‹ Nouveaux éléments de matière médicaleChapitre 31 sur 219 · ANGUSTURE FAUSSE · texte numérisé non relu

ANGUSTURE FAUSSE

rent), qui se colore eu violet, sous l'influence du sel stanneux, agent réducteur.

Hoàng-Nàn.— De Lanessan rapporte que l'on introduisit, il y a quelques années, sous ce nom, dans certains hôpitaux de Paris, une écorce très amère, employée à Siain contre la rage, la lèpre, l’hydropisie, Celte écorce se présente, soit en fragments ou plaques minces, irrégulières, soit sous forme de bandes spiralées courtes. Sa face externe est pourvue d’un périderme couleur de rouille, surmonté de grosses verrues de même couleur; sa face interne est gris sale et finement striée en long; enfin sa cassure est nette et présente la ligne blanchâtre caractéristique de la fausse Angusture.

Le Hoàng-Nàn offre la constitution histologique de celte dernière. 11 est produit par le Str. Gautheriana, Pierre, il semble probable que cette écorce entrera dans la pratique médicale.

Les professeurs Oberlin et Schlagdenhauffen, de Nancy, ont établi récemment que l’Angusture est falsifiée aussi, à l'aide des écorces de Copalchi , de Gayac et surtout par celle de YEvodia febrifuga , S t— PI il., que l'on appelle souvent Angusture du Brésil.

Nous résumerons, d’après le mémoire de ces savants, les caractères de cette dernière écorce, l’étude de l’écorce de iCopalchi ayant été déjà faite (V. t. I, p. 598.), et celle de l’écorce de Gayac devant trouver place un peu plus loin. (Y. t. II, p. 188.)

Écorce d’Angusture du Brésil (Esenbechia febrifuga Mart.; Evodia febrifuga, Saint-Hil.). — Elle se présente sous forme de morceaux légèrement incurvés, longs d’environ 20 à 30 centimètres, de diamètre variable et avant de 1 à 1.5 millimètre d’épaisseur. On en trouve rarement de dimensions plus grandes. La partie extérieure est tantôt recou verte par un épiderme gris cendré, tantôt présente le périderme à nu ; dans certains cas, on remarque des verrues excessivement développés ; dans d’autres, de simples lenti celles sous formes de crêtes linéaires. Les verrues, qui semblent disposées en îlots, sont très développées et entremêlées elles-mêmes de lenticelles rougeâtres, qui tranchent, par leur coloration, sur le fond jaune de l’épiderme au-dessus duquel elles font saillie.

Quant aux crêtes, elles sont disposées longitudinalement, plus ou moins accentuées, mais toujours constituées par des lenticelles allongées, se fondant les unes dans les autres et orientées dans un même sens. Ces crêtes paraissent beaucoup

Cauvlt, Mat. ir.éd., t. II

RUTACEES

plus répandues que les verrues. Il existe des fragments qui sont dépourvus des unes et des autres.

La face interne de l’écorce présente une coloration rougeâtre générale, sur laquelle se détachent des fibres longitudinales très saillantes et moins colorées. La cassure de l’écorce est courte, mais distinctement fibreuse; sa saveur est d’une amertume franche, très persistante.

Examinée sur une coupe transversale, elle s'est montrée formée des éléments ci-après : la partie péridermique est composée de couches alternantes de larges cellules rouge orangé et jaune; elle a une épaisseur variant entre et de millimètre.

Immédiatement au-dessous de cette couche, très caractéristique, selon Oberlin,se trouve un parenchyme coloré en jaune ou brun pâle, interrompu par des îlots de cellules ligneuses appartenant au liber, qui, dans celte écorce, présente une disposition nettement stratifiée. Les premiers îlots isolés sont composés d'un très petit nombre de cellules ligneuses (Steinsellsn des Allemands), qui, par leur absence de coloration, tranchent très nettement sur la couleur jaune accentuée du parenchyme environnant. A mesure qu’on s’éloigne du péri derme, les amas des fibres libériennes deviennent plus épais : ils sont constitués alors • par un plus grand nombre de cellules, qui se juxtaposent en zones tangentielles, coupées par les rayons médullaires.

L’analyse a décelé, dans l’Angusture du Brésil la présence de matières grasses, de résines diverses, et surtout celle d’un alcaloïde nouveau, que Oberlin et Schlagdenhauffen ont appelé Evodine. Ce principe est probablement la même que Y Esenbechine de Cam. Ende.

L’Evodine (G12 H18 A z O12, Schlagdenhauffen) est une matière blanche, incristal lisable, d’aspect résineux, alcaline, insoluble dans l’eau, soluble dans l’alcool, l’éther, l’acétone, le sulfure de carbone et dans les acides. Elle est précipitée : en blanc , par le tannin, le phosphomolybdate de soude, l’iodure de zinc et de potassium, l’iodocadmate de potassium, le bichlorure de mercure, etc. ; en jaune , par le bichlorure de platine; en brun rouge , par l’eau iodée et par l’iodure de bismuth et de potassium. L’acide sulfurique la colore en jaune verdâtre ; l’acide azotique lui donne une coloration d’abord bleue , puis verte. En présence des agents oxydants, l’acide sulfurique lui fait prendre une couleur verte. Avec

RUTÉES. - RUE OFFICINALE

le bichromate de potasse et l’acide sulfurique, il se produit une coloration bleue faible, passant au rose, comme le fait la strychnine, mais devenant verte, au bout de trois heures, ce qui n’a pas lieu avec la strychnine. Cette réaction de l’acide sulfurique, en présence des oxydants, surtout du chlorure ferrique, doit permettre de retrouver l’Angusture du Brésil, dans un mélange de poudre. L’Evodine ne fournit pas de sels cristallisables. Elle est très amère et ne produit pas d’effet nuisible sur l’organisme (Oberlin).

RUTEES

Rue officinale

La Rue officinale ( Rut a graveolens L.; fig. 425) est une plante vivace, sous -frutescente, à feuilles glauques, 2-3- pinnées et à folioles cunéiformes, un peu charnues. Ses Heurs sont disposées en cymes co rymbiformes, la termi nale 5-mère, les autres 4-mères ; elles ont 4 ou 5 pétales jaunes, concaves, 8 ou 10 étamines d’abord étalées, puis se rapprochant tour à tour du stigmate , pendant la fécondation. Les car pelles, au nombre de 4-5, sont en partie soudés à la base, polyspermes et surmontés par un style central. La Rue croit dans la région méditerranéenne et aux Cana- F,°’ ^ ~ Ruî :“°-

ries; on la cultive dans les jardins de l'Inde et de l’Amérique. Elle a une odeur forte, désagréable, et

une saveur

âcre, amère et nauséeuse, dues à une essence particulière, contenue dans toutes les parties de la plante.

L’essenciï de Rue est une huile volatile jaune verdâtre, un peu épaisse, âcrc et amère, d'un poids spécifique de 0,911. Elle bout à 228° et se prend en une masse formée de lames cristallines brillantes, quand on la soumet à une température de-l°à-2°. Elle est un peu soluble dans l’eau, partiellement soluble dans l’alcool étendu et complètement soluble dans l’alcool absolu. Elle est constituée surtout par de V acétone mèthylnonyliquc (G11 H22 O). On y a signalé, en outre, l’existence d’un carbure (G10 II lG) et d’un corps isomérique (?) avec le Bornéo] . L’essence de Rue est promptement oxydée par l’acide azotique : elle se transforme aloi s en acide Pèlargonique et en plusieurs autres acides gras.

Weiss a trouvé, dans la Rue, un composé cristallisable, appelée Ratine , Acide R-utinique , Phytomêline et Méline. La Rutine existerait aussi dans les câpres, les bourgeons floraux du Sophora japonica ( Baies jaunes de Chine ou Waifa du commerce) et dans les roses de Provins.

La Rutine est un glucosive analogue au Quercitrin et, comme lui, se dédoublant sous l’influence des acides étendus, en Quercitine et sucre. Mais le sucre provenant du Quercitrin serait de Y isodulcile, tandis que celui qui provient de la Rutine serait une sorte de glucose incristallisable.

La Rutine est en fines aiguilles jaune clair, à peine solubles dans l’eau froide, plus solubles dans l’eau bouillante; les acides décolorent ses dissolutions. Elle fond à 190° et se prend, à froid, en une masse résineuse. Elle forme, avec les alcalis, des solutions jaunes, qui foncent à l’air ; elle réduit le nitrate d’argent et le chlorure d’or et se colore en vert , par le chlorure ferrique, en rouge brun , parle sel ferreux. Enfin, sa dissolution alcoolique est précipitée en vert foncé , par le chlorure de calcium et en jaune orangé , par l’acétate de plomb.

La Rutine anhydre a pour formule G25 II28 O15. Ses propriétés physiologiques ne semblent pas avoir été étudiées.

La Rue est une plante très active. À haute dose, elle peut déterminer la mort ; à dose plus faible, elle cause de l’agita-

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