MORELLE NOIRE
Herbe annuelle, à tige rameuse, haute d’environ 20 à 30 centimètres; feuilles pétiolées, ovales, sinueuses, anguleusesdentées; inflorescence aphylle, en cyme scorpioïde, figurant d’abord une ombelle, puis une grappe à fleurs superposées de deux en deux nœuds et disposées ainsi ' en deux séries linéaires, qui occupent le côté convexe de l’axe floral; fleurs blanches; baies noires.
Cette espèce présente un certain nombre de variétés, qui se distinguent par leurs baies noires, rouges, jaunes ou vert jaunâtre et par leurs feuilles, qui sont glabres ou velues.
La Morelle présente la 2-3'5-chotomie apparente de la Belladone; ses rameaux sympodiques ont toujours leurs feuilles géminées. Ses inflorescences, rarement oppositifoliées, se soudent d’ordinaire au rameau usurpateur et s’élèvent plus ou moins haut sur cet axe secondaire; fréquemment, elles sont placées au voisinage des feuilles géminées et situées alors un peu au-dessous de la petite feuille, à l’opposite de la grande. La soudure de l’inflorescence au rameau usurpateur est toujours indiquée par une ligne suturale, qui se termine presque à l’aisselle de la petite feuille du nœud immédiate ment inférieur.
Le caractère de la gémination des feuilles, chez la Belladone et la Morelle, peut faire confondre ces deux plantes, quand elles sont sèches. Elles se distinguent en ce que les feuilles de la Belladone sont plus grandes, entières et non
Fig. 608. — Morelle noire.
SOLANÉES
dentées-anguleuses. En outre, les fleurs de la Belladone sont toujours solitaires, rarement géminées et jamais disposées en cymes ombellées.
La Morelle noire est tenue en suscipion, bien que, dans certains pays, on en mange les feuilles comme des Epinards ; elle est légèrement narcotique. Ses fruits sont réputés vénéneux; toutefois, Dunal affirme en avoir avalé un grand nombre, sans inconvénient. C’est dans les fruits de la Morelle, que Desfosses découvrit la Solanine, en 1821.
Solanine. — Ce principe existe, sans doute, en plus ou moins grande proportion, dans les plantes du genre Solanum. C’est à lui que les Pommes de terre germées doivent leurs propriétés délétères et que les fruits du Sol. mammosum , L., ou Pomme-poison empruntent leur activité redoutable. Il cristallise en aiguilles fines, soyeuses, ou en prismes rliomboédriques. Inodore, quand il est sec, il possède, quand il est humide, une odeur faible, analogue à celle de l’eau qui a servi à la cuisson des Pommes de terre; il est amer, nauséabond et irrite fortement le palais.
La Solanine est très peu soluble à froid dans l’eau, l’alcool, l’éther, les corps gras ; plus soluble dans l’alcool bouillant. Elle fond à 240°; au-dessus de cette température, elle se décompose, répand une odeur de caramel et donne un sublimé de Solanidine . Sa réaction alcaline est très faible ; elle se combine aux les acides et forme, avec eux, des sels le plus souvent amorphes. L’acide sulfurique concentré la colore en rouge, puis en violet et en brun. L’acide chlorhydrique et l’acide azotique concentrés la colorent en jaune. Sa dissolution alcoolique, mélangée avec l’iode, produit une combinaison brune, amorphe, insoluble dans l’eau.
Les sels de Solanine sont, en général, très solubles et cristallisent difficilement; la base en est précipitée par les alcalis caustiques ou carbonatés ; ils ne précipitent pas le bichlorure de platine et réduisent les sels d’or et d’argent.
La Solanine est un glucoside.
Lorsqu’on la soumet à l’ébullition, avec les acides étendus, elle se dédouble en Solanidine et en glucose :