupart des autres branches de la botanique. Quelques auteurs ont voulu réunir sous une d nomination commune des espèces essentiellement différentes par leur forme et leur structure ; d'autres, au contraire, en multipliant à l'infini le nombre des divisions, et les établissant sur des caractères trop minutieux ou trop peu constants, ont également nui aux progrès de celle partie de la carpologie. Aussi ne ferons-nous connaître dans cet ouvrage que les espèces de fruits bien distinctes et bien caractérisées, que celles, en un mot, qui ont été consacrées par l'usage, ou adoptées par la plupart des botanistes.
Les fruits , considérés en général, ont été divisés de plusieurs manières, et ont reçu des noms particuliers. Ainsi on appelle fruit simple celui qui provient d'un pistil unique , renfermé dans une fleur : tel est celui de la pèche , de la cerise, etc. On appelle, au contraire, fruit multiple celui qui provient de plusieurs pistils renfermes dans une même fleur : par exemple , la fraise , la framboise, celui des renoncules, des démailles, elc. ; enfin on donne le nom de fruit composé à celui qui résulte d'un nombre plus ou moins considérable de pistils réunis , et souvent soudés ensemble, mais provenant tous de fleurs distinctes , trèsrapprochées les unes des autres, comme celui du mûrier , de l'ananas, etc.
Suivant la nature de leur péricarpe, on a distingué les fruits en secs et en charnus. Les premiers sont ceux dont le péricarpe est mince, ou formé d'une substance généralement peu fournie de sucs; les seconds, au contraire, ont un péricarpe épais et succulent, et leur sarcocarpe est surtout Irès-développé : tels sont les melons, les pêches, les abricots, etc.
Les fruits peuvent rester parfaitement clos de
loutcs paris, ou s'ouvrir en un nombre plus ou moins grand de pièces nommées valves; de là la dislincliondes fruits indéhiscentsetdes fruits déhiscents. Ces derniers, quand ils sont secs, portent également le nom de fruits capsulaires.
Nous avons déjà dit précédemment qu'en général le nombre des valves était le même que celui des loges; qu'ainsi un fruit à deux loges s'ouvrait en deux valves, un fruit à trois logeseu trois valves, et ainsi de suite.
Selon le nombre de graines qu'ils renferment, les fruits sonl divisés en oligospermes et en polyspermes. Les fruits oligospermes sont ceux qui no contiennent qu'un nombre peu considérable de graines, nombre qui est le plus souvent exactement déterminé. De là les épilhètes de monosperme, disperme , trisperme , tètratperme , penlasperme , données au fruit , pour exprimer que le nombre de ses graines est un , deux , trois , quatre, cinq , etc. Les fruits polvspermes sont tous ceux qui renferment un nombre considérable de graines que l'on ne veut pas déterminer.
Il y a des fruits dans lesquels le péricarpe a si peu d'épaisseur , et contracte une telle adhérence avec la graine, qu'il se soude et se confond avec elle. Linnteus regardait cesfmits comme des graines nues : on lenr a donné le nom de pseudospermes : tels sont ceux des Graminées , des Labiées , des S* nanthérées , etc.
Il est très-imporlanl de bleu connaître et de pouvoir distinguer les différentes espèces de fruits. En effet , cet organe sert fort souvent de base à la disposition des plantes en familles naturelles; et les caractères que l'on retire de son examen approfondi conduisent en général aux résultats les plus heureux dans la classification méthodique des végétaux.
Pour simplifier l'élude de la nomenclature des fruits, nous les diviserons en trois classes. Dans la première nous réunirons tous les fruits simples, c'est-à-dire tous ceux qui proviennent d'un seul pistil renfermé dans une fleur. Nous subdiviserons cette classe en deux sections, dans l'une desquelles seront placés les fruits secs , et dans la seconde les fruits charnus. La seconde classe renfermera les fruits produits par la réunion de plusieurs pistils dans une même fleur, c'est-à-dire les fruits multiples. Enfin , dans la troisième classe nous traiterons des fruits composés, ou de ceux qui sont formés par plusieurs fleurs d'abord distinctes qui M sont soudées de manière à ne constituer par leur réunion qu'un même fruit.
lia NOUVEAUX ÉLÉMENTS
PREMIÈRE CLASSE
DES FRCITS SIMPLES.