MANNE
pouvant atteindre une longueur de 10 centimètres, blancs, cristallins, poreux, fragiles, d’odeur un peu nauséeuse et de saveur faiblement sucrée, un peu fade. Elle est récoltée pendant la saison chaude. Elle jaunit et s’altère avec le temps.
2° La Manne en sortes, qui est formée par de petites larmes ou par des fragments irréguliers, blancs, plus ou moins unis par une matière jaunâtre, molle et gluante. On la ré colte pendant l’arrière-saison, en septembre et octobre.
On en distinguait jadis deux variétés : la Manne Gèracy , qui venait de Sicile, et la Manne Capacy , qu’on retirait de la Calabre. Cette dernière était la plus estimée. Il paraît que toute la Manne vient actuellement de la Sicile.
3° La Manne grasse, qui est de la manne en sortes altérée par le temps et par la fermentation. Elle est molle, gluante, plus ou moins colorée et très impure.
La Manne en larmes est, en général, très propre et certains morceaux présentent exceptionnellement des débris d’écorce.
La Manne en sortes contient souvent, au contraire, des débris de toutes sortes, principalement des bûchettes, des fragments d’écorce, de la paille, etc.
La Manne en larmes contient environ la moitié de son poids de Mannite, un cinquième de dextrine (Buignet), du sucre de Canne et du sucre interverti eu proportions telles qu’ils neutralisent, ou à peu près, leur action optique réciproque (Buignet).
« Les diverses espèces de Manne répandues dans le com merce renferment toutes du sucre et de la dextrine. La quantité absolue de ces deux principes varie considérablement d’une espèce à l’autre ; mais leur proportion relative se maintient constante et invariable. Ainsi, dans les divers échantillons de Manne en larmes, comme dans les diverses espèces de Manne en sorte, on trouve toujours deux équivalents de dextrine, en présence d’un seul équivalent de sucre.
« Parla nature, comme par la proportion de ses éléments, le mélange de sucre et de dextrine contenus dans la Manne se confond avec le produit ordinaire de la saccharification de l’amidon. On peut donc admettre que sa production se ratta-
OLÉINÉES
che à la même cause et qu’il dérive lui-même de l’amidon, qui aurait éprouvé, au sein du végétal vivant, une transformation analogue à celle qu’il subit par nos moyens artificiels, sous l’action combinée de la diastase et d’une chaleur convenable. » (Buignet.)
La Mannite (Cg H14 Od ) paraît être produite, dans les tissus des plantes qui en renferment, par une addition de deux équivalents d’hydrogène au sucre interverti. Linnemann l’a obtenue par l’aclion de l’amalgame de sodium, en présence de l’eau, sur le sucre interverti; de même, on peut la transformer en glucose, sous certaines inlluences. Il est donc probable que la mannite résulte d’une modification particulière de la cellulose ou de l’amidon.
La Mannite est en prismes rhomboïdaux droits, de saveur légèrement sucrée, assez solubles dans l’eau froide, très solubies dans l’eau et dans l’alcool bouillants, à peine solubles dans l’alcool froid, insolubles dans l’éther.
L’acide sulfurique ou la potasse la dissolvent sans se colorer ; l’acide azotique la convertit en sucre et en acide racémique, mais non en acide mucique. Elle ne réduit pas la liqueur de Fehling.
Berthelot a montré qu’elle peut fermenter, mais, toutefois, moins aisément que le sucre de Canne. Mêlée à du noir de platine humide, elle s’échauffe et donne de Y acide Mannitique (CGIî1207 et de la Mannilose CG II12 0G ), sorte de sucre analogue au sucre de raisins, mais optiquement inactif et paraissant incristallisable.
Selon Backhaus, le sucre contenu dans la Manne est un dextro -glucose. Buignet le regarde comme un mélange de sucre de Canne et de lévulose. Il attribue la déviation à droite des solutions de Manne, à l’existence d’une assez forte proportions de dextrine (au moins 20 0/0) ,
Flückiger dit n’avoir jamais pu trouver du sucre de Canne, ni de la dextrine, dans la Manne.
La Manne est un laxatif doux, que l’on emploie à l’intérieur, à la dose de 10 à 50 grammes, et jusqu’à celle de 100 grammes, en lavements.
Il suinte aussi, à la [surface des feuilles des Frênes à
ECORCE DE FRENE
Manne, une matière que les Calabrais appellent Mastichina et Manna de fronde , par opposition à celle qui découle du tronc et qu’ils appellent Manna di corpo.
On a apporté de Madagascar et nommé Dulcine ou Manne
de terre, une substance sucrée, qui se présente en morceaux
irréguliers, grisâtres, souillés de terre. Laurent et Berthelot
en ont retiré une sorte de sucre isomère de la mannite, iden-
tique avec la Mélampyrite et avec l’ Evonymite , et qui cristallise en prismes unobliques rhomboïdaux. Ce sucre a été appelé Dalcose par Laurent, et Dulcite par Berthelot; il n’agit pas sur la lumière polarisée et ne réduit pas la liqueur de Fehling. L’origine de cette substance est inconnue.
On désigne, par extension, sous le nom de Manne, des sucs concrets et sucrés, produits par des plantes appartenant à diverses familles. Ces sucs ne contiennent pas de mannite. Ils sont étudiés dans l’article relatif à chacun des végétaux dont ils proviennent (V. Manne, à la table des matières), et nous ne ferons que les mentionner ici.
Les maux connus sont :
La Manne d’àlhacu, produite par YAlhagi Camelorum , Fisch. ; la Manne du Sinaï, fournie par le Tamarix mannifera , Ehr. ; la Manne des Hébreux ou Manne céleste, constituée par le Lecanora esculenta ; la Manne appelée Gaz Alefi, en Perse, qui découle des Astragalus florulentus et adscendens, Boiss. et Haussk. ; le Shir Khisht, qui exude du Cotoneaster nummularia , Fish. ; la Manne du Chêne, qui provient des Quercus V allonea , Kotschy, et Q. Persica, Jaub. et Spach; la Manne de Briançon, récoltée sur les feuilles du Larix europæa, et la Manne du Liban, recueillie sur celle du Cedrus Libani; la Manne d’Australie et la Manne Lerp, fournies par divers Eucalyptus ; etc.
Écorce de Frêne
Le Frêne ordinaire ( Fraxinus excelsior , L.) diffère des arbres précédents par ses fleurs nues, souvent polygames. On a vanté les Feuilles de Frêne comme purgatives. C'est
Cauvkt, Mat. inèd., t. II.
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sans cloute cette propriété qui les a fait employer quelquefois contre la goutte et le rhumatisme.
L'Écorce de Frêne est à peu près inusitée aujourd’hui. Elle étaitjadis réputée tonique et fébrifuge, à cause de son amertume. On la trouve dans le commerce, sous forme de plaques, soit enroulées, soit en gouttière, minces, lisses, grises ou jaunâtresen dehors, avec quelques petites verrues blanchâtres ; leur face interne est lisse et jaunâtre ou brunâtre.
Elle offre la structure suivante :
1° Une couche de cellules à chlorophylle, brunes ou jaunâtres, irrégulières, déprimées ; 2° un parenchyme cortical, à cellules grandes, tangentielles, au sein duquel se voient des cellules scléreuses, soit isolées, soit disposées en petits groupes; 3° une zone discontinue de cellules scléreuses juxtaposée au liber et comprenant quelques faisceaux libériens primaires, dont les éléments sont moins larges et plus réguliers que les cellules scléreuses; 4° un liber, à faisceaux composés de libres minces, de tissu cellulaire et de fibres épaisses, disposées en groupes. Ges faisceaux sont séparés par des rayons médullaires, à 2 ou 3 rangées de cellules.
L’écorce de Frêne est inodore, amère et astringente; on y a trouvé du tannin. Le prince de Salm-Horstmar en a retiré un glucoside, qu’il a nommé Fraxine.
La Fraxine (G10 H18 O10) cristallise en prismes incolores, solubles dans l’eau chaude et dans l’alcool. Elle a une saveur amère et astringente et sa dissolution, soit aqueuse, soit alcoolique, possède une belle fluorescence bleue. On la trouve aussi dans les sortes inférieures de Manne et dans l’écorce du Marronnier d’Inde, où elle accompagne YÆsculine . Les acides dilués la dédoublent en Fraxètine (Ci0 H8 O5) et en Glucose (G° II12 0(i).
La Fraxine est sans doute la même substance que la F raxinine trouvée, par Mouchon, dans l’écorce, et par Mandet, dans les feuilles du Frêne. Elle a été préconisée comme fébrifuge, à la dose de 1 gramme à l6i,5 par jour.
SAPOTEES — GRAISSES UES SAPOTEES
SAPOTÈES
Graisses des Sapotées
Les graines de plusieurs Bcissia fournissent, par expression, des huiles solides, improprement appelées Beurre et qui servent principalement à la fabrication du savon. Ces huiles se solidifient entre 21° et 29°. Les plus utiles sont les suivantes :
Beurre de Galam (Beurre de Bambone, B. de Bambara. B. de Shea). Ce beurre provient du Bassia Parkii, G. Don ( Butyrospermum Parkii , Kotsch. ; B. niloticum, Ivotsch), arbre du Soudan, où, suivant Caillé, il constitue des forêts continues, avant au moins 200 lieues de longueur. Selon P. Soleillct, ce Bassia est l’essence dominante des forêts du Ségou et du Macina. Le beurre qu’il produit peut remplacer tous les corps gras, animaux et végétaux, soit dans l’alimentation, d’après Mungo-Park, qui l’estimait autant que le beurre de vache, soit pour la fabrication des bougies et du savon.
Le beurre de Galam est exporté surtout des royaumes de Bambone et de Bambara, qui sont situés à l’est, du Sénégal. Comme sa production est en quelque sorte illimitée, il pourrait être importé à pleins wagons sur le marché européen.
Ce beurre est d’un blanc sale; il fond à 29° et ne reprend sa consistance qu’à 21° ; il est à peine soluble dans l’alcool et incomplètement soluble dans l’éther; les alcalis le Saponifient aisément. Il a une saveur agréable et se conserve longtemps, sans rancir. On l’emploie fréquemment pour le graissage des machines.
Le Ghee ou Ghi est retiré du Bassia butyracea , Roxb., que les indigènes de l’Inde appellent Fuhoa ou Fulwara. Ce beurre offre à peu près les caractères du Beurre de Galam, avec lequel il est souvent confondu.
Le Beurre d’Iliipé est produit par le Bass. longi folia, L.. arbre appelé Illipè ou Yllipe, dans l’Inde. Ce beurre, aussi désigné sous le nom d’huile d’ Illipé, a une coloration bleu-
SA POTEES
verdâtre, une odeur agréable et une saveur dépourvue décrété; il fond entre 26° et 28° et se lige entre 22° et 23° ; il est très peu soluble dans l’alcool. On le dit formé d’oléine et de margarine (?). A l’état liquide, c’est-à-dire, a chaud, il a une couleur jaune. Ce beurre est employé pour 1 éclairage, pour la fabrication du savon et, parfois même, comme assaisonnement.
On emploie aussi, dans 1 Inde, pour l’éclairage, sous les noms d Huile de Mohwa el d'Huile d’Yallah, une huile concrète et de couleui jauue pâle, retirée du B. latifolia , Roxb.
Les matières grasses fournies par quelques autres Bassia sont usitées au Gabon, en frictions, contre les rhumatismes. Telles sont: I’Agali-Djavé, fournie par le B. Djave; I'Agali Noungore, produite par le B. Noungou, et celle qui provient de I'Acole Ongounou (Basiia sp.).
Enfin, on retire des semences du Lucuma mammo:a, des Antilles et de la Colombie, une huile grasse, fusible à 4- l -°-
Écorce de Monésia
On désigne, sous ce nom et sous ceux d’ Ecorce de Buranhem ou de Guaranhem, une écorce d’origine douteuse qui est attribuée du Chrysophyllum glycyphlœum, Casart. (Lucuma glycyphlœa, Mart.). C’est Ylberaee de Pison, l’ Hivurahè de Thevet.
Cette écorce est en fragments atteignant la grandeur de la main 5 elle est souvent épaisse de 6 a 8 millimètres, très compacte, pesante, dure, gorgée d’extrait et de couleur brun foncé ; sa face externe offre parfois une sorte d’épiderme grisâtre. Sa cassure est presque unie et non fibreuse ; sa saveur, d’abord douce et sucrée, devient bientôt âcre à la gorge.
On exporte aussi du Brésil un Extrait de Monésia. Selon Derosne, qui, le premier, fit connaître en France l’écorce de Monésia et son extrait , cet extrait est en plaques épaisses de 20 à 25 millimètres, pesant environ 500 grammes. Il a une couleur brun foncé; sa saveur, d’abord sucrée, puis astringente, laisse une âcreté très prononcée et très persistante.
Selon Henry et Payen, l’écorce de Monésia contient de la Monésinc, matière analogue à la saponine, de la glycyrrhi-
zine, du tannin, une matière colorante roug e (acide Rubinique), etc.
La Monésiaest un bon astringent, que ses propriétés permettent de placer à côté du Cachou, du Ivino et du Ratanhia. On peut l’employer dans les mêmes circonstances, que ces derniers médicaments. Elle ne paraît pas avoir les vertus spécifiques dont on la croyait douée.
Latour a signalé une falsification de l’extrait de Monésia par l'extrait de bois de Campêche : l’extrait de Monésia donne à la salive un aspect écumeux intense et persistant; l’extrait de bois de Campêche colore la salive en violet et ne la fait pas mousser.
Gutta-Percha
La Gutta-Percha (Gutta Tuban , Gomme Gettania, Gomme de Sumatra) est une substance analogue au caoutchouc et que jadis l'on retirait, dit-on, à peu près uniquement, du Palachium Gutta , Burck (Isonandra Gutta , Hook. ; Dichopsis Gutta , Benth.). Cet arbre était supposé indigène de l’île de Singapore, de plusieurs autres îles de la Malaisie, entre autres de Sumatra et de Bornéo, ainsi que de la péninsule Malaise. Mais Burck a montré que ce Palachium habitât exclusivement l’île de Singapore. Il y a été détruit, par les indigènes, pour répondre aux demandes croissantes du commerce, et en suite de la méthode funeste employée à la récolte de la Gutta-Percha : on abattait l’arbre, on en en • levait l’écorce et l’on recueillait le latex dans des vases.
La Gutta-Percha était, de temps immémorial, usitée par les Malais pour la confection de chaussures et de divers instruments ou ustensiles. Malgré le mode vicieux employé pour la récolter, le nombre d’arbres était si grand, qu’il suffisait aux besoins de la consommation, sans nuire à la conservation de l’espèce. Mais, lorsque le docteur Montgom m crie (1842) eut tait connaître ce produit en Europe, l’abatage des arbres fut si rapide, qu’en 10 années, il n’en resta plus un seul pied dans l’ile. Les deux seuls arbres qui existent aujourd’hui se trouvent au jardin botanique de Buitcnzorg.
SAPOTEES
La disparition du Palachinm Gutta et la nécessité de se procurer une substance aussi utile que la Gutta-Percha ont porté les gens chargés de la récolte à extraire le latex de tous les arbres qui peuvent donner une matière analogue.
Jusqu’en ces derniers temps, on affirmait que les Mimusops , Sideroxylon , Dipholis, Dichopsis , Chrysophyllum , etc., de l’Inde, de la Malaisie et de la Cochinchine, fournissent de la Gutta-Percha. Mais, selon Burck, les espèces de ces genres, qui vivent aux Indes orientales, ne produisent qu un suc sans valeur industrielle et qui n’est pas récolté. Les seules espèces productrices sont les suivantes : Palachium Gutta , P. oblongi folium, P. Borneense, P. T reubii et sa variété P parviflorum ; Payena Leerii, Bassia pallida et Iso nandra pulchra. Cependant, on recueille aussi, paraît-il, le suc de quelques autres espèces appartenant aux genres Palachium, Payena, Bassia et Isonandra. Toutefois, ce suc est, le plus souvent, mélangé avec celui des espèces citées. De ces espèces, celle qui produit la meilleure Gutta-Percha est le Palachium oblongifolium ( Isonandra Gutta, var. oblongifolia, de Wriese; /. Gutta, var. [3 Sumatrana, Miq. ; Dichopsis, nov. sp., Beauvisage; Dich. oblongifolia . Burck), grand arbre croissant à Sumatra, à Bornéo, à Riouw et dans la presqu’île de Malacca. Burck affirme que la Gutta-Percha qu’on en extrait est d’aussi bonne qualité que celle du Pal. Gutta.
Le P. Borneense, Burck, ainsi que le P. 1 reubii, Burck, et sa variété oblongifolium , le premier de Bornéo, les deux autres de Banka, paraissent ne plus exister dans les forêts de ces iles et l’on ne possédé, de chacune de ces espèces, qu’un seul pied, qui est cultivé dans le Jardin botanique.
Le Payena Leerii, Burck (Azaola Leerii, T. et B.; Keratophorus Leerii, Hassk. ; Ceratophorus Leerii , Miq.) semble être la Sapotacée à Gutte la plus répandue. On le trouve à Sumatra, à Banka, à Bornéo, à Riouw et, sans doute aussi, dans la presqu’île de Malacca.
Selon Burck, la Gutta-Percha qu’on en retire est moins homogène que celle des Palachium et se convertit en fibres et en filaments ; elle est donc moins élastique. Aussi Burck