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FEUILLES DE TABAC

donne, avec la Nicotine, un précipité bleu, passant au vert et insoluble dans un excès de réactif; en pareil cas, l’ammoniaque redissout le précipité et colore la liqueur en rouge.

Mise en présence des acides, la Nicotine s’y combine avec développement de chaleur. L’acide sulfurique concentré et pur la colore en rouge vineux, à froid, et en couleur lie devin, à chaud; par une ébullition prolongée, il en précipite une matière noire, tandis qu’il se dégage de l’acide sulfureux.

En présence de l’acide chlorhydrique, elle émet des vapeurs blanches, comme l’ammoniaque.

Cet alcaloïde est un poison d’une extrême énergie. « Par quelque voie que l’on administre la Nicotine, qu’on l’introduise dans le canal intestinal, sous la peau, dans une plaie, ou qu’on l'instille dans la conjonctive, l’animal est foudroyé. 11 meurt avec des convulsions excessivement violentes. Les Chevaux sont dans un état effrayant et, bien qu’ils restent debout sur leurs jambes raidies, ils sont comme furieux, se cabrent, se couchent et sont agités de mouvements désordonnés. » (Cl. Bernard.)

Chez l'Homme, il suffit de 1 à 3 milligrammes de Nicotine pour déterminer des accidents toxiques graves et persistants.

Dworzak et Heinrich, qui se soumirent volontairement à l’intoxication par la Nicotine, décrivent de la manière suivante les effets qu’ils ont ressentis :

D’abord, sensation de brûlure à la langue et de raclement au pharynx; salivation; puis, céphalalgie, vertiges, somnolence, oreille dure, vision indistincte; sentiment d’extrême faiblesse et lipothymie; opression respiratoire, visage pâle et décomposé; mains et pieds glacés; nausées, vomissements, expulsion de flatuosités, ténesme : tremblement des membres et secousses de tout le corps ; spasmes cloniques, surtout des musclés respiratoires; consécutivement, la respiration devient difficile et anxieuse; chaque mouvement respiratoire est composé de secousses rapides, de sorte que l’air pénétre dans la poitrine et en sort par soubresauts, pour ainsi dire. Ces terribles accidents, qui mirent les expérimentateurs dans un état voisin du désespoir, durèrent pendant 3 jours.

L’action de la Nicotine porte sur les nerfs, sur les muscles et surtout sur le système vasculaire. Si, pendant que l'on observe au microscope la circulation capillaire, dans la membrane inlerdigitale d'une Grenouille, on empoisonne celte Grenouille, on voit immédiatement se produire une déplétion du système artériel, dont les vaisseaux se rétrécissent, de façon à se vider complètement. Le eouir continue à battre cependant. Celte action, sur le système artériel capillaire, peut expliquer l’espèce de tremblement, qu’on voit dans les muscles, tremble-

SOLANÉES

ment ou frémissement musculaire qui se produit quand, par une ligature, on empêche le sang d’arriver dans un muscle.

Lorsque la dose de Nicotine est suffisante, pour produire un excès d'action, chaque muscle devient le siège d’une convulsion telle, qu’il peut rester dans un état tétanique permanent. La Nicotine semble amener les muscles à l'état de contraction le plus grand possible ; ils sont durs et ne se raccourcissent plus, sous l’influence du galvanisme. Après la mort, les nerfs et le cœur semblent avoir conservé leurs propriétés; la galvanisation du pneumogastrique arrête les mouvements du cœur, qui ont persisté.

A faible dose, la Nicotine agit sur le cœur et sur les poumons par l’intermédiaire du pneumogastrique : la respiration est plus large et plus accélérée ; elle est surtout abdominale et diaphragmatique et ses mouvements peuvent atteindre jusqu’à 42 par minute; les pulsations du cœur sont beaucoup plus énergiques et on les voit s’élever de 115 à 332.

L’animal est faible et titubant ; il vomit; la troisième paupière, entièrement tendue, recouvre les deux tiers internes et inférieurs de l’œil, aussi paraît-il aveugle. Peu à peu, les mouvements du cœur et la respiration reviennent à l’état normal.

La Nicotine sembleagir sur le système vasculaire, par l'intermédiaire du grand sympathique, dont la galvanisation produit les mêmes résultats ; si, avant de l’administrer, on coupe les pneumogastriques, ou n’observe pas de troubles dans la circulation, ni dans la respiration.

En résumé, la Nicotine produit : 1° le rétrécissement et la déplétion du système artériel; 2° la contraction tétanique persistante des muscles, contraction telle, que, après la mort, l’excitation galvanique n’a plus d’effet sur eux.

Le Tabac produit les mêmes résultats ; c’est donc à son action, sur le système vasculaire, qu'il doit les propriétés diurétiques observées par Fowler, à la suite de son administration, si on le donne à dose faible. Toutes les plantes du genre Nicotiana semblent être vénéneuses au même dégré.

Le Tabac est usité journellement, sous trois formes : Tabac à fumer , Tabac à priser , Tabac à chiquer . Selon la nature de la sorte à préparer, on soumet les feuilles à une fermentation plus ou moins prolongée, qui transforme en ammoniaque une partie de leurs matières albuminoïdes; celle-ci met en liberté une portion de la nicotine.

Le Tabac a fumer contient moins de nicotine que les feuilles non préparées. La combustion détruit une partie de l’alcaloïde, tandis que l’autre passe accompagnée d’un certain nombre de produits nouveaux, basiques ou acides et dont plusieurs possèdent une activité encore i*edoutab)e. Tous ces produits sont volatils; quelque-uns sont gazeux. Les principes alcalins engendrés sont : la Pyridine (G5 H5 Az), la Picoline (G6 H7 Az),la Lutidine (C7 H9 Az), la Gollidine (G8 H11 Az). Ces substances déterminent, comme la, Nicotine, le rétrécissement de la pupille, des spasmes, etc., mais avec une moindre intensité.

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