RACINE DE JEAN LOPEZ
Racine de Jean Lopez
Cette racine est fournie par le Toddalia aculeata, Pers., sorte de liane épineuse, commune dans le sud l’Inde, les îles de la mer des Indes et le sud-est de l’Afrique. Jadis préconisée contre la diarrhée, elle fut délaissée peu à peu, à cause de sa rareté et de son prix élevé. La Hollande seule paraît en avoir conservé l’usage, pendant longtemps. Actuellement, elle ne figure guère que dans la Pharmacopée de l’Inde.
Scion Hanbury, la racine de Toddalia est en morceaux cylindriques, flexueux, ayant 3-4 centimètres de diamètre. L’écorce est épaisse de 2 millimètres et recouverte par un suber mou, jaune foncé, qu’une mince zone jaunâtre sépare de la couche corticale. Celle-ci est assez épaisse, brune et pourvue, comme le liber, de nombreuses cellules à huile essentielle et à résine. Le bois est dur, jaune pâle, inodore, insipide et pourvu de larges pores disposés en cercles concentriques, que traversent de nombreux et étroits rayons médullaires.
L’écorce et surtout le liber ont une saveur âcre et amère.
D’après Schnitzer, la racine de Jean Lopez contient beaucoup de résine ainsi qu’une essence à odeur de cannelle et de mélisse. Au reste, toutes les parties du Toddalia aculeata sont aromatiques, âcres et amères.
On lui substitue, parait-il, les racines du Toddalia lanceolata , Lamk., de l’Afrique orientale, et celles de plusieurs Zanthoxylon, qui lui ressemblent beaucoup.
Les fruits du T. lanceolata ont été importés du Cap, sous le nom de Cubèbe africain (African Cubebs, Holmes).
L’ Esenbeckia febrif uga, Mart. (Evodia f ebrifuga, St.- Hil.) porte, au Brésil, le nom de Quina. Selon A. St-Hilaire, l’écorce et le bois de cet arbre sont amers et astringents ; on les substitue au quinquina dans ce pays.
Maiscli a signalé, en 1874, la falsification de l’Angusture vraie, à l’aide d’une écorce, dont il ne détermina pas l’origine. Les docteurs Oberlin et SchïagdenhaufFen, professeurs à Nancy, ont reconnu que cette écorce est fournie par YEsen-
becliia febrifuga. Nous rendrons compte plus loin de l’important travail de ces deux savants (Y. Angusture ).
Jaborandi
Nous avons dit (t. I, p. 523) qu’on emploie, sous ce nom, depuis quelques années, comme sudorifique et sialagogue, les feuilles de deux plantes : le Piper Jaborandi et le Pilocarpus pennatifolius. La première a été décrite; voici les caractères de la seconde :
Le Pilocarpus pennatifolius, Lemaire (fig. 414), est un arbre peu élevé, à rameaux pubescents dans leur jeunesse et à feuilles imparipinnées, ponctuées (fig. 414, a). Ses fleurs pentamères sont disposées en grappes axillaires ou terminales ; son fruit se compose de 5 (plus souvent 2-3) coques monospermes, à déhiscence ventrale.
Toutes les parties de cette plante contiennent des matières résineuses ; mais les feuilles sont surtout riches en oléorésine.
Les Feuilles de Jaborandi se composent de 7-9-11 folioles fermes, coriaces, oblongues, entières, à sommet émarginé,à base inéquilatérale, longues de 8 àl2 et 15 centimètres, larges de 2,5 à 5 et 6 centimètres. Ces folioles sont pourvues de nervures pennées : les unes fortes, s’anastomosant au voisinage du bord de la foliole, les autres plus faibles et s’anastomosant, soit entre elles, soit avec les grandes nervures, de manière à former un fin réseau. Leur face inférieure offre une multitude de taches punctiformes, brunes, qui se montrent, par transparence, comme des points clairs, translucides. Froissées entre les doigts, elles dégagent une odeur assez analogue à celles des feuilles d’Oranger; leur saveur un peu âcre, un peu chaude et légèrement aromatique, rappelle la saveur de l’écorce d’orange.
Examinées sur une section transversale, ces folioles offrent la constitution suivante : 1° l’épiderme est formé d’un seul rang de cellules quadrilatères allongées, que recouvre une épaisse cuticule; 2° au-dessous de l’épiderme se voit une couche simple de cellules en palissade, dont le grand axe est
jaborandi
Fia. 114. — Pilocarpus pennatifolius.
RUTACÈES
perpendiculaire à l’épiderme; 3° le parenchyme foliaire se compose de cellules irrégulières, laissant entre elles des méats et des lacunes ; 4° des glandes oléo-résineuses, bordées par 2- 3 séries de cellules allongées -aplaties, sont immédiatement appliquées contre l’épiderme; au voisinage de la face supérieure, ces glandes se substituent aux cellules en palissade; 5° l’épiderme inférieur est appliqué directement sur le parenchyme lacunaire.
Selon Galippe et Bochefontaine, l’écorce de la tige du Jaborandi possède les mêmes propriétés. Mais cette écorce ne semble pas exister dans le commerce. De Lanessan dit qu’elle a une saveur plus forte que celle des feuilles et qu’elle détermine, dans la bouche, une sensation de chaleur plus éner gique que celle qui est provoquée par ces dernières.
L’Écorce de Jaborandi, telle que la possède la Faculté de Lyon, est en plaques irrégulières, cintrées, épaisses de 1/2 à 1 millimètre, longues de 3 à 12 centimètres, larges de 1 à 3 centimètres. Leur face externe est d’un gris brunâtre, souvent tachée de lenticelles et pourvue de stries longitudinales flexueuses, dont les saillies, ordinairement fendues, offrent un tissu brun fauve, de nature subéreuse (?) ; leur face interne est d’un brun rosé ou roussâtre, lisse et ni arqué de fines stries visibles seulement à la loupe.
La section transversale de cette écorce est assez nette en dehors, légèrement fibreuse en dedans.
Examinée à la loupe, elle se montre composée de 3 parties : 1° une extérieure brune, de nature péridermique ; 2° une moyenne, peu, épaisse, fauve, parenchymateuse; 3° une intérieure plus claire et plus épaisse, de nature libérienne, offrant des sortes de taches, plus colorées, distinctes, mais formant une zone concentrique à peu près continue.
Cette écorce nous a paru avoir une odeur faiblement poivrée, une saveur légèrement âcre, aromatique, un peu amère.
L’écorce de Jaborandi ressemble assez à celle du Buis : elle s’en distingue par la coloration de sa face interne, qui est rosée et non jaune.
Examinée sur une section transversale, elle se montre composée des éléments ci-après (fig. 415 et 416) :
JABORANDI
1° Une couche subéreuse (a) épaisse ou mince, mais n’offrant guère plus de 6 à 8 rangées de cellules, à parois latérales minces, jaunâtres ( c ) et dont les parois antéro-postérieures, plus épaisses et jaunâtres, sont x'ecouverles d’une matière rouge brun foncé.
2» Une coucliede 'parenchyme cortical (b), h cellules surtout tangentielles, irrégulièrement quadrilatères et à paroi peu épaisse. La plupart
de ces cellules contiennent de l’amidon; beaucoup d'entre elles sont remplies d’une matière rouge brun ; quelques-unes renferment une masse cristalline en rosace (oxalate de chaux: B). Au milieu de ce tissu se trouvent de rares cellules pier-
Fio. 415. — Section transversale d’une écorce de Jaborandl *.
Fig. 416. — Portions diverses de la section d’une écorce do Jaborandi, plus grossies *\
reuses, jaunes, isolées, ou réunies par petits groupes. Enfin, et surtout dans les jeunes écorces, on voit quelques glandes oléo-résineuses, très espacées, ovales, à grand axe tangentiel. Ces glandes sont entourées de une ou deux séries de cellules plus petites que celles du tissu ambiant et tantôt vides, tantôt pleines d’une matière brunâtre.
* ci, suber; b, parenchyme cortical ; c, zone de cellules pierreuse; d, liber.
" C, suber; IJ, cellules contenant une masse cristalline, et tissu ambiant du parenchyme corticale; E (en bas I, cellule pierreuse du parenchyme; (en haut) sclérules de la zone pierreuse; D, tissu libérien.
RUTACÈES
3°Une zone ( c ) ordinairement ininterrompue de cellules pierreuses, jâunes, à parois très épaisses (E) traversées par de très fins canaux, ouverts dans la cavité centrale. Celle-ci est presque toujours linéaire et souvent remplie d’unë matière résineuse noire, qui pénétre aussi dans les canaux de la paroi. Les cellules pierreuses sont beaucoup plus grandes que celles du parenchyme cortical, inégales, irrégulières, obovales ou subarrondies et tantôt radiales, tantôt tangentielles.
4° En quelques points de sa face interne, la zone des cellules pierreuses est interrompue ou creusée de sinus et, dans les intervalles, se montrent des amas de fibres beaucoup plus petites , à parois très épaisses, avec un lumen punctiforme ; ces fibres sont constituées par les faisceaux primaires du liber; elles n’ont pas été figurées ici.
5° Une zone libérienne (d et D) composée de faisceaux de fibres très fines, étroitement accolées, à cavité irrégulière et à parois épaisses, incolores. Ces faisceaux sont subarrondis à leur extrémité externe, qui est appliquée contre la couche de cellules pierreuses; ils sont séparés par un parenchyme libérien, à cellules minces, irrégulières, allongées tangentiellement. D’abord étroit et constitué par une ou deux séries de cellules, ce parenchyme s’élargit graduellement jusqu'à la limite extérieure du liber. Il renferme quelques cellules résineuses, à contenubrun rougeâtre.
La zone génératrice paraît manquer.
On a vu plus haut (v. t. I, p. 523), que d’autres plantes portent, au Brésil, le nom de Jaborandi. Pison et Marcgraft’ appellent ainsi le Monnieria trifoliata, plante du groupe des Cuspariées de Bentham et Hooker. On a désigné encore, gous ce nom, quelques Scrofularinées du genre Herpestes , Gaertn. : ce sont les H. gratioloides, H. colubrina , H. Monniera.
Byasson a retiré du Jaborandi un liquide aromatique, visqueux, âcre et amer, soluble dans le chloroforme, l’éther, l’alcool absolu, l’eau ammoniacale, les liqueurs acidulées. L’ammoniaque déplace cette substance et l’éther la soustrait à ses dissolutions aqueuses. Byasson s’est assuré qu’elle possède les réactions des alcaloïdes, en même temps que les propriétés sialagogues du Jaborandi: il l’a appelée J aborandine .
Reprenant ces recherches, Hardy retira du Jaborandi une essence (Pilocarpène), un acide volatil et deux alcaloïdes, dont l’un serait le principe sudorifique de la plante, tandis que l’autre en serait le principe sialagogue. Ce dernier, que Hardy nomma Pilocarpine, paraît être la Jaborandine de
JABORANDI K33
Byasson, à l’état pur. Hardy en a préparé un chlorhydrate cristallin, soluble.
G-errard a obtenu la Pilocarpine en cristaux prismatiques et en a préparé un nitrate en cristaux incolores.
La Pilocarpine a pourformule : C23H33Az404 (Kingzett), ou C11^6 Az2 O2 (Harnack et Meyer). C’est une base tertiaire.
Elle est peu soluble dans l’eau, très soluble dans l’alcool, l’ éther, le chloroforme ; elle est dextrogyre.
Le professeur Morat, de Lyon, a bien voulu résumer pour nous, comme suit, les propriétés de cet alcaloïde :
La Pilocarpine produit des effets multiples. Elle agit :
1° j Sur le cœur , dont, suivant la dose, elle ralentit ou arrête les mouvements. L’arrêt se produit en diastole.
2° Sur les glandes , soit buccales (action sialagogue ), soit cutanées (action sudorifique).
3° Sur la pupille, qu’elle contracte.
4° Sur l'estomac et sur l'intestin, dont elle active les mouvements rhythmiques.
Ces effets sont analogues, pour ne pas dire semblables, à ceux qui déterminent l’Esérine et la Muscarine. Comme ces dernières, la Pilocarpine est antagoniste de l’Atropine, qui a des effets exactement inverses, sur le cœur, 'sur les glandes, sur la pupille et sur l’intestin.
Le Jaborandi, soumis à la distillation avec de l’eau, donne une essence d’où l’un peut séparer un hydrocarbure liquide, incolore ( Pilocarpène : C10 H1G), bouillant à 178°, d’une densité de 0,852 à -h 18° et très analogue cà l’essence de citron (Hardy). Cette essence ne semble pas avoir de propriétés physiologiques spéciales.
Les feuilles de Jaborandi sont prescrites sous forme d’infusion (2 à 4 grammes pour 150 à 200 d’eau), comme sudorifique et sialagogue, contre les bronchites, les engorgements pulmonaires, les épanchements pleurétiques, le rhumatisme et la goutte, enfin contre les hydropisies dépendant d'une affection rénale. L’action exercée sur le cœur, par la Pilocarpine, doit induire à une grande réserve, dans l’emploi de cette substance, contre les œdèmes d’origine cardiaque. On a vu, en effet, se produise alors une syncope grave (syncope
suivie de mort, dans un cas), par l’injection sous-cutanée de deux centigrammes de chlorhydrate de Pilocarpine. Il est convenable de diminuer les doses, pour les femmes et pour les enfants.
La Pilocarpine est employée à peu près exclusivement, sous forme d’injection sous- cutanée, à la dose de 0,005 à 0,01 et 0,02. La propriété sudorifique de cette substance a été utilisée localement, sous forme d’injection et aussi par l’emploi d’une couche épaisse de coton imbibé d’une solution de chlorhydrate. Cette médication a paru fort utile dans les rhumatismes articulaires. 11 semble, toutefois, que cette pratique est peu recommandable, en raison des pertes de matière active qu’elle entraîne. 11 est probable qu’une compresse de toile trempée dans la solution pilocarpique et recouverte d’ouate rendrait de meilleurs services.
SIMARUBÉES
Bois de Quassia ou Bois de Surinam
Ce bois est fourni par le Quassia amara. L., arbuste de la Guyane, du Venezuela, du nord du Brésil et de Panama.
On emploie le bois des branches et surtout celui des racines. Ce dernier se présente en tronçons épais de 2 à 5 et 10 centimètres, longs de 5à 10 décimètres, à bois blanchâtre, inodore, léger. Ces tronçons sont pourvus d’une écorce mince , peu adhérente , unie, recouverte d’une sorte de crofite subéreuse blanchâtre, mate ou micacée, qui manque parfois et laisse à découvert une couche sous-jacente, noire ou brun terreux.
Le bois et l’écorce du Quassia de Surinam ont une saveur très amère, due à un principe appelé Quassiine ou Quassite, dont nous parlerons plus loin.
Quassia de la Jamaïque
Le Codex français et la Pharmacopée allemande de 1872 prescrivent d’employer, comme Quassia, le bois du Q. amara.