ADO N IDE
L’Adonide, jadis usitée comme cardiaque, puis délaissée, a été remise en honneur par Bubnow, de Saint-Pétersbourg, qui en a employé les feuilles, au lieu des racines, dont on se servait autrefois.
Selon Bubnow, l’Adonide possède une action analogue à celle de la Digitale. Elle augmente et régularise les mouvements du cœur et accroit l’excrétion de l’urine, dont le poids spécifique reste élevé, par suite d'une élimination plus grande des urates et des chlorures, ce qui est dû à Y Adonidine (Leublinski). Ce médicament paraît contre-indiqué, dans les cas où le cœur hypertrophié se contracte plus énergiquement.
Bubnow administre l’Adonide en infusion (4 à 8 gr. pour 180 d’eau), à prendre par cuillerées toutes les deux heures.
Leyden, Michaelis, Leublinski, Durand, etc., ont, à peu de chose près, confirmé les observations de Bubnow. D’après Leyden, l’ A donide répond aux mêmes indications que la Digi • taie ; son action est plus rapide et suivie de succès, même dans les cas où le Digitale est restée sans effets. Michaelis cite un cas, dans lequel l’Adonide donna des résultats précis, alors que la Digitale était impuissante, Leyden dit que l’Adonide est un succédané absolument innocent de la Digitale et qu’elle a, sur ce dernier médicament, l’avantage de ne pas s’accumuler dans l’économie. Toutefois, Leublinski rapporte que l’Adonidc détermine souvent des nausées, des vomissements et delà diarrhée, d’où la nécessité d’en suspendre l’emploi, à cause de l’entrave que ce remède apporte à la nutrition des malades.
Après avoir rendu compte des observations de Durand, Bouchardat ajoute ( Annuaires de 1885 et 1880)quel'Adonidc ne semble pas supérieure à la Digitale, mais qu’elle doit remplacer cette demie re, pendant les périodes de suspension nécessaire de ce médicament.
Le principe actif de l’Adonide a été isolé, en 1882, par Vinc. Cervello, qui le nomma Adonidine .
L’Adonioine est unglucoside non azoté, amorphe, inodore, incolore, très amer, soluble dans l’alcool, peu soluble dans l’éther et dans l’eau. Elle est insoluble à froid, dansl’acidechlor hydrique dilué, qui la dédouble, à chaud, en une substance
RENONCUEACEES
insoluble dans l’éther. Le tannin la précipite, mais le précipité se redissout dans un excès d’eau.
On l’obtient, en traitant la teinture alcoolique d’Adonide, d’abord par l’acétate basique de plomb, puis par le tannin et quelques gouttes d’ammoniaque. Le tannate est lavé à l’eau, puis décomposé par l’oxyde de zinc, en présence de l’acool ; l’Adonidine mise en liberté est purifiée par des cristallisations successives dans l’éther alcoolisé.
L’étude des propriétés physiologiques de l’Adonidine a été faite par Cervello et reprise par Durand, qui a prescrit ce glucoside à la dose de 2 centigrammes, sous forme de pilules. Durand admet quel’Adonidine est aussi active que la Digitale, dont elle n’a pas les inconvénients.
Hy dr asti s
On emploie beaucoup, dans l’Amérique du Nord, la racine (souche) de Y Ilydrastis canadensis, L., que l’on nomme vulgairement Yelloio-Puccoon , Golden Seal, Y elloic-Root , Ground-Raspberry , Orange Root.
Cette racine est assez grosse, noueuse, pourvue de radicelles et marquée d’anneaux incomplets. Elle a une couleur gris jaunâtre en dehors, une odeur nauséeuse et une saveur très amère.
Coupée transversalement, elle se montre composée d’une écorce épaisse, jaune brunâtre et d'une moelle à teinte généralement un peu moins foncée.
On l’emploie, à cause de sa puissante amertume, dans l’atonie des membranes muqueuses. On la vante aussi comme diurétique et désobstruant.
Parrishet Durand en ont retiré un alcaloïde (Hydrastine) regardé comme analogue à la Bébéérine, et dont cette souche contient 1,5 0/0. L’Hydrastis renferme aussi de la Berbérine (4 0/0), et est l’une des principales sources de l’extraction de ce dernier principe.
L’Hydrastine (G22H24AzO°) se présente en cristaux prismatiques obliques, blancs, brillants, insolubles dans l’eau, peu solubles dans l’éther et dans l’alcool froid, solubles
HELLEBORES
dans le chloroforme et dans l'alcool bouillant. L’acide azotique la colore en rouge foncé; à chaud et concentré, ilia colore en rouge pourpre.
La matière cristalline jaune et neutre, que les médecins américains prescrivent à la dose de 5 à 50 centigrammes, sous le nom d ' Ilydrastin, est un mélange de chlorhydrate de Berbérine et d’Hydrastinc (Dorvault).
L’Hydrastine purge à la dose de quelques centigrammes.
Les Indiens emploient la racine d’Hydrastis, dans la teinture en jaune.
Hellébores
Plusieurs plantes de ce nom sont usitées en médecine.
L'Hellébore noir ( Helleboncs niger , L.) est une plante vivace, indigène des bois montagneux du sud et de l’est de l’Europe. Il est assez communément cultivé dans les jardins, pour ses fleurs blanches, qui s’épanouissent en hiver, d’où le nom de Rose de Noël donné à la plante.
La Souche de l’Hellébore, improprement appelée racine, est noire au dehors, blanche au-dedans, unpeu épaisse, courte, pourvue de nombreuses racines (r) cylindriques et charnues. A l’état frais, cette souche (fig.
391) présente une écorce assez épaisse, entourée par les débris du suber et de l’épiderme, qui lui forment une enveloppe brun noi rûtre, à peu près amorphe.
Les faisceaux ligneux (fl) sont régulièrement espacés, assez peu développés et coupés presque carrément à leurs deux extrémités. Ils sont composés d’une portion intérieure brune et ligneuse et d’une portion extérieure, essentiellement constituée par du tissu cribreux ; la moelle (m) est cylindrique et communique librement avec l’écorce, par de larges rayons médullaires.
Fia. 391. — Coupe transversale de la souche fraîche do VHelleborus niger.
RENONCULACÉES
Les racines ont une écorce très épaisse, noirâtre, séparée du méditullium par une Kernscheide à cellules ovales-arrondies, irrégulières. Les faisceaux ligneux sont peu nombreux (4-5), très espacés, sans forme définie, disposés en un cercle irrégulier autour d’une moelle volumineuse ; ils sont composés de vaisseaux polyédriques ou arrondis, entremêlés de fibres jaunes à parois épaisses; l’intervalle des fais beaux est occupé par des amas de tissu cribreux.
La souche de l’Hellébore noir a une saveur astringente, douceâtre, un peu âcre, amère, nauséabonde, fort désagréable. On la croit généralement purgative, même à l’état sec, lorsqu’elle a perdu. le principe volatil, qui lui donne son âcrcté.
Orfila range cette racine parmi les poisons âcres. Guibourt pense, d’après les expériences de Rayer, que la racine d’Hellébore noir, étant séchée, n’est presque pas purgative et qu’il faut rapporter aux seules racines du Vercitrum nigrum (Colchicacées) les propriétés attribuées à celle de l’Hellébore. Toutefois, à l’état frais, cette souche est extrêmement active.
L’infusion de racine d’Hellébore n’est pas précipitée en noir, par les persels de fer, ce qui distingue cette racine de celle de l’Actée (voir t. II, p. 72).
Bastik a trouvé, dans l’Hellébore noir, une substance indifférente cristalline, non volatile, de saveur amère et produisant des picotements à la langue. Cette substance, qu’il a nommée Hellèborine , est peu soluble dans l’eau, plus soluble dans l’éther et se dissout aisément dans l’alcool.
En traitant par l’eau chaude la matière grasse verte, que l'alcool bouillant enlève â la racine, Mariné et Husemann en obtinrent aussi une substance ( Hellèborine : C30 H 42 0e), qui, purifiée, cristallise en aiguilles brillantes, incolores.
L’Helléiîorine est fortement narcotique; elle semble plus abondante dans l’Hellébore vert, que dans l’Hellébore noir; l’acide sulfurique dilué la dédouble en sucre et en Hellèborésins.
Les mêmes savants ont retiré aussi des feuilles et des racines des Hellébores noir et vert, mais surtout du premier,
HELLEBORES
un nouveau glucoside toxique, qu’ils ont appelé Ilellèborèine (G26 H44 O15). Les acides dilués dédoublent ce glucoside en sucre (G12 II24 O42) et en Helléborètine (G1’4 H20 O3).
L’Helléboreine est un poison cardiaque violent, dont les effets, sur la peau, sur les muqueuses et sur le cœur, ressemblent à ceux de la digitoxine (v. Digitale).
L’Helléborine est moins active, mais elle possède des propriétés supéfiantes et anesthésiques.
L’Hellébore vert ( H . viridis, L.) est aussi une plante indigène, à souche irrégulière, formée de plusieurs tronçons pourvus de nombreuses radicelles.
Cette souche, improprement appelée racine , est droite et moins tortueuse que celle du faux Hellébore noir; elle a plus de racines et moins de tiges. En France, on la substitue à l’Hellébore noir.
Elle a une odeur forte, nauséabonde et une saveur très amère ; on la dit plus active que la précédente et l’on croit y avoir trouvé 4/100 de vératrine. Elle se présente sous forme de tronçons d’un noir grisâtre, couverts de restes épineux de radicelles (fig. 392-393 : r). Cette souche offre, comme celle du faux Hellébore noir, des anneaux circulaires, mais moins distincts et porte encore parfois une ou deux feuilles.
Fliickiger dit que l’ Hellébore vert est aussi employé que l’Hellébore noir, en Allemagne, mais que les racines de ces deux plantes sont vendues séparément. Comme la première est beaucoup plus chère que la seconde, elle ne doit pas servir
Fia. 392. — Coupc transversale tic la souchefraiche de 1 ' Helleborus viridis.
Fia 393. — Coupe transversale de la souche sèche de V Hclleborits viridis.
RENONCULACEES
cà la falsifier. Au reste, la racine de l’Hellébore vert est plus amère et plus âcre, que celle de l’Hellébore noir; elle con- ^ tient aussi plus d’huile.
Sur une coupe transversale (fig. 392-393), on voit que les faisceaux ligneux (fl) sont courts, rarement disposés en un cercle presque continu, plus souvent isolés ou réunis en amas de 2, 3, 4, mais séparés par des rayons médullaires très larges. La moelle (m) est donc très développée propor- ■ tionnellement au corps ligneux. Celui-ci est toujours séparé de l’extérieur, par une couche corticale épaisse (ec), dont la portion interne, immédiatement adossée aux faisceaux, offre une couleur brunâtre et semble formée par un tissu muci- 1 lagineux desséché. La portion externe est blanchâtre et se : distingue nettement de la partie interne. Parfois, la zone brune interne disparait plus ou moins et laisse à sa place une lacune, soit continue, soit interrompue.
Le bord externe de chaque faisceau se compose de cellules à parois minces, aplaties tangentiellement et superposées, par séries, aux séries des fibres ligneuses. Entre ces cellules et celles du parenchyme cortical, s’en montrent d’autres plus fines, disposées en sortes d'amas ovales : ces dernières paraissent être des cellules grillagées; leur ensemble constitue la zone sombre, dont nous avons parlé et qui est juxtaposée à l’écorce.
L’Hellébore fétide ou Pied-de-Griffon (II. fœtidus , L.), que l’on substitue parfois à l’Hellébore noir, a une souche pivotante, ligneuse, d’un gris noirâtre et munie d’un grand nombre de radicelles très ramifiées. Elle se distingue de celle de l’Hellébore noir, surtout par la structure de ses racines, dont les faisceaux sont très nombreux, très développés, surmontés d’autant d’amas de tissu cribreux et dont l’écorce est proportionnellement très mince.
Falsifications de l’Hellébore noir. — La racine d’ Hellébore noir se trouve rarement à l’état de pureté, dans le commerce. Le plus souvent, on donne à sa place les racines de diverses plantes, soit du même genre, soit de genres différents et même appartenant à d’autres familles. Selon Chevallier et Baudrimont, on lui substitue fréquemment les racines ou
HELLEBORES
fc.-»'
souches à'Astrantia , à’ Aconit napel, à' Adonis vernalis , à' Hellébore blanc , dhdetée en épis, d’Amzcaet de Trolle d'Europe.
La substitution la plus fréquente est celle de l’ Actée en épis.
Cette fausse racine d’Hellébore, que Guibourt rapportait, à tort, à l’Hellébore fétide, se présente sous forme de souches noirâtres ou brunes en dehors, jaunâtres en dedans, tortueuses, très dures. Ces souches sont tantôt pourvues de racines (flg. 394, r) tantôt n’en offrent que des restes, qui ont l’aspect et la consistance d’épines. La surface des souches porte des stries circulaires plus ou moins marquées ; à leur partie supérieure, se montrent d’ordinaire un certain nombre de tronçons de tiges creuses, tantôt proéminentes, tantôt très courtes et sous forme de cicatrices irré gulières, déprimées au centre.
Sur une coupe transversale (fig.
394), on voit que cette souche possède une écorce (ec) noirâtre, assez mince, dure, comme cornée, reliée à une moelle (m) peu développée et de même couleur, par des rayons médullaires, également noirs et cornés.
Les faisceaux ligneux (fl) sont jaunâtres, cunéiformes et proportionnellement très développés.
Au reste, cette constitution offre quelques exceptions, d’ail leurs plus apparentes que réelles. Ainsi, parfois l'écorce, la moelle et les rayons médullaires sont à peine plus colorés que les faisceaux ligneux. Dans les jeunes tiges, qui sont assez souvent aplaties, la moelle est très grande, tandis que les faisceaux ligneux sont très courts et n'occupent guère que les bords de la section, Ces jeunes tiges étant isolées de la souche mère, ressemblent beaucoup à celles de Y II. viridis. Elles s’en distinguent toutefois par la minceur relative de leur écorce.
Les racines, quand elles existent, sont noires, dures et pourvues de 4, 5, G côtes saillantes, séparées par autant de sillons longitudinaux. Coupées transversalement, elles pré-
I,-io. 304. — Coupc transversale (le la fausse racine (l'Hellébore (A cl ce en épis J.
RENONCULACÈES
sentent une écorce noire, entourant 4, 5, 6 faisceaux ligneux, qui figurent une croix, dont les branches s’élargissent de dedans en dehors. Ces faisceaux naissent d’une portion mé- ! diane irrégulièrement arrondie, tantôt centrale, tantôt ex-, ] centrique et formée de fibres minces, polygonales, qui lui donnent l’aspect d’une moelle.
L’écorce est recouverte par un épiderme à cellules peu épaisses, bombées en dehors et recouvrant un collenchyme, dont les éléments sont bruns et irrégulièrement arrondis. Les ’ cellules corticales propres contiennent de la fécule. Elles sont séparées du corps ligneux, par une Ivernscheide offrant une ou deux couches de cellules quadrilatères, allongées tangentiellement, inégales et à minces parois.
L’infusion de la racine d’Actée précipite en noir, quand on la traite par les persels de fer.
La Racine d’Astrantia est articulée, fusiforme, garnie de tous côtés de ramifications brunes; elle a une odeur et une saveur voisines de celles du Contrayerva.
La Racine de l’Adonis est pourvue de radicelles nombreuses, charnues, noires en dehors, blanches en dedans, de saveur sucrée et d’odeur désagréable; ces radicelles naissent du collet.
La Racine du Trolle d’Europe est sèche, inodore, pourvue d’un collet court, d’où partent un grand nombre de radicelles.
L’Aconit Napel a une racine napiforme, brun noirâtre, sillonnée et portant quelques radicelles gris noirâtre, de 1-2 millimètres d’épaisseur. Sa constitution anatomique diffère beaucoup de celles de l’Hellébore (voir t. IL p. 78).
Rhizome de Coptis (fig. 395)
Au voisinage du genre Hellébore, ’se place le genre Coptis , dont une espèce, le C. Teeta , Wallich, fournit un rhizome employé comme tonique et amer.
Le C. Teeta est une plante herbacée des montagnes de Mishmi, dans l’est du royaume d’Annam. Son rhizome est appelé, par les Chinois, Htcanglin et Chuen-lin et, par les
RHIZOME DE COPTIS
Hindous, Mahmira et Mishmi Tita. En Angleterre, on le nomme aussi Coptis Root , 01 en, Mishmee-bitter . 11 est peu employé en Europe, mais très usité en Chine et dans l’Inde, contre les maladies des yeux et comme tonique. Guibourt, qui l’avait rapporté à XOpliyoxylon serpentinum (Apocynées), l’a décrit sous le nom de Racine de Chynlen.
Fio. 395 — Rhizome de Coptis ( Chynlen , de Guibourt).
Ce rhizome est en morceaux de la grosseur d’une plume d’Oie et longs d’environ 2 à 5 centimètres. Il est à peu près cylindrique, souvent contourné, brun jaunâtre, fréquemment divisé en deux ou trois parties à son extrémité supérieure et pourvu de débris de pétioles et de radicelles. Sa cassure est nette et formée par un tissu lâche, que traversent des faisceaux ligneux radiés, d’un jaune brillant.
Le rhizome de Coptis est très amer; il contient environ S 0/0 de Berbérine; aussi l’acide chlorhydrique déterminet-il un abondant précipité cristallin, dans le macéré convenablement concentré de cette drogue.
Aux Etats-Unis, on emploie aux mêmes usages, sous lo
Cauvet, Mat. méd.,t. II. 5
RENONCULACEES
nom de Gold Thread,\e rhizome du Coptis trifolia , Salisb., plante du nord de l’Amérique, de l’Europe et de la Sibérie. C’est un tonique amer, analogue au Colombo. 11 contient de l’huile, du sucre, une résine, de la Berbérine et un principe cristallin, mal défini.
On substitue parfois, dit-on, à la racine du C. Teeta, celle du Thalictrum foliosum, LC., grande plante commune dans les parties tempérées del’Himalaya etdans les monts Khasia. C’est une racine jaune, exportée de Kurnaou, sous le nom de Momiri.
Semences de Nigelle s
Les plantes du genre Nigelle ( Nigella , L.) fournissent, en général, des semences âcres et aromatiques, usitées comme épices, dans beaucoup de pays. Les plus employées sont les suivantes :
Les semences de la Nigelle des Champs (N. arvensis, L.) sont d’un gris noirâtre, chagrinées, petites, triangulaires, un peu marginées, amincies en pointe. Leur odeur aromatique, analogue à celle du Carvi, les a fait appeler Poivrette ou Toute- épice.
On leur préfère celles de la Nigelle cultivée (Nigella sativa , L.), aussi appelée Cumin noir. Ces dernières sont noires , triangulaires, amincies en pointe, rugueuses et plissées transversalement. Elles ont une odeur forte, agréable, tenant du citron et de la carotte. Une variété de cette espèce ( var . citrina) aies semences jaune grisâtre et une odeur tenant du poivre et du sassafras. Cette espèce est cultivée en Egypte, où l’on en saupoudre les aliments.
La Nigelle de Damas (A7, damascena , L.) diffère surtout de la précédente par son involucre floral, à feuilles divisées en lanières très fines, d’où les noms de Patte d' Araignée , de Cheveux de Vénus , donnés à cette plante. Ses semences sont plus grosses que lés précédentes, noires, triangulaires, avec des faces bombées etnon déprimées. Leur odeur rappelle un peu celle de la Fraise. On les dit carminatives, fortifiantes, etc.
STAPHISAIGRE
Staphisaigre
La Staphisaigre Staphisagria, L.,fig. 398)
est ràypoT£p-(] cTacpiç de Nicander ; le axacplç àypta, de Dioscoride ; le Staphisagria ou Herba pedicularia , de Scribonius Largus ; l’^stapAfs agria , de Pline. Ses semences étaient, employées, dès l’antiquité, sous forme de poudre, pour détruire la vermine, d’où le nom d 'Herbe aux Poux donné à la plante.
Cet usage s’est perpétué jusqu’à nos jours, malgré les dangers qu’il offre, en raison des propriétés toxiques de ces semences.
Les semences de Staphisaigre sont de couleur brun noirâtre ou grisâtre, très rugueuses et ridées-fovéolées ; leur longueur moyenne est de 3 millimètres. Elles ont la forme d’un tétraèdre irrégulier, très déprimé, à 4 faces inégales (dont uneplus grande, convexe), et sont pourvues d’arêtes tranchantes. Leur testa est cassant, huileux, contient un très petit embryon occupant le voisinage de la petite extrémité de la graine. Elles ont une saveur très âcre et très amère et une odeur désagréable.
Les semences de Staphisaigre ont été l’objet de nombreuses analyses. Brandes, Lassaigne et Fcneulle, Couerbe, Erdmann, Flückiger, Hofschlàger, Dragendorff, etc., en ont fait l’objet de travaux importants.
Brandes et Lassaigne y ont trouvé de la Delphine ; Couerbe y signala la présence de la Staphisaïne ou Sta-
l'xo. 390 - Delphinium Staphisagria .
Leur albumen, blanchâtre et
76 RENONCULACEES
phisagrine. Darbel y reconnut l’existence d’un troisième alcaloïde, qu’il nomma Staphisagrine. Enfin, Marquis en a retiré quatre alcaloïdes, qu’il nomme : Delphinine (G22 H35 Az O6), Staphisagrine (G22 II35 Az O5), Delphinoïdine (C42 H68 Az2 O7) et Delphisine (G27 H*6 Az2 O4).
De ces quatre alcaloïdes, les premiers seuls ont été étudiés au point de vue physiologique.
La Delphinine ou Delphine est un alcaloïde ordinairement obtenu sous forme d’une poudre blanchâtre, incristallisable. Toutefois, Erdmann la retira de la Staphisaigre, sous forme de petits cristaux rhomboédriques, fusibles à 120°, solubles dans l’éther, l’alcool, le chloroforme et la benzine et lui attribua la formule : G24 H35 Az O2.
La Delphine est inodore et possède une saveur âcre, insupportable, très persistante. Le chromate paraît être le seul sel de cette base que l’on ait pu faire cristalliser. Cet alcaloïde semble résider dans le testa. Flückiger a vu, en effet, de nombreux cristaux se former dans cette enveloppe, quand on faisait macérer des sections minces de la graine dans de l'acide chromique, tandis que l’albumen ne montrait alors aucune trace de cristaux. Selon Flückiger, l’acétate de Delphinine précipite abondamment, par le bichlorure de mercure, ainsi que par l’iodhydrargyrate et le bichromate de potasse.
La Delphineadministrée par injection sous la peau ou dans les veines détermine la mort par asphyxie : le cœur s’arrête en diastole. Elle agit sur la moelle épinière et provoque des convulsions, avec paralysie et anesthésie générales progressives, rapides : les muscles sont agités de secousses fibrillaires intenses. Elle diffère des alcaloïdes de l'Aconit, dont ses effets toxiques la rapprochent, en ce qu’elle aune action beaucoup plus énergique sur les nerfs vasculaires.
Introduite dans l’estomac, elle cause de la salivation, des vomissements et de la diarrhée. Van Praag a constaté, en outre, qu’elle paralyse les nerfs moteurs et sensitifs. Selon Turnbull, on peut la donner jusqu’à la dose de trois ou quatre grains par jour. On l'a préconisée contre le tic douloureux et contre les névralgies de la face.
La Staphisagrine est un alcaloïde (?), extrait de la Delphine impure par Couerbe. Flückiger lui attribue la formule : G1G H 23 Az2. Il semble probable que ce principe
ACONITS
est le même que la Staphisagrine de Marquis. Elle se distingue surtout de la Delphine, par son insolubilité dans l’éther, mais paraît, d’ailleurs, avoir des propriétés peu différentes de celles de cette dernière. Elle amène aussi la mort par asphyxie; toutefois, elle ne produit pas les convulsions intenses que provoque la Delphine.
La Staphisagrine est un corps non cristallisé, légèrement jaunâtre, fusible à 200°, insoluble dans l’eau et dans l’éther, très soluble dans l’alcool et d’une saveur très âcre. Elle se dissout dans les acides, sans les neutraliser ; le chlore l’altère à 150° et l’acide azotique chaud le transforme en une résine amère, acide.
Hofschlàger dit avoir trouvé, dans la Staphisaigre, un acide, qu’il nomme acide Staphisagriqice ( ou Delphinique, selon Flückiger) et dont l’existence est douteuse. Cet acide se présenterait sous forme d’une masse blanche, cristalline et sublimable ; il agirait comme vomitif.
Gomme nous l’avons dit au début de cet article, la graine de Staphisaigre est employée sous forme de poudre, pour détruire les Poux. On ne saurait trop s’élever contre une telle pratique, qui peut amener de graves accidents.
Après avoir établi que le Prurigo senilis est déterminé par le parasitisme d'un Pou, Balmanno Squire a proposé, pour combattre cette affection, une pommade faite avec l’huile retirée des semences de Staphisaigre, au moyen de l'éther. Gomme cette huile est préparée avec la totalité de la semence, il est naturel de supposer qu’elle renferme de la Delphine : nous avons dit, en effet, que celle-ci paraît être contenue dans l'épisperme, et l'on sait que cet alcaloïde est soluble dans l'éther. Il convient donc d’employer cette pommade avec précaution et d’en surveiller les effets.
Aconits
Les plantes du genre Aconit (Aconitum, L.), sont les unes indigènes, les autres exotiques. Toutes sont vénéneuses. L’Aconit Anthore ou salutifère (A. Antliora , L.), que l’on supposait être un contre-poison du Ranunculus Thorà , L., est presque aussi actif que l’Aconit Napel.
Les propriétés redoutables de ces plantes et l’emploi fré-
RENONCULACÈES
quent de plusieurs d’entre elles, en médecine, nous font un devoir de les décrire soigneusement.
Aconit Napel (Ac. Napellus, L.; fig. 397). — Plante vivace, à racine pivotante, napiforme, noirâtre, accompagnée, en été,
d’une ou deux autres racines également napiformes, unies avec elle par un court pédicule et portant un bourgeon foliaire à leur sommet (ces racines supplémentaires [fig. 398] servent, comme les bulbes secondaires des Ophrydées, à la multiplication do la plante) ; tige dressée, simple, glabre; feuilles à 5 ou 7 lobes laciniés ; fleurs bleues : sépales latéraux et inférieurs plans, poilus en dedans; sépale supérieur en casque semicirculaire, terminé par une pointe courte; corolle à 2 pétales supérieurs, irréguliers, canaliculés, terminés par un petit capuchon obtus, recourbé, offrant, au-dessus de son ouverture, une petite languette roulée en dessus ; étamines à filets subulés et à anthères cordiformes ; 3 carpelles glabres.
L’Aconit Napel croît dans les lieux humides et couverts des montagnes de l’Europe. Ses feuilles et surtout sa racine renferment un principe extrêmement vénéneux (Aconitine) ; mises sur la langue, elles y déterminent un sentiment d’ardeur et de douleur, qui s’étend au gosier et engourdit toutes ces parties.
La Racine d' Aconit (fig. 398) sèche se présente sous forme de tubercules napiformes, appointis et effilés en bas, longs de (3 à 10 centimètres, épais de 1 à 2 centimètres dans leur portion la plus large. Leur sommet offre des restes de la
Aconitum Napellus.
ACONITS
tige aérienne et quelques stries annulaires, indices des feuilles du bourgeon primitif. Cette racine est brun noirâtre au dehors et très ridée longitudinalement. Elle est pourvue de nombreuses radicelles, soit persistantes, mais brisées près de leur point d’attache, soit tombées et dont il ne reste
que les cicatrices. Sa cassure est courte ; sa saveur, d’abord douceâtre, devient bientôt très âcre et il se produit, à la langue, une sensation de lourdeur accompagnée de picotements. A l’état frais, elle a une odeur cruciférée, qu’elle perd par la dessiccation.
Coupée entravers, elle se montre composée de
Fig. 398. — Racines d’Aconit Napel.
Fig. 399. — Section transversale d'une racine d’Aconit Napel.
trois parties : une écorce brune, assez mince; une mêditullium blanchâtre ou grisâtre; une moelle blanche ou jaunâtre, qui manque parfois et est remplacée par un vide central irrégulier.
Examinée sur une section transversale, elle présente la constitution ci-après (fig. 399) :
1° L 'Écorce est formée de cellules assez grandes, tangentielles. Elle
RENONCU LACEES
est bornée extérieurement par une couche épidermique simple, dont les éléments sont bombés en dehors ; sa portion interne est limitée par une Kernscheide à cellules épaisses, plus foncées et plus petites que celles du tissu cortical.
2° La portion 'centrale est composée de trois partiesbien distinctes : a) une extérieure, de nature parenchymateuse, que traversent de nombreux faisceaux, à disposition générale rayonnée et qui sont formés exclusivement par des cellules à minces parois ( Kambium ~ strclnge , de Schleiden) ;
|3) une moelle, à cellules minces, contenant de l’amidon ; y) une intercalaire, de forme polygonale irrégulière, et dont tous les angles, soit saillants, soit rentrants, sont occupés par d’étroits faisceaux fibro-vasculaires arqués, dont la convexité regarde le centre de la racine. Ces faisceaux sont formés de fibi'es, à parois épaisses, jaunâtres, et de vaisseaux presque tous réticulés. La couche intercalaire est séparée de la couche extérieure, par une zone cambiale à cellules étroites, minces, tangentielles.
L’Aconit perd beaucoup de son activité, par la culture ; aussi est-il indispensable d’employer seulement celui que l’on récolte à l’état sauvage. On en prépare un extrait , une teinture ; une alcoolature, un saccharure , etc. Gomme la racine est beaucoup plus active que les feuilles, il convient de s’en servir exclusivement pour ces diverses préparations. On ne doit pas oublier que la racine contient de l’Aconitine, dans la proportion de 3 à 4 pour 1000, tandis que les feuilles en renferment beaucoup moins. Les préparations les plus efficaces doivent être : l’extrait, évaporé au bain-marie, l’alcoolature et le saccharure. Hepp obtenait, avec les racines, un extrait d’une extrême activité, qui, administré à doses très faibles, donnait les meilleurs résultats, dans les névralgies.
L’Aconit à grandes fleurs ( A . Cammarum , L.) est une plante à fleurs plus grandes, plus pâles et disposées en une grappe plus courte que dans l’Ac. Napel. Cette espèce paraît être l’Aconit, dont Stôrck se servit pour ses expériences.
Les Ac. variegatum , L., Ac. Stôrkeanum, Spr., Ac. neomontanwn, Wild., Ac. 'paniculatum , Lam., etc., ne sont que des variétés de l’Aconit Napel, comme le précédent.
L’Aconit féroce (Ac. ferox , Wallich), qui croît dans l’Hi— malaya, ressemble beaucoup à l’Aconit Napel, mais paraît
ACONITS
être beaucoup plus redoutable : un grain d’extrait alcoolique de cette plante, introduit dans la cavité péritonéale d’un Lapin, le tua en deux minutes; deux grains de cet extrait, injectés dans la jugulaire d’un fort Chien, le tuèrent en trois minutes. C’est le Bikh ou Sringibish des Hindous.
On s’en sert, dans l’Inde, pour empoisonner les animaux sauvages.
La racine de cet Aconit a été rencontrée mêlée à la racine de Jalap digité, qui lui ressemble assez. Elle s’en distingue : 1° en dehors, par la présence de sillons longitudinaux, d’impressions semi-circulaires, situées vers le point d’insertion des tiges et de cicatrices des radicelles; 2° en dedans, par son tissu homogène blanc ou jaunâtre, à cassure amylacée ou céro-résineuse, sur laquelle tranchent 5-7 faisceaux bruns, disposés en cercle et limités par une ligne courbe, circulaire ou elliptique, sur laquelle s’appliquent de petits faisceaux fibro-vasculaires.
Comme, dans l’Inde, on dessèche cette racine au feu, son tissu est devenu corné, un peu translucide, dur et très compact. Selon Hanbury, les racines vendues dans les bazars de l’Inde ont été plongées, au préalable, dans de l’urine de Vache, pour les préserver des Insectes. Ces racines sèches sont noires en dehors, blanches et cornées en dedans ; elles exhalent une odeur comparable à celle du Gastoréum.
Cette racine est extrêmement âcre, même à l’état sec. La poussière qui s’en dégage, lorsqu’on la casse sans précaution, détermine à la gorge une violente irritation et peut alors provoquer des crachements de sang. C’est ce qui nous est arrivé, lorsque nous avons étudié la structure de cet Aconit.
On en retire un principe analogue, mais non identique à l’Aconitine, principe qu’on a nommé Pseudo-Aconitine , Napeliine (Wiggers), Nèpaline (Flückiger) et qui parait doué d’une redoutable activité.
L’Aconit tue-Loup (Ac. Lycoctonum , L.) croît dans les montagnes de la France ; ses feuilles sont pubescentes et scs fleurs d’un blanc jaunâtre, avec le casque conique, obtus, pubescent. Plubschmann y a signalé deux nouveaux alca-
RENONCULACÈES
loïdes : Y Acolyctine et la Lycoctonine. Sa racine sert, dit-on, à empoisonner les Loups.
La racine de l’Aconit hétérophylle (Ac. heterophyllum, Wall.) a etc récemment préconisée comme antipériodique. Cet Aconit est une plante haute de 30 à. 100 centimètres, à feuilles radicales réniformes ou cordées, un peu quinquélobées et à fleurs grandes, soit bleues, soit jaune sombre, veinées de pourpre. 11 croît dans les régions tempérées de l’ouest de l’Himalaya, à une altitude de 2.000 à 3.000 mètres.
Sa racine est ovoïde-oblongue, fusiforme ou obconique, longue de 1 à 4 centimètres, épaisse de 5 millimètres à 1 centimètre, de couleur gris cendré clair, ridée, avec des cicatrices de radicelles ; sa base est pourvue d’écailles foliacées. La coupe transversale de cette racine est blanche, farineuse et traversée par 4-7 faisceaux jaunâtres, qui la parcourent dans toute sa longueur, en donnant naissance aux faisceaux des radicelles. Elle a une saveur amère, non âcre.
Cette racine est administrée, sous forme de poudre, soit comme tonique, à la dose de 5 à 10 centigrammes répétée trois fois par jour, soit contre la fièvre intermittente, à la dose de 20 centigrammes. Elle paraît ne pas contenir d’Aconitine. Broughton y a trouvé un alcaloïde très amer, qu’il a nommé Atislne , du nom indien de la plante et auquel il attribue la formule : C4GH74 Az2 O5.
Outre les alcaloïdes signalés ci-dessus, les Aconits renferment aussi de Y acide Aconitique , principe qui paraît être le même que les acides JEquisétique et Citridique (Cü H(i 0,!). On a trouvé aussi cet acide dans le Delphi nium Consolida.
L’Aconitine (G33 IL'3 Az O12) est un alcaloïde instable, peu alcalin, à peu près insoluble dans l’eau, insoluble dans la glycérine et dans l’huile de pétrole, soluble dans la benzine, l’éther, l’alcool et surtout dans le chloroforme. Elle cristallise en rhombes, rarement en prismes à 4 pans et se trouve, dans l’Aconit, associée à la Napelline et à Y A conelline de Th. et H. Smith. Elle a été découverte par Hepp.
L’Aconitine, soit cristalline, soit amorphe, ne se ramollit, ni ne se dissout dans l’eau bouillante. L’eau ammoniacale
ACONITS
dissout 1/500 d’Aconitine cristalline et 1/1000 d’Aconitine amorphe; les deux sortes se précipitent de cette solution, sous forme de cristaux ; mais la forme cristalline se précipite plus rapidement que la forme amorphe. La première fournit de nombreux sels cristallisables, surtout un nitrate , un iodure et un bromure.
Cet alcaloïde fond à 80° et brunit à 120°. Il se dissout, sans coloration, dans l’acide azotique; l’acide sulfurique le colore en jaune, puis en rouge violacé; la teinture d’iode produit avec lui un précipité kermès.
On ne doit employer que l’Aconitine cristallisée, les sortes amorphes présentant entre elles d’énormes différences dans l’intensité de leur action.
L’Aconitine dilate la pupille; 1/50 de grain tue un Moineau, en quelques minutes; 1/10 de grain le tue subitement, avec des convulsions tétaniques. Elle, augmente la salivation et la sécrétion urinaire; ses solutions ont une saveur très amère ; elle détermine une sensation particulière de picotement et de fourmillement dans les joues, la mâchoire supérieure et le front, ce qui paraît dû à une action spéciale sur le nerf trijumeau ; enfin, elle ralentit la respiration et tue par asphyxie, en paralysant les muscles volontaires.
Son action déprimante sur le système nerveux l'a fait recommander dans les maladies résultant d’une affection nerveuse cérébrale, dans les rhumatismes, etc.
L’Aconelline paraît se rapprocher de la narcotine et être dépourvue d’action toxique.
La Napelline a des propriétés moins énergiques que celles de l’Aconitine. C’est une substance amorphe, pulvérulente, blanche, de saveur amère et brûlante, insoluble dans l’éther et dans la benzine, mais soluble dans l’eau, l’alcool, le chloroforme. Selon Hübschmann, la Napelline est une base énergique, analogue à l’Acolyctine retirée de VA . Lycoctonum.
La Pseudo-Aconitine (Napelline, de Wiggers, Népaline , de Flückiger : C3C H49 AzO12) peut être obtenue sous deux états : cristallin et amorphe. La forme cristalline ne se ramollit pas dans l’eau bouillante. Mais, si on la dissout dans un acide et qu’on la précipite par l’ammoniaque, le précipité devient cohérent et plastique dans l’eau bouillante. La Pseudo-
RENONCULACEES
Aeonitine amorphe fond dans l’eau bouillante, devient visqueuse et adhère aux parois du vase. L’eau ammoniacale ’ dissout 1/2500 de Pseudo-Aconitine cristallisée et 1/1500 de Pseudo-Aconitine amorphe. La forme cristalline paraît incapable de produire des sels cristallisables.
La Pseudo-Aconitine est peu soluble à froid, dans l’alcool, l’éther, le chloroforme. Ces liquides la disolvent mieux à chaud ; elle se précipite, en prismes volumineux, de ces dis- 1 solutions saturées et portées à l’ébullition. Ses solutions ont une saveur brûlante, mais non amère.
La Lycoctonine, selon Ilübschman, cristalliserait en mamelons très solubles dans l’alcool, peu solubles dans l’eau et dans l’éther. Flückiger l’a obtenue en prismes incolores, légers, fusibles vers 100-104°. Sa réaction est alcaline et sa saveur amère. L’acide sulfurique la colore en jaune. Elle se dissout dans l’alcool, l’éther, le chloroforme. Huit cents parties d’eau en dissolvent une partie. Cette dissolution, même très étendue, donne, avec l’eau bromée, un précipité jaune, bientôt transformé en fines aiguilles microscopiques. L’iodomercurate de potasse se comporte de la même manière.
L’Acolyctine se présente sous forme d’une poudre blanche, soluble dans l’eau, l’alcool et le chloroforme, insoluble dans l’éther. Sa réaction est alcaline et sa saveur amère. On suppose que l’Acolyctine etlaNapelline pourraient bien n’être que de Y Aconine.
Pivoine
La Pivoine (Pæonia of/ïcinalis , L.) était jadis fort employée ; elle est maintenant inusitée. On trouve encore, dans les droguiers, la racine, les fleurs et les semences de Pivoine.
La Racine est blanche, dure, fusiforme, farineuse, légèrement astringente. On la vantait, ainsi que les fleurs, contre l’hydropisie, l’épilepsie, les convulsions, etc.
Les Pleurs sont grandes et rouges.
Les Semences sont de deux sortes, selon la variété de Pivoine qui les produit : celles de la Pivoine mâle (P. corallina,
ACTÉE A GRAPPES
L.) sont d’abord rouges, puis bleues, enfin noires, globuleuses et grosses comme des petits pois; celles de la Pivoine femelle (P. officinalis , Retz.) sont plus petites, oblongues, noirâtres, luisantes. Les semences de la Pivoine mâle sont seules estimées ; on les dit émétiques et purgatives ; on en faisait jadis des colliers, contre les convulsions des enfants.
Actée en épis
L’Actée en épis ou Herbe de Saint- Christophe ( Actæa spicata, L.) est une plante indigène offrant les caractères suivants : Souche noirâtre; tige hautede3à8 décimètres ; 2 à 8 feuilles grandes, glabres, luisantes, à limbe surdécomposé ; fleurs en grappe ; périanthe double : 4 sépales caducs, 4 pétales étroits, blancs, spatulés ; baie noire, polysperme.
Cette plante est un purgatif violent ; à haute dose, elle peut même produire des accidents funestes. Sa poudre et son décocté tuent les Poux et guérissent la gale. Sa racine (voy. t. II, p. 71) a une saveur âcre et amère ; froissées entre les doigts, les feuilles exhalent une odeur désagréable ; les baies sont un poison violent.
Actée à grappes
On emploie, aux États- Unis, contre le rhumatisme et les affections nerveuses, la souche de l 'Actæa racemosa, L. (Cimifaya racemosa , Eli.; Black Snakeroot , Bugbane, Black Cohosh, des Anglo-Américains).
Cette souche est courte, noueuse, ramifiée et épaisse d’environ 1 centimètre. Elle porte d’un côté les restes de nombreuses et grosses tiges et, de l’autre, beaucoup de racines filiformes, garnies elles -mêmes de fines radicelles. Elle est d’un brun foncé, cylindrique, un peu déprimée, avec des cicatrices foliaires ; sa saveur est amère, âcre et astringente, son odeur désagréable.
Une section transversale la montre formée par une moelle blanchâtre, cornée, qu’entourent des faisceaux ligneux, irréguliers et rayonnants ; l’écorce est épaisse et dure. La
RENONCULACEES
section des racines y fait voir 3 à 5 faisceaux disposés en étoile et une écorce épaisse. Les radicelles ont une structure analogue à celles del’d. spicata.
Tilghmann y a trouvé de la gomme, du sucre, des acides tannique et gallique, de la résine, etc. Conard en a retiré une matière cristalline, âcre, neutre, soluble dans l’alcool, le chloroforme et l’éther.
L’Actée à grappes est administrée en poudre, en décoction, en teinture. Les médecins américains emploient aussi, sous les noms de Cimifugine et de Macrotine , une résine impure, obtenue par précipitation de la teinture alcoolique, au moyen de l’eau. Cette résine se vend sous forme d’écailles ou de poudre brun foncé.
Selon le Dr Hildreth, de l’Ohio, l’Actée à grappes ralentit la circulation et produit des vertiges, des troubles de la vision, des nausées, des vomissements, mais pas de symptômes narcotiques alarmants. Cette racine n’est pas employée en Europe; elle mériterait d’être essayée.
En Sibérie, on se sert d’une sorte d’Actée, le Cimicifuga fœtida , L., pour éloigner les Punaises.
Racine de Xanthorhiza
Le Dr Woodhouse a proposé d’employer, comme amer, la racine du Xanthorhiza apii folia . L’Hér. ( X . simplicissima, Marsh), petit arbuste qui croît aux Etats-Unis, depuis la Pennsylvanie jusqu’à la Floride et à la Caroline.
La racine de Xanthorhiza, vulgairement appelée Racine jaune (Yelloio Root), est de couleur gris jaunâtre en dehors, sillonnée, pleine d’aspérités et garnie de radicelles très longues, ayant de 1 à 3 millimètres d’épaisseur. Elle est formée d’une écorce jaune clair et d’un méditullium jaune vif, assez ligneux, à cassure irrégulière, avec des rayons médullaires très apparents. Son odeur est faible, sa saveur très amère. Elle renferme de la Berhèrine et sert, dans les arts, pour la teinture en jaune. C’est un tonique puissant, surtout efficace dans les affections de l’estomac ; certains praticiens la préfèrent au Colombo et au Quassia.