GUTTA PERCHA
la place-t-il au second rang; cependant, cette sorte est plus blanche et, dans le commerce, on lui attribue paraît-il, la même valeur qu’à la Gutta-Tuban du Pal. oblongi folium.
On recueille aussi le suc du Payen a macrophylla (K akosmantlius [C acosmanthus , Miq.] macrophyllics, Hassk.) de Java; mais, selon Burck, ce produit semble de qualité très inférieure.
L’abatage des arbres est abandonné aujourd’hui et le suc est obtenu en pratiquant, vers le bas de l’arbre, des incisions qui ne doivent pas dépasser l’écorce. Le suc qui en découle est blanc ou jaune pâle et souvent coloré par la matière tinctoriale contenue dans le bois ou dans l’écorce; il brunit, d’ailleurs, en se desséchant. On l’étale en couches minces, pour favoriser sa dessiccation ; puis, on superpose un certain nombre de ces couches et l’on en forme des pains arrondis ou des blocs pesant de 10 à 20 kilogrammes. Ces masses sont généralement salies par de la terre ou par des débris de végétaux; elles offrent une couleur jaune-rougeâtre ou jaunâtre ou blanchâtre.
La proportion de Gutta-Percha fournie par un arbre varie nécessairement avec la nature et la grandeur de cet arbre. Il semble que le mode actuel est plus favorable au rendement que le mode ancien. On rapporte, en effet, qu’un arbre abattu donnait de 7 à 11 kilogrammes de suc, tandis qu’on peut en obtenir jusqu’à 18 kilogrammes au moyen des incisions.
La Gutta-Percha a une couleur jaune pâle ou tigrée ou blanc grisâtre, si elle a été épurée. Sa densité est à peine supérieure à celle de l’eau. Elle est insipide, à peu près inodore, dure, coriace, flexible, résiste au choc et au frottement, et ne perd pas sa souplesse à -f- 10°, comme le fait le caoutchouc. Elle ne conduit pas l’électricité et constitue ainsi un isolant électrique de premier ordre. Elle se ramollit vers 48°, et devient ductile entre 50° et 60°; mise dans l’eau bouillante, elle se change en une substance pâteuse, malléable, que l’on peut modeler à volonté et qui, par le refroidissement, conserve ensuite la forme qu’on lui avait donnée. Elle fond à 130°, bout à une température plus élevée et donne, par la distillation sèche, une huile volatile analogue à celle que
SA POTEES
fournit le caoutchouc; enfin, elle brûle avec une flamme jaune vif et produit beaucoup de fumée.
La Gutta-Percha est insoluble dans l’eau froide, à peu près insoluble dans l’alcool, l’éther, les huiles grasses; elle se dissout en partie à froid et presque complètement à chaud, dans la benzine, l’huile de houille et les huiles volatiles; le chloroforme et le sulfure de carbone la dissolvent aisément, à froid et mieux encore à chaud. L’acide azotique concentré l’attaque vivement ; les acides sulfurique et chlorhydrique 1 la rendent cassante.
La Gutta-Percha ne possède, à aucune température, l’extensibilité élastique qui caractérise le caoutchouc. Elle ne subit aucun changement dans les climats chauds et humides, tandis que le caoutchouc s’amollit alors, devient adhésif et ne peut être utilisé. Au-dessous de 0°, le caoutchouc durcit beaucoup, perd son élasticité et il est impossible de l’employer aux usages économiques, tandis que la Gutta-Percha conserve encore ses qualités. C'est pourquoi, dans beaucoup de cas, on la préfère au caoutchouc, auquel elle est substituée lorsqu’on n’a pas besoin d’une substance élastique.
Seule ou associée au caoutchouc, on la vulcanise par addition de soufre; l’on obtient ainsi une matière dont la coloration et la dureté varient selon la durée du chauffage et la proportion du soufre.
Les usages de la Gutta-Percha sont extrêmement nombreux. On en fait des courroies de transmission, des cordes, des lanières à ligatures, que l’humidité ne détériore pas, des tubes de tout calibre, des intruments de chirurgie, etc. Aussi l’importation de cette substance est-elle très considérable. Selon Girardin, la France seule en reçoit environ 60,000 kilogrammes chaque année. Toutefois, la Gutta-Percha est susceptible d’altérations qui la rendent cassante, d'où la nécessité d’appeler l'attention sur les dangers de son emploi dans quelques circonstances.
Payen, qui en fit l’analyse, y signala l’existence de trois principes immédiats bien définis, savoir : une matière offrant les caractères spèciaux de la, Gutta-Percha et qui forme les 3/4 de la masse; une résine cristallisable blanche
GUTTA-PKRCHA
(Albane), soluble dans l’alcool absolu et qui y existe dans la proportion de 14 à 10 0/0; une résine jaune , amorphe, très fusible (Fluavile), insoluble dans l’alcool froid, mais soluble dans l’éther et dont la proportion est de 4 à 6 0/0.
Les Guttes sont désignées, dans le commerce, par des noms d’origine un peu fantaisistes : Macassars , Bornèos , Bandjermassins , etc. Ces noms paraissent être donnés par les marchands de Singapore, où les Guttes sont expédiées de Bandjermassin, de Padang, etc., par les négociants hollandais.
Il est à croire que les accapareurs chinois et malais de Singapore leur font subir des mélanges sur une grande échelle. Cette pratique semble nécessitée par la diversité des sucs récoltés par les indigènes et par l’obligation de fabriquer des Guttes correspondant à des types déterminés : il faut que les cargaisons expédiées ressemblent aux échantillons. Burck rapporte, en effet, que les indigènes, après avoir exploité un arbre, en cherchent un autre de même espèce et que, s’ils ne le trouvent pas, ils s’adressent au premier arbre à Gutte qu’ils rencontrent, afin de parfaire une quantité de suc suffisante pour être vendue. Les divers sucs ainsi recueillis sont mélangés par eux aussi bien que possible.
Le Singapore Exchange Mark et Report désigne la Gutta- Percha sous trois rubriques : First qualitg. Medium , White.
La rareté et la cherté des Gutta-Percha de la Malaisie ont porté les habitants des pays tropicaux à extraire des arbres à latex un suc pouvant se substituer à la vraie Gutte. Outre ceux que nous avons cités, la plupart des Payena fournissent un suc assez analogue, mais plus ou moins poisseux, que l’on ne peut guère utiliser. On en retire aussi de divers Chrysophyllum , Achras, Mimusops , Lucuma, etc., de l’Amérique tropicale; et de Y Imbricaria coriacea , des Mascaraignes. H. Bâillon cite 42 espèces d’arbres fournissant une sorte de Gutta-Percha. Dans ce nombre, toutefois, se trouvent des espèces productrices d’une substance voisine, appelée Balata (v. ci-dessous, p. 730).
E. Heckel a signalé, en 1881, le Bassia Parkii comme fournissant une sorte de Gutta-Percha. Cet arbre contient, selon Heckel, un abondant suc laiteux, renfermé dans des lati-