SYNANTHÈRÈES — RACINE DE PISSENLIT
SYNANTHÈRÈES
Racine de Pissenlit
Le Pissenlit ou Dent de Lion (Taraxacum dens Léonin , Desf. ; Leontodon Taraxacum , L. \Tar. officinale , Willd. ; Ixoni. vulgare , Lamk.; Dandelion , des Anglais) est une plante à souche vivace, épaisse, courte, souvent ramifiée et terminée par une racine charnue, longue et pivotante. Cette plante est commune dans toute l’Europe, dans le nord et le centre de l’Asie et dans l’Amérique du Nord.
Rarement employé en France, où on le dit apéritif et tonique, le Pissenlit est très usité en Angleterre, comme un laxatif doux et tonique, surtout contre les maladies du foie.
!On en prescrit la racine et les feuilles, sous forme de suc ou d’extrait. La racine est rapidement piquée par les vers et doit être renouvelée chaque année.
Marmé signala, dans la tige et dans les feuilles du Pissenlit, | une certaine quantité d 'Inosite (C12 H'24 O12). Polex a retiré
Ide la racine, en 1839, une substance qu’il obtint, sous I forme de cristaux verruqueux : cette matière est sans doute Ile principe que Kromayer y trouva, en 1864, et qu’il nomma Taraxacine. Le même auteur en a extrait aussi une autre substance, qu’il a appelée Taraxacèrine, et qui ressemble à la Lactucèrine.
La Taraxacine forme des cristaux étoilés, de saveur I amère, un peu âcre, peu soluble, dans l’eau froide, mais fort I soluble, dans l’eau bouillante, dans l’alcool et dans l’ éther.
Selon Dragendorff, la racine de Pissenlit contient 24 0/0 Id’inuline, en automne; celle que l’on récolte au printemps ■ renferme plus de Taraxacine, mais moins d’inuline et de 1 caoutchouc.
Enfin, T. et H. Smith ont montré qu’il se produit beaucoup I de marmite, dans le suc de la racine exposé à l’air, tandis que ■ la racine fraîche n’en fournit pas du tout.
Holmes dit que la racine de Taraxacum est parfois falsifiée,
SYNANTHÈRÊES
avec celle de 1 ' Apargia hispida, Willd. ( Leontodon hispidus , L,; Bough Hawkbit. , des Anglais). Cette dernière s’en distingue, en ce qu’elle est pâle, ridée à la surface, coriace . et ne se brise pas facilement.
Laitues
Plusieurs espèces du genre Lactuca fournissent des produits utilisés en médecine. Telles sont les suivantes.
Laitue officinale ( Lactuca sativa, L.). — Plante annuelle, glabre, non épineuse, haute de 5 à 10 décimètres ; teuilles ' inférieures obovées, les caulinaires amplexicaules, à oreillettes I obtuses; côte dorsale des feuilles ordinairement lisse, sans aiguillons; fleurs jaunes, en capitules pauciflores, disposés en corymbes irréguliers ; involucre ovoide, allongé, imbriqué, glabre, à folioles ovales-allongées, presque obtuses; récep tacle plan, portant 12 à 15 fleurs; fruits ovoïdes, comprimé*, striés, couronnés par une aigrette stipitée.
Comme toutes ses congénères, cette Laitue contient un grand nombre de laticifères disposés en un ou deux cercles de tubes ramifiés et anastomosés entre eux. Ces vaisseaux, sont assez rapprochés de la surface de la tige, pour que lai moindre piqûre les atteigne et détermine l’écoulement d une grande partie du latex. Ce dernier est blanc, épais et crémeux ; il se dessèche à l’air, sous forme de gouttelettes ou masses d’un roux brunâtre.
La Laitue officinale est émolliente et sédative. Le suc obtenu par expression de son écorce, à l’époque de la floraison, sert à préparer un extrait assez souvent employé, comme sédatif, sous le nom de Thridcice. C’est avec les tiges de cette même Laitue, que l’on prépare Y Eau distillée de Laitue. Enfin, le suc laiteux de cette plante, étant desséché au soleil, constituait la Thridace du I)1' François et le Lactucarium du Dr Duncan.
Laitue gigantesque (L. altissima, Bieb.). — Tige pouvant atteindre 3 mètres de haut, droite, glabre; feuilles denticulées, les inférieures sinuées, les supérieures lancéolées, munies d’oreillettes dirigéees en arrière, acumi nées, glabres; fleurs
LAITUES
jaunes, en corymbe irrégulier ; capitules grands, àpédicelles bractéolés et à écailles extérieures plus longues que les intérieures; fruits noirs, brièvement rostres. Cette plante, originaire du Caucase, est cultivée aujourd’hui aux environs de Clermont-Ferrand, pour l’extraction du Lactucarium d’Aubergier.
Laitue vireuse (L. virosa, L.). — Tige élancée, haute de 15 à 18 décimètres, raide, glauque, souvent visqueuse par le haut et purpurine. Feuilles inférieures obovées-oblongues, sagittées, non lobées, sinueuses-dentées , très grandes, disposées en rosette et à nervures épineuses sur la face inférieure ; les caulinaires oblongues, sinuées ou dentées, étalées horizontalement (ce qui distingue cette plante de la Laitue sauvage, dont les feuilles sont un peu tordues à la base, de manière à ce que leurs faces soient latérales et leurs bords dirigés l’un vers le ciel, l’autre vers le sol) : ces feuilles sont amplexicaules. avec des oreillettes obtuses (non pointues) et une nervure dorsale aiguillonée, Fruits noirs, elliptiques, à faces 5 -striées et à marge membraneuse , assez large , glabres vers le sommet et terminés par un bec filiforme, aussi long qu’eux.
Le suc laiteux, obtenu par incision de cette plante, est âcre, très amer et doué d’une odeur vireuse, très nauséabonde .
« Si l’on veut chercher, parmi les Laitues, un succédané de l’opium, c’est cette espèce qui devrait être préférée. » (G-uibourt.)
Toutes les espèces de Laitue paraissent capables de fournir du Lactucarium. Maish en a retiré du L. elongata , Muhl.
Thridace. — Le suc de Laitue cultivéefX. sativa) fut expérimenté d'abord par Goxe (de Philadelphie), qui en fit connaître les propriétés, en 1799, sous k nom de Opium de Laitue. Cette étude fut continuée, en Ecosse, par Duncan, Young, Anderson, Scudamore, etc.; en France, par divers médecins, surtout par Bidault de Yilliers. Le suc était obtenu par incision des tiges delà plante. On lui avait donné le nom de Thridace (ôciûaç, Laitue).
La Thridace était donc, à l’origine, une substance tout à fait analogue à la préparation qu’Aubergier retira de la Laitue
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gigantesque, mais peut-être moins active, puisqu’elle provenait exclusivement de la Laitue cultivée. On la considérait comme un hypnotique précieux et elle était fréquemment usitée. Mais elle tomba en désuétude et fut abandonnée, comme étant presque inerte, lorsque le Codex français, suivant les indications de Caventou, eut prescrit de la préparer avec le suc exprimé des tiges. Par l’évaporation du suc retiré de l’écorce, comme le voulait Béral, nous avons préparé, chez Magnes-Lahens, une Thridace infiniment plus active, mais moins efficace, toutefois, que celle que l’on obtient par incision directe des tiges, ainsi que le recommandait Coxe. L’incision directe des tiges ne fournit guère, en effet, que le latex, tandis que l’expression de l’écorce donne, en même temps, tout le suc contenu dans le parenchyme cortical ou libérien. C’est sans doute dans une telle Thridace que Magnes-Lahens a trouvé 18 à 20 0/0 de glucose.
La Thridace est surtout prescrite, sous forme de sirop ou de pilules, comme un calmant et un hypnotique légers.
Lactucarium. — Cette substance a été surtout mise en honneur par Aubergier, (1841) qui l’obtint de la manière suivante : Faites des incisions transversales aux tiges de la Laitue gigantesque, à l’époque de la fioraison ; recueillez dans un verre le suc laiteux qui s’en écoule; laissez coaguler le suc, retirez-le du verre et divisez-le en rondelles peu épaisses, que vous ferez ensuite sécher sur des claies.
Au moment où il s’échappe des incisions, le suc a la couleur et la consistance de la crème. Il se coagule bientôt, se colore en jaune, puis en brun et se dessèche assez vite, en perdant 71 0/0 de son poids et se couvrant parfois d’efflorescences de mannite.
Le Lactucarium d’Aubergier est en pains du poids de 80 à 50 grammes, de teinte plus ou moins brune et à cassure résineuse jaunâtre ou d’un brun plus ou moins foncé; son odeur est forte, un peu hircine ; sa saveur extrêmement amère. Quand on le divise dans l’eau, la liqueur prend, sous l’influence des alcalis, une teinte rose caractéristique et perd son amertume. Il est peu soluble dans l’eau ; l’alcool à 50° en dissout la partie active.
LAITUES
Le Lactucarium est recueilli également en Écosse et en Allemagne, où on l’appelle Lactucarium germanicum, par opposition à la substance que Notlinagel appelle à tort Lactucarium gallicum et qui n’est autre que la Thridace ou suc de la Laitue cultivée.
Le Lactucarium d’Allemagne est en morceaux anguleux, plus ou moins contractés et irréguliers, d’un brun-rou geâtre foncé au dehors, opaques et comme cireux en dedans. Quand il est récent, sa cassure est d’un blanc crémeux ; à l’air, elle devient jaune, puis brune. Il a une saveur très amère, une odeur forte, désagréable, rappelant celle de l’opium (Flückiger).
Le Lactucarium d’Allemagne est obtenu de la Laitue vireuse, cultivée aux environs de Zell, sur la Moselle, entre Goblentz et Trêves. On l’y obtient de la manière suivante : en mai, quand la plante commence à fleurir, on la coupe à 30 centimètres environ au dessous du sommet et l’on recueille, avec le doigt, le suc d’abord blanc, puis brun, qui s’en écoule. On ravive chaque jour la surface de section, jusqu’en septembre. Le suc ainsi obtenu est placé dans des vases hémisphériques en terre. Lorsqu’il est assez dur, pour qu’on puisse le renverser en une seule masse, on le retire du vase et on le fait sécher au soleil. Enfin, on le brise en morceaux, dont on achève la dessiccation à l’air, sur des châssis. Selon Flückiger, ce Lactucarium se vend, à Zell, de 12 à 30 marks le kilogramme et on en exporte annuellement de 300 à 400 kilogrammes.
Le Lactucarium d’Ecosse se présente sous forme de masses terreuses, irrégulières, de couleur brun foncé et ayant au plus 25 millimètres de longueur. Son odeur est la même que celle du Lactucarium d’Allemagne.
Il existe, paraît-il, un Lactucarium de Russie, mais qui ne vient pas en France et dont le prix est très élevé. Cette substance est peut-être la même que le Tchingel de Malatia, dont il sera question plus loin.
Selon Aubergier, le Lactucarium contient une matière neutre, cristallisable, qu'il a appelé Lattucine, de l’asparagine, de la mannite, une matière cristallisable se colorant en
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vert par les sels de fer, une résine électro- négative combinée à la potasse, une résine indifférente, de l’acide ulmique (?), de la myricine, de la pectine, de l’albumine, des sels de potasse, de chaux, de magnésie, etc. Ch. Magnes- Laliens y a trouvé 8 à 9 0/0 de glucose.
La Lactucine est un produit mal défini, qui fut d’abord isolé par Buchner (1832), puis par Walz (1837), ensuite par Aubergier, enfin par Louis. La Lactucine obtenue par ces différents chimistes est loin d’être identique ; ce principe employé comme médicament ne peut donc présenter aucune garantie.
Selon Aubergier, la Lactucine est le principe actif du Lactucarium. Elle se dissout à peine cà froid, dans l’eau, davantage à chaud et se sépare, par le refroidissement, en paillettes nacrées ressemblant à l’acide borique ; elle est soluble dans l’alcool fort ou faible et se charbonne à la chaleur, sans se sublimer; sa dissolution s’altère sous l’influence des alcalis et son amertume se perd sans retour.
D’après Lenoir, la Lactucine d’ Aubergier est une substance impure, qu’il ne faut pas regarder comme le principe actif du Lactucarium : ce principe serait, suivant lui, un alcaloïde organique, non découvert, qu’il appellerait aussi Lactucine. Lenoir a séparé du Lactucarium une substance cristalline, inodore, insipide et sans action sur l'économie animale, qu’il a nommée Lactucone .
Suivant Kromayer, la Lactucine cristallise en tables rhombiques ou en écailles nacrées ; elle a une savenr amère, est jaune, fusible, soluble dans 80 parties d’eau froide, un peu soluble dans l’alcool et dans l’acide acétique, peu soluble dans l’éther. L'acide nitrique la convertit en une substance résineuse et l'acide sulfurique la brunit. Sa formule serait : G22 H28 O8 (Kromayer) ou G40 H48 O13 (Walz).
Selon Louis, le Lactucarium renferme, outre la Lactucone de Lenoir (Lactucèrine de Walz). de V acide Lactucique et de la Lactucine, qui serait réellement le principe actif du Lactucarium.
Mouchon. pharmacien à Lyon, prétend avoir obtenu de la Lactucine pure, qu’il a proposé de substituer au Lactucarium.
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dont elle aurait les propriétés. Mouchon n’a pas encore, que nous sachions, fait connaître le procédé qu’il emploie, pour l’extraction de sa Lactucine ; aussi les formules qu’il a proposées, pour son administration, ne peuvent-elles pas être; adoptées. Nous pensons, avec Réveil, qu’on ne peut accorder de confiance à un principe immédiat imparfaitement défini.
Les avis sont très partagés, relativement à la valeur thérapeutique du Lactucarium, ce qui tient sans doute aux divers modes employés pour la préparation de ce produit. Garrod dit l’avoir prescrit, sans résultat, à la dose de lsr,80, répétée 3 et 4 fois par jour.
Selon d’autres, le Lactucarium peut être employé dans tous les cas où l’on veut produire une sédation, sans recourir à un agent aussi énergique que l'opium. D’après Bertrand, « jamais son usage, même prolongé et à des doses assez fortes, n’est suivi de douleurs de tête, de bourdonnements, de l’injection de la face, du sentiment de malêtre général, ainsi que de l’élévation et de la dureté du pouls, qui succèdent presque inévitablement à l'action un peu soutenue de l’opium; on n’aperçoit rien, enfin, de la congestion et de l'excitation cérébrales déterminées par ce dernier. » (Cité par Bouchardat.)
Selon Fronmüller, la Lactucine est un hypnotique inconstant, que l’on administre aux doses de 0,5 à 2,5; elle ne produit pas d’autres phénomènes narcotiques et amène un peu de constipation. Le même auteur admet que le Lactucarium possède des propriétés hypnotiques, aux doses de 0,5 à 1,8. Toutefois, contrairement à l'opinion de Bertrand, il dit que cette substance peut produire des bourdonnements d’oreilles, des vertiges, de la céphalalgie, avec pesanteur de tête, ainsi que la dilatation de la pupille et souvent des sueurs abondantes.
Les expériences de Schvvorzoff et Sokolowski, faites avec l’extrait de Laitue vireuse injecté sous la peau, chez les animaux à sang froid et chez des Mammifères, ont donné les résultats ci-après :
Les mouvements volontaires et réflexes, ainsi que la sensibilité diminuent progressivement et s’éteignent. Les effets observés paraissent dus à l’affaiblissement de la respiration et de lacirculation, qui, d'abord activées, finissent par s’affaiblir. La mort serait due à la paralysie cardiaque. La somnolence et la dépression finales semblent dépendre de cet affaiblissement, plutôt que d’une action directe du poison sur le cerveau.
Aubergier a proposé d’administrer le Lactucarium sous diverses formes ; extrait alcoolique , pâte, pilules , sirop.
Selon Rossbach, le Lactucarium est un médicament superflu, bien inférieur à l’opium et au chloral.
On retire, par incision de la racine du Chondrilla graminea. un suc lactescent, que les habitants de Kapoulou-
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Haraman recueillent, après sa concrétion, et dont ils font de petites masses en forme de noyaux de dattes. Ges masses, étalées en lamelles ellipsoïdales, constituent le Tch ingel - Sâkesey , de Beybazar, sorte de caoutchouc gris bleuâtre, servant de masticatoire chez les Orientaux.
Le Tcliingel de Malatia, usité dans le Kurdistan, est en lames minces, arrondies, repliées sur leurs bords et douées d’une odeur vireuse. Il est produit par une Garduacée.
Racine de Chic orée
Cette racine est fournie par la Chicorée sauvage ( Chicorium
Intybus,\j. ; fig. 682), plante à tige très rameuse, haute de 3 à 10 décimètres, à feuilles roncinées et à fleurs bleues, plus rarement roses ou blanches. La Chicorée est commune en Europe.
La Chicorée sauvage croit le long des chemins, dans les lieux vagues et incultes. Sa racine est pivotante, grosse comme le doigt, grisâtre en dehors, blanche à l’intérieur, et possède une saveur amère, mucilagineuse. Ses Feuilles, très amères aussi, lorsqu’elles sont bien développées, sont dépourvues d’odeur, quoique elles fournissent un hydrolat odorant.
Quand elles sont jeunes, leur amertume est moins prononcée ; on peut alors les manger, soit en salade, soit cuites.
Soumise à l’étiolement, cette plante devient grêle et effilée : on l’appelle alors Barbe de Capucin.
Fio. C82. — Chicorée sauvage.
RACINE DE CHICOREE
La Racine de Chicorée sauvage se présente, dans le commerce, en fragments d’environ 1 centimètre de longueur et d’épaisseur, d’un gris pâle en dehors, blancs et striés de brun en dedans. Son écorce, dont l’épaisseur égale environ la moitié du rayon total, offre des faisceaux libériens très déliés, appointis et séparés par des rayons médullaires en continuité avec ceux du bois. Ce dernier est jaunâtre, assez résistant et traversé par de nombreux rayons médullaires, composés de 2 ou 3 rangées de cellules.
Sur une section transversale, cette racine se montre constituée par les éléments ci-après : 1° un suber recouvrant un parenchyme cortical, à cellules allongées tangentielle ment; 2° un liber formé de couches alternatives de parenchyme lâche et de fines cellules entourant les laticifères; 3° un bois composé de larges vaisseaux et de fibres ligneuses à parois épaisses. Le centre de la racine est occupé par du tissu cellulaire, au sein duquel se voient quelques vaisseaux. Les cellules corticales contiennent de l'inuline.
La racine de Chicorée entre dans le Sirop de Chicorée ou de Rhubarbe composé. On la croit dépurative et laxative.
On en cultive une variété (Cich. Intybus, var. sativum), à feuilles inférieures oblongues, sinuées- dentées. La racine de cette variété, étant torréfiée et moulue, constitue la substance que l’on désigne, dans le commerce, sous le nom de Café -Chicorée. L’emploi de ce prétendu café avait sa raison d’étre, au commencement de ce siècle, lorsque les denrées coloniales avaient atteint un prix excessif. Cet usage s’est perpétué jusqu’à ce jour, bien que la Chicorée ne possède en aucune façon l’arome délicieux du café véritable. L’infusion de Chicorée a une saveur amère, âcre et nauséabonde et renferme une quantité d’extrait soluble, plus considérable que celle qui est contenue dans l’infusion du café; aussi a-t-elle une intensité de coloration plus grande. C’est évidemment à cette propriété que la Chicorée doit son usage, que rien ne justifie, cependant.
La racine de Chicorée moulue est fréquemment mélangée au café torréfié et moulu. L’on excuse cette fraude, en disant que le mélange est vendu moins cher et que, d’autre part,
(,3(3 SYNANTI-IÉRÈES
l’infusion de Cliicorée est salubre et nourrissante : or, sous prétexte de bon marché, le bénéfice reste au vendeur ; en outre, il parait démontré que l’infusion de Chicorée est parfois laxative et que la digestion en est plus difficile ; enfin cette infusion, étant privée de caféine et de l’arome propre au café, ne peut produire l’effet stimulant et le sentiment de bien-être, que procure celle du café.
Le Café-Chicorée lui-même est, d’ailleurs, fréquemment falsifié de toutes les manières et l’on ne saurait trop recommander d’en bannir l’usage.
Nous avons indiqué (t. II, p. 822 à 825) les moyens de déceler sa présence, dans le Café moulu.
Racine de Bardane
Cette racine est fournie par la Grande Bardane ou Herbe aux teigneux (Lappa major , Gaertn. ; Arctium Lappa. L. ; A. majus, Schk.; Lappa officinalis, Ail.), plante bisannuelle, haute de 10 à 16 décimètres, rameuse, à feuilles inférieures très grandes, vertes en dessus, blanchâtres et tomenteuses en dessous, et à capitules terminaux, solitaires, rougeâtres, entourés de bractées munies d’une pointe crochue.
La Bardane croit sur les bords des chemins, dans les ruines les décombres, etc. On peut substituer à sa racine celles de la Bardane commune (Lappa minor , DC.) et de la Bardane cotonneuse (L. tomentosa, Lamk.), qui ont les mêmes propriétés.
La Racine de Bardane (fig. 683) est charnue, grosse comme le doigt, noire au dehors, blanche au dedans, de saveur douceâtre, austère et nauséeuse, d’odeur désagréable, augmentant par la dessiccation.
Dans le commerce, elle se présente sous forme de rouelles pourvues d’une écorce grisâtre et sillonnée en dehors, blanchâtre en dedans, et dont l’épaisseur égale environ le tiers du rayon total. Le bois est traversé par des radiations étroites et brunes, qui, partant du centre de la racine, atteignent la zone combiale, puis se continuent, en s’amincissant jusque dans la couche corticale externe; parfois,
RACINE DE RARDANE
cependant, ces radiations n’ atteignent pas le milieu de la racine, qui est alors occupé par une sorte de moelle. Ces radiations sont formées par des faisceaux libéro-ligneux, dont l’aspect général est fusiforme, avec la portion la plus renflée s’appuyant à la zone génératrice ; elles sont séparées par des rayons médullaires de couleur plus claire. La masse ligneuse a une teinte générale un peu jaunâtre.
Examinée sur une section transver sale, la racine de Bardane se montre composée des éléments ci après : 1° un suber brun grisâtre, formé de plusieurs rangées de cellules quadrila tèrcs allongées ; 2° un parenchyme cortical . à cellules lâches, allongées tangentiellement ; 3° un liber constitué par des faisceaux appointis en dehors, séparés par de larges rayons médullaires et composés surtout d’un parenchyme à cellules allongées ver ticalement : ce parenchyme contient un petit groupe de fibres à extrémités terminées en biseau ; 4° les fais ceaux ligneux comprennent des fibres d’un petit calibre, à paroi peu épaisse, ainsi que d’assez nombreux vaisseaux rayés et ponctués, d’autant plus développés qu’ils sont plus rapprochés du cambium ; 5° les rayons médullaires ont des cellules larges et plus grandes que les fibres ligneuses.
Le parenchyme des diverses parties de la racine contient de l’inuline, mais pas d’amidon, ni de réservoirs oléo- résineux.
La Racine de Bardane peut être confondue avec la racine de Belladone. Elle s’en distingue en ce que, dans la Belladone, les radiations sont plus larges, moins nombreuses, n’atteignent pas le centre et ne dépassent pas la zone génératrice; les cellules y sont beaucoup plus grandes et remplies de fécule en
Cauvet, Mat. méd., t. U.
t'io 683. — Racine de Bardane.
g38 SYNANTHÈRÈES
grains; enfin, les vaisseaux y sont proportionnellement plus nombreux.
La racine de Bardanc contient de 1 inuline, du carbonate et du nitrate de potasse, ainsi qu’une matière céro-oléagineuse, verdâtre, soluble dans l’éther et qui forme la base d’un remède secret, employé contre la calvitie. Cette racine est prescrite contre les maladies de la peau et contre le rhumatisme, sous forme de décoction : on en prépare un extrait et un 'sirop . Son décocté, employé en lotions, jouit de la pro priété d’apaiser le prurit dartreux.
Les Feuilles de Bardane sont réputées plus actives que les racines ; on les a appliquées sur les ulcères, les croûtes laiteuses et sur les plaques de la teigne. Selon Percy, leur suc, uni à de l’huile, d’olive favorise la cicatrisation des plaies et des ulcères atoniques.
Enfin, en Angleterre, on emploie les semences de Bardane comme sudorifiques.
Fleurs de Carthame
Le Carthame ou Safranum, Safran bâtard, Faux Safran ( Car -
thamus tinctorius, L.; Safjlotoer et Bastard Saff'ron, des Anglais) est une plante annuelle, originaire de l’Orient. On la cultive en France et en Allemagne, pour ses fleurs, qui servent dans la teinture. Elle offre les caractères suivants (fig. 684) :
Tige haute de 3 à 6 décimètres, dressée, cylindrique, glabre, peu rameuse ; feuilles sessiles, ovales-aiguës, denticulées, glabres. Capitules globuleux, solitaires, terminaux; involucre renflé à sa base, formé d’écailles imbriquées, très serrées inférieurement : les extérieures herbacées, obovées , obtuses , simples , entières ; les moyennes, scarieuses à la base, herbacées au sommet ; les internes, scarieuses, mucronées ; réceptacle sétacé. Fleurs à tube très long, d’abord colorées en jaune foncé, puis en jaune orangé pur. Fruits o\oides, tetragones, glabres, lisses, sans aigrette.
On connaît deux variétés de Carthame, l’une à grandes fleurs, l’autre à petites fleurs.
FLEURS DE CARTHaME
Les fleurs de Carthame ( Saflor , du commerce) sont récoltées aux mois de juillet et d’août. Le mode de préparation varie selon les localités. Assez habituellement, on les dessèche à l’ombre et on les entasse dans des sacs, qui sont conservés dans un lieu sec. En Egypte, où l’on cultive la variété à grandes fleurs, elles sont d’abord exprimées entre des pierres, puis lavées à l’eau courante, exprimées de nouveau entre les mains et séchées à l’ombre, sur des nattes.
Cette pratique a l’avantage d’en éliminer la majeure partie de la matière colorantejaune, qui n’a aucune utilité et dont la présence nuit à la teinture en rose ou en rouge. Cette matière est, en effet, soluble dans l'eau, comme nous l’avons dit, tandis que la substance rouge y est insoluble.
Un bon Safranum doit être dépourvu de corps étrangers (paille, sable, etc.), avoir une belle couleur rouge-feu et ne pas contenir de fleurs jaunes ou noires.
On en connaît quatre sortes dans le commerce :
Fig. 084. — Carthame.
1° Le Saflor d'Egypte , qui est le plus estimé et qui contient deux fois plus de matière colorante que les autres. Il est en masses fortement comprimées, d’un rouge- brun foncé uniforme et exhalant une odeur forte, particulière.
On l’expédie, par Alexandrie, en balles d’environ 350 kilo-
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grammes couvertes d’une toile bleue, qu’entoure une cage de roseau enveloppée elle-même dans une toile grossière.
2° Le Saflor d'Espagne est en balles de forme et de poids variables; il est composé de fleurs d'un rouge très foncé, peu serrées, très odorantes, souvent mêlées de fleurs noires.
3° Le Saflor indien est en galettes circulaires, aplaties, d’un rouge vif, surtout à l’intérieur et contenant parfois du sable. Il arrive en balles de 75 à 150 kilogrammes, couvertes d’une toile fine, qu’entoure une enveloppe de roseaux, appelée gunny. 11 est très estimé.
4° Le Saflor de Batavia est formé de fleurs rouge foncé, agglomérées en masses parla pression, et souvent mélangées de fleurs noires. Il est moins riche que le Saflor de l’Inde.
Les fleurs du Carthame sont usitées en teinture et servent à falsifier le Safran. Nous avons indiqué les moyens de déceler cette fraude (v. t. I, p. 450). Elles contiennent trois principes colorants, dont deux jaunes : l’un abondant, soluble dans l’eau froide, soit pure, soit acidulée, l’autre insoluble dans l’eau et soluble dans les alcalis. Le troisième principe, qui est seul utilisé, est soluble dans l’eau alcalisée, d’où les acides végétaux le précipitent. Ce dernier principe est rouge. Il existe en très faible proportion, dans le Carthame et a reçu les noms de Carthamine ou d’acide Carthamique.
La Carthamine pure (C14 H16 O7) est une matière pulvéru lente, verte h la surface et d’un éclat métallique, quand on la voit en masse, mais d’un beau rouge pourpré, quand elle est en couches minces. Elle rougit le tournesol humide ; elle est peu soluble dans l’alcool, encore moins dans l’éther, insoluble
dans l’eau et dans les acides; elle forme, avec les alcalis, une dissolution jaune ou incolore, que les acides précipitent en rose. Cette matière teint la soie en un rose très beau, mais que le soleil blanchit promptement. Elle sert à la préparation du ronge végétal, employé à la toilette de certaines daines. Les Fruits de Carthame, connus sous le nom de graine
de Perroquet , sont purgatifs et fournissent une huile très
amère et purgative, employée dans l’Inde, à l’exterieur,
contre les rhumatismes, la paralysie, etc.
RACINE DE BEHEN — CHAMÆLÈONS
Racine de Behen
Les Arabes préconisent, comme tonique et aphrodisiaque, la racine du Centaurea Rehen, L., que l’on trouve décrite, dans les anciens traités de matière médicale, sous le nom de
Behen blanc.
G. Planchon (dans Guibourt et G. Planchon) la décrit de la manière suivante : racine blanche et charnue, mondée au couteau de sa partie corticale, qui y a laissé l’impression de fibres tortueuses, disposées en réseau. Toute la racine a été gorgée d’un suc gommo-miellé, qui lui communique un peu de translucidité et lui conserve une consistance molle et pâteuse, sous le couteau . Elle est mucilagineuse, faiblement sucrée et très faiblement amère. Elle ne contient pas d'amidon.
Cette racine n’est évidemment pas celle que les anciens employaient, sous le nom de Behen blanc et que Pomet dit être grisâtre en dessus, un peu blanche en dedans, presque insipide, mais développant une amertume assez désagréable, quand on la garde un peu dans la bouche. Pomet recommande de la choisir grosse, non cariée et difficile à rompre.
La racine de Behen a été presque toujours falsifiée, en Europe, avec celles du Cucubalus Behen , L., du Silene Behen , L..et du Silene Armeria, L.
Chamæléons
Les Grecs désignaient, sous ce nom. deux Carduacées remarquables par leurs propriétés médicinales : l’une, appelée Chamæléon blanc, acaule, à capitule de Cinara et fournie par Y Atractylis gummifera, L.: l’autre, nommée Chamæléon noir, caulescente, à inflorescence corymbiforme, à fleurs d’un bleu- hyacinthe et produite par le Cardopathium corymbosum , DC.
A l’époque de la Renaissance, les botanistes voulurent rapporter les Chamæléons à deux plantes qu’ils trouvaient chez eux.
Celle qu’ils appelèrent Chamæléon blanc est le Carlina
SYNANTHÈRÈES
subacaulis , accmlis , DG. (Carlina acaulis magno flore albo , G. Bauhin), plante acaule, à feuilles très grandes, découpées, spinescentes sur les bords, étalées sur le sol, entre lesquelles apparaît un capitule volumineux, à involucre épineux et à fleurs blanches ou purpurines. Sa racine est pivotante, grosse comme le pouce, brune au dehors, blanche au dedans, d’odeur forte, aromatique et de saveur âcre, non désagréable. Pomet l’appelle Car line blanche.
Leur Chamæléon noir est le Carlina subacaulis, caulescens, DG. (Cari, elatior ou Chamæléon albus vulgaris , Glus.), qui diffère delà précédente, par son capitule moins grand, porté sur une tige haute d’environ 30 centimètres. La racine de cette plante est sans doute celle qui fournit la racine de Carline du commerce.
La Racine de Carline du commerce est en fragments longs de 10 cà 20 centimètres, épais de 5 à 15 millimètres, de couleur brun noirâtre, fortement sillonnés et souvent surmontés par la base de 3 à 4 tiges. Elle est subcylindrique ou aplatie, mais offre, d’ordinaire, une sorte de rupture longitudinale, qui atteint parfois le centre de la racine et qui est à peu près exclusivement occupée par des fibres grossières, anastomosées, de couleur gris fauve.
L’écorce est peu épaisse relativement au bois, dont elle est séparée par une zone cambiale foncée ; sa portion libérienne est formée de faisceaux fibreux, limités par des rayons médullaires assez épais, au sein desquels se voient des lignes radiales brunes, constituées par des lacunes remplies d’une matière oléo-résineuse. Le bois se compose de faisceaux jaunâtres, poreux; il est traversé par des rayons médullaires, contenant aussi des lacunes oléo-résineuses. Enfin, le centre delaracine est, d’ordinaire, occupé par une sorte de moelle assez étroite.
La racine de Carline noire a une odeur et une saveur aromatiques spéciales, que Guibourt dit rappeler à la fois celles des racines de Bardane et d’Aunée. On y a trouvé de 1 Inuline, une résine et une huile volatile.
Les vrais Ghamæléons ont été découverts par Belon et par Maranta.
Le Chamæléon noir ( Cardopathium corymbosum , DG.)
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est, selon Spach, une trinité spécifique, dont chaque variété possède une aire distincte : le Car cl. orientale , habite la Thrace, la Macédoine, l’Archipel grec; le Card. apulum , l’Apulie; le Card. Fontanesii, la Tunisie.
Sa racine est un agent narcotico-âcre, violent, que l’on peut employer à l’extérieur contre les affections cutanées, psoriques et mycodermiques. Selon Maranta, les femmes de l’Apulie se servent de son suc, pour détruire les Poux ; d’autre part, Belon rapporte que ce suc est tellement âcre, que, appliqué sur la peau, il l’enflamme beaucoup plus que ne sauraient le faire les Orties.
Le Chamæléon blanc (Atractylis gummifera , L.; Carlina gummifera, Less.; Acarna gummifera , Brot.) est répandu sur tout le pourtour européen et algérien delà Méditerranée, la côte de France exceptée. C’est une espèce rustique, s’accommodant de tous les terrains.
L’action vénéneuse si prononcée de la racine d’ A tractylis et le silence que gardent les auteurs français à son égard nous font un devoir de résumer les deux importants mémoires que le pharmacien militaire, E. Lefranc, a publiés dans les t. XIII et XIV du Bulletin de la Société botanique de France (Séances, p. 48 et 146) :
Racine fusiforme, grosse comme le bras et longue de 25 à 30 centimètres; feuilles très grandes, souvent longues de 3 à 6 décimètres, simples, très découpées, spinescentes, glabres en dessus, légèrement tomenteuses en dessous, étalées à la surface du sol; capitule à folioles épineuses, à réceptacle fovéolé, fimbrillifère ; ovaire surmonté par une aigrette caduque de soies unisériées, très longues. Les fleurs paraissent en automne, après la dessiccation des feuilles.
La racine de Y Atractylis (en arabe el Heddad) est d’un brun jaunâtre en dehors et marquée de stries fines et serrées; le liber et le corps ligneux sont d’un blanc jaunâtre uniforme, compacts, succulents, plus parenchymateux que fibreux. Cette racine peut être rompue à la main. A l’état frais, son odeur est balsamique, un peu nauséabonde; sa saveur, d’abord douceâtre, puis chaude et âpre, laisse ensuite une sensation d’àcreté très persistante à barrière -gorge.
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(( Au moment de la plus grande activité de la végétation foliacée de YAtractylis gummifera, à peine une section transversale d’une racine fraîchement récoltée a-t-cllc été pratiquée, que l’on voit, de toute la partie végétante des couches corticales et dans toute l’épaisseur des couches ligneuses, principalement dans les intervalles circulaires des couches, annuellement formées, perler des gouttelettes d’un suc laiteux, visqueux, qui se coagule et se solidifie promptement à l’air. Ge suc s’échappe aussi en larmes de l’écorce blessée ou scarifiée et se montre encore, par exsudation, sur les bords du réceptacle, à l’époque de la fructification : il forme, sur ces points, des concrétions jaunâtres, d’apparence gommeuse, insipides et inodores, parfois du volume d’une noisette. Nous considérons le suc en question comme étant le latex de cette racine, bien que les vaisseaux qui le charrient ne présentent pas l’organisation des laticifères proprements dits. Si, lorsqu’il s’échappe du corps de la racine, sa saveur participe un peu de l’âcreté, qui est propre à cette dernière, une fois concrète, il s’est dépouillé de tout principe âcre ; il est devenu insipide et inodore, comme le sont les concrétions recueillies sur les bords du réceptacle. La substance, soit de celles-ci, soit des larmes coagulées, recueillies sur une racine scarifiée, présente des propriétés physiques et chimiques qui se rapprochent de celles du caoutchouc proprement dit : insolubilité dans l’eau et dans l’alcool, solubilité dans 1 éther et dans la benzine, etc. ; malaxée entre les doigts, elle développe 1 odeur du caoutchouc et s’étire en fils. Il n’y aurait, entre celles ci et celles-là, qu’une différence d’état physique : ici, cette sorte de caoutchouc est émulsionnée en globules, dans un peu d’eau de végétation; là, elle est à l’état compacte, élastique, sans mélange d’eau. Dans ce cas, elle se présente en larmes translucides, jaunâtres; dans l’autre, en larmes blanchâtres et opaques (v. t. II, p. 403).
« En même temps que ce latex, on remarque, dans les lacunes, que les éléments des tissus cellulaire et fibro-vasculaire laissent entre eux. çà et là, des amas d’une matière jaune orangé, semi-concrétée. Quant à l’ensemble de son organisation, cette racine a pour caractère, malgré sa nature
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vivace et son apparence extérieurement ligneuse, d’être plus parenchymateuse que ligneuse. En effet, tout le corps fibreux est formé de tissu utriculaire allongé en réseau, à parois peu épaisses et peu résistantes, et les produits transitoires de l’activité végétale y abondent, comme dans le tissu cellulaire proprement dit. Les faisceaux des fibres corticales et les faisceaux vasculaires présentent seuls une certaine résistance ; 4s faisceaux fibreux du liber sont anastomosés et forment un réseau à mailles serrées, qui enveloppe exactement le corps ligneux ; les faisceaux vasculaires se composent de vaisseaux llexueux. Ceux-ci et ceux-là ont une teinte jaune clair, qui, sur une coupe longitudinale, tranche sensiblement sur le fond blanchâtre des tissus parenchymateux. Les vaisseaux sont ponctués et rayés.»
Selon Lefranc, les alcalis libres ou carbonatés (ammoniaque, eau de chaux, potasse, soude) donnent à la racine A’Atrocil/lis, une coloration jaune-citron générale, mais plus foncée dans les points qui correspondent aux dépôts interstitiels de sucs propres. Les persels de fer colorent cette racine en vert sale: l’acide sulfurique la colore, par places, en rouge groseille vif : cette dernière coloration est passagère.
Lefranc a trouvé, dans la racine d ' Atractylis : de l’inuline, du sucre de canne, du glucose, une matière colorante jaune (tannin vert), une sorte de caoutchouc, une matière balsamoïde, âcre (caoutchouc et huile essentielle en partie résinifiée?), du glycose amylique (?), un principe éthéré, amylique (???), du G lycosoamylsulf arnylamate de potasse (?) ( Acide Atractyliqueï ), un principe toxique, narcoticoâcre, très fugace (?), de l’Asparagine, etc.
La racine de Y Atractylis est très vénéneuse et l'on connaît un certain nombre de cas d’empoisonnement déterminés par son ingestion. On rapporte aussi, que les femmes arabes së servent parfois de sa décoction, mêlée à du lait, pour se débarrasser de leurs maris.
v. Le lait, atractylisé de façon à être une boisson mortelle, à la dose de 500 grammes, a une couleur café au lait très clair ; l’odeur en est balsamique, presque agréable, bien que légèrement vireuse; mais cette dernière impression n’est sensible que pour un odorat exercé. Quant à la saveur, douceâtre et sucrée au passage du liquide, elle laisse
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ensuite dans la bouche et l'arriére-bouche une sensation d’âcreté vive et persistante. » (Lefranc.)
Selon Lefranc, « les principes toxiques de l'Atractylis ne semblent pas apporter de trouble, dans la digestion des substances alimentaires, auxquelles ils sont naturellement mêlés, dans la racine, ou de celles qui accompagnent celle-ci. Les accidents toxiques, dans leur apparition et leur marche, sont d’autant plus prompts, plus précipités et, par suite, plus violents, que l’aliment qui sert de véhicule au poison est de moindre quantité et de digestion plus facile et plus entière.
« L’invasion du poison en quelques heures, ou de douze à vingtquatre heures, après l’ingestion de l’aliment empoisonné, selon 1 âge et la force du sujet, la quantité et la nature de la substance alimentaire choisie comme véhicule du poison, et, dans tous les cas, la mort dans quarante-huit ou cinquante heures, la dose étant de 80 à 100 grammes de racine fraîche, tel serait le pronostic de l’empoisonnement par la racine de l'Atractylis gummifera.
« Les réactions de ce poison, sur l'économie animale, sont celles des narcotico-àcres. En effet, les symptômes de l’empoisonnement sont : d'une part, des vertiges, de l'assoupissement, de la stupeur, le ralentissement de la circulation, la difficulté de respirer, des accidents convulsifs; de l’autre, des extravasations sanguines des muqueuses nasales, stomacale, intestinale, vésicale même.
« Dans le genre narcotico-âcre, l’espèce Atractylis gummifera trouverait sa place à côté de l'espèce Champignons vénéneux.
« La mort par une asphyxie progressive, déterminée par les spasmes de plus en plus prolongés des muscles respirateurs, ne serait pas le moindre danger à combattre, dans l’empoisonnement par l'Atractylis. Les contractions, qui saisissent tous les muscles du tronc et des membres, agissent aussi sur les sphincters; nous avons trouvé à 1 autopsie, chez la plupart des Chiens tués parla racine de Y Atractylis, des vessies distendues par l’urine (celle-ci, toujours très colorée, très chargée d'épithélium, très albumineuse) et, dans les intestins, des matières fécales moulées, enveloppées d'une bouillie de sang épaissie ; dans quelques cas seulement, il y avait eu, au moment de la mort, issue d'urine et de matières fécales mêlées de sang, sans doute par relâchement des sphincters.
« Dans le traitement de cet empoisonnement, en même temps qu’on prescrit les évacuants purgatifs et diurétiques, les bains de siège, etc., on doit mettre en œuvre les antispasmodiques : éther et chloroforme, tout en réveillant les forces vives de l'économie, très déprimées, par des toniques et des excitants diffusibles, qui provoqueront très utilement la transpiration.
« Mes recherches sur la nature physique et chimique de ce poison ont été infructueuses. Toutefois, il ressort des accidents sérieux d'empoisonnement, que j’ai éprouvés, après avoir manipulé pendant deux jours une dissolution éthérée des principes balsamique et vireux de cette racine, dans un laboratoire très petit et 'non ventilé, que cette
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substance serait soluble dans l’éther et non moins volatile que cet agent.
« Le produit balsamique, qu’un traitement par l’éther enlève au suc retiré par expression de la racine fraîche préalablement broyée, développe, lorsqu’il vient d'être obtenu, une odeur qui rappelle assez celle de la conicine. La muqueuse nasale s’irrite, si l'on respire de très près cet extrait éthéré et, d’une semblable investigation, on ressent promptement du malaise.
« Cette propriété du principe essentiellement toxique de la racine d 'Atractylis, de se dégager promptement et facilement, dans l’atmosphère, ressort encore des faits suivants :
« Cette racine, soit par une dessiccation de quelques jours à l'air libre, soit par l’action d’une décoction prolongée, pendant dix à vingt minutes, perd beaucoup de l’énergie de ses qualités toxiques ; nous l’avons constaté dans maintes expériences faites sur des Chiens. Toutefois, il résulte de ces observations qu’une dessiccalion ou une cochon complète ne sauraient la purger entièrement de principes nuisibles, ni en faire jamais un aliment sain. Tous les animaux expérimentés, après deux ou trois jours d'un régime composé de racine cuite mêlée à la viande hachée et du lait que nous avons fait bouillir pendant un quart d’heure, sur de menus fragments de celle même racine, la quantité de racine étant portée chaque fois, d’une façon comme de l’autre, à 100 ou 150 grammes, ces animaux, dis-je, Unissaient par éprouver pour ce genre d’aliment un tel dégoût qu’ils n’y revenaient que poussés par la faim. Encore, dans ce cas, leur estomac n’entrait-il pas toujours en composition : ils avaient des nausées en mangeant et des vomissements le plus souvent suivaient. Quand l'aliment était supporté et digéré, l’animal était tourmenté d’une soif vive et ses exciéments moulés se montraient maculés de sang.
« C'est que, si cette racine possède un principe vireux, âcre, susceptible de s’éliminer par la dessiccation à l’air libre, ou mieux encore par l’action d’une température de 100° suffisamment prolongée, elle contient encore une sorte de baume concrêt, très âcre, qui ne peut disparaître, ni dans un cas, ni dans l’autre. » (Lefranc.)
Desfontaines avait dit de Y Atractylis : Radix et receptaculum aquct ebulliente coctum , cum butyro et oleo mixtum, optimum præbet nutrimentum. Lefranc suppose que cette opinion résulte d’un faux renseignement, ou de la transposition d'une note relative au Cinara acaulis, dont les Arabes mangent la racine et le réceptacle, sous le nom de Tefran. Les observations que nous venons de citer démontrent combien la croyance de Desfontaines est erronée et avec quel soin il faut proscrire de l’alimentation laiacine de Y Atractylis y unirai fera. Pendant notre séjour à Conslantine, nous avons été témoin de l'empoisonnement de six enfants, par la racine de Y Atractylis, qu'ils avaient mangée, en croyant avoir affaire à celle du Cinara acaulis Leux de ces enfants moururent. Invité par le juge d’instruction, à assister à l’autopsie, sur la demande du D1' Lacassagne, la présence d’extravasations
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sanguines, sur la muqûeuse gastro-intestinale et les commémoratifs de l’empoisonnement, nous permirent d'établir les causes réelles de la mort Nous ne saurions donc trop vivement appeler l'attention des médecins de l’Algérie à cet égard, les symptômes provoqués permettant de reconnaître la nature de ce poison.
Racine de Costus
Dioscoride connaissait trois racines de ce nom : le Costus Arabique , qui est blanc, léger, très suave; 1 Indien, qui est noir, léger et plein; le Syriaque , qui est pesant, couleur de buis et d’odeur fatigante. Pline en cite deux sortes : une noire, l’autre blanche ; cette dernière est la meilleure. Selon Garcias
et Bontius, le Costus vient de l’Inde et il n’en existe qu 'une seule espèce. Voici ce qu’en dit Guibourt.
« Le Costus des officines est une racine qui, lorsqu’elle est entière, paraît napiforme, non articulée, ni fibreuse, assez pesante ; elle est terminée supérieurement par une tige, qui est fibreuse à l’extérieur et remplie par une moelle blanche.
« La grosseur de cette racine varie, depuis celle du petit doigt, jusqu’à 54 millimètres de diamètre. Elle est grise à l’extérieur, blanchâtre à l’intérieur, d’une odeur analogue à celle de l’Iris; mais il s’y mêle une odeur d eBouc, qui donne à la première beaucoup de force et de ténacité, Sa saveur est assez fortement amère et un peu âcpe.
Fio. 685. — Costus des officines.