EUPHORBIACÉES
Le Grand Pignon d’Inde (fig. 323, B) est une semence noirâtre, finement rugueuse, marquée de quelques brisures transversales, le plus souvent dépourvue de caroncule, celle-ci étant, d’ordinaire, remplacée par une cicatrice
blanche. Ces se- ; mences sont ovoïdes - oblon- j gués, assez analogues à celles ; du Ricin, mais j sans marbrures, ni dépression
Fig. 323. — Fruit et semences du grand Pignon d’Inde. anterieure dOT—
sale. Elles sont
bombées-arrondies sur leur face dorsale, qui porte une côte à peine visible et munies, sur leur face ventrale, d’une carène, d’ailleurs, peu saillante. Elles sont longues de 16 à 20 mil- ' limètres ; larges de 10 à 11 millimètres ; épaisses de 9 millimètres. Leur testa dur, compacte, et cà cassure résineuse,
recouvre un tegmen d’un blanc éclatant. Elles contiennent un albumen charnu, oléagineux, avec un embryon axile, sub-cylindrique.
L’analyse du Grand Pignon d’Inde, par Maillot (de Nancy), a donné les résultats suivants :
Sulfates, chlorures, carbonates de potasse, de soude et de chaux, 0,928 ; silice et fer, 0,036 ; malophosphate de chaux et de magnésie , 4,524 ; huile, 16,324 ; eau, 6,895; glucose, 1,237 ; tannin , 0,448 ; matières albuminoïdes, 19,305; matières pectiques et indéterminées, 0,788 ; matières solubles dans l’alcool et l’étlier, 12,161; cellulose 35,719.
Par expression des amandes et traitement du tourteau, par le sulfure de carbone, Maillot a obtenu 25 0/0 d’huile.
Les semences du Grand Pignon d’Inde ont des propriétés purgatives énergiques. 1 rois de ces semences suffisent pour déterminer d abondantes évacuations alvines, ce qui paraît dû à l’huile qu’elles renferment.
GRAINES DES MÉDICTNIERS
L’Huile de Pignon d’Inde est préparée de plusieurs manières :
1° par ébulliton, dans l’eau, des graines pulvérisées, après torréfaction préalable ;
2° en broyant les graines, que l’on mêle avec la moitié de leur poids d’alcool absolu ; le mélange est exprimé, puis l’alcool est enlevé par distillation. Le résidu étant agité avec de l’eau, l’huile surnage : on la chauffe, pour en séparer l’humidité et on la filtre ;
3° par expression, à froid, des semences mondées.
L’huile obtenue par expression est fluide, transparente, incolore; elle est rapidement colorée en jaune par la lumière. Elle n’est pas siccative. Son odeur rappelle celle de l’huile d’amandes douces ; sa saveur, d’abord fade, devient ensuite un peu âcre. Elle a une densité de 0,88 à -f- 15°, et laisse déposer, au bout de quelque temps, une matière blanche solide, formée de petits cristaux disposés en rosette, surtout abondante à la température de 10° et que Maillot a reconnue être de la Pcilmitine. Elle estàpeu près insoluble dansl’alcool à 90° bouillant (celui-ci n’en dissout que un centième), soluble en toutes proportions dans le chloroforme, l’essence de térébenthine, l’éther, le sulfure de carbone, l’aldéhyde et l’acétone, dans les éthers , essences et huiles de 'pétrole, dans la benzine et ses homologues , ce qui permet de la retrouverdans l’huile de Ricin. Elle est insoluble dans les alcools méthylique et amylique. Agitée avec la potasse et surtout avec l'ammoniaque, elle se prend en une masse blanche, crémeuse, très épaisse. Gomme l’huile de Ricin, elle donne un coagulum blanc, avec l’hydrate de chaux ; la masse devient claire au bain-marie et se dissout dans les huiles, ainsi que dans le sulfure de carbone. Cette réaction, indiquée par Nicklès, n’est donc pas caractéristique de l’huile de Ricin.
L’huile de Pignon d’Inde est colorée en rouge intense, par l’acide azotique fumant; le réactif Boudet (acide hypoazotique) la colore en rouge et la solidifie, après cent cinquante minutes ; le réactif Massie (v. Huile d’Olives) la colore en rouge et la solidifie, après cent vingt minutes. Elle forme, avec les alcalis, mais seulement à chaud, des savons mous,
Cauvüt, Mat. ir.éd.
EUI’HORBIACEES
rancissant à l’air et qui, décomposés par les acides minéraux, donnent un gâteau de consistance butyreuse. Par la chaleur, elle donne de l’acide sébacique et des traces d’Œnanthol; enfin, 100 grammes d’huile, chauffés avec 50 grammes de potasse, fournissent à peine 5 centimètres cubes d’alcool caprylique et 2 à 3 grammes d’acide sébacique.
E. Maillot 1 auquel nous empruntons ces détails, a trouvé que l’huile de Pignons offre la composition suivante : Palmitine et Myristine, 14 à 17 0/0; Ricinolèine , 10 à 15 0/0; Oléine , 70 à 68 0/0. Par la saponification, Bonis en a retiré un acide gras, qu’il a nommé Acide Isocétique (G15 H30 O2) et qui se présente en paillettes brillantes, fusibles à 55°. Maillot ayant traité, par l’acide chlorhydrique, un savon de baryum (préparé par précipitation du savon de soude avec le chlorure do baryum) a obtenu un gâteau d’acides gras, qui, exprimé dans du papier buvard, a été séparé en deux parties, savoir : 85 à 88 0/0 d’un acide liquide et 12 à 15 0/0 d’un acide blanc, cristallisable en paillettes nacrées, fusibles à 55°. Cet acide, qui paraît correspondre à l 'acide Isocétique de Bouis, est, selon Maillot, composé d 'acide Palmitique (G10 H32 O2) et d'acide Myristique (G1 1 II28 O2) = (G30 H60 O4 ou 2 (G15 H30 O2) = acide Isocétique de Bonis.
L’Huile de Pignons d’Inde, aussi appelée Huile de Curcas, a des propriétés fortement drastiques, d’où le nom d' Huile infernale, qu’on lui adonné. Toutefois, cette huile est beaucoup moins active que celle du Croton Tiglium, car elle ne rougit pas la peau et ne purge qu'à la dose de 10 à 15 gouttes. Retirée de graines déjà vieilles, elle a une saveur assez âcre. L’huile de Pignons n’est pas usitée en France, et ne sert guère qu’à falsifier l’huile de Ricin de l'Inde, qu’elle rend beaucoup plus active. Nous indiquerons plus loin le moyen de reconnaître ce mélange.
Les Feuilles du Médicinier cathartique sont cm-
ployées en cataplasmes, comme anti-laiteux.
2° Le Médicinier d’Espagne ou Arbre au corail ( Jatropha mul tifida, L.), arbrisseau de l’Amérique tropicale, fournit aussi
l Étude comparée du l’ignon et du Ricin de l’Inde. Nancy, 1830.