FEUILLES DE TABAC
prostration extrême. Lé coma et la résolution de tous les membres terminèrent l'agonie. La mort arriva en douze minutes; il ne s’était pas produit de vomissements.
Cette action toxique du Tabac est due à un alcaloïde appelé Nicotine et peut être aussi à une sorte d’huile volatile, appelée Nicotianine ou Camphre de Tabac.
La Nicotianine (C23 H32 h.7? O3) est un principe découvert par Hermstadt et qui se sépare de l’eau distillée des feuilles de Tabac, sous forme de cristaux aciculaires, volatils, de saveur amère: ces cristaux possèdent une odeur de Tabac, due peut-être à l’eau qui les mouille. Distillée avec de la potasse, la Nicotianine donne de la Nicotine. Aussi la considère-t-on comme formée par une combinaison de Nicotine avec un acide volatil. Administrée seule, elle détermine des éternuements, de la céphalalgie, des nausées et des vomissements.
La Nicotine (Clü H14 Az2) appartient au groupe des alca loïdes volatils non oxygénés. Signalée par Vauquelin, elle fut obtenue à l’état de pureté par Posselt et Reimann. Elle existe, dans le Tabac, à l’état de combinaison avec l’acide malique. Schlœsing la prépare de la manière suivante :
Epuiser le Tabac par l’eau bouillante; puis, évaporer le liquide en consistance sirupeuse; reprendre la matière avec le double de son poids d’alcool, évaporer et traiter le résidu, par de nouvel alcool; concentrer la liqueur et l’additionner de potasse et d’éther. La solution éthérée étant traitée par l’acide oxalique en poudre, il se forme de l’oxalate de nicotine, que l’on décompose par la potasse. La nicotine dégagée est reprise par l’éther, puis chauffée au bainmarie, pourchasser l’éther et, enfin, distillée dans un courant d’hydrogène. On recueille ce qui passe au-dessus dé 180°.
La Nicotine ainsi obtenue est un liquide volatil, incolore, oléagineux, assez fluide, transparent, lévogyre, d’odeur âcre et de saveur brûlante.
Elle possède une réaction alcaline énergique, un poids spécifique de 1,027 et ne cristallise pas, même à une température de — 10°. Sa vapeur a une densité de 5,607. Cette vapeur est tellement âcre, qu’il suffit de volatiliser quelques gouttes
SOLANÉES
de Nicotine, dans une chambre, pour y rendre la respiration très difficile. Elle brûleavec une flamme blanche, fuligineuse.
La Nicotine est très hygrométrique; exposée à l’air humide, elle peut absorber deux fois son poids d’eau ; toutefois, placée dans une atmosphère confinée, dont l’air est desséché par la potasse, elle perd toute son eau d’hydratation. Sous l’influence de l’air et de la lumière, elle acquiert une coloration brune et se résinifie (?) peu à peu. Elle bout entre 240° et 250°, mais s’altère légèrement, si l’on n’a pas le soin de la distiller en présence de la vapeur d’eau ou mieux encore dans un courant d’hydrogène.
La Nicotine est très soluble dans l’eau, l’alcool, l’éther, peu soluble dans l’essence de térébenthine. Sa dissolution dans l’eau peut être regardée comme une combinaison, car la potasse l’en précipite. A chaud, elle dissout le soufre et non le phosphore.
Ses sels sont très déliquescents et difficilement cristallisables. Toutefois, le chlorure double de zinc et de nicotine fournit des cristaux volumineux.
La solution aqueuse de Nicotine précipite en blanc le bichlorure de mercure, l’acétate de plomb, le proto- et le bichlorure d’étain, les sels de zinc et le sulfate de manganèse; ce dernier précipité ne tarde pas à brunir à l’air. Elle précipite en j aune-serin le bichlorure de platine et en bleu pâle les sels de cuivre ; ce précipité se redissout dans un excès de Nicotine, en donnant une liqueur d’un bleu intense, comme j cela a lieu avec l’ammoniaque. Le précipité blanc, produit dans les sels de zinc, se redissout également dans un excès] de Nicotine. Cette base décolore rapidement le permanganate de potasse.
Beaucoup des caractères chimiques de la Nicotine appartiennent aussi à l’ammoniaque. Citons quelques réactions
caractéristiques, qui ne permettent pas de confondre ces deux corps.
La Nicotine détermine, dansles solutions de chlorure d’or, un précipité jaune rougeâtre , très soluble dans un excès de réactif; en pareille circonstance, 1 q précipité fourni par V ammoniaque ne se redissout pas. Le chlorure de cobalt