SEMENCES DE BEN
côtes, dont trois plus saillantes, et contient plusieurs graines superposées, mais séparées les unes des autres par des cloisons fongueuses;
2° Tantôt, ainsi que l'ont figuré les Bauhin, Chabraeus, Pomet et Guibourt, ce fruit (fig. 45 i) est roslré en haut, atténué en bas et pourvu de deux renflements séparés par un étranglement circulaire; sa section transversale est arrondie, non triangulaire; enfin, il ne contient que deux graines.
Les semences du Moringa de Decaisne sont ovées ou trigones, turbinées, marquées d'un bile blanc, subéreux ; leur testa est crustacé et d'un gris noirâtre, au dehors, de couleur fauve au dedans ; le legmen est blanc, spongieux, aussi épais que le testa; l'amande est blanche.
Les semences du Moringa de Guibourt sont ovoïdes-triangulaires, mais à arêtes plus saillantes.
Elles ont une couleur d'un blanc un peu verdâtre ; leur hile est, en général, moins grand que sur les autres semences. La coloration crayeuse du testa se montre, sur la coupe transversale, comme une zone extérieure nettement définie , que ne présentent pas les autres graines; la portion interne de la coupe est aussi d’un fauve plus clair ; le tegmen est blanc et épais.
La différence de coloration de ces graines ainsi que la forme différente des fruits tendent à faire admettre l’opinion de Guibourt, qu’il existe deux espèces ou du moins deux variétés du Mor. aptera produisant l’une les Semences de Ben grises, l’autre les Semences de Ben blanches.
Ces dernières sont les | lus estimées; elles sont, toutefois, à peu près toujours mélangées de semences grises.
Le Ben ailé (tig. 455) est un arbre de l'Inde, de la Gochinchine et des Moluques. Son fruit, absolument semblable à celui du Ben aptère de Decaisne (fig. 4">5, A, et v. fig. 453) en diffère par ses semences très nettement trigones, dont les angles ou mieux les arêtes
Fio. 455. — Rameau fleuri do lien ailé.
A, fragment de fruit coupé en travers ; B, semences vues par une do leurs faces; C, fleur étalée.
MORINGÉKS
sont prolongées en une aile papyracée et d'un blanc un peu roussâtre. Ces semences ont un testa brun noirâtre, en dehors, gris blanchâtre en dedans et un tegmen blanc fongueux, épaD.
Le Ben ailé ne semble pas exclusifà l'Indo-Chine. Il existe, en effet, au Musée de la Faculté de Lyon, des graines provenant d’un Moringa de l’Afrique méridionale et qui différent de celles du Ben ailé, seulement par l’absence d’ailes sur leurs arêtes. Ces semences sont noirâtres, arrondies, avec trois arêtes très saillantes ; elles offrent, sur toute la longueur des arêtes, une ligne suturale blanche, spongieuse, qui ressemble absolument à celle que présentent les arêtes du Ben ailé, quand on les a privées de leur expansion aliforme. Un peut donc supposer que les semences du Moringa de l'Afrique méridionale sont produites par une espèce, sinon identique au Ben ailé, du moins très voisine. 11 suffirait, d’ailleurs, d’admettre qu'on débarrasse ces graines de leurs expansions, avant de les exporter.
Les semences de Ben aptère sont amères et purgatives. Elles fournissent une huile jadis très employée pour les besoins de l'horlogerie et pour l’extraction du parfum des fleurs à odeur fugace.
Ce.te huile est douce et inodore ; elle rancit difficilement. Au bout de quelques temps, elle se sépare en deux parties, l’une e'paisse et facilement congelable, l’autre fluide.
L’Huile de Ben paraît avoir une composition variable, selon sa provenance.
Selon Voelcker, l’huile extraite du Ben ailé a une densité 0,912; elle s'épaissit à 4- 24o et devient solide en hiver. Elle contient 17 0 0 d'acides gras solides, dont le plus important, appelé par Voelcker Ac. Bénique, a reçu depuis le nom cI’Agide Benostéarique (C22 H44 O2, Strecker). Cet acide fond à 4- 7G", se solidifie à 4- 70° et se prend alors en une masse cristalline, formée d’aiguilles brillantes, solubles dans l'alcool. Il ressemble beaucoup à l’acide stéarique.
D’après Cloëz, la semence de Ben ailé, débarrassée de ses enveloppes, fournit 30,20 0/0 d’huile.
Waller a trouvé, dans l’huile de Ben aptère, quatre acides gras fixes: l’acide margarique, l'acide stéarique, V acide Bénique et 1 acide Moringique.
L’Acide Moringique (C45 H28 O2) est un liquide homologue de l'acide oléique, incolore, d'une densité de 0,908, d’une odeur fade et d'une saveur âcre, irritante. Il rougit le tournesol, se solidifie vers 0» et se dissout dans l'alcool, même à froid.
L’Acide Bénique de Walter, actuellement appelé Acide Bénomaroaiuque (C15 H30 O2) paraît être intermédiaire entce l'acide myristique (C14 II28 O2) et l’acide palmitique (C19 H32 O2). Heintz le croit identique à l'acide Cètique , retiré par lui du Blanc de Baleine.
CUCUUBITACEES - RACINE DE BRYONE
CUCURB ITACÉES
Racine de Bryone
Cette racine est fournie par la Bryone dioïque ( 'Br y onia dioica , L. ; fig\ 456), aussi appelée Couleuvrée. Navet du Diable. Vigne blanche, plante vivace, commune clans les haies, en France et en Allemagne.
La racine de Bryone est charnue, très grosse, pivotante, plus ou moins rameuse, grisâtre en dehors, blanche en dedans.
A l’état frais, elle a une odeur vireuse et nauséabonde, une saveur âcre et caustique. Son suc est rubéfiant et très purgatif.
A l’état sec, on la trouve, dans le commerce, sous forme de rouelles blanches, marquées de stries concentriques et de lignes saillantes, qui rayonnent du centre â la périphérie ; leur odeur est faible, leur saveur âcre et très amère. Ces
CL'CLIIBITACKES
rouelles ont un diamètre plus ou moins grand, qui peut varier de 3 à 10 centimètres, selon la grosseur de la racine et le point auquel elles appartiennent.
Cette racine est parfois mêlée frauduleusement à celle du Colombo; elle s’en distingue par sa coloration et par l’aspect radié de ses faces planes.
On l’a employée, comme purgatif, à la dose de 1 à 2 grammes, contre l’hydropisie, la manie, etc.
Elle renferme une abondante fécule, que la fermentation ou les lavages débarrassent du principe âcre.
Le principe actif de la Bryone est la Bryonine (C48H80O19) glucoside (?) âcre et corrosif, amorphe, blanc jaunâtre, de saveur d’abord sucrée, puis amère et styptique.
La Bryonine est soluble dans l’eau et dans l’alcool, insoluble dans l’éther; l’acide sulfurique la colore en bleu, puis en vert. Elle contient d’ordinaire une matière résineuse, dont on la débarrasse par des lavages à l’éther. Elle se présente alors sous forme de grains blancs ou à peine colorés, que l’acide sulfurique dédouble en glucose et en deux principes amorphes : l'un ( Bryorétine ) soluble dans l’éther; l’ autre ( H ydrobryorètine) insoluble dans l’éther, mais soluble dans l’alcool. La formule ci- après, qui manque de contrôle, indique cette décomposition :
C48 H80 019 + 2 H2Û = G21 H85 O7 -f G21 II37 08 + G9 H18 O
Bryonino Bryoréüno Hy.lrobryorétine. Glucoss.
La Bryonine purge vivement à la dose de 1 à 2 centigrammes. Elle agit comme un poison violent à la dose de 1-2 décigrammes.
On nomme ainsi le suc concentré du fruit du Concombre sauvage ou Concombre d'Ane (Momordica Elaierium, L.; Ecballium agreste , Rich.; iig. 457), plante de la région méditerranéenne, offrant les caractères suivants :
Plante rampante, à tige rude, épaisse, très rameuse ; feuilles pétiolées, cordiformes, crénelées, épaisses, rudes, quelque-
ÉliATÈRIUM
fois un peu lobées; fleurs monoïques, jaune pâle; les mâles
en grappes, les femelles solitaires; fruit ovoïde, oblong, penché, hérissé de poils rudes, vert, puis jaunâtre. A la maturité, la matière pulpeuse de ce fruit se désorganise et devient aqueuse. 11 se détache alors de son pédoncule, soit spontanément , soit au moindre contact, tandis que le péricarpe se contracte brusquement et projette violemment au de hors les graines , ainsi que la pulpe.
Le suc du fruit était jadis employé en extrait, comme purgatif drastique, sous le nom d 'Elatérium. Selon Hippocrate, le lait d’une Fio. 457. — Momorciica Elaterium.
mère, qui a pris du
suc d’Elatérium, devient purgatif pour l’enfant qu’elle nourrit.
L’extrait d’Elatérium est très amer et un peu âcre.
On en connaît deux sortes, bien différentes par leurs propriétés : YElatèrium anglais , dont nous ferons connaître la préparation; YElatèrium français , que l’on obtient par évaporation du suc. Celui-ci est beaucoup moins actif que le premier.
L’Elatérium anglais est un purgatif hydragogue très puissant, que l'on administre à la dose de 6 à 13 milligrammes. On le prépare de la manière suivante :
Le suc verdâtre et un peu trouble, obtenu par une légère expression des fruits, est laissé en repos pendant quelques heures. Il s’en sépare alors une matière verte, qui est re-
CUCURBITACÈES
cueillie sur du calicot et lavée rapidement. Cette matière
étant ensuite un peu comprimée, dans plusieurs doubles de
papier à filtrer, est enfin déposée sur des briques poreuses et
desséchée à l’étuve.
Cette sorte d’Elatérium se présente sous forme de masses ou de gâteaux irréguliers, friables, opaques, de couleur d’abord vert pâle, puis grisâtre et à surface garnie de petits cristaux. Il a une odeur herbacée et une saveur très amère, Quand il a été préparé avec soin, il ne contient pas d’amidon, ni de débris de cellules.
Le principe actif de l’Elatérium est l’ Elcitèrine.
Flückiger conseille d’obtenir ce principe de la manière suivante : Traiter l’Elatérium par du chloroforme et ajouter ensuite à la liqueur, de l'éther, qui détermine la précipitation del’Elatérine, sous forme d’un dépôt cristallin. Ce dépôt, lavé avec de l’éther, puis repris par le chloroforme, donne de l’Elatérine pure.
L’Elatérine (G23 Ii£8 O5) est une substance neutre, très âcre et très amère, cristallisable en ta*bles hexagonales éclatantes, incolores. Elle est soluble dans l’alcool bouillant, le chloroforme, le sulfure de carbone, insoluble dans l’eau et dans l’éther. Elle se dissout dans l’acide azotique, d’où l’eau la précipite sans altération; l’acide sulfurique la colore en rouge. Sa dissolution alcoolique n’est pas précipitée par le tannin, ni par aucune solution métallique. Cette dissolution bouillante, étant ad., donnée de potasse caustique solide, n’est plus précipitée par l’eau. L’Elatérine est alors convertie en un acide, que les acides minéraux déplacent et qui, selon Buckheim, n’est pas drastique.
L’Elatérinc fond à 200° et se décompose, au-dessus de cette température, en donnant des vapeurs âcres. Elle détermine des vomissements violents et agit comme un purgatif très énergique. On prétend qu’elle peut être absorbée par la peau et qu’elle produit alors des effets purgatifs.
Selon les auteurs, l’Elatérium contient environ 15 à 16 0/0 d’Elatérine ; Flückiger dit en avoir retiré 33,6 0/0 d’un Elatérium de Londres et 28,6 0/0 d’un Elatérium de Malte. L’Élatérine n’est pas usitée en médecine.