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CHAMPIGNONS Ergot de Seigle (fi g. 112.)
L’Ergot de Seigle est le mycélium scléroïde d’un ChampignonThécasporéendothèque.dont le développement a été surtout étudié par Tulasne, cpii Ta appelé Claviceps purpurca.
L’évolution de ce Claviceps présente trois phases successives, auxquelles on avait donné des noms différents, parce qu’on supposait que chacune d’elles se rapportait à un Champignon particulier : 1° la Sphacélie ( Sphacelia segetam, Lév.) Spermogonie de Tulasne); 2° I’Ergot ( Sclero ti.um clavus , DC.; Spermaedia clavus, Fries.); 3° la Sphérie (Sphæria [Cordiceps] pur pure a , Fr.; Claviceps purpurca , TuL).
A l’origine, l’Ergot se présente sous forme d’un mucus jaunâtre et sucré, appelé Miel de Se ig le, mais doué d’une odeur de Champignon bien prononcée. Ce mucus apparaît çà et là, au voisinage des ovaires ; sa présence attire les Fourmis, le Rhagonycha melaneura , Fabr., et quelques autres Insectes, mais non pas les Abeilles. Il ne contient pas d’huile, ni d’amidon et sa dissolution aqueuse précipite abondamment la liqueur de Fehling; mis sous cloche, au-dessus de l’acide sulfurique, il se transforme en une masse cristalline.
Au bout de quelques jours, ce mucus disparaît et l’on trouve à sa place, autour de l’ovaire, une substance nouvelle,
EUC.OT IiE SEIGLE
qui fut longtemps prise pour un Champignon spécial : Splia-
Ergots.
' ou, l’ovaire atrophié et contracté ; uiséo; sp, Spermogonie (30/0.
celia segetum , Lév.
La fphacélie ou Spermogonie
(flg. 1 13) est constituée par une masse fongueuse, blanche, tendre, marquée de nombreux sillons et creusée de cavités sinueuses, qui s’ouvrent toutes à l’extérieur. Sa surface, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur des cavités, est entièrement tapissée de cellules linéaires, portant à leur extrémité une innombrable quantité de corpuscules (fig. 114) ellipsoïdes-
1-'ig. î 13. — Coupc transversale d’un jeune ovaire, avec la S; ermogonie qui l'entoure '.
Eio. 114. — Portion de Spermogonie très grossie, pour montrer les conidies (d’après Sachs .
cavité ovarienne; po, paroi ovarienne désorga-
CHAMPIGNONS
obtus, que Tulasne regarde comme des tipermaties, mais qui sont capables de germer et qu’il convient de nommer des Conidies.
La Sphacélie se développe autour de l’ovaire jeune, s’identifie avec le parenchyme blanc, qui en forme la paroi externe et se substitue à lui, tandis que la cavité ovarienne
s’oblitère presque entièrement .
Dans le Seigle (fig. 115), elle respecte, en général, le sommet velu de l’ovaire.
l'io. 115. •— Pistil de Seigle presque entièrement modilié par le parasite, et montrant : P lo sommet velu de l’ovaire, surmonté par le Stigmate (st) ; 2" la Sphacélie ( sp ) déjà à demj sèche ; 3“ l’Ergot ou sclérote fsej.qui s'est substitué à l’ovaire.
io. 116. — Ergot de Seigle, à deux états de développement ; A, Ergot surmonté par la SphacéMe (h) encore pourvue de scs sinuosités et portant quelques restes des poils du sommet de l’ovaire ; B, Ergot développé, sec, ridé et crevassé, surmonté par le > î estes de la Sphacélie (a).
L'Ergot naît à la base delà Sphacélie et il est embrassé par elle. A mesure qu’il grandit, il la soulève peu à peu et finit par la porter toute entière à son sommet. Les résidus de la Sphacélie constituent une sorte de matière cérébriforme, blanchâtre, qui surmonte souvent l’Ergot à l’état frais, en même temps que. les restes de l’ovaire encore reconnaissable aux poils de son sommet (fig. 116).
ERGOT DE SEIGLE 203
L’Ergot, une fois constitué, est un corps de longueur variable, formé par un parenchyme dense, blanc, sec et cassant, absolument dépourvu de fécule et qui est composé de cellules étroitement accolées (v. fig. 122. p. 205).
Placé dans la terre humide, l’Ergot produit à sa surface un certain nombre de corps sphériques, d’un rouge violacé, supportés chacun par un pédi celle plus ou moins allongé. Ces corps sont la forme ultime de la végétation du Champignon et ce sont eux que Tulasne appela Claviceps piorpurea (fig. 117).
Le Claviceps offre, sur tout son pourtour, une multitude de fines ponctuations régulièrement espacées (fig. 118), qui sont les ouvertures
Fia. 117. — Ergot (er) après le développement du Claviceps, surtout constitué par une sphérie (h) supportée par un pédicclle (a).
Fig. 119. — Portion fortement grossie de la coupe verticale d’un capitule de Claviceps purpurea, montrant trois ronceptacles ascophores (en, ca'), dont un (en') émet des spores [s').
( ostioles ) d’autant de cavités {cunceptacles ) ovales-acuminées (fig. 118-119), à parois intimement soudées au parenchyme ambiant. L’intérieur de ces cavités est occupé par des thèques allongées, très amincies à la base et renfermant chacune huit spores filiformes très déliées (fig. 119-120).
Fig. 120. — Tliéque de Claviceps ouverte pour laisser sortir les spores filiformes.
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La plupart des Graminées et beaucoup de Cypéracées peuvent produire des Ergots comparables à celui du Seigle. Les Graminées, sur lesquelles on a trouvé des Ergots, appartiennent aux genres : Agropyrum , Alopecurus , Arnmopliila , Anthoxanthum , Arrhenatherum, Avena, Brachypodium , Calamagrostis , Dactylis „ G/yceria. Ilordeum . Lollum , Po«, Triticum , Ampelodesmos ,Or i z a . La plupart de ces Ergots sont inusités ; les seuls que l’on emploie, en dehors de l'Ergot de Seigle , sont, en France, X Ergot du Blé, en Algérie, X Ergot du Diss ( Ampelodesmos tencix) et, dans l’Inde, l’Ergot du Riz (Orizct sativa).
Ergot de Seigle. — L’Ergot de Seigle (lig. 121) est long de 1 à 3 et même 5 centim , large de 2 à 4 millim., aminci à ses extrémités, obscurément carré ou triangulaire;
3es porte, en général, une crenale et quelquefois une ou plu - >s transversales. Il est souvent couvert d’une mince pellicule grisâtre et surmonté, à l’état frais, d’une matière blanchâtre, molle et cérébiiforme (lig. 110), constituée par les restes de la Sphacélie desséchée. Il casse net, quand on le ploie, et montre alors un contenu solide, compact, homogène, blanc au centre, violacé sur les bords.
« Le parenchyme blanc, sec et cassant, dont il est formé, se compose, presque en toutes ses parties, d’utricules globu Jeux, polyédriques, à parois assez épaisses, intimement unis les uns aux autres, mesurant de 5 à 8 millièmes de millimè tres en diamètre et remplis d’une huile limpide, que l'iode colore faiblement. Les utricules superficiels sont seuls colorés et ont. vers l’extérieur, une paroi plus épaisse que du côté interne. C’est la teinte sombre, propre à ces parois, qui communique à la surface de X Ergot la couleur qu’on lui confiait (Tulasne)» (fig.122).
La substance qui colore la paroi des cellules de la couche
ERGOT DE SEIGLE
externe de l’Ergot, se dissout sensiblement dans l'eau et communique à ce liquide une t inte violacée plus ou moins intense
I/Ergot ne contient pas de fécule et la matière constitutive de ses parois cellulaires n’est pas de la cellulose. 11 en résulte que l’iode ne la teint pas en bleu, même après un traitement par l’acide sulfurique.
L’huile contenue dans les cellules en assombrit les préparations et empêche d'en étudier la structure; aussi convient-il de traiter, au préalable, les coupes avec de l’éther ou du sulfure de carbone, qui dissol vent l’huile et rendent les préparations transparentes.
Gomme l’examen histologique de l’Ergot montre que sa structure diffère beaucoup de celle du Blé; que les tissus de celui-ci sont translucides et bleuissent, d’ailleurs, par l'action de l’iode et de l’acide sulfurique, la présence de ce Champignon, dans une farine, est d'une facile détermination. 11 suffit de traiter par l’éther les fragments de tissus, que l’examen microscopique montre les [dus sombres, pour que ceux-ci s’éclaircissent et laissent apercevoir leur constitution spéciale.
L’Ergot récent aune odeur analogue à celle des Champignons; à l'état sec et en masse, il exhale une odeur forte et désagréable. Sa. saveur est d’abord peu sensible; mais il détermine bientôt une astriction persistante à l’arrière-bouche. Lorsqu’on le conserve dans un lieu humide, il s’altère rapidement et dégage une odeur de poisson pourri.
Cette odeur est due à la production d’une matière alcaline spéciale, nommée Triméthylamine (v. Vulvaire).
L’Ergot di Blé (tig. 123) est plus gros, plus dur et plus profondément sillonné, mais moins allongé que celui du Seigle. 11 parait se conser ver mieux. Selon Leperdriel, il est moins toxique et fournit
Calvkt, Mat. méd.
K lo se?.
Ergot île lüc-
Fig. Ii2. — Coupe transversale d'un Ergot de Seigle
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Fia. 124. — Ei-got du Diss.
plus d’extrait aqueux. Ou peut remployer aux mêmes doses (Depaul).
L’Ergot du Diss (fig. 124) est long de 3 à 9 centim., épais de 2 à 2,5 millim., un peu aplati, rarement cylindrique, généralement recourbé, appointi à l’un de ses bouts, mousse à l’autre bout, noirâtre, marron ou cendré au dehors, mais prenant une couleur fauve, quand il est altéré. Il est à peu près inodore; sa cassure est sèche, anguleuse, jaune sale; il donne une poudre jaune grisâtre sale. Lallemand y a trouvé: huile, 3 1 ; erg o line, 2,3; fongine , 50.
L’Ergot d’avoine, que l'on pourrait employer peut-être, est beaucoup plus petit que l’Ergot du Seigle et n’offre pas de stries prononcées.
L’Ergot de Riz a une longueur moyenne de 2 centim. i 1 une épaisseur de 2 millim.
11 peut varier del à 3, 5 centim. de longueur, sur 1 à 4 millim. d’épaisseur. Il est généralement recourbé, appointi à l’une de ses extrémité, obtus à l’autre, et creusé de 2 sillons longitudinaux opposés, profonds, souvent accompagnés de 1-2 autres sillons moins accentués, occupant les faces latérales. Sa couleur est brune, mais semble grise le plus souvent, en raison de la présence, à sa surface, d’une efflorescence blanc-grisatre. Sa cassure est compacte et d’un gris rose enfumé. Les plus gros grains sont assez analogues à ceux de l’Ergot de Seigle: les plus grêles ou les plus maigres, qui sont parfois les plus longs, ressemblent à ceux du Diss.
Ces diverses sortes d' Ergot paraissent avoir des propriétés analogues et peuvent être substituées les unes aux autres.
Composition chimique de l'Ergot de Seigle. — L’Ergot de Seigle a été l’objet de nombreuses analyses. Wiggers y a trouvé : huile grasse, 35 ; substance grasse cristalline , 1 .05 ; cèrine, 0,76; ergotine , 1,25; osmazome , 7,76; mannite, 1,55; matières extractives , 2,23; albumine, 1,46 ; fongine , 46,19; phosphate de potasse, 4,42 ; chaux, 0,29; silice, 0,14.
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On a signalé, en outre, plusieurs autres principes : formiette de Propylamine (Winckler) ; sucre, Trimèthylamine , phosphate de magnésie , chlorure de calcium, formiate de potasse, e te. (Manassewitz) ; cholestérine, mycose, acide lactique et lactates ; acide Sclèrotinique, Scléromucine, des principes colorants (Sclêroxanthine , Sclérojodinè Sclérérythrine ,T)rsLgendorf£) . Au cours de cet article, nous aurons, en outre, à parler de X Ergotinine de Tanret, des acides Ergotinique et Sphacélinique et de la Cornaline de Kobert.
Parmi les diverses substances que nous venons de citer, certaines ont (ou sont dites avoir) des propriétés importantes. Nous les examinerons rapidement. De cette étude résultera sans doute la conviction que, malgré les recherches les plus actives à cet effet, on n’est pas encore arrivé à déterminer la nature réelle du principe ou des principes actifs de l’Ergot.
La matière active la plus anciennement connue a reçu le nom d ' Ergotine. Mais ce nom, d’abord donné à un extrait aqueux par Bonjean, puis à un extrait alcoolique, par Wiggers, enfin à un alcaloïde (?) par Wenzell et par Manassewitz, représente ainsi des substances très différentes.
L’Ergotine de Bonjean est une matière complexe, obtenue en traitant la poudre d’ Ergot par l’eau, dans un appareil à déplacement. O11 évapore au bain-marie, on reprend par l’alcool, on décante et on évapore de nouveau. On obtient ainsi environ 15 0/0 d’un extrait mou, rouge brun foncé, très homogène, d’une odeur agréable de viande rôtie, de saveur amère et piquante. Cet extrait forme, avec l’eau, une dissolution limpide et transparente, d’un beau rouge.
Selon son auteur, l’ Ergotine de Bonjean est un hémostatique puissant. G. Sée a montré que cette préparation possède les mêmes propriétés que l’Ergot.
L’Ergotine ,de Wiggers est obtenue en épuisant, avec l’alcool bouillant, la poudre d’ Ergot débarrassée de l’huile qu’elle contient, par un traitement préalable avec l’éther. La liqueur alcoolique filtrée est ensuite distillée, pour en sé parer l’alcool, et le résidu est additionné d’eau froide, qui précipite l’ Ergotine.
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Celle-ci se présente sous forme d’une poudre rouge brun, de saveur âcre et amère, sans action sur les réactifs colorés, infusible et brûlant à l’air avec une odeur nauséabonde, spéciale. Elle est soluble dans l'alcool, la potasse caustique et l’acide acétique concentré, insoluble dans l’eau, l’éther et les carbonates alcalins. L’acide azotique la décompose à chaud et se colore en jaune; l’acide sulfurique la dissout et prend une couleur rouge brun : la solution sulfurique, traitée par l’eau, précipite des flocons grisâtres,
Les propriétés de l’Ergotine de Wiggers sont mal connues. On l’a dite vénéneuse et hvposthénisante; mais ces propriétés sont niées par Bonjean. Toutefois, Parola dit que. à la dose de 5 décigr., elle ralentit notablement les battements du pouls.
L’Ergotine de Wenzell est soluble dans l’eau, a l’apparence d’un vernis et forme des sels amorphes, déliquescents. En préparant de l’Ergotine par la méthode de Wenzell. Manassewitz a obtenu une substance qui donne un précipité blanc , avec le bichlorure de mercure et avec l’acide gallique; un 'précipité jaune , avec l'acide phospho-molybdique : un précipité blanc jaunâtre, avec le bichlorure de platine. Manassewitz lui attribue la formule C5nH52A2Os. Nous ignorons si ce composé a été étudié cliniquement.
Wenzell a retiré de l’Ergot un deuxième alcaloïde, qu’il appelle Ecboline.
L’Ergotine et l’Ecboline de Wenzell sont des principes solubles dans l’eau, faiblement amers et jouissant de propriétés différentes : l’Ergotine serait peu active, tandis que l’Ecboline posséderait à un haut degré les propriétés médicinales de l’Ergot. Fluckiger rapporte que ces deux bases peuvent être séparées, à l’aide du chlorure mercurique, qui donne un composé insoluble avec l’Ecboline seule.
Les détails que nous avons donné ci-dessus, d’après le Dictionnaire de Chimie de Wurtz, à propos^ des réactions de l’Ergotine de Manassewitz, tendent à montrer que le principe obtenu par cet auteur comprenait à la fois l’Ercotine et l’Ecboline de Wenzell ou seulement cette dernière ; car, si Manassewitz a obtenu 0,12 0/0 d ' Ergotine, Ganser a obtenu 0.0 \ à' Ergotine et 0,16 0 0 d 'Ecboline. Selon
ERGOT DE SEIGLE
Wenzell, ces deux alcaloïdes sont combinés, dans l’Ergot, à un acide volatil (/le. Sclérotique).
Dragendorff rapporte l’action de l’Ergot aux principes suivants, qu’il dit avoir obtenus à l’état pur :
1° Acide Sclérotique ou Sclèrotinique (G12H19Az09 ?) : matière gris brunâtre, hvgroscopique, mais non déliquescente. inodore, insipide, faiblement acide et combinée, dans l’Ergot, à de la chaux, à de la soude ou à de là potasse. Cet acide est soluble dans l’eau et l’Ergot en contient de 4 à 4,50/0. Il diffère évidemment de l'acide Sclérotique de Wenzell. Dragendorff' lui attribue surtout l’activité de l'Ergot.
2° Sclêromucine : substance colloïde, gommeuse, inodore et insipide, peu liygroscopique. Elle se dissout quand on traite l’Ergot par l'eau et est précipitée de la liqueur, par addition d’alcool faible. Après dessiccation, elle se gonfle dans l’eau, sans s’y dissoudre sensiblement. Elle semble ne pas contenir d’azote. Son action paraît être analogue à celle de l’acide sclérotique ; mais ce dernier doit lui être préféré.
Selon Dragendorff, l’Ergot en contient 2 à 3 0/0.
3° Un alcaloïde amer, la Picrosclèrotine.
4° Divers principes colorants, d’importance secondaire au point de vue thérapeutique, mais qui ajoutent leur action à celle des substances précédentes. Dragendorf y a signalé, entre autres principes de ce genre : une matière jaune (Sclèroxanthineje tson anhydride (Sclèro-crystalline) ; une substance rouge, voisine de la purpurine ( Sclèrérythrine ) et qui est. sans doute, celle que sépare de l’Ergot l’alcool ammoniacal; une matière d’un bleu très foncé, quand on la dissout dans la soude et dans l’acide sulfurique ( Sclérojodine ).
Tanret a extrait de l’Ergot un alcaloïde, qu’il appelle Ergotinine.
L’Ergotinine (G35H10Az'lO°) est un principe incolore, cristallisable en aiguilles soyeuses, pouvant se combiner avec les acides, soluble dans l’alcool et dans l’éther. L’Ergotinine se présente sous deux formes : cristallisée et amorphe. Cette dernière forme est obtenue en quantité plus considérable que la première, et elle résulte d'une modification de la forme cristalline. La liqueur éthérée. dans laquelle cristallise l’Er-
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gotinine, n’en fournit que 0,30 par kilogr. d’Ergot, tandis que cette liqueur évaporée, après séparation des cristaux, laisse 0.70 d’Ergotinine amorphe par kilogr. d’Ergot.
L’Ergotininc cristallisée se transforme rapidement en Ergotinine amorphe, sous l’influence de la lumière', surtout quand elle est en solution alcoolique. Cette dissolution, d’abord incolore, vire rapidement au jaune, au vert et au brun; finalement, elle ne contient plus que de la résine. Au reste, ces deux formes paraissent avoir les mêmes pro priétés.
La solution d’Ergotinine est très fluorescente et très altérable.
Enfin, Robert a retiré du Seigle ergoté trois principes actifs, que ce chimiste appelle : Acide Ergot inique, Acide SphacèUque et Cornutinc.
If Acide Ergotinique est un corps azoté, amorphe, très hygrométrique, correspondant à peu près à l’acide Sclérotique de Dragendorff et, comme lui. précipité de ses disso lutions par l’acétate de plomb ammoniacal.
Cet acide existe dans l’Ergotine de Bonjean. Il n’agit pas sur l’utérus, abaisse la pression du sang, et, <à dose toxique, amène la mort en paralysant les centres nerveux respiratoires.
L 'Acide Spkacélinique est un corps résineux, non azoté, soluble dans l’alcool, insoluble dans, l’eau, difficilement soluble dans les huiles grasses, l’éther et le chloroforme.
Il forme la base delà résine d'Ergot ou Ergotine do Wiggers. Robert lui attribue les cas de gangrène observés dans les épidémies d’ergotisme.
La Cornutinc est un alcaloïde, que Tanret croit être de l’ergotine altérée. Au reste, Robert dit que ces deux substances paraissent capables de se transformer l’une dans l’autre.
En dehors des principes ci-dessus, il existe, dans l’Ergot, des matières d’ordre secondaire, mais qu’il importe de décrire :
Le Sucre d'Ergot ou Mycose est très voisin du sucre de Canne et ne diffère de la Tréhalose, que par un pouvoir dextrogyre moindre.
La Mycose (C12H82011, 2 H20) cristallise en octaèdres rhombiques ; elle est très soluble dans l’eau, peu soluble
ERGOT DE SEIGLE
dans l’alcool bouillant, insoluble dans l’éther, soluble sans altération dans l’acide sulfurique concentré. Ses cristaux fondent à 100° et se transforment, par refroidissement, en une masse vitreuse. A 130°, elle perd son eau de cristallisation (2H20); à 210°, elle fond de nouveau, brunit et répand une odeur de caramel. Chauffée avec de la soude et du sulfate de cuivre, elle réduit à peine le cuivre, même après une longue ébullition. Elle est fermentescible et l'acide sulfurique étendu bouillant, la transforme en glucose. L’Ergot en contient i millième.
Le Formiate de propylamine semble ne point préexister dans l’Ergot frais; mais on le trouve dans l’Ergot altéré et sa présence paraît due à la décomposition des matières albu minoïdes. On admet aussi qu’il est produit par la réaction des alcalis, sur ces mêmes matières et l’on explique ainsi l’odeur de Hareng, qui se développe, lorsqu’on traite l’Ergot par la potasse caustique. L’odeur qui se dégage alors a été mise à profit, pour déceler l’existence du Seigle ergoté, dans la farine de Blé.
h' Huile grasse , dont l’Ergot contient unesifoitc proportion (30 0/0), est un liquide verdâtre, mais d’un rouge pour pre par transparence. On la décrit d’ordinaire comme une matière jaunâtre ou même incolore, ce qui tient sans doute au mode de préparation employé.
Cette huile est essentiellement formée d’oléine et de palmitine, mais contient une faible proportion d’acides gras volatils, surtout d’acides acétique et butyrique, combinés à la glycérine. Douée d’une saveur légèrement âcre, elle est saponifiable par les alcalis et soluble dans l’éther, le sulfure de carbone, etc.
L’huile d’Ergot paraît susceptible de s’oxyder rapidement, .lans l’Ergot, surtout dans la poudre, et c’est à son oxydation, :joe l’on rapporte le point de départ delà décomposition des substances actives du Seigle ergoté. Aussi a-t-on observé tue la poudre d Ergot, privée d’huile par l’éther, se conserve tendant très longtemps.
La proportion si considérable d'huile contenue dans l’Ergot tonne, un moyen de déterminer la présence de ce Champi-
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gnon dans la farine de Blé. On sait, en effet (v. Farine ), que cette dernière contient très peu de matière grasse (environ 1 à 3 0/0). Si donc la farine suspecte fournit, avec le sulfure de carbone, une proportion d'huile supérieurede beaucoup à celle que l’on retire d’un poids égal de bonne farine, on pourra croire à l’existence de l’Ergot dans la farine examinée.
Les propriétés de l’huile d’Ergotont été fortement contestées. ('elle que l’on en extrait, par expression à froid, est inoffensive, dit-on, tandis que l’huile obtenue à l'aide de l’éther, possède une certaine activité. Au reste, les auteurs sont loin d’être d’accord sur sa valeur thérapeutique. Ainsi, Wright dit que, à la dose de 20 à 30 gouttes, dans un véhicule approprié, elle agit comme l’Ergot. Selon d’autres, administrée à des Cobayes et à des Chiens, à la dose de 0,6 à 2 grammes, tantôt elle accélère beaucoup la respiration et la circulation, tantôt elle amène une certaine faiblesse, avec lenteur ou intermittence du pouls, paralysie générale, analgésie et mort en quelques heures. Cette différence, dans l'action de l’huile, tient évidemment à la nature des principes qu’elle a dissous. Nous verrons plus loin, que des différences de même ordre ont été observées dans les expériences faites avec
l'Ergot ou ses préparations.
Enfin, Ganser attribue à l’huile des propriétés irritantes, lorsqu’elle est prise, à la dose de 6 grammes, tandis que Flückiger lui refuse des propriétés toxiques. Flückiger pense que les effets observés sont exclusivement dus à la résine, dont l’huile contiendrait environ 7 0/0.
Quant à la Résine de l'Ergot , elle constitue évidemment la majeure partie del’Ergotine de Wiggers. Ce que nous avons dit de la transformation de l’Ergotinine de Tanret en résine, semble montrer que les propriétés de cette dernière substance sont dues à de l'Ergotinine incomplètement modifiée.
Matière colorante. Lorsqu’on traite le Seigle ergoté, soit par les acides minéraux, soit par l’alcool ou par l’eau addi- ‘ tionnée d’un peu d’ammoniaque, ces liquides en enlèvent une matière colorante rouge, que l'acétate de plomb précipite de sa dissolution alcoolique préalablement neutralisée. Cette matière est insoluble dans la benzine, dans l’alcool e.t dans i
ERGOT 1)E SEIGLE
l’éther. Sa facile solubilité dans l’alcool ammoniacal et la coloration qui se produit alors sont des indices précieux, qui permettent de constater l’existence de la poudre d’Ergot dans une farine. Lors donc qu’une farine prendra une coloration rouge, sous l’action de l’alcool ammoniacal, il suffira d’examiner cette farine au microscope, pour y rechercher les cel Iules de l’Ergot et de la traiter ensuite, par le sulfure de carbone, pour y doser l’huile.
Bien que l'Ergot et ses préparations soient d'un usage presque journalier, les propriétés physiologiques de cet agent sont encore assez mal connues. Cela tient, sans doute, aux différences dans la qualité de l'Ergot ou à la diversité de composition des principes expérimentés, soit en raison du procédé employé pour les- obtenir, soit à cause des altérations que la plupart de ces principes subissent avec le temps
Les quelques expériences faites par Dragendorff, avec son acide Sclérotique, concordent assez avec celles de Haudelin, qui s'est servi de l’extrait aqueux.
D'un autre côté, il paraît certain que l'extrait aqueux, bien préparé, possède toutes les propriétés de l’Ergot et peut remplacer avantageusementles divers principes, que l’on a successivement vantés, sous les noms il' Ecbotine, d'Ergotine,d'Ergotinine,à'acide Sclérotique et de Scleromucine, de Cornutine, et d 'acides Ergotinique et Sphacélique.
Les injections hypodermiques, faites avec l’Ergotine de Bonjean, surtout avec l’Ergotine d’Yvon, ont donné les meilleurs résultats contre les hémorrhagies et même, selon Vidal, contre le prolapsus rectal.
Employé à faible dose, l’Ergot agit vivement sur l’utérus gravide, dont il favorise les contractions. A dose élevée, il dilate la pupille, ra lentit la circulation, produit des vertiges, de l'assoupissement, etc ,, 11 peut déterminer la mort,
Mêlé accidentellement au pain, il amène des accidents graves, connus sous le nom d' Ergotisme. Tantôt alors les symptômes observés se bornent à des vertiges, des spasmes, des convulsions (Ergotisme convulsif) ; tantôt et plus souvent, il survient un engourdissement des pieds et des mains, qui se flétrissent, perdent le sentiment et le mouvement et se séparent du corps, par gangrène sèche ( Ergotisme gangréneux) .
Les préparations de l'Ergot les plus employés sont: la Poudre , que l’on prescrit à la dose de 1 à 3 grammes, à prendre en 2 ou 3 fois et à intervalles de 10 à 15 minutes; l'Extrait aqueux (Ergotine de Bonjean), qui est donné à la dose de 0,1 à 0,5, à l'intérieur, on injecté sons la peau, à la dose de 0,1 à 0,3 t.
1 Extrait aqueux, 2 g r. Eau distillée, 10 gr. Glycérine, 10 gr.
Chaque gramme de cette solution contient 1 décigr. d’extrait et peut être injecté d’un coup avec la seringue ’ ravaz.
0| 4 CHAMPIGNONS
La Teinture alcoolique (Alcool, 10 ; Ergotai) est rarement prescrite: on en donne de 10 à 30 gouttes. C’est une préparation énergique.
Ergotine Yvon. - On emploie, sous ce nom, en injection hypodermique, une dissolution qui donne d'excellents résultats. Voici comment on la prépare à l’Iiôtel-Dieu de Lyon :
Ergot moulu. . . •
Acide tartrique. . .
Eau distillée. . . .
Carbonate de chaux. .
Alcool à 93 \ . . .
Eau de Laurier-cerise.
Noir animal très lavé.
Acide Salicylique.
1 kilogramme.
1 gramme.
2 grammes.
Q.. S (environ 700 grammes).
300 grammes.
50 grammes.
1 gr. 50.
On lessive l'Ergot avec 3 kil. d’eau distillée, à laquelle on a ajouté 1 gramme d'acide tartrique ; après 12 h. de contact, on laisse couler goutte à goutte, puis on verse de nouveau, sur l’Ergot, 3 kil. d'eau distillée. Pendant celte deuxième opération, le liquide obtenu de la première est évaporé doucement jusqu'à consistance sirupeuse, en ayant le soin d'enlever le coagulum qui s’est formé ; l’on opéré ensuite de la même manière, avec le liquide provenant de la deuxieme opération. Les deux liqueurs étant mélangées, on réduit le tout a COU grammes, puis on ajoute le carbonate de chaux, qui précipite 1 acide tartrique et, au bout d'un moment, on y ajoute l’alcool en suffisante quantité, pour obtenir un liquide ayant un degré alcoolique de 70o. On agite, on filtre, et l’on chauffe la liqueur filtrée, pour en soustraire l’alcool ; puis on ajoute l'eau de Laurier-cerise (300 grammes) et Q. S. d'eau distillée, pour obtenir un kil. de liqueur : celle-ci est décolorée avec le noir animal. On filtre, on ajoute l’acide salicylique, on laisse déposer dans un endroit frais et l’on filtre enfin, pour la dernière fois.
Pour la bonne réussite de l’opération, il faut avoir soin de laver préalablement, à l’eau chaude, tous les instruments, appareils et filtres.
Pachyma Cocos
On trouve depuis quelques années, dans les collections des drogues d'origine indienne, une substance appelée dans l'Inde, Indian Bread ,
Tuchahoo et Fuh lin//. Porter Smith (Chirvese Materia Medica) dit qu’on l'exporte de Chine, pour l'Inde, sous le nom de Chob-China. Pries a reconnu que cette substance est constituée par le mycélium condensé d’un Champignon inconnu, qu'il a nommé Pachyma Cocos.
Le Pachyma Cocos se présente sous forme de masses tubéreuses, pouvant atteindre la grosseur des deux poings, arrondies ou oblongues, mais irréglières et diversement bosselées, noires, ou brun noirâtre foncé à la surface, qui est souvent chagrinée, blanches à l'intérieur, rj
l'ACIIYJMA COCOS
avec une teinte rougeâtre ou rosée, au voisinage de la périphérie. Dans les échantillons provenant d’individus jeunes et sains, la couche extérieure est en continuité étroite avec la portion centrale. Chez ceux qui proviennent de Champignons plus âgés, la couche extérieure se détache par places et constitue une sorte de membrane noire, comme feutrée, qui rappelle à l’esprit l’enveloppe des Lycoperdon.
On dit généralement que ce Champignon se développe entre le bois et l'écorce des racines de plusieurs arbres, dont il désorganise les éléments et qu’il forme des masses denses de mycélium, mêlé au tissu ligneux altéré : le tout serait recouvert par la portion corticale de la racine. L'examen des échantillons que possède la Faculté de Lyon ne semble pas justifier cette croyance. Voici la descri pton de ces échantillons :
Les uns sont traversés par une racine ayant au plus un centimètre de diamètre, et dont le lieu d’émergence est très variable. Cette racine émet de rares radicelles, dont quelques unes font saillie à l'extérieur du Pachyma. Parfois, elle disparaît entièrement dans la masse : l'échantillon ne présente alors qu’un seul point d’adhérence, avec le végétal nourricier et rappelle ainsi le développement d’une Pomme de terre, à l'extrémité du rameau qui l’a produite.
D'autres se sont accrus sur le côté d’une grosse racine et en ont englobé le périderme, qui a été plus ou moins dissocié, par l’interposition du mycélium entre quelques-unes de ses couches; ou bien, ils se sont simplement appliqués sur une j ortie du pourtour de la racine et se sont moulés sur elle d’une manière si étroite, qu'en les détachant on a arraché en même temps le périderme sous-jacent.
Aucun des échantillons examinés n'ofl're de traces d une écorce recouvrante. Il semble donc que le Pachyma se développe et se nourrit aux dépens du périderme des racines, qu'il englobe complètement, quand elles sont petites, ou auxquelles il se fixe seulement par un point restreint de leur surface, lorsqu'elles sont très grosses.
Holmes rapporte que ce Champignon se rencontre habituellement dans les plantations de Sapins. s La constitution du bois des racines, qui traversent certains de nos échantillons, et celle des écorces englobées dans la masse de l'un d'entre eux montrent l’exactitude de ce renseignement. Toutefois, il semble que les racines existant à l'intérieur de quelques autres appartiennent à des végétaux différents.
Examiné sur une section transversale (?) le Pachyma Cocos nous a paru composé surtout d'éléments tubuleux, agencés d'une manière inextricable ; la nature de ces éléments ne peut guère être déterminée que vers la périphérie du Champignon, où ils se montrent sous forme cle tubes brunâtres, brisés à leur extrémité libre. L’iode n'y clécéle pas lamoindre trace d'amidon. Eu aucune de ses parties, la masse nenous a ofifeit d’une façon précise, une organisation analogue à celle de la Truffe.
Le Pachyma renferme une quantité considérable de pectine, qui, dans les coupes traitées par l'alcool, se présente sous forme d’une matière mamelonnée, trauslucide, occultant la presque totalité de la préparation.
CHAMPIGNONS
On l'emploie clans les affections fébriles et dyspeptiques. Selon Holmes, on le mêle avec la farine de Riz et on en fait de pelils gâteaux carrés, qui se vendent à Hankow, comme aliment.
Cetle substance est, parait-il, substituée parfois aux rhizomes du Smila.v China (Squine), auxquels elle ressemble (?), dit on, et dont on la distingue par l'absence d’amidon.
Les différences sont autrement plus considérables. La Squine n’esl jamais (à notre connaissance) colorée en noir au dehors ; son tissu intérieur rosé, compact et de consistance ligneuse, ne peut, en aucune façon, être comparé au tissu blanc crayeux du Pachyma. Ce dernier se rapproche davantage, par ses caractères extérieurs, ils certaines sortes de Ja'.ap ; mais il n’offre jamais de sections longitudinales, et sa structure interne l’en différencie aisément.
Polypore du Mélèze
Ce Champignon, improprement appelé Agaric blanc, est fourni par le Polgporus officinalis, Fries, qui croît sur le tronc des vieux Mélèzes, dans la Circassie, dans la Carinthie
et dans les Alpes. A l’état normal, il se présente sous forme d’un corps conique arrondi, que recouvre une sorte d’écorce dure et ligneuse, marquée de nombreuses lignes circulaires (lig. 125). Avant de le livrer au commerce, ou le débarrasse de cette écorce et l'on met à nu sa substance intérieure, qui est spongieuse, molle P et légère.
L’Agaric blanc du com mercesemontre en fragments légers, socs, spon-
Fio. 125. — Polyporo de Mclèze gicUX, COU\eitS (1 llllC
poussière crayeuse. Celle de ses faces, qui sc rapporte à la face inférieure du Polypore, est toujours criblée d’une infinité de peituis très déliés,