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PIMENT OU POIVRE DE LA. JAMAÏQUE

Si on l’agite avec de l’eau, la diminution du volume de l’essence y indiquera la présence de Y alcool ou de la teinture de Girofle. Si elle contient de V huile , il se produira trois couches nettement différenciées : une supérieure formée par l’huile; une inférieure constituée par l’essence; une intermédiaire, qui est de l’eau.

Flückiger a indiqué le procédé ci-après, pour reconnaître la présence de Y acide carbolique : on agite l’essence avec 50 à 100 fois son volume d’eau chaude; on laisse refroidir et l’on décante. La liqueur est concentrée à une douce chaleur; puis, à quelques centimètres cubes du liquide, on ajoute une goutte d’ammoniaque et l’on projette à sa surface une pincée de chlorure de chaux. On agite : si l'essence contient de l'acide carbolique , elle devient verte , puis bleue. L’essence pure ne donne pas ces colorations.

Piment ou Poivre de la Jamaïque (fig. 5 58)

On appelle ainsi le fruit du Myrtus Pimenta L. (Eugenia Pimenta , DG., Pimenta officinalis , O. Berg). Ce fruit est une baie sèche, ligneuse, à 2 loges monospermes, grosse comme un pois, arrondie, gris rougeâtre ou brun ferrugineux , couverte de petites glandes tuberculeuses et surmontée par les 4 lobes calicinaux ou seulement par leur base : celle-ci forme alors un bourrelet blanchâtre, occupant le sommet du fruit. Les semences sont plati-convexes, réniformes, pendantes et composées d’un embryon spiralé, couvert de glandes oléifères ; cet embryon est presque uniquement constitué par la radicule, les cotylédons étant petits et soudés.

Une section transversale du péricarpe de ce fruit montre, au-dessous de l’épiderme , do nombreuses cavités remplies d huile essentielle. Ces cavités sont creusées dans un parenchyme, dont certaines cellules offrent des parois épaisses et contiennent de la résine, tandis que d’autres, plus petites, renferment des cristaux d’oxalate de chaux. De minces fais-

Pig. 558 — Piment de la Jamaïque.

Cauvkt, Mat. ruéJ., t. II.

MYRTACÊES

ceaux tibro- vasculaires traversent ce tissu. Enfin, les graines offrent de l’amidon et quelques réservoirs à huile.

Le Piment de la Jamaïque possède une odeur très forte et très agréable de girofle et de cannelle. On le recueille avant sa complète maturité. On l’emploie comme épice ; son eau distillée est fréquemment usitée en Angleterre.

Soumis à la distillation, il donne 3 à 4,5 0/0 d’une huile essentielle, ayant la même composition que l’essence de girofle, mais dans laquelle on n’a pas trouvé d’acide salicylique. Les sels de fer colorent le Piment en noir.

Piment couronné ou Poivre de Thevet

Ce fruit, attribué au Myrtus pimentoides , Nees, parait fourni par diverses espèces. O. Berg le rapporte à ses Amomis acids, A. Pimenta , A. pimentoides, A. oblongata. Mais, Indivision du genre Pimenta en deux autres (Pimenta, Amomis), proposée par Berg, n’est pas admise par Bentham etllooker. H. Bâillon décrit le Poivre de Thevet, sous le nom de Pimentaire (Day -berry , des Anglais) et le dit produit par le Pimenta acris , Wight (Myrtus acris, S\v. ; M. caryophyllata, Jacq, nec L. ; Myrcia acris, DG. ; Amomis acris , Berg; Euyenici acris, W. et Arn.), arbre des Antilles et des côtes voisines de ces îles, surtout du Vénézuéla.

Ce Piment est rare ; il possède les mêmes propriétés que le Piment de la Jamaïque.

Il se présente sous forme de baies sèches (fig. 550),

ovoïdes-globuleuses, tuberculeuses, rouge brunâtre, très aromatiques, surmontées d’une couronne un peu évasée, formée par les restes persistants du calice. Il offre ordinairement 2 (rarement 3) loges monospermes. Les semences sont tantôt petites et irrégulières, tantôt bien développées, réniformes et contenant un embryon spiralé.

Aux États-Unis, on emploie comme stimulant, sous les

ESSENCE DE CAJEPUT 579

noms de Bay-rum et de Spiritus Myrciæ, un alcoolat obtenu en distillant du rhum sur les feuilles de l’arbre.

Le Piment dit de Tabasco ou Piment du Mexique est un

fruit peu différent du premier, mais grisâtre, plus gros, moins rugueux et moins aromatique. Il est attribué au Myrtus Tabasco , Willd. (Pimenta offîcinalis, e Tabasco , Berg).

Essence de Cajeput

Cette essence est fournie par le Melaleuca minor, Sm. (M. Cajuputi, Roxb. ; Arbor alba, de Rumphius; fig.560). petit arbre des îles de l’ Archipel Indien et qui paraît n’être qu’une variété du Mel. Leucaden dron, L. ( Myrtus Leucadendron , L.

f. ; M. s aligna,

Gmel.). Lesindigènes . l’appellent Kayu-puti (Bois blanc).

L’essence de Cajeput est obtenue par distillation des feuilles, à Bornéo et aux Célèbes. Elle se présente sous forme d’un liquide très mobile , transpa- F‘q- sôo. - neiaieuca minor .

rcnt, vert-bleuâtre,

d’un poids spécifique de 0,926 et qui ne se congèle pas — à 13°. Elle dévie à gauche la lumière polarisée. Sa saveur est aromatique et un peu amère ; selon Guibourt. son odeur, qui est forte et très agréable, rappelle à la fois celles de la térébenthine, du camphre, de la menthe poivrée

MYRTACÈES

et de la rose. Lorsqu’on laisse l’essence s’évaporer librement à l’air, l’odeur de rose est prédominante. Schmidt, en 1860, et Gladstone, en 1872, ont montré que l’essence deCajeputest formée principalement de Cajeputol ou bihydrate de Cajeputène (Clü H16, H2 O), que l’on peut en retirer, par distillation fractionnée, à 174°. On en sépare du Cajeputène (Ci0 h16), qUj possède une odeur agréable de Jacinthe, en la distillant à plusieurs reprises, avec de l’acide phosphorique anhydre. Si l’on continue la distillation, on obtient deux autres principes, ayant la même composition que le Cajeputène : YIsocajeputène , qui passe à 177° et le Paracajepiotène , qui distille entre 310° et 316°. Le Cajeputène passe entre 160 et 165°.

Traitée par 2 fois son poids d’acide sulfurique dilué, à 1,09, l’essence de Cajeput fournit, au bout de quelques semaines, le composé cristallin ayant pour formule Clü H16, 3 H2 O.

Selon Schwanert, elle donne de Y acide camphr étique et non de l’acide camphorique, sous l’action de l’acide azotique concentré et bouillant. La coloration verte de l’essence de Cajeput est due à du cuivre facile à constater par les réactifs appropriés. Toutefois, selon Guibourt, les essences obtenues des feuilles de plusieurs Melaleuca, Metrosideros et Eucalyptus ont une couleur verte.

L’essence de Cajeput est un existant très puissant, que les Chinois et les Malais regardent comme une panacée. Ils l’emploient à l’extérieur, pour ses propriétés rubéfiantes et, à l’intérieur,- comme stimulante, antispasmodique et diaphorétique, à la dose de 4 ou 5 gouttes, sur du sucre.

Il parait qu’on pourrait lui substituer, les essences des Melaleuca erici folia, Sm., et M. linarii folia , Sm., ainsi que celle de Y Eucalyptus oleosa, F. Mueller.

Les Feuilles du Niaouli (Mel. viridiflora, Gaertn.), de la Nouvelle-Calédonie, fournissent, par distillation avec de l’eau, une essence incolore, d’odeur vive, assez agréable et offrant à peu près les propriétés de l'essence de Cajeput. Selon Bavay, cette essence peut être employée en frictions, contre le rhumatisme. Comme son prix ne dépasserait guère 3 ou 4 francs le kilogramme, on pourrait la substituer à l’essence de Cajeput.

FE U H .LES D’EUC A LYPT U S

Feuilles d’Eucalyptus

L’ Eucalyptus globulus , Labill. , vulgairement appelé Arbre à la fièvre, est un grand arbre originaire de l’Australie et de la Tasmanie, maintenant cultivé en Algérie, où il croît avec une grande vigueur. Toutes ses parties, surtout les feuilles, sont pénétrées d’une huile essentielle, qui leur communique une certaine activité.

Les Feuilles d’Eucalyptus sont dimorphes :

1° Celles qui proviennent des jeunes arbres (fig. 561) sont sessiles, ovales, un peu élargies à la base (qui est cordée, unpeu embrassante) obtuses au sommet, entières et abords un peu réfléchis, longues de 10 à 15 centi mètres, larges de 4 à 8 centimètres. Ces feuilles sont d’abord membraneuses et vert bleuâtre, puis coriaces et jaunâtres. Leur nervure médiane, saillante surtout en dessous, donne naissance à de nombreuses nervures secondaires, les unes grandes, les autres plus petites et dont les extrémités s’anastomosent vers le bord de la feuille, où elles dessinent une sorte de nervure latérale longitudinale, irrégulière.

2° Les feuilles des vieux arbres (fig. 562) sont pétiolées, falciformes, lancéolées, atténuées au sommet, obliques à la base, souvent tordues sur le pétiole, de manière à ce que leurs faces deviennent latérales. Ces feuilles sont coriaces, d un vert jaunâtre, longues de 10 à 20 centimètres, larges de 2 à 5 centimètres ; leur nervure médiane, saillante, émet de nombreuses nervures secondaires, fines, unies de chaque

Fig. 5Ü. — Feuille des jeunes Eucalyptus.

Fig. 562. — Feuille des vii ux Eucalyptus.

MYRTACEES

côté, à leur extrémité, en une nervure latérale, occupant le voisinage du bord.

L’Essence d’Eucai.yptus est, selon Gloëz, composée d’un hydrure de carbone, Y Eucalyptène (G12 Hi8) et d'une sorte de camphre liquide, appelé Eucalyptol (G12 H20 O), qui paraît en être la partie active. L’ Eucalyptol est incolore et bout à 175° ; il a une densité de 0,905, à -f- 8°, dévie à droite la lumière polarisée et ne se congèle pas à — 18°. Sa saveur est fraîche; à l’état de dilution dans l’alcool, il a une odeur de rose. Il est peu soluble dans l’eau, soluble dans l’alcool, l’éther, les huiles volatiles, ne réagit pas vivement avec l’iode et ne dissout pas la fuchsine à froid. L’acide azotique le transforme, à la longue, en un acide analogue à l’acide camphorique ; l’acide sulfurique le colore en rouge brun trouble : ce mélange, additionné d’alcool, prend une teinte gris rose ou fleur de pêcher, mais reste trouble. L’acide phosphorique anhydre le transforme d’abord en Eucalyptène. puis en Eucalyptolène.

L’essence (Y Eucalyptus est falsifiée avec de l’alcool, des huiles fixes, des essences de térébenthine et de copahu.

L’essence alcoolisée e st colorée parla fuchsine ; les huiles grasses sont reconnues par un traitement à l'alcool, qui ne les dissout pas; Y essence de térébenthine , qui réagit vivement sur l’iode et bout à 155°, sera dévoilée par sa réaction au contact de l'iode et en ce qu’elle abaisse sensiblement le point d’ébullition du mélange. Enfin, le même essai (ébullition) dévoilera Y essence de copahu , qui ne bout qu’à 260°.

L’essence à' Eucalyptus jouit de propriétés générales comparables à celles de l’essence de térébenthine.

Les feuilles et l’écorce à' Eucalyptus contiennent beaucoup de tannin, des matières extractives et résinoïdes et un principe amer cristallisable, encore peu connu. Ingérées en nature, les feuilles et l’écorce produisent des effets astringents, toniques, névrosthéniques et, à l’occasion, fébrifuges, qu’on ne doit pas attendre de l’essence isolée et qui sont dus au tannin ou même au principe cristallisable encore mal défini, dont nous avons parlé (Guider).

Les préparations d’Eucalyptus sont déjà très usitées.

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