‹ Nouveaux éléments de matière médicale (volume 2)Chapitre 158 sur 214 · PIPER AC RES · texte numérisé non relu

PIPER AC RES

usitée comme un stimulant et un astringent des membranes muqueuses. A forte dose, elle produit des vomissements accompagnés d’une sensation de brûlure. Son usage est suivi de constipation.

On emploie aussi, en Amérique, comme astringent et tonique, l’herbe du Comptonia aspleni folia, Gaertn.

PIPÉR ACÉES

Poivre noir

Le Poivre noir est produit par le Piper nigrum , L. {P. aromaticum , Poir.j P. trioicum, Roxb.), arbuste sarmenteux, originaire de l’Inde, cultivé dans ce pays, dans les îles Malaises, aux Philipines, aux Mascareignes, aux Antilles, etc. On en recueille les baies, au fur et à mesure qu’elles arrivent à maturité, et on les fait sécher au soleil; elles se rident.

noircissent et constituent alors le Poivre noir du commerce. Celui-ci (fig. 302) est sphérique, brun extérieurement, blanchâtre à l’intérieur, dur et corné vers la fiq. 302. - Poivre noir circonférence, farineux au centre; sa sa-

entier et coupé vertica- ' , ,

îement. veur est acre, brûlante, poivree, son odeur

piquante et aromatique. On y a trouvé une huile concrète, verte, très âcre, une huile volatile d’odeur poivrée, du Pipérin ou Pipêrine, etc.

La Pipérine(C17 H19 Az 03)est un principe neutre, inodore, insipide, assez semblable à la narcotine, mais qui n’a pas d’action sur la lumière polarisée. Elle est insoluble dans l’eau froide, peu soluble dans l’eau bouillante et dans l’éther, soluble dans l’acide acétique et dans l’alcool, surtout à chaud. Elle cristallise en prismes unobliques, à 4 pans, incolores ou d’un blanc jaunâtre.

La Pipêrine ne peut être regardée comme un alcaloïde. Elle est sans action sur le papier de tournesol et ne se combine pas directement avec les acidesPlusieurs auteurs admettent qu’elle est constituée par une substance de nature saline.

POIVRE NOIR

En effet, la potasse alcoolique bouillante la dédouble en un acide particulier (acide PipèriqUe : G12 H10 O4) et un alca loïde nouveau (Piper idine: Gr> Hu Az). On a :

G17 H19 Az 0< + H2 O = G12 H10 O4 + G5 H11 Az

Pipérine. Eau. A.C. Pipérique. Pipéridine.

ou G17 H19 Az 0:i -4- KH O = G12 H9 KO4 -h G5 H11 Az

Pipérine. Potasse Pipérate Pipéridine.

hydratée. de potasse.

On l’a employée, ainsi que le Poivre, comme tonique, excitant, fébrifuge et stomachique. Sa solution alcoolique a une saveur poivrée ; l'acide sulfurique la colore en rouge de sang.

Le Poivre est à peu près inusité en médecine; mais son emploi comme condiment et les falsifications nombreuses auxquelles il est soumis, surtout à l’état de poudre, nous font un devoir d’en étudier la structure et d’indiquer les moyens de déterminer les substances qu’on y mélange frauduleusement.

Structure du Poivre. — Une section transversale de ce fruit le montré composé de la manière suivante (fig. 303) :

PIPERACKES

lo Une couche épidermique (a), à cellules quadrilatères subarrondies, recouvertes par une cuticule très épaisse.

2° Une couche de cellules pierreuses (b, et fig. 304), de couleur jaune brun et à parois canalieulées, très épaisses. Ces cellules sont de deux sortes : les unes, ovales ou arrondies et à cavité relativement grande ; les autres, de grandeur inégale, allongées radialement, souvent 2-3 lois plus longues que les premières et à cavité linéaire.

3° La couche sous-jacenlé (c) est composée dè cellules de couleur blanc grisâtre, d’abord allongées tangentiellement, puis polyédriques irrégulières et d’autant plus volumineuses qu’elles sont plus éloignées des cellules extérieures ; leurs parois sont très minces; elles contiennent de la fécule et des gouttes d'huile essentielle; au voisinage de la couche suivante, elles deviennent presque carrées et leurs parois se sont épaissies.

Fia. 30 i. — Cellules pierreuses grossies.

Fia. 305. — Tissu cellulaire de la 2e couche du Poivre, contenant de l’huile, (d’après Hassal 200/1).

Ce parenchyme est borné par une assise de plusieurs séries concentriques de cellules en forme de carré long, à parois jaunâtres, ponctuées, un peu épaisses et dont les éléments ont une direction tangentielle et une grandeur à peu près constante.

4° Cette assise est limitée intérieurement par une couche irrégulière de cellules (cl) beaucoup plus grandes, arrondies, ou ovoïdes, ou irrégulières, remplies d’une matière oléagineuse jaunâtre (ûg. 305). Ges cel-

POIVRE NOIR 515

Iules sont comme intercalées au sein de cellules très aplaties tangentiellement.

5o Au-dessous de cette couche, se voit une série de cellules jaunebrun clair, presque carrées, (fig. 303 et 306, e) mais un peu allongées radialement, à lumen très grand, triangulaire arrondi, à paroi externe presque nulle et dont les parois latérales s'épaississent progressivement , jusqu’à la paroi postérieure (interne), qui est très épaisse. Cette couche rappelle à l'esprit l’aspect de la Kernscheide de certaines Salsepareilles, surtout celle de la fausse Sais.

Jamaïque rouge {Jam. allemande) ou mieux l'épibléma des Salsepareilles en général, avec cette différence qu'ici la portion épaisse est interne. Elle correspond à la couche épidermique interne du péricarpe.

6° La mince zone jaune brun-foncé, qui s'appuie sur la couche précédente, est formée de deux séries simples et superposées de cellules à minces parois (fig. 303 et 306, f) allongées tangentiellement, peu distinctes d’ordinaire et qui ne deviennent visibles qu'à l’aide d’un traitement approprié. Celles de la série extérieure sont très aplaties, comme fusiformes et vides; celles de la série interne sont quadrilatères allongées et remplies d’une matière brunâtre. Ces deux séries correspondent â l’épisperme de la semence.

7° L’albumen, qui coin prend la presque totalité de l’amande, est borné extérieurementpar une couche épidermique (fig. 303 et 306, g) formée de cellules quadrilatères, moins grandes que les précédentes, bombées en dehors, épaisses en avant et sur les cotés, très minces en dedans. Audessous decetépiderme, se voit l’albumen (/i),qui estcomposéde cellules d’abord tangentielles, puis ovoïdes-arrondies, irrégulières, à parois peu épaisses et ponctuées, les unes remplies de fécule, les autres, moins nombreuses, contenant de l’huile essentielle et sans doute du Pipérin. car l'acide sulfurique concentré leur donne une coloration rougeà're, analogue à celle que prend le Pipérin, sous l’action de cet acide.

Poudre de Poivre (fig.' 307). — L'étude de la constitution histologique du Poivre permet de dire que la poudre de ce fruit doit être formée de cellules de plusieurs sortes : 1° Les unes grandes, jaunes ou jaune brun, arrondies, ovales ou allongées, à parois épaisses, canaliculées et à lumen large ou linéaire, selon que la cellule est arrondie ou allongée; (b, b; ee);

2° Les autres à parois épaisses sur trois de leurs faces, la quatrième face étant très mince et semblant manquer (/?) ;

Fig. 300. — Portion des couches ri»- 3-G et 7 duPoivie plus grossius.

PIPERACEES

3° D’autres encore, à peu près carrées, plus rares, moins grandes et à parois moins épaisses, un peu allongées, rarement libres, le plus souvent réunies en lambeaux formés de quelques éléments à parois ponctuées ( d ) :

Fio. 307. — Poudre de Poivre noir.

4° Enfin, au milieu des débris ci-dessus, que leur coloration permet de reconnaître immédiatement, se voient des grains de fécule polyédriques, de 1 à 3 millièmes de millimètre de diamètre (a), libres ou inclus dans de grandes cellules ovales ou arrondies, blanc grisâtre ou brunes et quelques gouttes de matière huileuse ( f , g).

Hassall signale, dans le Poivre, la présence de quelques vaisseaux spiraux. Nous n’avons pas vu de ces éléments, dans la coupe transversale de ce fruit, ni dans la poudre préparé par nous, et la figure 308, empruntée à cet auteur n’en montre aucun vestige. La poudre de Poivre, pure, du commerce contient parfois, néanmoins, quelques trachées à

• a) fécule, b .!>; ne) (-('Haies pierreuses; cj cellules <le l'épisperme de la semence; AJ épiderme du fruit; fj) cellules du parenchyme du péricarpe; g, g) cellules du parenchyme de l'albumen; — h) cellules de l’épiderme interne du péricarpe.

POIVRE NOIR

spiricule épaisse, non dérouiable. Ces trachées proviennent évidemment de débris du pédicelle.

Fig. 308. — Poudre de Poivre noir pure, d'après Hassall (d20/l).

Le Poivre est soumis à de nombreuses falsifications effectuées sur le fruit lui-même ou sur sa poudre. Les seules falsifications difficiles à reconnaître sont celles qui affectent cette dernière et qui sont constituées par l’addition de substances de toute nature.

L’examen microscopique de la poudre suspecte est le seul moyen pratique d’arriver à les déterminer.

La finesse des grains de fécule du Poivre permettra d’y reconnaître immédiatement l’addition àeY amidon des Céréales ou des Légumineuses et de la fécule de Pommes de terre. Si, parfois, les cellules féculifères du Poivre, colorées par l’iode, offrent l’apparence de l'amidon des Céréales, un examen attentif, avec un fort grossissement, suffit pour y montrer les amas de grains polyédriques qui les remplissent.

PIPÉRACÈÈS

La Maniguelte sera décelée par la présence de longues cellules fusiformes, transparentes et ponctuées.

L’addition du Piment y sera décelée par l’existence, dans la poudre, de débris du péricarpe, se montrant sous forme de pellicules rougeâtres, garnies de lignes sinueuses irrégulières.

La Poudre de feuilles de Laurier y sera reconnue par la présence de cellules allongées, remplies de matière verte, et par celle de fragments de faisceaux fibro-vasculaires.

Les Grabeaux de Poivre pulvérisés fournissent des amas cellulaires transparents, incolores, irréguliers, assez étendus, avec des fragments noirs ou brun jaunâtre et des cellules comme canaliculées (E. Baudrimont).

Enfin, la forme si différente des éléments observés permettra de reconnaître l’addition de ces résidus des féculeries, que l’on appelle Fleurage, et la poudre des tourteaux de Chènevis, de Faîne, etc., que l’on nomme, on ne sait pourquoi, Épices d' Auvergne .

On ajoute parfois au Poivre de la poudre de noyaux d’olives. Ces noyaux étant essentiellement constituées par descellules pierreuses, peu différentes de celles du Poivre, leur poudre est assez difficile à déceler: toutefois, la présence de cette poudre augmente nécessairement beaucoup la proportion des cellules pierreuses. L'existence d’une grande quantité de ces éléments sera donc un indice de la falsification. La figure 308. empruntée à Hassall, indique la proportion relative dès cellules pierreuses, dans la poudre de Poivre. Le Poivre ainsi additionné est nécessairement beaucoup moins âcre et moins odorant.

L’addition de matières terreuses sera déterminée par l’incinération et, au besoin, par l’analyse des cendres ; on sait que le Poivre fournit seulement -i à 5 0/0 de cendres.

Poivre blanc

Selon Clusius et Garcias ah liorto , ce Poivre est produit par une plante différente de celle qui produit le Poivre noir. Guibourt rapporte qu’il existe, en effet, à l’Ecole de pharmacie de Paris, des fruits tels que les figure Clusius; mais il est certain que la majeure partie du Poivre blanc du com^

POIVRE CUBKBE

nerce est fournie par le Piper nigrum , dont les fruits très nûrs sont décortiqués par macération dans l’eau.

Le Poivre blanc est généralement en grains plus gros que ■.eux du Poivre noir, presque globuleux, d’un blanc grisâtre ■t pourvus, à leur base, d’une petite pointe moussse. Formé exclusivement par la semence dépouillée du péricarpe, ce ruit est nécessairement privé de la couche de cellules pierreuses, existant à la périphérie du Poivre noir. Les seules ellules à parois épaisses, que l’on peut trouver dans sa poudre ont donc exclusivement constituées par celles de la couche pidermique interne du péricarpe, si la macération ne les a ias enlevées. Les falsifications de sa poudre sont d’autant plus acilesà dévoiler; elles sont, d’ailleurs, les mêmes que celles le la poudre du Poivre noir.

Le meilleur Poivre blanc vient deTellicherry, sur la côte de Jalabar. Mais on le prépare surtout dans les établissements les Détroits, d’où on l’expédie principalement en Chine.

En Europe, on lui préfère, avec raison, le Poivre noir.

Poivre Cubèbe

Cette substance est le fruit du Piper Ciobeba, L. fil. (P. audatum, Houtt. ; Ctobeba officinalis , Miq.), arbuste rimpant, indigène des îles de l’Archipel Indien, principalefient cultivé à Java et à Sumatra, soit dans des plantations péciales, soit dans les plantations de Café : on le met u pied des arbres destinés à donner de l’ombre aux Caféiers. 1 grimpe alors à une hauteur de 5-6 mètres, en formant de irges buissons (Manbury). On en récolte les fruits un peu vaut leur complète maturité.

D’abord sessiles et portés en grand nombre sur un rachis ommun, ces fruits en sont éloignés progressivement ensuite, >ar l’élongation d’un pédicelle, qui se forme à leur base et [ui acquiert une longueur environ deux fois plus grande que e diamètre du fruit (fig. 309), d’où leur nom de Poivre à uueue.

Le Poivre Cubèbe se trouve dans le commerce, en grains plus gros que ceux du Poivre noir, sphériques, supportés par

Page 1