QUASSIA DE LA JAMAÏQUE
Toutefois, ce bois est rare en France et, dans la plupart des pharmacies du Rhône, nous n’avons trouvé que le bois du Quassia de la Jamaïque.
Ce bois est en bûches longues de plusieurs pieds et pouvant atteindre la grosseur du corps d’un homme. Il est d’un jaune brillant, assez grossier, dur et fort, mais facile à fendre. Son écorce est épaisse d’environ 1 centimètre, dure, compacte, blanche, fibreuse et recouverte d’un épiderme mince, noirâtre, muni de rides réticulées ; la face interne de cette écorce offre des nervures proéminentes, un peu ailées, qui pénètrent dans le bois.
Sur une section transversale, le bois se montre formé de nombreuses couches ligneuses, à bord obscur, traversées par d’étroits rayons médullaires ; son centre est occupé par une moelle peu développée. Ses raj'ons médullaires, examinés sur une section longitudinale, présentent un assez faible développement en longueur et communiquent au bois un aspect strié. Sur cette même section, se voient des mouchetures sombres ou noirâtres et diversiformes, dues au développement du mycélium d’un Champignon,
Le bois du Quassia de la Jamaïque ne se trouve à peu près jamais entier dans le commerce ; ordinairement, il se présente en copeaux résultant de la fabrication, au tour, des gobelets amers vendus dans les pharmacies, pour la préparation du macéré de Quassia.
Cette division en copeaux semble ne devoir pas permettre de distinguer le Quassia de Surinam du Quassia de la Jamaïque. Toutefois, ce dernier est caractérisé par ses rayons médullaires plus larges et formés par 2-3 séries de cellules, tandis que ceux du Quassia de Surinam n’en offrent guère qu'une seule rangée, plus rarement deux.
Le Quassia de la Jamaïque est produit par le Picræna excelsa, Lindl. ( Quassia excelsa , Sw. ; Simaruba excelsa, DC.; Bittera febrifuga , Bélanger). C’est un arbre de 10 à 20 mètres de hauteur, commun dans quelques-unes des Antilles: Jamaïque, Saint-Vincent, Antigua, etc. Le port de cet arbre rappelle celui du Frêne, d’où le nom de Frêne amer (Bitter Ashjcgxe lui donnent les colons anglais. L'amer-
RUTACEES
tume de son bois, identique à celle du Quassia de Surinam, l’a fait appeler aussi Bois amer (Bit ter Wood).
On a yu, par la synonymie du Picræna excelsa , que l’on rapporte à la même espèce le Bittera febrifuga , de Bélanger, dont Gérardias avait décrit le bois, sous le nom de Bois de Saint-Martin, et que les colons appellent aussi Frêne amer (Bitter Ash). Cet arbre offre, en effet, la plus grande ressemblance avec le Picræna ; mais son écorce est décrite comme peu épaisse, grise et fendillée, ce qui ne concorde pas exactement avec la description de l’écorce du Quassia de la Jamaïque. Toutefois, Guibourt, Boucliardat et quelques autres auteurs ont été conduits à assimiler ces deux sortes de bois; d’autre part, Bentham et Hooker ne mentionnent pas le genre Bittera; enfin, ni Hanbury et Flückiger,ni Bentley et Trimen ne parlent du Bois de Saint-Martin. Seul, à notre connaissance, H. Bâillon mentionne et identifie les deux(?) espèces. Nous ne pouvons que nous ranger à son avis.
En analysant le bois de Quassia, Winckler y signale la présence d’un principe amer, qu’il nomme Quassiine et auquel Wiggers attribue la formule G10 H12 O3, aujourd’hui regardée comme douteuse.
Gérardias avait trouvé, dans le Bois de Saint-Martin, une matière résinoïde et un principe cristallisable en paillettes blanches, micacées, inodores, très amères, fusibles et se volatilisant avec des vapeurs blanches, sous l’influence d’une température peu élevée. Ce principe, que Gérardias appelait Bittèrine, paraît identique à la Quassine. Toutefois, les caractères attribués à ce dernier principe sont un peu différents.
La Quassine, Quassiine ou Quassite est une substance neutre, cristallisable en prismes blancs, opaques, inaltérables à l’air, inodores et de saveur très amère. Elle fond à chaud et, par refroidissement, se prend en une masse jaunâtre et cassante. A une température élevée, elle brunit, secharbonne et fournit des produits acides. Elle se dissout dans l’alcool et dans l’éther1, mais ne se dissout guère que dans 200 p.
i Flückiger dit que la Quassiine est insoluble dans l’éther, ce qui est sans doute une erreur d’impression, puisque d’après Henninger {Dict. de chimie de Wwtz ), c’est de sa dissolution éthérée qu’on l’obtient cristallisée.
EGORGE DE SIMAROUBA
d’eau ; sa solubilité clans l’eau augmente par la présence de sels ou d’acides organiques très solubles. Elle est précipitée en blanc par le tannin, mais non par l'iode, ni par le bichlorure de mercure, les sels de fer et les sels de plomb. L'acide azotique et l’acide sulfurique la disolvent, sans se colorer. Chauffée avec l’acide azotique, elle donne de l’acide oxalique.
Les deux sortes de bois de Quassia ont des propriétés identiques et peuvent être substituées l’une à l'autre, sans inconvénient. Vénéneux pour les Insectes, le Quassia paraît être sans action sur les animaux supérieurs : selon Husemann, les Chiens ne sont aucunement affectés par l’ingestion de 3 grammes d’un extrait de cette substance. On l’a vivement recommandé comme tonique et on l’administre, sous toutes les formes, contre la diarrhée et la dysenterie. Toutefois, son amertume excessive le fait assez difficilement accepter par beaucoup de malades, et Nothnagel propose de le rayer de la matière médicale, sous prétexte qu’il n’agit pas mieux que nos amers indigènes.
Lorsque le bois du Bittera febrifuga fut proposé comme fébrifuge, par Aînée, médecin de la marine, les observations faites à l’hôpital de Brest, sur l’ordre du ministre de la marine, conduisiren t Delioux de Savignac à classer cette substance parmi les antipériodiques de second ordre.
On falsifie le Quassia avec le bois du Rhus Metopium,L., qui est résineux, grisâtre, piqueté de noir. Le macéré aqueux de ce Rhus noircit par le sulfate de fer, ce qui n’arrive pas avec le vrai Quassia.
Écorce de Simarouba
Cette écorce est fournie par les racines du Simaruba yuianensis, A. Ricli. (Sim. of/îcinalis, DC. ; Sim. amara , Aubl, ; Quassia Simaruba, L. ; Mountain Damson, des colons anglais), grand arbre de la Guyane, à bois léger, blanc, recouvert d’une écorce épaisse, fibreuse, blanchâtre en dedans et garnie, au dehors, d’un suber noirâtre.
Les racines de cet arbre sont longues, rameuses et étendues presque horizontalament sous le sol. Leur écorce se trouve, dans le commerce, en plaques longues d’environ 1 mètre, repliées ou roulées sur elles-mêmes, très fibreuses et dont les libres, aisément séparables dans le sens de la longueur,
RUTACÉES
sont très résistantes et ne peuvent guère être rompues qu’avec un couteau.
L’écorce de Simaruba est légère, gris jaunâtre, rugueuse et verruqueuse en dehors, où elle offre des crêtes et des sillons transversaux, avec des stries longitudinales; elle est d’un blanc jaunâtre en dedans. Sur une coupe transversale, on voit que la majeure partie de l’écorce est formée de liber.
L’amertume intense de cette écorce, son défaut d’odeur et sa structure spéciale la caractérisent assez, pour qu’il semble inutile d’en faire connaître la structure microscopique.
On y a trouvé de la Qassine , une huile volatile , une matière résineuse , des acides malique et galliquè, etc.
On l’emploie- aux mêmes usages que le Quassia, auquel elle paraît être supérieure, comme. tonique et fébrifuge. A haute dose, elle peut produire des vomissements. Elle est comprise dans la liste secondaire des substances officinales, inscrites
Le Simaruba versicolor, St-Hil., est amer, tonique, vermifuge et propre à combattre la morsure des Serpents.
Selon Martius, l’écorce et les fruits de cet arbre sont très âcres et déterminent des vertiges ; on les emploie en décoction, contre les maladies serpigineuses et syphilitiques.
L’écorce du Samadera indica, Gaertn. (Karinghota, de l’Inde; Samaderagass ,de Geylan) est usitée, dans l’Inde, à la façon du Simarouba. Cette écorce est remarquable par l’intensité de son amertume, due à un principe que l’acide sulfurique concentré colore en rouge violet. L’amande contenue dans les fruits renferme le principe amer en plus grande quantité que l’écorce. Ce principe est analogue à la Quassine, mais il s’en distingue par la réaction ci-dessus, que la Quassine ne possède pas.
On désigne, sous ce nom, les semences du Simaba Cedron , I PI. ( Quassia Cedron , H. Bn.), arbre de l’ancienne Colombie, I que l’on trouve aussi dans l’Amérique centrale et au nord du I Brésil. Le S. Cedron a des feuilles imparipinnées, à folioles I
dans la Pharmacopée des États-Unis.
Cédron
CEDRON
nombreuses, acuminées, des Heurs hermaphrodites 5-mères, diplostémones et enfin 5 carpelles, dont un seul se développe en une drupe ovale, monosperme. A l’état sec, cette drupe se présente sous forme d’une sorte de coque piriforme, appointie à sa base, couverte d’une sorte d’écorce rugueuse, de couleur brune ocracée, comme subéreuse. Sa section transversale est blanc grisâtre, assez grossière, semi-fibreuse; elle a une épaisseur moyenne de 3 à G millimètres. Elle contient une semence apérispermée, libre dans la cavité qui la renferme, et composée essentiellement de deux cotylédons très grands, blancs et charnus à l’état frais, durs à l’état sec.
Pans le commerce, ces cotylédons sont isolés, longs de 3 à 5 centimètres, larges de 15 à 20 millimètres, plati- convexes, elliptiques, un peu recourbés d’un côté. Ils sont d’un jaune foncé, souvent sale et noirâtre au dehors, d’un jaune plus pâle en dedans, amylacés, avec une apparence grasse, très amers. Ony a signalé la présence d’un principe, que Lewry a nommé Cédrine.
La Cédrine cristallise en aiguilles soyeuses; elle est neutre au papier de tournesol, assez soluble dans l’alcool et dans l’eau bouillante. Sa saveur est d’une amertume comparable à celle de la strychnine, mais plus persistante,
En Amérique, le Gédron est réputé un spécifique contre l’hydrophobie, la morsure des Serpents, les fièvres, etc. En Europe, il a été employé avec succès, dit-on, contre la goutte et contre les fièvres intermittentes. Des propriétés merveil • leuses attribuées à cette substance, la seule qui semble probable, c’est son efficacité antipériodique, établie par Rayer, encore a-t-elle été contestée. Le Cédron parait devoir se ranger près du Quassia.
Beurre ou Pain de Dika
Aubry- Lecomte a rapporté du Gabon une substance onctueuse, qui se présente en masses coniques, pesant environ 3ks,500, de couleur gris brun taché de blanc. Cette substance a une odeur qui rappelle celle du cacao et des
Cauvet. Mat. mèd , t. II. 10
amandes grillées, une saveur assez analogue à celle de ces substances, mais un peu amère et astringente.
Le pain de Dika est fabriqué avec les semences grossièrement écrasées d’un arbre, qu’Aubry-Lecomte avait nommé Mangifera gabonensis (Térébinthacées), mais que Hooker fils a appelé Irvingia Barteri et rapporté aux Simarubées. Selon Bâillon, le genre Irvingia Hook. fils appartient aux Burséracées.
Le pain de Dika entre dans l’alimentation des nègres. On en retire, par expression à chaud, environ 80 0y0 d’un corps gras (Beurre de Dika J, fusible à 30° et qui, selon Oudemans, est formé surtout d’acide Myristique et d’acide Laurique. Ce produit, qui pourrait recevoir de nombreuses applications, ne semble guère importé en Europe. O’Rorke en a préparé un aliment agréable, qu’il nommait Chocolat des pauvres.
DIOSMÉES
Feuilles de Bucco
On emploie en Angleterre, en Allemagne, aux États-Unis et parfois aussi en France, sous les noms de Bucco , Buchu, Bocco, Booko, etc., des feuilles exportées du Gap et provenant de diverses espèces du genre Barosma , Willd.
Ces feuilles sont finement crénelées, rigides, glabres, d’un vert sombre, douces au toucher, avec des nervures latérales peu saillantes. Leur face inférieure est parsemée de poils et de glandes translucides, dont une, plus grande, occupe l’angle rentrant de chaque dentelure. Leur odeur est forte, peu agréable, leur saveur âcre et aromatique.
Pereira rapporte les feuilles de Buchu à trois espèces : B. crenulatum , Willd. ; B. crenatum , Eckl. et Zeyh ; B. serrati/'olium, Willd. Flückiger réunit les deux premières, sous le nom de B. crenulata, Hook., et en décrit une nouvelle, le B. betulina, Bartl. Il leur donne les caractères suivants :
FEUILLES DE BUCCO
1° Barosma crenulata, Hook. (B. crenata , Kunze ; fig. 417). Feuilles oblongues, ovales ou obovées, obtuses, atténuées à la base en un pétiole, serrulées ou crénelées sur les bords, longues de 2 à 3 centimètres, larges de près d’un centimètre.
Fio. -U7. — Rameau fleuri du Barosma crenulata, Hook. — A, feuille lie ce Barosma plus grossie; B, portion grossie d’une feuille du B. crenata, Kunze.
Flückiger dit que la forme et les dimensions des feuilles de cette espèce varient avec les échantillons, les unes étant plus longues et plus larges que les autres, ce qu’il attribue à des conditions d’habitat. Il est à croire que les différences observées proviennent surtout de ce que les feuilles dissemblables sont fournies par des espèces ou, du moins, par des variétés différentes, Celles que l’on rapporte au B. crenata , Kunze (fig. 417, B.) ont, en effet, un sommet obtus, sont pourvues de denticulations plus arrondies, et sont moins longues que celles du Z?, crenulata, Hook. Ces dernières (fig. 417, A)
RUTACEES
Fig. 418.
Barostna
serratifolia.
sont moins arrondies, plus longues proportionnellement et pourvus d’un sommet à peine obtus, presque acuminé.
2° B .serratifolia, Willd. (fig. 418) : Feuilles linéaires lancéolées, à nervures secondaires se détachant do la nervure médiane sous un angle très aigu, les deux inférieures beaucoup plus longues, occupant près des 2/3 de la longueur de la feuille, qui semble ainsi 3-nerviée. Ces feuilles sont longues de 2 centimètres et demi à 3 centimètres, sur environ un demi-centimètre de largeur, atténuées à la base, qui se continue en pétiole, ainsi qu’au sommet, qui est arrondi à son extrémité et pourvu d’un réservoir à huile; leurs bords sont munis de dents saillantes, plus espacées que celles du B. crenata.
3° B. betulina , Bartl. (fig 419) : Feuilles obovées- cunéiformes, subrhomboïdales, à sommet réfléchi et à bords munis de grandes dents; nervures latérales dirigées obliquement vers les bords, avec les 2 ou 4 inférieures recourbées’ parallèlement à ces derniers. Ces feuilles sont longues de 1 centimètre et demi à 2 centimètres, et larges de 1 centimètre; elles sont plus rigides, plus rudes et moins estimées que celles des deux sortes précédentes, bien qu’elles contiennent autant d’huile essentielle.
Les Hottentots emploient plus spécialement, les feuilles du B. betulina et celles du B. pulchella.
Les B. crenulata et B. betulina sont appelés, dans le commerce, Bucco large, par opposition au B. serratifolia qu’on nomme Bucco long. A ce dernier groupe, on rapporte également les feuilles de l’ Empleurum serrulatum, Ait., que l’on désigne souvent sous le nom de Faux Buchu.
Les feuilles de l’ Bmpleurum serrulatum (fig. 420) sont ordinairement plus longues et proportionellement plus étroites que celles du B. serratifolia. Leur sommet est franche-
Fig. 419. — Barosma betulina.
FEUILLES DE BUGGO
ment acuminé et dépourvu de glande à huile ; les dents qui garnissent leurs bords sont plus grandes, déjetées perpendiculairement à la nervure médiane et leur pointe n’est pas n tournée vers le sommet de la feuille. C’est
A à tort que la figure ci-jointe montre la feuille
|i [ ] serretée.
On a parfois importé en Europe les feuilles du B. Ecklo- niana, Berg. Ces feuilles sont ovales, arrondies à la hase, profondément
Fig. 420. — Empleuruni serrulatum.
Fig. 421. — Section transversale d’une feuille de Bucco traitée par la glycérine.
crénelées et longues de 2 centimètres au moins.
Les feuilles des trois sortes de Buchu vrai et celles de Y Empleurum serrulatum ont une structure analogue.
Sur une section transversale, examinée dans la glycérine, elles sont formées (fig. 421) :
1° D’une couche épidermique composée de deux séries de cellules exactement superposées et recouvertes d’une épaisse cuticule ;
2° D’une couche simple de cellules en palissade, souvent assez étroites pour que trois ou quatre d’entre elles correspondent à une seule cellule épidermique;
3° D’un parenchyme foliaire, à cellules rameuses, laissant entre elles de nombreuses lacunes aériennes. Au sein de ce parenchyme, se montrent des glandes à huile constituées par une grande cavité, qu’en-
RUTACÉES
tonrent une ou plusieurs séries de cellules étroites, pressées les unes contre les autres et qui sont les restes d'un amas glanduleux, dont la portion cèntrale a été résorbée. Ces glandes à huile sont voisines de la face inférieure.
4° La face inférieure est formée par une série simple de cellules épidermiques, moins renflées que celles de l’épiderme supérieur.
Les cellules de cet épiderme et celles de la couche externe de l'épiderme supérieur sont remplies par des masses à'inuline, soit amorphe,
soit groupée en sphéro-cristaux.
Les cellules épidermiques de la facé supérieure offrent une particularité, dont on retrouve les analogues dans l’épiderme du Lin et de la Moutarde.
Une section transversale de la feuille étant mise dans l’eau, les cellules épidermiques se comportent de la manière suivante (lîg. 42 2) :
a) Les cellules de la série supérieure se gonflent de façon à tripler de volume, en même temps que la cuticule semble s’épaissir légèrement ;
b) Les cellules de la série inférieure acquièrent un volume au moins dix fois plus considérable, par élongation radiale, et finissent par se rompre, en se transformant en une matière mucilagineuse.
La seule différence existant, entre cette structure et celle de la semence de Lin, consiste en ce que, dans l'épiderme des semences de Lin, c'est la zone extérieure qui se gonfle beaucoup, tandis que les cellules interposées entre elle et la couche de cellules en palissade se renflent à peine.
Huile volatile et camphre de Barosma. — Les feuilles de Bucliu contiennent abondamment une huile volatile brunâtre, dont l’odeur rappelle surtout celle de la Menthe et qui dévie fortement à gauche la lumière polarisée. Il s’en sépare, à froid, un camphre, qui, par des purifications répétées avec l’alcool, se montre sous forme d’aiguilles cristallines, exhalant une odeur presque identique à celle de la Menthe. Ces aiguilles sont fusibles à -+- 85° et commencent à se sublimer à 110°. Le Camphre de Barosma se dissout dans le sulfure de carbone. Quant à l’huile, dont il a été séparé, elle bout vers H- 200° et sa formule paraît être G1G HlüO.
Les feuilles de Bucliu renferment de l’acide salicvlique,
Fio. 422. — Section transversale d’une portion de feuille de Bucco traitée par l’eau.
angüsture vraie
une substance analogue (?) à la Rutine, un principe amer(?) appelé Diosmine, de l’huile volatile, etc. La matière mucilag'ineuse, dont il a été parlé ci-dessus, offre quelque ressemblance avec la gomme adragante.
Les feuilles de Buchu sont prescrites, comme un diurétique puissant et un diaphorétique. Au Gap, on les administre en infusion, dans l’eau, le sherry et l’eau-de-vie, comme stimulantes et stomachiques.
Angusture vraie
Cette écorce est fournie par le Galipea ofjïcinalis , Hancock (Galipea Cusparia , A. St.-Hil. ; Bonplandia trifollata , Willd.; Cusparia febrifuga , H. B.), arbrisseau de 4 à 5 mètres, qui croît dans les forêts des bords de l’Orénoque et surtout au voisinage du Caroni, l’un des affluents de ce fleuve.
L’écorce d’Angusture se trouve, dans le commerce, en morceaux plats ou un peu enroulés, longs de 5 à 40 centimètres, peu épais et dont les bords sont toujours taillés en un biseau, qui se dirige de dedans en dehors, sur l’un des bords, et de dehors en dedans, sur l’autre bord. Elle est couverte d’un périderme d’épaisseur variable, gris jaunâtre, mince et peu rugueux, ou épais, fongueux, blanc et comme limoneux, ou enfin gris, peu épais et peu fongueux. L’écorce proprement dite est brune, dure, compacte; sa cassure est nette et résineuse, sa saveur amère et mordicante ; son odeur forte, animal isée, très désagréable. Sa face interne est lisse, fauve, souvent rosée et parfois elle se divise en feuillets.
L’écorce d’Augusture est désignée, en Amérique, sous les noms de Quina de Caroni etde Cascarilla del Angostura.
L’écorce d’Angusture a été analysée par Saladin, qui en a retiré un principe non azoté, neutre, cristallin, fusible à 35°, soluble dans l’alcool, peu soluble dans l'eau et précipitable par le tannin. Ce principe, que Saladin avait appelé Cusparine, n'a pu être retrouvé par Herzog. Oberlin et Schlagdenliauffen ont repris l’analyse de cette écorce, dans laquelle ils ont signalé les substances ci-après : de la cire;
176 RUTACÊES
de la stéarine, un alcaloïde ( Angûsturine ), trois résines, une essence, etc.
L’Angusturine (G20 H40 Az O28, Schlagdenhauffen) est un alcaloïde cristallisant en houppes soyeuses ou en aiguilles très fines, solubles dans l’alcool, l’esprit de bois, le sulfure de carbone, l’essence de pétrole, le chloroforme et l’acétone. Elle fond à -f- 85°, et se tranforme en une matière résineuse, qui cristalise de nouveau, au bout de quelques jours. Chauffée sur une lame de platine, elle fond, puis se volatilise sans résidu, en répandant une odeur aromatique. Elle forme des sels cristallisables, avec l’acide chlorhydrique et surtout avec l’acide sulfurique. Les réactifs des alcaloïdes la précipitent. L’acide sulfurique concentré la colore en vert, en présence des oxydants. Cette coloration se produit également, comme on le verra plus loin, avec l’alcaloïde retiré de l’écorce d ' Esenbeckia.
Les Résines offrent des réactions qui permettent de distinguer l’écorce d’Angusture. Si l’on évapore, dans une capsule, une dissolution alcoolique de résine et qu’on soumette aux va peurs de brome la mince couche résineuse, celle-ci prend immédiatement une teinte pourpre, mêlée de rouge vif, en même temps qu’une teinte bleue ou bleu verdâtre. Schlagdenhauffen et Oberlin disent avoir déterminé, par ce moyen, la présence de la poudre d’Augusture, dans de la poudre de Quinquina.
La coloration double, ainsi otenue, est due à l’existence de deux résines : l’une (x) pouvant être isolée par le sulfure de carbone et que le brome colore en rouge ; l’autre ((3) reste comme résidu du traitement par le sulfure de carbone, mêlée à la troisième résine (y) qui est normalement jaune. Si l’on traite le mélange par un oxydant, il se produit une coloration verte , que l’alcool fait passer au bleu indigo vif , en dissolvant la résine jaune.
La résine y est précipitée par les réactifs des alcaloïdes.
L’Essence a été découverte par Herzog, qui lui attribue la formule C13H 24 0. Elle bout à 267° et dévie de -h 5°, 4 la lumière popularisée; son odeur est un peu analogue à celle de certaines Aurantiacées. L’iode ne l’attaque pas à froid, tandisque le brome agit sur elle avec une grande violence. Les oxydants la colorent en rouge de sang.