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POIS POUILLEUX

larges de 5 à 6 centimètres, comprimées, avec des renflements dans les parties qui correspondent aux semences et pourvues de sortes de lamelles ou crêtes transversales, irrégulièrement découpées. Leur surface est garnie de poils durs, lins, piquants, très caducs, qui, appliqués sur la peau, s’y attachent et y déterminent une démangeaison insupportable. Des pro ductions celluleuses et transversales de la paroi divisent le fruit en plusieurs loges superposées , contenant chacune une semence orbicu laire, à faces bombées et à bords plats et noirs, sur une partie de son pourtour. Ces semences sont larges de 2 à 3 centimètres, épaisses de 1 à 2 centimètres, dures, cornées, chagrinées et brunes, sauf vers le bord, dont la teinte gris clair tranche vivement sur la coloration générale brune des faces et sur celle du raphé large et noir, qui occupe la majeure partie du pourtour. Parleur forme et leur couleur, ces graines rappellent assez bien l’aspect d’un œil, d’où le nom d 'Œil de bourrique , qu’on leur a donné.

Fig. 51S. — Fruits et graines du Dolichos urens.

CauVet, Mat. inéd., t. II.

LEGUMINEUSES - PAPI LION AGEES

Le Petit Pois pouilleux (Mucuna pruriens, DG.; Dolichos pruriens , L. ; Stizolobium pruriens , Pers. ; Mucuna prurit a , Hook.) est aussi une plante grimpante/ commune dans les parties chaudes de l’Inde, de l’Afrique et de l’Amérique. Ses gousses (fig. 519) ont à peu près la longueur et

la grosseur du doigt ; elles sont recourbées en S, dépourvues de plis et couvertes de poils brillants , roussâtres, coniques, simples, barbelés au sommet.

Elles sont divisées, par défaussés cloisons obliques, en loges contenant chacune une semence brune, luisante, en forme de haricot et dont le hile unilatéral, très court, est entouré d’un rebord saillant, dur et blanc comme de l’ivoire.

Les poils des Pois pouilleux, surtout ceux de la dernière es- 1 pècc, sont parfois usités pour provoquer l’irritation de la peau ; mais les démangeaisons qu’ils déterminent sont tellement atroces, que les médecins y ont renoncé depuis longtemps. Ils ne servent plus guère qu’à la mise en pratique de l’une des nombreuses et grossières malices, qui sont si fort en usage, dans les ports de mer.

Les poils du Mucuna pruriens sont compris dans la liste des drogues de la Pharmacopée de l’Inde. On les administre, sous le nom hindoustani de Couchage , et mêlés à du sirop ou à du miel, contre les Ascarides lombricoïdes. Ils paraissent alors agir mécaniquement.

Fève de Calabar

Fto. 510. — Fruits du Dolichos pruriens.

La Fève de Calabar ou Fève d’épreuve est la semence du Physostigma venenosum , Balf. , plante delà tribu des Phaséolées, sous-tribu des Euphaséolées. Cette plante est une

FÈVE DE CALABAR

liane vivace et ligneuse, qui croit dans l’ouest de l’Afrique, au voisinage de l’embouchure du Niger et près de la rivière du Vieux-Calabar, où on l’appelle Eséré.

Le Physostigma fut longtemps inconnu des Européens, parce que les indigènes avaient l’habitude de le détruire par tout où ils le rencontraient. On n’en conservait que quelques pieds, dont les semences étaient gardées dans la case des chefs, pour servir de poison d’épreuve. Ce fut seulement en 1859, qu’un missionnaire, le R. Thomson, put s’en procurer des spécimens et les envoya au professeur Balfour, qui en fit le type d’un genre nouveau.

Les semences du Physostigma étaient administrées en nature ou sous forme d’émulsion. Elles paraissent être les seules parties de la plante, qui soient douées de propriétés vénéneuses ; du moins, les essais tentés avec les tiges, par Fraser, n’ont donné aucun résultat.

Ces semences (fig. 520) sont ovales, un peu réniformes, longues de 2 à 3 centimètres, larges de 10 .à 15 millimètres, de couleur brun chocolat et pourvues d’un épisperme dur, cassant, chagriné. Elles pèsent, en moyenne, 4 grammes. Leur bord convexe est parcouru par un raphé (improprement appelé hile), large d’environ 2 millimètres et demi, de couleur noirâtre et bordé, de chaque côté, par une ligne rougeâtre. Ce raphé ou sillon occupe toute la longueur ‘de la graine. Si l’on coupe transversalement une do ces semences, on voit que les cotylédons, fortement rétractés, adhèrent à l’ épisperme et laissent entre eux une large cavité centrale : ces cotvlédons sont blancs, durs et friables.

La Lève de Calabar possède une constitution histologique peu differente de celledes Haricots (V. t. I,p.339). Elle est, d’ailleurs, si nettement caractérisée par sa forme, sa couleur, son épisperme chagriné et par l’énorme raphé, qui occupe

Fi o. 520. — Fève de Calabar.

LÉGUMINEUSES - PAPILIONACÉES

son bord convexe, qu’il est impossible de la confondre avec d’autres semences.

Les cotylédons paraissent être la partie essentiellement active de ces graines; toutefois, il semble que l’épisperme possède aussi une certaine énergie.

Les effets toxiques de la Fève de Calabar furent signalés, en 1840, par le docteur W. F. Danieil, puis décrits par Christison, qui les étudia sur lui-même, en 1855, et enfin par Sfiarpey (1858), qui administra cette semence à des Grenouilles. Depuis celte époque, de nombreux essais ont été laits, soit avec la Fève de Calabar ou avec son extrait alcoolique, soit avec son principe actif le mieux connu, la Physostigmine. De ces recherches, on a pu induire que la Fève de Calabar agit sur le système nerveux central, qu'il paralyse et sur les nerfs périphériques, qu'il excite d'abord, mais dont il amène la paralysie ensuite. Selon Hardy, Bauer, etc., la mort est due à la paralysie finale de la respiration.

L’emploi de la Fève de Calabar, en thérapeutique, n’a pas donné de résultats satisfaisants, dans le traitement des affections nerveuses, qui sont accompagnées ou dépendent d’une activité exagérée des réflexes. Elle paraît, toutefois, avoir agi favorablement, dans quelques cas de tétanos ; mais l'action utile du bromure de potassium et du chloral, dans celte affection, en rendent l’usage superflu. Au reste, les opinions sur les avantages qu’on en peut retirer sont encore controversées. On a dit que la Fève de Calabar est un poison du cœur, dont il amène la paralysie. On observe, il est vrai, chez les animaux à sang chaud, le ralentissement des pulsations cardiaques; mais on ne saurait attribuer ces effets à une action directe sur les nerfs cardiaques et vasculaires, la physiologie du cœur étant encore très imparfaitement connue. Rossbach est porté à les rapporter à une excitation des pneumogastriques. Disons encore que la Physostigmine parait exercer son action sur les vaso-moteurs. F. Bauer a vu, en effet, sous l’influence de ce poison, les veines du mésentère du Chat offrir des contractions partielles : ces vaisseaux montraient, d’une manière alternative, des contractions filiformes et des dilatations variqueuses. D’autre part, Ileidenhain a vu de faibles* doses de Physostigmine augmenter d’abord la sécrétion salivaire, tandis que des doses plus élevées diminuent, puis suppriment celte sécrétion.

Enfin, le canal intestinal est mis dans un état très prononcé de spasme tétanique, qui se produit par des nausées, des vomissements, des selles fréquentes, aqueuses et mucoso-sanguinolentes.

L’effet physiologique le plus important aujourd’hui et peut-être le seul que l'on doive rechercher, dans l’emploi de la Fève de Calabar, est l’action qu’elle exerce sur la pupille, dont elle amène le rétrécissement. A cette contraction, qui dépasse d’un quart et quelquefois de moitié celle qui résulte de causes naturelles, succède parfois un peu

I'KVK L)E CALABAR

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de mydriase, une modification dans l'accommodation et une augmer.talion de réfraction de l’œil. L’instillation, qui s’accompagne ordinairement d’un peu d'irritation de la conjonctive, paraît agir en excitant le muscle ciliaire, car la simple paralysie des fibres rayonnées de l’iris ne'saui’ait expliquer son resserrement actif: ce serait même, d'après Rajaw (de Wilna), sur les extrémités des filets nerveux de l'oculomoteur commun et nullement sur ceux du grand sympathique, que se localiserait l’action stimulante. Vulgarisées en France par Giraldés, ces propriétés ont été bien étudiées, puis décrites avec détail par Greefe, de Berlin. On en déduit naturellement les effets thérapeutiques suivants : 1° traitement de la mydriase spontanée, ne dépendant pas d'une affection cérébrale; 2° possibilité de faire contracter et de réduire des portions d’iris herniées ou procidentes, à la suite de traumatismes. La dilatation préalable de la pupille, par la Belladone, n’emp.êchant même pas son rétrécissement par la Fève de Calabar, on a pu, par des instillations successives des deux médicaments, détruire des adhérences pupillaires ou réduire les synéchies après perforation de la cornée.

La Fève de Calabar contient de 1/2 à 1/3 0/0 d’une huile grasse et 12 0/0 de principes albumineux et mucilagineux , Teich y a trouvé 48 0/0 à' amidon et 23 0/0 de matières albumineuses; par l’incinération, elle laisse environ 3 0/0 de cendres, composées surtout de phosphate de potasse.

Les effets qu’elle détermine sur les animaux sont dus à deux alcaloïdes, selon Harnack : la Physostigmine et la Calabarine.

D’après Harnack, la Physostigmine possède seule des propriétés myotiques.

La Calabarine aurait les propriétés tétaniques de la strychnine. C’est à sa présence, en proportions variables, dans les divers extraits de Fève de Calabar, que ces extraits doivent la diversité des effets observés sur la moelle épinière et, par suite, la divergence des opinions émises au sujet des propriétés des préparations de Fève de Calabar.

La Calabarine se distingue de la Physostigmine par deux caractères : elle est insoluble dans l’éther ; son iodo-mercurate est insoluble dans l’alcool. La physostigmine a des propriétés inverses.

La Physostigmine a été obtenue, pour la première fois, par Jobst et Hesse (1863). Elle se présentait sous la forme d’une substance amorphe, jaune brunâtre, à réaction alcaline,

LEGUMINEUSES — PAPILIOXACEES

peu soluble dans l’eau et soluble dans les acides. Sa dissolution aqueuse rougit bientôt à l’air et, quelquefois même, passe au bleu foncé. La coloration rouge est évidemment due à une oxydation de la Physostigmine ; les agents réduc teurs (hydrogène suif are , acide sulfureux ) la font disparaître, en elfet, tandis qu’elle se montre de nouveau, par l’évaporation de ces agents.

En 1867, Hesse obtint une Physostigmine incolore, ayant pour formule G30 II21 A/.3 04(?) ; cette substance se ramollit à -p 40°, fond à 4- 45 et se décompose à 100°, en prenant une couleur rouge. Duquesnel, Harnack- et Witkowski l’ont obtenue sous forme d’une masse sirupeuse, claire, devenant cassante par la dessiccation. A. Yée et Leven ont seuls obtenu cet alcaloïde sous forme cristalline et probablement à l’état de pureté absolue. L’impossibilité où s’est trouvé Hesse d’arriver au même résultat, l’a porté à supposer que l’aspect cristallin de l’ alcaloïde préparé par Vée et Leven pouvait bien être dû à la présence d’un peu de cholestérine. Flückiger partage son opinion; mais rien ne justifie cette manière de voir, qui est une simple hypothèse.

Yée et Leven ont donné à leur alcaloïde le nom d ' Esèrine; cette dénomination n’a pas été adoptée, du moins à l’étranger. Voici les conclusions que ces savants ont tiré de leurs recherches :

L’Ésérine pure est incolore, mais, en raison de sa grande altérabilité au contact de l’air et d’une eau mère alcaline, il est très difficile de l’obtenir sans une teinte rosée. Elle cristallise en lames minces, de forme rhombique. L’éther et le chloroforme la dissolvent facilement et l’alcool mieux encore; l’eau n’en prend que fort peu. La dissolution aqueuse bleuit le tournesol ; exposée à l’air, elle prend une couleur rouge, qui devient rapidement très intense.

L’Esérine se dissout dans les acides et forme, avec eux, des sels solubles (cristallisables, selon Mayer de New-York). Le sulfate d’Esérine, dissous dans 200 parties d’eau, est précipité par divers réactifs : en blanc , par le tannin ou par l’iodhydrargyrate de potassium iodé; en brun , par l’iodure de potassium iodé; en jaune , par le chlorure d’or : ce dernier

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