LILIACÉES
Scille
La substance employée en médecine, sous le nom de Scille. de Bulbe de Scille et de Squames de Scille, est constituée par les écailles desséchées et coupées en lanières du bulbe de la Scille maritime (Scilla maritima , L. ; Urginea maritima, Bak. ; Ornithogalum maritimum , Lamk. ; Squilla maritima , Sq. Pancratium et Urginea Scilla , Steinh ; Squilla littoralis , S. insularis, S. numidica , Jord. : Stellaris Scilla , Mœnch). Cette plante habite les sables des bords de la mer, dans toute la région méditerranéenne, et s’étend le long des côtes occidentales de l’Océan, depuis la
France jusqu’au Cap de Bonne -Espérance. Elle pénètre dans les terres à une assez grande distance de la mer.
On la trouve, en effet, assez abondamment aux environs de Constantine (Algérie), où son bulbe atteint parfois la grosseur de la tête.
Le bulbe de la Scille (fig. 253) est arrondi, formé de tuniques serrées, nombreuses : les extérieures sèches, minces, transparentes et inertes; les moyennes épaisses, charnues, à épiderme rosé et remplies d’un suc très amer, très âcre et même corrosif; les Fia. 253. — Buibo do sciiic. internes blanches, mucilagineuses, à
peu près inertes. On le recueille au mois d’août et, après en avoir séparé les écailles extérieures, ainsi que la portion centrale, qui est inactive, on le découpe en tranches transversales, étroites, que l’on fait sécher au soleil.
La Scille, ainsi préparée, se présente, dans le commerce, sous forme de lanières de couleur rosée, semi-translucides,
SCII.l.E
longues d’environ 5 centimètres, larges de 5 à 10 millimètres, flexibles ou cassantes, selon leur degré de dessiccation, à peu près inodores, d’une saveur âcre et amère.
Ces écailles offrent la structure ordinaire des organes de même catégorie. Au-dessous de l’épiderme pourvu de stomates, qui recouvre chacune de leurs faces, se trouve un parenchyme, dont les cellules polyédriques, très minces, renferment un suc mucilagineux, incolore ou rosé, que l’alcool coagule. Beaucoup de ces cellules contiennent de l’oxalate de chaux, sous forme de prismes carrés ou d’aiguilles très déliées (raphides), groupées en faisceaux. Ce parenchyme est traversé par de nombreux faisceaux fibro-vasculaires, accompagnés de canaux à latex.
La Scille paraît être un poison cardiaque, comme la Digitale. A faible dose, c’est un diurétique puissant, mais dont l’emploi ne saurait être longtemps continué. Il est bon d’en suspendre l’usage pendant quelques jours, si l’on veut en obtenir de bons résultats, sous peine de voir se produire une inflammation rénale. Ce médicament ne peut donc pas être prescrit contre la néphrite aiguë ; l’on doit aussi s’en abstenir, si l’intestin est susceptible et le supprimer, dès qu’il se montre de la diarrhée.
Les propriétés de la Scille ont été attribuées à l’action d’une substance, qui a été appelée Scillitine par les uns, Skulèine par d’autres, substance mal définie, que Mandet croit être double : la Skulèine, qui serait vénéneuse et la Scillitine , qui serait inoffensive. Selon quelques auteurs, la Scillitine est un extrait; selon d’autres, c’est un principe spécial, mais dont la composition n’est pas connue et que Marais dit être azoté.
La Scillitixe a été obtenue, par Marais, sous forme d'une masse blanche ou légèrement jaunâtre, friable, de saveur d’abord très amère, puis nauséabonde et douceâtre; elle est insoluble dans l’eau et soluble dans l'alcool. Bley et Landerer disent l’avoir obtenue en aiguilles cristallines, mais devenant amorphes, sous l’influence d’une légère chaleur.
La Scillitine de Bley est très hygroscopique ; elle est soluble dans l’eau, l'alcool, l’éther.
LILIACEES
La Scillitino se dissout dans l'acide sulfurique, qu’elle colore en violet; l’eau ajoutée à la solution en précipite des flocons verts. L’acide azotique la dissout, avec coloration rouge vif très fugace. Insoluble dans l’acide chlorhydrique, elle se dissout dans les alcalis caustiques, en se décomposant et perdant son amertume. Elle se combine avec l’acide acétique. Le tannin la précipite en jaune pâle, le bichlorure de platine en jaune, le perchlorure de fer en jaune orange.
La Scillitine est toxique à la dose de 5 centigrammes et détermine une vive irritation gastro-intestinale. Elle produit la mort, en paralysant la contraction du cœur. Administrée par la méthode endermique, elle agit très rapidement.
On emploie la Scille, soit en 'poudre ou en pilules (0,02 à 0,2 par dose), soit sous forme d 'oxymel (5 à 10 grammes), de teinture (10-20 gouttes), ou d’ extrait (0.02 à 0,2).
La Scille possède des propriétés rubéfiantes énergiques, que l’on utilise parfois. En imbibant à plusieurs reprises du papier sans colle, avec le suc ou avec la teinture concentrée de Scille fraîche, on obtient le Papier rubéfiant deMarletta. Il est à croire que ces propriétés sont dues à un principe spécial. Toutefois, SchrofFles a attribuées à l’irritation produite par les nombreuses raphides qui existent dans le parenchyme du bulbe. Flückiger adopte cette opinion et ajoute que le suc de Y Agapantlius umbellatus , L’Hérit., qui est très riche en cristaux aciculaires, produit des démangeaisons et de la rougeur. Il se peut que les raphides soient capables de déterminer des effets de ce genre; mais il nous semble difficile d’admettre que l'action irritante de la Scille soit due à ces aiguilles seulement.
Les bulbes de plantes voisines sont employées en place de Scille, dans les pays où elles croissent. Telles sont:
L'Urginea (Scilla) ait issima, Bak. (Ornithogalum altissimiim, L.), du sud de l’Afrique, qui est à peu près aussi actif;
L 'Urg. indica , Ktli. (Scilla indica, Roxb.), de l'Inde, de l'Abyssinie, du Sénégal, etc., qui est moins actif;
Le Scilla indica , Baker ( Ledebovria ( Scilla ) hyacinthina , Roth), de l’Inde et de l'Abyssinie, regai'dé comme le meilleur succédané de la Scille, et dont le bulbe est écailleux ;
Le Drimia ( Hyacintlius , Poir.) ciliaris , Jacq., du Cap, dont le