GG
Examen des écorces provenant de la tige. — Au dire des auteurs, la présence de Lichens, visibles surtout à la loupe, est spéciale aux écorces de tige. Mais c’est là un caractère fugace, que l’exfoliation de l’écorce fait disparaître et qui manque parfois sur des écorces non encore exfoliées.
La constitution de ces écorces varie, d’ailleurs, avec le point de l’axe dont elles proviennent. Si l’on compare, en effet, l’écorce du tronc d’un Grenadier vivant à celle des rameaux du même végétal, on voit que ces écorces different : 1° selon qu’elles proviennent départies vigoureuses ou chétives; 2° selon qu’elles sont retirées d’un tronc, d’une grosse branche, d’un rameau.
1° L’écorce des rameaux sains est lisse et intacte, ou crevassée de fissures longitudinales, à travers lesquelles passe le parenchyme, qui se montre au dehors comme un tissu fongueux, jaune brunâtre clair. Le périderme est d’un gris passant au rouge brun et au noir. 11 présente soit des lenticelles, soit des ponctuations arrondies, résidus de bourgeons avortés, soit enfin des taches noires, punctiformes ou linéaires et de très petites cupules dues à des Cryptogames du groupe des Hypoxylons.
2° Sur les grosses branches et sur la tige , l’écorce est proportionnellement plus mince que celle de la racine, rougeâtre et plus ou moins lisse ; elle s’exfolie en plaques d’une faible épaisseur, qui adhèrent encore, par places, aux tissus sous-jacents.
3° Chez les tiges et chez les branches à végétation chétive, l’écorce est noirâtre, profondément fendilllée ou fissurée; l’exfoliation y est plus lente et se produit par petits fragments. Cette écorce est plus épaisse que celle des parties vigoureuses.
Examen de l’écorce des racines. — Dans les racines de grosseurs diverses, l’écorce a toujours une surface fongueuse, peu ou point fissurée, sans tracesbien manifestes d’exfoliations. Elle est brun rougeâtre ou brun fauve, noirâtre dans les parties exposées à l’air et souvent alors verdie par des Algues microscopiques. Elle n’offre, d’ailleurs, aucune trace de Lichens. Selon le diamètre de la racine, son épaisseur varie de 1 à 3 millimètres.
mÊÊrnàMâû
r>.nw-r A-^»b ..y ty
SlMI
igdçg;
HÉra
Mi
f«îp
G.Nicc/i
imopc
li^àiV^KagSSB^Sgfi "'niffi Sw%iifqja ,.
luïïi,J l'
'S^ioO’n rt ’
Constitution histologique des écorces de racine et de tige.
1° Racine. — Sur une section transversale (fig. 555), comprenant l’écorce et un peu de bois, l’écorce de racine "se montre composée des éléments ci-après : .
Suher (S) épais, brun, à cellules allongées tangentiellement et dont les plus extérieures sont déformées.
Parenchyme (G .h) à cellules quadrilatères ou irrégulières, un peu plus épaisses que celles du suber.
On y observe, par Rn^| places, des amas de cellules à contenu granuleux et quelques cellules solitaires , renfermant une masse cristalline arrondie, que la lumière traverse à peine et qui, à un faible grossissement, se dessine comme un point noir.
Liber (F. I) formé d’éléments à parois minces, à section subarrondie et d’autant plus grands qu'ils sont plus extérieurs. Les cellules de cette couche sont de deux sortes : les unes plus ou moins translucides et contenant de la fécule; les autres sombres, presque noires et contenant une masse cristalline. Ces dernières sont toujours juxtaposées dans un même faisceau, parfois en séries radiales, plus souvent en séries tangentielles. Comme d'habitude, ces sériés se correspond, nt dans les faisceaux voisins. La couche libérienne se montre composée de zones concentriques alternatives de cellules translucides ou granuleuses et de cellules sombres. Cette disposition caractérise l'écorce du Grenadier (tige et racine).
1 ta. 555 — Coupc transversale d ue écorce de racine de Grenadier.
GRANATÈES
Au voisinage dubois, les rayons 'Médullaires (R m) sont formés d'une sérié simple de cellules d’abord à peu prés carrées, puis allongées ravalement. En se rapprochant de la périphérie, ces cellules s'élargissent
W$$j^sSmiiê héSéü
■m&z -tm? Kf> zz
-••2nDo2uoüüô&t»0i2OÜ£û?N«»°32e,*?*\!ûï*aOccVt£ê^^^
fes; M & a^àa^Iâ^g^g^!^gs^E5s®^s^sa^f.
M’.v '.: ,w^o?ô ,L‘ .-üS i ; "*' •••
iRramffi A COLLT.ÜLL
Fio. 550. — Coupe transversale d’une écorce de tige de Grenadier.
de plus en plus perpendiculairement au rayon et se divisent en 2-3-4 cellules à grand axe tangentiel, qui se confondent progressivement avec le parenchyme cortical.
Cette disposition terminale des rayons coïncide avec un rétrécissement concomitant des faisceaux libériens, qui s'amincissent, s'effilent et se terminent en une pointe plus ou moins ondulée.
Zone génératrice (Zg) étroite, formée de 4 à 6 séries de cellules.
Bois (B) à fibres peu épaisses et à vaisseaux assez grands.
2° Tige. — L’écorce de la tige présente les mêmes éléments, sur les très jeunes branches; mais, comme elle s’exfolie de bonne heure, on doit s’attendre à voir les couches extérieures disparaître successivement. Chez les jeunes bronches, le suber manque d'ordinaire.
Dans les branches à écoive fissurée, brune ou noirâtre, indice d’une végétation chétive, le parenchyme cortical, peu développé, est borné en dehors par une couche de cellules brunes ou noires affaissées, déformées et ne pouvant être rapportées à un suber depuis longtemps disparu ; les faisceaux libériens ne sont pas appoinlis à leur extrémité.
Enfin, dans les vieilles branches et dans les troncs à végétation vigoureuse, où l’exfolialion s’effectue largement, la section transversale (fig. 556) montre que toute la portion appointie des faisceaux libériens a disparu; ces faisceaux sont formés de masses celluleuses parallèles, séparées par des rayons médullaires à (Rm) à cellules unisériées. Les rayons sont d’inégale longueur; beaucoup d’entre eux sont interrompus ou s'intercalent au milieu des faisceaux. Les faisceaux libériens sont coupés carrément à leur extrémité; ils atteignent la face externe de l'écorce ou n'en sont séparés que par une mince zone cellulaire, constituée par les éléments du liber, dont les cristaux ont été résorbés.
La zone génératrice (Zg) est composée de 10-12 séries de cellules.
Les fibres ligneuses (B) ont des parois plus épaisses que dans la racine. Dans le parenchyme des jeunes écorces, on trouvé généralement d’énormes sclérules, à cavité, soit très' étroite, soit large et à parois canaliculées. Ces sclerules sont rares dans le liber.
Si l’on compare les écorces de racine de Grenadier du commerce aux écorces de la tige et de la racine, étudiées sur le végétal vivant, on arrive aux conclusions ci-après :
1° En général, l’écorce du commerce est constituée par des écorces de tige.
2° Celle qui provient des jeunes branches est toujours étroite, mince, plus ou moins enroulée; elle peut être ;
a) Tantôt brun noirâtre, avec des restes d’un périderme gris, mince, pourvu de lenticclles ;
b) Tantôt gris verdâtre, lisse, avec des fentes longitudinales fauves et de petites taches noires ou brunes, soit linéaires ou arrondies, soit punctiformes et formées par des cupules d’Hypoxylon ; parfois, mais plus rarement, on trouve des plaques de Parmelia;
c) Tantôt, enfin, brun fauve ou brun grisâtre, lisse ou striée en long, sans traces d’Opegrapha, ni d’Hypoxvlons.
GRANATÉES
Quand elles n’ont pas été brisées, ces écorces ont toujours leurs bords taillés en biseau ; leur épaisseur varie de 1/2 à i millimètre; leur suber est d’ordinaire peu distinct; leurs faisceaux libériens sont appointis en dehors.
3° Celle qui provient des troncs ou de grosses branches à végétation vigoureuse est en plaques larges, peu ou point roulées, relativement minces, rarement fongueuses, grises ou fauve clair et garnies, parplaces, d’exfoliations grisâtres ou fauves.
4° Celle qui provient de troncs ou de grosses branches à végétation chétive est en plaques un peu roulées, verruqueuses ou fongueuses, brun fauve clair, taillées en biseau sur les bords et paraissant avoir été raclées. Elles n’offrent jamais de traces de productions cryptogamiques.
Les écorces des deux derniers groupes sont toujours dépourvues de suber; leurs faisceaux libériens sont droits ou courbes, jamais appointis, toujours coupés carrément en dehors, où ils se terminent dans le parenchyme cortical plus ou moins déformé.
Quelques écorces seulement offrent l’aspect extérieur et la constitution de l’écorce de la racine.
L’écorce de racine de Grenadier du commerce provient donc à peu près exclusivement des branches ou du tronc des Grenadiers. Cette substitution est elle sans inconvénient? Gubler ( Commentaires du Codex) dit que l’écorce de tige parait jouir des mêmes propriétés que celle de la racine. Tout porte à croire que ces deux parties d’un même végétal doivent contenir les mêmes principes; mais on sait que les parties aériennes d’une plante sont toujours moins actives que scs parties souterraines. Il est donc naturel d’admettre que l’écorce des tiges de Grenadier est douée de propriétés moins énergiques. L’expérience nous a montré qu’il suffit de 40 à 45 grammes d’écorce de racine pour expulser le Ténia, tandis que ce résultat n’est d’ordinaire atteint qu’avec 80 grammes de l’écorce du commerce : encore celle-ci doitelle être soigneusement débarrassée du bois (inerte) dont elle est d’ordinaire accompagnée. Nous pensons donc que la substitution de l’écorce de la tige à celle de la racine ne doit pas être autorisée.
L’écorce fraîche agit mieux que l’écorce sèche ; toutefois, comme les Grenadiers du Nord sont naturellement moins actifs que ceux du Midi, parce qu’ils ne peuvent être cultivés en pleine terre, il faut préférer l’écorce sèche, apportée du Midi, en ayant le soin de la faire macérer pendant 12 heures, avant la décoction (Grisolle) Pour obvier à cet inconvénient, on fait venir du Midi la racine fraîche, que l’on conserve dans du sable et dont on sépare l’écorce, au moment de s’en servir.
Lorsqu’elle est convenablement administrée, l’écorce de racine de Grenadier est un ténifuge assuré. Elle détermine quelques coliques et ne peut d’ailleurs être supportée par tous les malades. Très souvent, elle provoque des vomissements, dès la première ou la deuxième dose; si le malade peut surmonter la répugnance alors causée par le remède, il convient d’administrer la troisième dose, qui est généralement conservée.
L’écorce déraciné de Grenadier contient divers principes : de la mannite ( Grenadine ? de Latour de Trie), une substance âcre, que Righini a appelée Pimicine , de l’acide gallique^et une sorte de tannin, que Remhold a nommé acide Punico-tcinnique (G2u HIC O13). Son principe actif f Pelletièrine) n’est connu que depuis quelques années. Tanret, qui l’a découvert, a reconnu qu’il est formé par un mélange de quatre alcaloïdes.
La Pelletiérine est obtenue en traitant l’écorce par un lait de chaux, puis épuisant la matière avec de l’eau. La liqueur de lavage est agitée avec du chloroforme, qui lui enlève la Pelletiérine et celle-ci est séparée du dissolvant, à l’aide d’un acide étendu (sulfurique, chlorhydrique, azotique). La solution saline est alors additionnée de bicarbonate de soude, saturée d’acide carbonique et reprise par le chloroforme. Celui-ci dissout deux alcaloïdes (Pelletiérine et Isopelletiérine) et en laisse deux autres, que l’opération précédente n’avait pas précipités. Ces derniers en sont retirés par addition de soude caustique et traitement par le chloroforme : Tanret les a appelés Pseudopelleliérine et Mé- (hylpelletiérine.
GIUNATKES
Les deux alcaloïdes déplacés par le bicarbonate semblent être sans action sur le Ténia; les deux autres sont des ténifuges certains.
La Pelletiérine (G8 H13 Az O) est un liquide incolore, dextrogyre et d’une densité de 0,088. à 0°. Elle est soluble dans l’alcool, l’éther, le chloroforme et dans 20 fois son volume d’eau. Elle est très alcaline, répand des fumées blan ches, au contact de l’acide chlorhydrique gazeux et est précipitée par la plupart des réactifs des alcaloïdes.
L ' Isopelletièrine ressemble beaucoup à la Pelletiérine; mais son sulfate est déliquescent et elle est sans action sur la lumière polarisée.
La Mèthylpelletièrine (G9 H17 Az O) est liquide et dextrogyre; ses sels sont très hygroscopiques. Elle prédomine dans les racines.
La Pseudopelletièrine (G9 H15 Az O) prédomine dans les tiges. Elle est soluble dans l’eau, l’alcool, l’éther, le chloroforme et donne les mêmes réactions que la Pelletiérine, mais elle est sans action sur la lumière polarisée. Elle déplace de leurs combinaisons l’ammoniaque, la chaux, la baryte, l’alu mine, mais non la magnésie. Un kilogramme d’écorce sèche n’en fournit que 0,3 à 0,6.
La Pelletiérine primitive ou comprenant les quatre alcaloïdes ci-dessus est un liquide oléagineux, incolore ou un peu jaunâtre, volatil, fortement alcalin et qui dégage des fumées blanches, à l’approche d’une baguette mouillée par l’acide chlorhydrique. Elle forme, avec les acides, des sels cristallisables. Son odeur est aromatique et un peu vireuse.
A la dose de 5 décigrammes, la Pelletiérine détermine des vertiges, avec une légère tendance syncopale. Cette action la rapproche du Curare ; aussi doit-on en surveiller l’administration, chez les enfants.
On la donne ordinairement à la dose de 4 à 5 décigrammes, avec 12 à 15 décigrammes de tannin, dans 100 grammes d’eau. Un quart d’heure après, on fait prendre de l’huile de Ricin ou une infusion de Séné.