COQUE DU LEVANT
La Coque du Levant renferme divers principes, dont deux de nature alcaline ( Mênispermine et P aramènispermine ), sont inclus dans le péricarpe; ces deux principes ne semblent pas toxiques. 11 n’en est pas de même d’une troisième substance, qu’on a appelée Pierotoxine et qui est contenue dans l’amande.
La Mênispermine (G9 H12 Az O) est un alcaloïde cristallisable en prismes pyramidés, insolubles dans l’eau, solubles dans l’alcool et dans l’éther. Elle est fusible à 120° : audessus de cette température, elle se décompose. L’acide azotique chaud la transforme en acide oxalique et en une matière résinoïde jaune.
La Picrotoxine (Ch2 II11 Or>) cristallise en petits prismes quadrilatères, blancs et transparents, ou en aiguilles groupées en étoiles. Elle est inaltérable à l’air, inodore, très amère, peu soluble dans l’eau, plus soluble dans l’alcool et dans l’éther, soluble dans les acides et dans les alcalis. L’acide sulfurique concentré la dissout, avec une couleur safran ; l’acide azotique la transforme en acide oxalique.
La Pierotoxine n’est pas un alcaloïde. Elle ne neutralise pas les acides. Dissoute dans les alcalis, elle réduit la liqueur cupropotassique, comme le fait le glucose, mais avec moins d’énergie. Les réactifs ordinaires des alcaloïdes ne la précipitent pas.
La nature vraie de cette substance parait encore inconnue.
Paterno et Oglialoro, qui la regardent comme un espèce chimique, lui attribuent pourtant une formule différente, dans chacun de leurs mémoires.
Schmidt et Lœwenhardt lui prêtent la formule C3GIP°01G et disent qu’elle se dédouble en Picrotoxinine C15 HlG O6 et Picrotinc G21 H24 O10.
Enfin. Bartli et Kretschy la regardent comme un mélange de Picrotoxinine C15H1G 0G. Ii2 O, de Picrotine G25 II30 01G et d ' Anamirtine G19 H24 O10.
La Picrotoxinine existe, dans la proportion de 32 0/0, dans la Pierotoxine; elle en est séparée par la benzine, qui la dissout par ébulition. Elle réduit la liqueur de Fehling et le nitrate d’argent ammoniacal. Elle est amère et vénéneuse.
MÈNISPERMÊES
La Picrotine constitue les deux tiers (G6 0/0) de la Pi erotoxine brute, dont elle est séparée par son insolubilité dans la benzine. Elle réduit le nitrate d’argent et la liqueur cupro -potassique. Elle est très amère, mais non vénéneuse.
L’Anamirtine (Cocculine, de Schmidt et Lœwenhardt) se trouve dans les eaux mères de la Picrotoxinine (2 0/0). Elle ne réduit pas les liqueurs métalliques et n’est ni amère, ni vénéneuse.
D’après Glover, la Picrotoxine agit sur les tubercules quadrijumeaux et sur la moelle épinière, et parfois amène une remarquable élévation de la température. Selon Rossbaeh, elle provoque une vive excitation de la moelle allongée et détermine, consécutivement, des phénomènes spasmodiques, l’accélération, puis l’arrêt de la respiration, ainsi qu’une élévation de la pression sanguine. Les pneumo-gastriques sont excités aussi. Le cerveau et la moelle épinière ne seraient atteints que secondairement.
La Coque du Levant est un poison narcotico-âcre, que l’on n'emploie pas en médecine; elle ne figure plus dans la Pharmacopée anglaise, mais a été maintenue dans celle de l’Inde.
En Angleterre, elle est employée pour la confection d’un onguent, contre les Poux. Dans l’Inde, on s’en sert pour empoisonner les rivières. Cet usage a été malheureusement importé en France. On assure que la chair des Poissons devient alors vénéneuse, si on n’a pas le soin de les vider aussitôt qu’on les a pris.
Dans l’Inde, on emploie contre les fièvres périodiques, sous le nom de Pulraioali , la racine et la tige de Y Anamirta Cocculus. Les branches de cette plante servent dans la teinture en jaune.
Pareira Brava
Les Portugais désignèrent sous ce nom, qui signifie Vigne sauvage, une liane que les indigènes appelaient Butua ou Abutua. La racine de cette plante fut importée au Portugal et de là en France, où elle fut longtemps préconisée contre les maladies de la vessie. Bien que l’on sût que le Pareira
PARETRA BRAVA
Brava vient du Brésil et du Pérou, Locliner donna ce nom à la racine d’une plante qu’il avait rapportée de l’Afrique orientale. D’autre part, Linné attribua, le Pareira à un végétal, qu’il nomma Cissampelos Pareira. La rareté du véritable PareiraBrava et, d’ailleurs, la confusion qui régnait sur l’identité de la plante productrice de cette subtance amenèrent l’introduction de diverses racines d’espèces différentes. L’une de celles-ci, qui était pourtant la plus communément répandue, est encore d’origine inconnue, paraît-il, mais semble fournie par un Cissampelos. C’est là, peut-être, la sorte que les Portugais appelaient Caapeba, Cêpo de Cobras et Herba de Nossa Senhora.
Pareira Brava vrai. — Il est démontré aujourd’hui, que le vrai Pareira Brava est produit par le Chondrodendron tomentosum, Ruiz et Pav., grande liane du Brésil et du Pérou, et que l’on trouve aux environs de Rio-Janeiro.
Cette racine est tortueuse, pourvue d’une écorce exfoliable, marquée de rides longitudinales profondes et de rides transversales, avec des étranglements et des crevasses plus ou moins définis. Elle peut atteindre une épaisseur de 5 centimètres ou être beaucoup plus petite et pourvue alors de radicelles de diverses grosseurs. Elle est noirâtre au dehors, brun jaunâtre ou brun verdâtre au dedans. Sa cassure est grossière et fibreuse.
La section transversaledela racine (fig. 408) offre, vers son milieu, une colonne ligneuse de 5 à 10 millimètres de diamètre, et composée de dix à vingt faisceaux cunéiformes, qui entourent une moelle ou point central très réduit, mais perceptible. Autour de ce corps central, se montrent plusieurs zones concentriques, dont les intérieures sont plus épaisses que les extérieures. Toutes ces zones sont formées de faisceaux coniques, à pointe tron-
Cauvet, Mat. méd. t. VI.
Fia. 108. — Pareira Brava vrai.
146 MBNISPERMÉES
quée, séparés par d’étroits rayons médullaires, dont un certain nombre partent du centre de la racine.
Les faisceaux sont composés de deux parties : une extérieur e ,ûvvo\\ù\q au dehors, de nat ure libérienne et à éléments pourvus de parois minces, blanchâtres; une intérieure, plus développée, de nature ligneuse, constituée par des sortes de libres à parois assez épaisses et par de larges vaisseaux ponctués, offrant un calibre assez grand, pour être visibles à l’œil nu. Ces deux portions sont séparées par une mince couche cambiale. Les rayons médullaires interposés aux faisceaux sont formés de cellules quadrangulaires, allongées radialement. Les zones de faisceaux sont séparées les unes des autres, par un tissu composé de cellufes sclérenchymateuses, à parois très épaisses, creusées de canaux aboutissant à un lumen étroit. Ce tissu émet des prolongements cunéiformes, qui pénètrent dans l’intervalle des faisceaux.
La tige du Pareira Brava se distingue de la racine, par son écorce plus pâle, offrant de nombreuses verrues, ainsi que par sa surface dépourvue de rides et portant quelques Lichens.
Sa constitution est peu différente de celle de la racine. On y trouve seulement une moelle plus développée, dont le centre possède quelques éléments à consistance ligneuse. Selon de Lanessan, le tissu sclérenchymateux, qui sépare les zones, présente, vis-à-vis des faisceaux, un amas de cellules ou de libres (?) à section quadrangulaire et plus petites que les autres cellules de la zone : cette constitution 11e se retrouve pas dans la portion correspondante de la racine.
L’écorce, qui est d’ailleurs très mince, n’offre rien de remarquable.
Le parenchyme de la racine contient beaucoup de grains d’amidon volumineux ; celui de la tige en renferme une moindre quantité. La présence de cet amidon fournit un caractère précieux, pour la détermination du Pareira Brava vrai. La teinture d’iode bleuit fortement, en effet, le décocté de cette racine, tandis qu’il ne colore pas le décocté du faux Pareira Brava.
L’analyse du Pareira Brava, faite par Flückiger, a permis d’y constater l’existence d’un principe, que Wiggers avait
PAKE IRA BRAVA
trouvé dans le Faux Pareira Brava commun et qu’il avait nommé Pèlosine. Flückiger a montré que ce principe est identique avec la Bèbèerine, avec la Buxine et avec la Pa~ ricine, et il a proposé de lui donner le nom de Buxine.
La Pèlosine (G19 H21 Az O3) a la propriété d’être précipitée de sa solution chlorhydrique concentrée, par le sel ammoniac, par l’azotate de potasse et par l’iodure de potassium. Ce dernier la précipite même en solution très étendue.
Le Pareira Brava a une saveur amère prononcée. Il est prescrit contre les catarrhes de la vessie. Selon Langgaard, on le préconise au Brésil, comme diaphorétique, diurétique et emménagogue. On l’emploie, sous forme de décoction, contre les fièvres intermittentes, l’hydropisie et la suspension des lochies.
Bien que le Pareira Brava continuât à être usité au Brésil, il cessa d’éh'e employé en Europe, cette drogue ne possédant pas les propriétés exagérées qu’on lui avait attribuées. Aussi ne fut-il plus guère importé dans notre pays et la substance qu’on trouva dès lors, dans le commerce, fut-elle constituée par des racines ou des tiges de plantes diverses, les unes douées de quelque activité, les autres inertes.
Hanbury et Flückiger en décrivent six sortes, dont nous allons résumer les caractères, d’après ces auteurs :
1° Tiges et racines du Cissampelos Pareira, L. — Celte drogue est surtout formée de tiges cylindriques, ne dépassant guère la grosseur de l'index, d’un brun brillant, avec des rides ou des sillons peu profonds, parfois spiralés ; leur écorce est peu épaisse et leur bois est formé par une seule zone iigneuse composée de dix à douze faisceaux cunéiformes, droits, poreux, d’un brun clair, séparés par des rayons médullaires étroits.
Cette sorte de Pareira est inodore et très amère. Nous ne l'avons jamais rencontrée. Par la figure qu’en donne Hanbury, elle ressemble exactement à certains échantillons de tiges de Goscinium (v. p. 141); elle en diffère par ses faisceaux de couleur brunâtre, tandis que les Coscinium ont un bois jaune clair.
2° Faux Pareira Brava commun. — Cette drogue (fig. 409) est constituée par des fragments diversi formes, épais de ? à 10 centimètres, pourvus d’une écorce brun foncé, mince, dure, entourant un bois fermé par un nombre variable(10 à 15) de couches excentriques. Ces couches sont tantôt disposées en zones irrégulières, autour de la colonne ligneuse primitive, qui n’est, d’ailleurs, jamais centrale, tantôt superposées les
MENISPERMEES
unes aux aulres d’un seul côté de la colonne ligneuse primitive, qui est alors très excentrique et tout à fait voisine de l'ecorce.
Selon que le fragment examiné appartient à la tige ou à la racine, le corps ligneux primaire offre une moelle, soit bien définie, soit punctiforme. Ges diverses couches sont traversées par des rayons médullaires droits ou diversement recourbés, qui ne dépassent guère la couche à laquelle ils appartiennent. Le bois de cette sorte est compacte, d’un brun jaunâtre, fibreux, résistant et possède une saveur amère. Son décodé n'est pas bleui par l’iode. C'est dans ce Faux Pareira que Wiggers découvrit la Pélosine, retrouvée plus tard, dans le Pareira vrai, par Flückiger.
On ne connaît pas la plante qui produit cette drogue.
Fia. 409. — Section transversale d'une tige de Cissampelos (?), montrant l'excentricité de la plupart des couches ligneuses.
3°FauxPareira inerte. — Cette sorte, qui s'est substituée à la précédente, dans le commerce, est également d’origine inconnue; elle est constituée par des tronçons de tiges. Elle se présente en morceaux cylindriques, revêtus d’une écorce peu adhérente, de couleur peu foncée et dépourvue de rides transversales, ainsi que de crevasses. Elle se distingue du Faux Pareira commun par son défaut d’amertume et par son bois formé de zones ligneuses complètes, entourant une colonne centrale, dont le milieu offre une moelle bien définie.
4° Tiges du Chqndrodendron tomentosum. Ces tiges offrent la même constitution que les racines, sauf que la moelle y est développée. . Elles sont en tronçons longs de 40 centimètres environ, épais de 2 à 10 centimètres, rugueux et noueux en dehors, parfois pourvus de fragments de racines; les plus jeunes portent de petites verrues de couleur foncée. Selon Holmes, ces tiges ont une écorce pâle, verruqueuse, dépourvue de rides transversales et garnie de Lichens. Les couches ligneuses sont disposées en zones à peu près concentriques.
Ces tiges sont inodores, mais de saveur amère et paraissent être aussi actives que la racine. Leur substitution à ces dernières n’offrirait
PAREIRA BRAVA 149
pas d’inconvénient, si leurs caractères distinctifs, comme tiges de Pareira vrai, étaient suffisamment précis.
5° Pareira Bravablanc. — Cette substance est produite par YAbuta rufescens , Aubl., plante de la Guyane, d'où on l'exporte sous çe nom ; elle arrive aussi de Rio-Janeiro, sous le nom de Abutua UnJia de Vacca (Abutua sabot de Vache). Elle se présente en fragments de racine ayant de 1 à 7 centimètres d’épaisseur, avec une écorce rugueuse, noirâtre et en tronçons de tige pourvus d'une écorce subéreuse, striée et pâle. Elle offre une série de zones concentriques, coupées de rayons médullaires blancs et larges, comparativement au tissu poreux du bois. Selon Holmes, ce caractère sert à la distinguer du vrai Pareira, dont elle se rapproche par la coloration bleu brillant, que l’iocle donne à son décocté.
6° Pareira Brava jaune. • — Celte substance est incomplètement décrite par Hanbury. Nous ferons connaître plus bas ses caractères.
Les descriptions qui précèdent ne permettent pas toujours de discerner la nature vraie des échantillons de Pareira, que l’on trouve dans le commerce. Nous allons essayer de les compléter, en décrivant les diverses sortes de Pareira que possède le musée de la Faculté de Lyon, et en les désignant selon les étiquettes qu’elles portent :
t° Racine de Pareira Brava vrai, du Brésil (fig. 410). — Tronçon de racine de Chondrodendron tomentosum , long de 12 centimètres, large de 5 à 7 centimètres.
Ce Pareira est revêtu d’une écorce brun noirâtre, très mince, adhérente, fibreuse dans les points où elle a été déchirée, creusée de sillons longitudinaux tortueux et de rides saillantes ou de plis transversaux. Sa surface offre de nombreuses tubérosités, les unes grosses, correspondant à la base de racines détruites, les autres petites et spinescentes ou subarrondies, indices de radicelles tombées. Son décocté est simplement rougi par l’iode.
La section transversale de cette racine présente un corps central un peu excentrique, large de 1 centimètre, composé d’environ vingt faisceaux entourant une moelle très petite et séparés par d'étroits rayons médullaires. Ce corps central est environné de zones ligneuses, plus grandes et plus nombreuses sur l’un de ses côtés que sur l’autre, les
Fig. 410. — Racine de Pareira Brava vrai.
MÉNIS FERMEES
Fig 411. — Deuxième sorte de Pareira Brava du Brésil.
plus intérieures complètes, les autres incomplètes et terminées en pointe effilée à leurs extrémités Chaque couche est formée de faisceaux ligneux à peu près droits, poreux, d’uu brun très clair et séparés par un tissu parenchymateux, d'un brun plus foncé. Le tissu qui sépare les zones est compact et brunâtre.
2° Pareira Brava du Brésil (fig. 411). — Racines tortueuses, en fragments longs de 12 à 30 centimètres, épais de 2 à 2,5 centimètres;
leur écorce est d’un noir brunâtre, mince, fibreuse, creusée de sillons longitudinaux et de rides transversales plus ou moins saillantes, distantes ou rapprochées. Leur section offre une colonne centrale, large d’environ 1 centimètre, un peu excentrique et entourée par quatre ou six couches d’environ 5 millimètres d’épaisseur, les extérieures plus étroites. Le corps central et les couches concentriques sont formés de faisceaux droits assez minces, sépai’és par des rayons médullaires presque aussi larges qu’eux et dont le parenchyme a quelquefois disparu. Tous les faisceaux sont criblés de pores vasculaires.
Cette dernière sorte est évidemment fournie par xmChondrodendron.
3° Tiges de Chondrodendron. — Cet échantillon est étiqueté : Pareira Brava. — Sud America. Il est formé de deux tronçons de tiges, longs de 40 centimètres, larges d’environ 2 centimètres, l'un presque droit, l’autre tordu en une spirale lâche, autour du premier; tous les deux sont pourvus d’une écorce mince, fibreuse, de couleur brun grisâtre pâle. Leur surface porte des tubérosités de grandeur variable, généralement espacées, paraissant être formées par la base de rameaux; elle est parcourue par de très nombreuses et fines rides longitudinales et dépourvue des rides transversales, caractéristiques des racines de Pareira. La face interne de la spire offre parfois de petites saillies tuberculeuses, disposées en séries transversales, rappelant les rides de la racine de Pareira, mais beaucoup plus courtes et moins nettement définies.
La section transversale montre un corps central, d'environ t centimètre de diamètre, formé de fais- Fio. 412. — Section ceaux droits, cunéiformes, entourant une moelle
transversale d’uno bien développée et séparés par d'étroits rayons 'mé-
tige de Chondro- dul,aires>
dendron.
Sur 1 un des tronçons, le corps central est médian et entouré d’une seule couche ligneuse complète, avec des portions d’une mince couche extérieure. Sur le deuxième tronçon, le corps central est presque tout à fait excentrique et environné d’une zone complète, très étroite d’un côté, plus épaisse 4e l’autre, où elle est recouverte par une troisième couche incomplète (fig. 412). Gomme dans
PAREIRA BRAVA
la racine, les faisceaux sont poreux. La saveur de ces tronçons est d'abord douceâtre, puis amère. Le décocté n'est pas bleui par l’iode.
4° Pareira Brava (de provenance inconnue). — Echantillon comprenant un certain nombre de racines tortueuses, cylindriques ou un peu aplaties sur un de leurs côtés, noires ou d’un brun noirâtre foncé et dont la grosseur varie de 1 à 2 ou 3 centimètres de diamètre. Leurs extrémités, généralement effiloquées, se montrent composées de faisceaux diversi for mes et dissociés, paraissant formés de brins d une corde usée. La plupart de ces racines offrent de fins sillons longitudinaux, ainsi que des rides transversales faiblement saillantes et, parfois, des fentes semi-annulaires peu profondes. Les grosses racines présentent, soit des racines secondaires, soit quelques rares verrucosités, indices de radicelles tombées. Dans les petites racines, ces verrucosités sont relativement saillantes, quand elles existent et sont disposées en séries horizontales : il semble qu’on pourrait leur attribuer la formation des rides observées dans les grosses racines.
La section transversale de ces diverses racines est analogue à celle du vrai Pareira. Toutefois, chez plusieurs d’entre elles, d’ailleurs idendiques aux autres par les caractères extérieurs, le corps centra (fig. 413) montre une organisation peu différente de celle que de Lanessan a décrite dans une sorte de Faux Pareira. Les faisceaux ligneux y sont, en effet, séparés en deux portions, par suite de l’interposition de deux amas cunéiformes de tissu parenchymateux exactement opposés l’un à l’autre et dont l’épaisseur atteint au moins, sinon dépasse, celle des faisceaux.
Sauf sur deux ou trois de ces racines, il nous a été impossible de discerner la ligne mince de parenchyme, qui, selon de Lanessan, coupe perpendiculairement la ligne horizontale . des gros amas cunéiformes.
Comme nous ne trouvons pas, dans nos échantillons, de racine offrant exactement les caractères observés par de Lanessan, dans le type qu’il a décrit, nous devons supposer, ou bien que ce type était une forme accidentelle d’un vrai Pareira, ou que nous ne possédons pas de spécimen de cette sorte. Nous devons ajouter, néanmoins, qu’un certain nombre de racines offrent, dans les zones extérieures, des faisceaux relativement étroits, séparés par de larges rayons médullaires, de sorte que, à part le défaut de la division cruciale du corps central, la section de beaucoup de ces racines offre l'aspect de la section figurée par de Lanessan.
L’échantillon n° 4 nous semble pouvoir être regardé comme constitué par des racines du Chondrocle ndron tomentosum. Ces racines ont une saveur d’abord douceâtre, puis amère; leur décocté n’est pas bleui par l’iode.
5°Pareira Brava /Cissampelos Pareira). — Ce spécimen, qui provient de l’ancienne École de médecine de Lyon, est un véritable type du Faux Pareira Brava commun, dont nous avons déjà donné Ps
Fia. 413 — Quatrième sorte de Pareira Brava.
MÈNISPERMÉES
caractères (V. p. 147). Il consiste en un tronçon de racine fortement tordu sur lui-même, long de 17 centimètres, large de 10 centimètres environ et à corps central absolument excentrique. Celui-ci est enveloppé par une seule couche ligneuse, très étroite en dehors, mais beaucoup plus large en dedans, où elle est recouverte par neuf autres couches incomplètes, dont les extrémités se perdent, en s’effilant, sur le pourtour de la racine. Le décocté est faiblement bleui par l’iode.
6° Pareira Brava ( Cissampelos ). Ce spécimen se compose de trois tronçons de racines, dont l’un diffère des deux autres par une écorce finement striée, avec quelques faibles rides et quelques petites crevasses transversales. Cette racine offre une constitution analogue à celle que nous avons signalée dans plusieurs morceaux du spécimen n° 4, surtout en ce qui concerne la structure des couches extérieures, dont les faisceaux étroits et cunéiformes sont séparés par de larges rayons médullaires.
Les deux autres racines sont plus noires et pourvues de côtes longitudinales relativement saillantes, parfois comme carénées. Elles présentent un grand nombre de verrues disposées en séries transversales et qui sont les bases d'autant de radicelles tombées. Ces deux racines offrent un tissu compacte, formé d’un corps central, à faisceaux séparés par d’étroits rayons, et de une ou deux zones concentriques, dont les faisceaux très étroits sont séparés par de larges rayons, à cassure d’aspect cireux. Le corps central est dépourvu de moelle.
Par leurs caractères extérieurs, ces deux racines se rapprochent assez de la racine de Pareira blanc, mais elles s’en distinguent par leur défaut d’amertume. L’absence de moelle les différencie du Pareira inerte de Hanbury et de Holmes. On ne saurait douter qu’elles proviennent d'une Ménispermée; mais il nous est impossible de les rapporter à une sorte connue. Le décocté de ces racines est fortement bleui par l’iode.
7° Pareira Brava jaune. — Cette drogue paraît être celle que Aublet fit connaître et qui était produite par son Abuta amara. Elle nous a été expédiée par une importante maison française, sous le nom de Pareira Brava.
Elle est constituée par un tronçon de tige long de 24 centimètres, large de 7,5 centimètres et garni, par places, d’une écorce mince, brun clair, marquée de nombreuses taches ou lenticelles gris jaunâtre. Cette écorce a une section transversale brun foncé ; cette coloration se montre également sur sa face interne, qui porte de très nombreuses et fines côtes linéaires, à bord libre caréné. Les fins sillons, compris entre ces côtes, sont recouverts d’un enduit blanc grisâtre, brillant, dû à une production des faisceaux ligneux, dont les saillies se sont imprimées à la face interne de l’écorce.
Dans les parties dépourvues d’écorce, la couche ligneuse extérieure s’est plus ou moins séparée des autres et, parfois même, s’est fendue longitudinalement. Cette couche, comme toutes les autres, d’ailleurs, est composée de faisceaux étroits, distincts, saillants et parallèles} mais s’unissant deux à deux de loin en loin, en une sorte de V. Chacun
PAREIRA BRAVA 153
de ces faisceaux est revêtu d’un enduit grisâtre et brillant, tandis que les sillons qui les séparent ont une couleur brun fauve, terne.
Examiné sur une section transversale, ce Fcuux Pareira se montre composé d’une nombreuse série de couches (13) exactement emboîtées, d'épaisseur à peu près égale et dont la plus intérieure entoure une moelle elliptique, de 5 millimètres de diamètre. La couleur de ces couches varie légèrement : les plus internes sont d’un jaune verdâtre ; les moyennes, d’un jaune serin ; les extérieures, d’un jaune brun foncé. Chaque couche est formée d’une grande quantité de faisceaux étroits, égaux, jaunâtres, séparés par des rayons médullaires de couleur fauve. Ces rayons ont une longueur inégale : les uns partent du centre de la tige; les autres naissent à la hauteur des diverses couches.
Le Pareira Brava jaune a une saveur amère et doit contenir de la Berbérine. Il se distingue du Coscinium fenestratum, par son écorce mince et par son bois formé de zones nombreuses, de couleur beaucoup plus pâle.
8° Pareira Brava en plaques. — Nous avons reçu de Londres, sous le nom de Pareira Brava , des fragments plats où à peine cintrés, épais de 2 millimètres environ, longs de 3 à 4 centimètres, larges de 2 à 3 centimètres et présentant toute la constitution extérieure des couches ligneuses du Pareira Brava jaune. Il est incontestable que ces fragments proviennent de l’exfoliation des couches de cette dernière sorte. Ils en offrent les slries longitudinales saillantes, le plus souvent distinctes et parallèles, parfois unies en V ; ces sortes d’arêtes présentent aussi l’enduit blanc grisâtre, brillant, signalé dans le bois et à la face interne de l'écorce du Pareira jaune.
En parcourant la description des diverses sortes de Pareira Brava, que possède le Musée de la Faculté de Lyon, on sera frappé de la concordance relativement grande, qui existe entre ces descriptions et celles qu’on trouve dans le livre de Hanbury et Flückiger, dans le catalogue de Holmes, etc., à propos des types énumérés par ces auteurs.
Il semble donc que nous devrions nous regarder comme autorisé à assimiler définitivement nos types à ceux qu’ils ont décrits.
Mais, en traitant des propriétés du vrai Pareira, ces savants disent que sa décoction est vivement colorée en bleu par l’iode. Or, le décocté de notre échantilon n° 1 est à peine rougi par ce réactif, tandis que le décocté du numéro 2 prend alors' une coloration bleu faible, que le numéro 3, qui offre tous les caractères des tiges de Chondrodendron , ne se colore pas du tout et qu’il en est de même de l’échantillon n° 4.
MÈNISPERMÉES
Au contraire, le faux Pareira (n°5), dont, selon les auteurs, le décocté n’est pas bleui par l’iode, a fourni une liqueur, que l’iode colore en bleu très pâle. Faut-il en conclure que nos échantillons sont de faux Pareira? Nous ne le pensons pas. Il se peut, en effet, que, selon l’époque où la récolte a été opérée, les racines soient riches ou pauvres en amidon, d’où la différence observée.
Gulancha
La Pharmacopée de l’Inde mentionne la racine, la tige et les feuilles du Gulancha (Tinospora cordi folia, Miers; Cocculus cordifolius , D G.). Ces substances sont prescrites sous forme d’infusion, ou servent à préparer une sorte d’extrait, nommé Pâlo, que l’on emploie comme tonique, antipériodique et diurétique.
Les tiges de cette plante sont vol ubiles, verruqueuses, succulentes et pourvues de racines adventives aériennes, ayant plusieurs mètres de longueur. A l’état sec et telles qu’on les trouve dans les bazars, elles se présentent sous forme de fragments courts, sub-cylindriques, ayant de 3 à 5 centimètres de diamètre, ratatinés et couverts d’une écorce lisse, translucide, devenant rugueuse et foncée, avec l’âge, souvent pourvue de verrues saillantes, ainsi que de cicatrices des racines tombées.
La portion extérieure de l'écorce est assez peu adhérente au parenchyme qu’elle recouvre et qui est contracté. Le bois est formé par 12 à 14 faisceaux cunéiformes, non coupés de couches concentriques, offrant les ouvertures de grands vaisseaux et séparés par de larges rayons médullaires. Cette structure rappelle celle du Cissampelos Pareira.
Sur une section transversale, cette racine se montre composée : 1° d’une sorte de suber,h cellules tangentielles ; 2° d’un parenchyme cortical , à cellules irrégulières souvent tangentielles, qui se confondent avec celles des rayons médullaires; 3° d’un liber divisé en faisceaux superposés aux faisceaux ligneux; cette couche est séparée dq bois, par une mince zone cambiale et du parenchyme cortical, par des amas de cellules pierreuses; 4° d’un bois, dont les faisceaux sont composés de fibres à parois très épaisses et d’un certain nombre de vais-
RUTACÈES - ZANTHOXYLÈES 155
seaux très larges, plus ou moins rapprochés. La moelle est assez développée.
Le Gulancha est inodore et très amer.
Selon Hanbury, on lui substitue parfois le Tinospora crispa , Miers, de l’Inde, des îles Malaises, et des Philippines. Cette plante est très estimée des indigènes, comme fébrifuge.
RUTACÈES
ZANTHOXYLÉES
Produits des Zanthoxylon et des Ptelea
L’Écorce du Clavalier jaune (Zanthoxylon cl av a- lier eulis , L.) ressemble assez bien à l’Angusture vraie. Elle a une couleur jaune-serin et teint la salive en jaune; les fibres que présente sa face interne l’empêchent de casser net. Elle est fébrifuge et tinctoriale. On l’emploie, aux Antilles, contre les ulcères de mauvaise nature et, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, comme altérant dans la syphilis. Elle est inscrite, dans la liste secondaire de la Pharmacopée des Etats-Unis, sous le nom de Z . C arolinianum. On y a trouvé un principe amer cristallisable, appelé Z anthopicrite : ce principe parait identique à la Zanthoxyline, que l’on a extraite du Frêne épineux de l’Amérique (Z . fraxineum. Willd.). Selon Bentley, ces deux principes ne sont autre chose que de la berbérine.
L'Écorce du Frêne épineux est en fragments longs de 2 à 4 centimètres, larges d’environ 1 centimètre, minces, légers, cassants, jaunâtres et couverts d’un épiderme gris jaunâtre. Sa saveur est d’abord un peu aromatique, puis amère et très âcre. Cette écorce est usitée, aux États-Unis, comme un stimulant artériel et aussi comme altérant, dans la syphilis et le rhumatisme. Son action est analogue à celle du Gayac, mais elle est plus persistante.
Selon Holmes, elle ressemble à l’écorce de racine de Grenadier; mais l’acide nitrique la colore en rouge, tandis
15G rutacées
qu'il n’affecte pas l’écorce de Grenadier Le docteur Staples en a extrait une huile volatile, une huile fixe verdâtre, de la résine, un principe cristallisable (Z antlioxylin), etc.
Il existe au droguier de la Faculté de Lyon une écorce provenant de la collection Chantre et étiquetée Écorce de Zanthoxylon fraxineum.
Cette écorce se compose de fragments de deux sortes et très dissemblables :
Les uns, peu nombreux, offrent à peu près l’aspect del’écorce de Grenadier (tige) ; trois d’entre eux seulement ont à peine 1 millimètre d’épaisseur, tandis que la plupart sont épais de 2 à 3 millimètres et sont lisses ou recouverts d’un suber relativement épais.
Les autres sont formés en majeure partie de formations subéreuses coniques, ayant 1 à 2 centimètres de base et 1 à 1,5 centimètres de hauteur. Ces derniers fragments sont composés de couches superposées, dont les bords se montrent en zones concentriques sur le pourtour du cône.
L’examen de l’un des morceaux minces montre que les morceaux épais ont la même origine; ce morceau présente, en effet, de petits cônes subéreux identiques aux autres, dont ils ne diffèrent que par leur dimension plus faible. Il semble donc que ces deux sortes d’écorce sont produites par le même arbre.
L’écorce du Clavalier (Frêne) épineux est employée aux État-Unis principalement sous forme d 'extrait fluide (improprement appelé essence concentrée), à la dose de 15 à 40 gouttes. On la donne aussi en infusion et en décoction (20-30 : 1000).
Les feuilles et les fruits de cette plante portent des vésicules remplies d’une huile essentielle, dont l’odeur rappelle celle du citron et qui est usitée en médecine, à New -York.
La racine du Z . nitidum, Bunge est, dit-on, emménagogue et fébrifuge. On connaît dans le commerce, sous le nom de Poivre du Japon, les fruits du Z. piperitum (Fagara pip évita, L.).
Les feuilles de l’Orme à 3 feuilles ( Ptelea tri foliota, L.) sont regardées comme détersives et vermifuges. En Amérique, ses capsules amères -aromatiques sont substituées au Houblon, dans la fabrication de la bière : cette substitution offre des inconvénients. L’écorce est employée comme anthelmintique. Elle est en fragments courts, légers, d’un jaune prononcé et couverts d’un épiderme gris jaunâtre. Son odeur est aromatique; sa saveur d’abord douceâtre, puis amère.