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RECHERCHE DU SPERME

Il est rare que les cas où il y a lieu de constater l'accomplissement d'un coït se présentent assez tôt à l'examen pour qu'il soit possible de constater des spermatozoïdes dans le mucus vaginal ou utérin. II est clair que, si la chose est possible, dans les cas récents, on ne négligera pas cet examen et qu'on recueillera le mucus vaginal et même dans certaines circonstances le mucus utérin afin de l'examiner soi-même ou de le faire examiner par un autre expert

(i; M«ide, loc. eU., IV, 443.

0 BeUieo, Arch. f. GynàL, VI, 1873, p. 132.

au microscope. Dans ce bul on mettra le mucus à examiner entre deux plaques de verre qu'on enveloppera convenablement.

Nous avons eu Toccasion de constater deux fois des spermatozoïdes dans le mucus vaginal, et les deux fois sur des prostituées qui avaient été tuées par leur amant après le coTt; l'une avait été étranglée et avait reçu un coup de couteau dans la poitrine, l'autre avait été tuée par un coup de revolver dans la tête. Dans le dernier cas nous avons trouvé un nombre considérable de spermaloioldes, bien que la femme fût atteinte d'une blennorrhée utérine et vaginale très intense.

Dans les cas récents, l'examen des parties génitales externes et surtout des poils du pubis, peut y faire découvrir dû sperme desséché, comme Rair(l) en rapporte un cas.

On a plus souvent l'occasion d'examiner sur le linge de personnes violées , des taches que Ton suppose provenir de sperme. Il est évident que c'est surtout sur les chemises et sur la partie inférieure et la face interne de celles-ci que se trouveront ces taches.

L'aspect extérieur de ces taches ne sufGt pas pour qu'on puisse les regarder comme étant d'origine spermatique; car les caractères qu'on attribue aux taches de sperme, c'est-à-dire des contours rappelant une carte géographique, la coloration grise avec des nuances souvent plus foncées sur les bords, leur reflet particulier & la lumière, la consistance plus raide de la partie tachée du linge, de même que l'odeur (fleurs de châtaignier, Toulmouche) particulière qui se dégage, quand on frotte cette partie avec les doigts mouillés, peuvent se rencontrer en partie dans d'autres cas, surtout dans les taches provenant de la sécrétion blennorrhagique et même de l'urine. D'un autre côté, ces caractères, comme par exemple l'odeur, sont d'une nature trop subjective et trop incertaine pour qu'on puisse leur accorder la valeur de preuves concluantes.

Le microscope seul permet d'affirmer Torigine spermatique d'une tache et cela seulement dans le cas où l'on trouve des spermatozoïdes. Il existe^ il est vrai, dans le sperme, outre les spermatozoïdes, une grande quantité d'autres éléments figurés :épithélium des voies séminaleS; cellules et noyaux lymphoïdes, corpuscules colloïdes provenant des vésicules séminales ; mais les spermatozoïdes seuls sont caractéristiques du sperme. On ne peut pas plus accorder une valeur diagnostique à la présence du corps que Boettcber (2) dit

(1) BaflT, Das Haar in forent, Beziehung (les cheveux en médecine légaU). Leipxig, 1860.

(2) Bocttchcr, Virchows Archiv, II, 1865.

LE VIOL. 7Ji

exister dans le sperme desséché, c'est-à-dire les cristaux de spermatine provenant d*une albumine, car on peut trouver des éléments cristallisés analogues et peut-être les mêmes dans d'autres sécrétions albumineuses. Nous devons faire remarquer à ce sujet qu'il faut se garder de confondre ces cristaux avec les cristaux de phosphate tribasique que Ton peut trouver souvent en grande quantité dans le sperme desséché.

L'aspect des spermatozoïdes est connu de tout le monde ; leur longueur est de ^ à 50 millièmes de millimètre dont 5 pour la tête piriforme, le reste pour la queue filiforme. Dans le sperme récemment éjaculé, on les trouve animés de mouvements vivaces qui se conser^'ent pendant plusieurs heures, si le sperme n'est pas desséché ou soumis à d'autres substances noscives telles que l'urine, les acides et même Peau. Dans une goutte de sperme recueillie sur une plaque de verre et gardée sous cloche, nous avons pu dans un cas observer les mouvements des spermatozoïdes encore au bout de 72 heures. Les mouvements des spermatozoïdes disparaissent dans le sperme desséché, et ce dessèchement arrive d'autant plus vite que lesperme est en couches plus minces. Les mouvements disparaissent également TJte dans la sécrétion acide du vagin, tandis que le mucus alcalin du col et de l'utérus offre les conditions les plus favorables pour la vitalité des spermatozoïdes (Scanzoni, Kôlliker, Kiichenmeister), ce qu'il ne faut pas perdre de vue dans l'examen des cas récents. Les spermatozoïdes peuvent se conserver pendant des années dans le sperme desséché et peuvent donc être retrouvés après un temps très long par un examen microscopique. Pour faire cet examen, on commence par faire ramollir les taches suspectes. Si la substance à examiner se trouve en couches épaisses, de sorte qu'on puisse en détacher de petites lamelles, ce qui nous est arrivé plusieurs fois, on en enlèvera la partie supérieure avec une aiguille ou la pointe d'un scalpel, eu prenant de grandes précautions, vu la friabilité de la substance. On met ce qu'on a détaché sur un porteobjet, on le ramollit avec une goutte d*eau distillée et on dissocie cette lamelle avec deux aiguilles. Le ramollissement et la dissociation doivent durer jusqu'à ce que la partie à examiner soit dissoute ou divisée en parties aussi fines que possible. On recouvre la goutte avec une petite lamelle de verre et on la porte sous le microscope. Il faut toujours; si la chose est possible, employer ce moyen ; d'abord parce qu'on doit trouver de nombreux spermatozoïdes dans ces couches épaisses, et parce qu'on peut examiner la substance à part et sans mélange.

Dans la plupart des cas, le sperme s'est si profondément imprégné dans l'objet sur lequel il se trouve, qu'il n'est pas possible de l'en séparer d'une façon si simple. Dans ce cas deux procédés peuvent êlre employés. On découpe un petit morceau de la lacbe à examiner et on choisira de préférence les places qui paraissent les plus empesées et les plus imprégnées de la substance ; on porte ce petit morceau sur un verre de montre, on l'humecte avec quelques goottes d'eau distillée et on le laisse sous une cloche de verre jusqu'à ce que toute l'eau ait été absorbée et que toute la substance contenue dans le tissu ait macéré. On hâtera la préparation par une dissociation du tissu avec des aiguilles. Plus la tache est ancienne et épaisse, plus il faut que la macération soit longue, c'est pourquoi on doit laisser passer plusieurs heures depuis le moment où l'on a mis l'objet sur un verre de montre, avant de faire un examen ultériear. Le tissu ramolli donne eo général, par expression, un liquide semblable à du petil-Iait, qui peut être immédiatement porté sous le microscope.

Le second procédé consiste à découper un petit morceau de la tache, à mettre sur le porte-objet quelques fils retirés de ce morceau soit immédiatement, soit après macération, à les dissocier avec des aiguilles après addition d'une goutte d'eau et à les examiner au mi croscope.

On comprend qu'on puisse employer les trois méthodes pour l'examen d'une seule et même tache et essayer une autre méthode si Tune ou l'autre n'a pas donné de résultat certain. Mais, quelle que soit la méthode que l'on emploie, il faut que la substance à examiner ait macéré un temps suffisant. Beaucoup d'examens de taches, surtout de taches vieilles et desséchées, ne donnent pas de résultat, simplement parce qu'on ne les a pas laissées macérer un temps suffisant. De plus il faut examiner à plusieurs reprises différentes parties d'une même tache , car quiconque s'occupe de recherches de ce genre sait que, tandis qu'on trouve un nombre considérable de spermatozoïdes dans certaines parties d'une tache, on en trouve à peine ou point du tout dans d'autres. La quantité de spermatozoïdes contenus dans le sperme peut varier selon les individus et chez le môme individu à des époques différentes.

On fait bien d'employer toujours un fort grossissement dans ces recherches ; avec un grossissement moindre on peut facilement Atre induit en erreur à cause des petites dimensions et de la forme linéaire des spermatozoïdes. Il faudra également que la forme des spermatozoïdes soit bien nettement caractérisée» car ce n'est que

LE VIOL. n

dans ce cas que Ton peut affirmer que la tache est produite par du sperme, mais il suffit, pour le faire, de constater Tezistence d'un seul spermatozoïde. L'existence de parties isolées ressemblant à la tôte ou à la queoe des spermatozoïdes ne peut jamais donner un diagnostic certain, car on peut trop facilement être induit en erreur sous ce rapport. Noos ayons pu io\v combien les étudiants, surtout les commençants, sont portés à regarder comme des spermatozoïdes ou au moins comme leurs queues, tous les éléments linéaires possibles provenant le plus souvent des tissus dissociés.

Une pertonue inexpérimentée seule peut confondre les spermttoxoides entiers trec d'autret éléments et ne devrait pas se charger de recherches aussi importantes, n y a cependant certaines formes de bactéries, surtout les premiers stades de développement des bactéries bacillaires, qui possèdent une certaine ressembUnce avec les spermatosoides, parce qu*elles se composent d*une tète et d'un appendice caudiforme, mais elles s*en distinguent par leur tôte ronde, leur qooue plus courte, plus rude, plus épaisse et à eitrémité tronquée, mais surtout par leurs petites dimensions, de sorte qu'on ne peut les voir qu'avec un fort grossissement .

Il est en général inutile d'employer un autre liquide que Teao, dans la recherche dtM spermatosoides. Cependant on peut y ajouter une goutte de glycérine pour éclaireir la préparation et pour en empêcher la dessiccation trop rapide. On peut encore employer pour rendre la préparation plus claire, de l'acide acétique étendu. Dans le cas où il y aurait beaucoup de cellules épitliéliales, on les détruirait par une solution de potasse à laquelle les spermatozoïdes résistent très bien, de même qo*anx acides.

Rousain (I) a recommandé, pour faciliter la recherche des spermatosoides, l'emploi d'une solution de 1 partie d'iode et de 4 parties d'iodure de potassium pour 100 parties d'eau. Mais nous n'avons retiré aucun avantage de cette méihodo de coloration.

PialLus (?) et Liman ont montré que, si on laissait dessécher une préparation traitée par Teao, les spermatozoïdes paraissaient énormément grossis sous la petite lamelle, ilous avons pu vérifier ce fait, qui est dû d'une part à la grande résistance des spermatozoïdes, d'autre part à une plus grande réfringence provenant de 11 couche d'air retenue entre le porte-objet et la petite lamelle. Mais comme ces mêmes causes détruisent en même temps l'image microscopique, nous ne pouvons pas trouver dans cette observation une nouvelle méthode pour la recherche des iperautozoidet.

Si, malgré un examen attentif d'une tache suspecte, on n'est pas parvenu à découvrir des spermatozoïdes, il ne s'ensuit pas avec une certitude absolue que cette tache ne provienne pas de sperme ; car nous avons dit plus haut que le sperme peut quelquefois ne pas

1) Z. Rousain, Examen microscopique des taches de sperme [Ann, d'hyg. pubi*, IS67, t. XXVn, p. 143).

[7} ihnkos, Vierteljahrsch, f, ger, ai., Neuo. Folge, V. 347,

contenir de spermatozoïdes surtout après une épididymite blennor* rhagique. Mais à cause de la rareté relative de ces cas, nous sommes en droit d*arGrmer, dans le cas où Tonne trouverait pas de spermatozoïdes que, selon toute probabilité, la tache suspecte ne provient pas de sperme, surtout si par l'examen microscopique nous avons non seulement constaté Tabscnce complète de spermatozoïdes, mais encore trouvé des éléments figurés qui indiquent une autre provenance de la tache (matières fécales, mucus vaginal). Par contre il faudra bien nous garder, dans le cas où l'aspect à l'œil nu indique une de ces dernières provenances, de nous dispenser d'une recherche ultérieure des spermatozoïdes, et nous n'oublierons pas qu'une seule et même tache peut très bien provenir de sperme et d'une autre substance et que ces deux substances ont pu y avoir été déposées en même temps ou l'une après l'autre. Gela s'applique surtout aux taches de sang qui peuvent avoir été produites par du sang menstruel et du sperme, mais aussi par ce dernier et par du sang provenant de la déchirure de l'hymen dans la défloration.

En général, ces recherches sont beaucoup plus faciles, quand ces taches se trouvent sur du linge propre, que quand on les rencontre sur des chemises portées depuis longtemps, sales et ayant des taches de différentes couleurs. Mais on comprend que ce dernier cas soit précisément le plus fréquent, parce que ce sont le plus souvent les jeunes flllcs des basses et même des plus basses classes qui sont les victimes de ces viols, comme Casper l'a déjà montré.

t$ 3. — RECHERCHE D'aFFECTIONS VÉNÉRIENNES.

IjttH cas où le viol a été la cause de la communication d'une infection virulente à la femme ne sont pas rares, et il est inutile de montrer de quelle valeur est cette découverte pour le diagnostic d'un coït accompli. Il est vrai toutefois que la communication du viruH v/îfiérien aux parties génitales peut avoir lieu sans coït, et lly/iri (1 ; nipporte un cas dans lequel deux sœurs âgées de I et de 4 ans ont MitiU'iuUtn d'une blennorrhagie dans un bain par une éponge AVUc laqii'Hle un individu, afl'ecté d'une blennorrhagie, s'était lavé |m« p/irlM** Kénitales. Il faudra donc avoir cette possibilité présente à l'ifnpf U d^riH cttn nortes de recherches, mais il est clair qu'on n'aura nut\ irA» r/in'.ment et seulement dans des circonstances particulières, l'iiDijMPilon di5 fi'aiifturer de cette possibilité. Le plus souvent c'est un

Dcessus local, catarrhal ou ulcéreux qui éveille l'idée qu'elles il en rapport éliologique avec une infection virulente. Il y a dans i cas toujours lieu de se demander si cette affection est réellemi de nature virulente ou si elle n'a pas d'autre origine, princilement une irritation mécanique ou une autre blessure. La réose à cette question n'est pas toujours facile et il faut sous ce pport observer la plus grande réserve.

Pour ce qui est de l'état blennorrhagique, nous n'avons aucun pue gui soitabsolument particulier à la blennorrhagie et qui puisse re distinguer cette dernière d'une façon tout à fait certaine, des ires affections catarrhales. La transmissibilité de l'affection sur le autre muqueuse serait peut-être le signe diagnostique le plus rtain, mais on comprend qu'on puisse difficilement employer ce [>ven à moins de se servir d'animaux. D'un autre côté on sait que \ autres produits de sécrétion catarrhale non blennorrhagique uvent, s'ils sont portés sur une muqueuse saine, déterminer souni de violents symptômes d'irritation.

La coexistence d'une affection de l'urètre à laquelle Ricord (1), irdieu (2j, Toulmouche (3) et autres ont accordé une très grande .leurdiagnostique,neprouve pas d'une façonabsoluelanature bien- >rrbagique de l'affection, car un catarrbe traumatique peut se comuniquer à l'urètre, comme Casper et Liman Tont observé plusieurs is sur de petits enfants. Il faut cependant faire remarquer à ce ijetque, dans ces cas, Tinilammalion se borne en général à la partie ^ripbérique de l'urètre surtout au méat, comme Pascbkis (4) a I l'occasion de l'observer dans un cas. Si donc nous constatons le affection blennorrhagique diffuse de l'urètre, nous sommes I droit de conclure à une transmission du virus, surtout si la madie occupe particulièrement ou exclusivement l'urètre. D'un itre côté on sait que la blennorrhagie des parties génitales de la mme peut exister sans affection de l'urètre et existe si souvent ns celle-ci, que Zeissl (5) regarde la blennorrhagie urétrale comme iffection catarrhale vénérienne la plus rare chez la femme. Casper et Liman attachent une grande importance pour la distinc- Hi entre le catarrhe traumatique et le catarrhe virulent^ à ce fait

(I) Rieord, Lettres fur la syphilis, 3* édition. Paris, 1863.

(3; Tardieu, Étude médiohlégale sur les attentats aux mœurs, 7* édit. Paris, 1878.

iSe, tome VI, p. 100).

;); ToalmoQcbe, Attentats aux mœurs et viol {Arm. d'hyg. et de méd, légale.

(4« Paschkis. Wiener, med. Presse, n*« 47, 48, 1876.

(i)Zeisal, Uhrb, der Syphilis, 3* édition^ 1875,1, 108.

que dans le premier la blennorrhée s'établit immédiatement aprèi Texcitation mécanique, tandis que les premiers symptômes de li blennorrhagie ne se montrent qu*après une période d*iacubatioD de 3 ou 4 jours. Cette assertion est juste et l'arrivée précoce da symptômes d'irritation, après une cause mécanique, est facilement compréhensible. Mais comme en général les premiers syroptômei d'une irritation mécanique ne sont pas très intenses, et comme d'on autre côté la période d'incubation de la blennorrhagie est moindre que trois ou quatre jours, comme le veut Gasper-Liman, et qu'elle ne serait le plus souvent, d'après Zeissl, que de 24 à 48 heures, cette distinction pratique perd beaucoup de son importance.

Tardieu attribue à la blennorrhagie des symptômes d'irritatioD beaucoup plus violents, et Casper-Liman une abondance plus grande de l'écoulement qu'au catarrhe traumatique. Paschkis au contraire se refuse à admettre cette distinction entre la blennorrhée traumatique et la blennorrhagie infectieuse, mais il pense, comme Gasper-Liman, que le signe distinctif de la blennorrhée traumatique est sa durée moindre, qui a été constatée par des observations répétées. Quelque digne d'attention que soitcette observation, il ne faudra pas oublier que la durée d'une blennorrhée aussi bien traumatique que virulente peut dépendre encore d'autres circonstances, surtout de la constitution de l'individu et de l'intervention médicale; car chez des personnes malpropres, comme cela arrive surtout dans les classes pauvres, une blennorrhée purement traumatique peut avoir une longue durée, tandis qu'une blennorrhée manifestement virulente, si elle est découverte à temps et bien soignée, peut être guérie en quelques jours (en général 15 jours, Zeissl). H faut en outre faire remarquer que les tentatives de coït sur de petits enfants entraînent en général beaucoup plus facilement des blennorrhées traumatiquesque celles qui sont faites sur des jeunes filles nubiles, ce qui s'explique par l'irritabilité plus grande de la muqueuse vaginale chez les enfants.

La blennorrhée peut encore être produite par une excitation des parties génitales avec les doigts et aussi bien par des manœuvres impudiques faites par d*autres personnes que par la masturbation prolongée et excessive. Dans ce dernier cas on trouve surtout un catarrhe de la vulve, car, comme nous Tavons dit plus haut, l'onanisme consiste plus souvent en frictions de la vulve qu'en celles du vagin. Il faut songer en outre que la blennorrhée peut provenir d'autres causes que celles que nous avons indiquées jusqu'à présent. Chei les jeunes filles nubiles et plus encore chez les femmes qui ont déjà

€u des enfants, on observe souvent un écoulement muqueux de Tutérus répondant à un état catarrhal chronique de cet organe^ persistant dans beaucoup de cas après un accouchement, et dépendant dans d'autres d'un coït répété, surtout pendant la menstruation; dans d'autres, c'est une manifestation d*une affection constitutionnelle telle que la tuberculose, scrofulose, chlorose, tandis que dans d'autres cas enfin on ne parvient pas à en connaître la cause. Le catarrhe de l'utérus n'est pas excessivement rare chez les petits enfants, bien que moins fréquent que chez les adultes, et il résulte de nos observations que cet état catarrhal peut exister depuis la naissance, car nous avons eu souvent l'occasion d'observer des affections catarrhales de l'utérus et surtout du col sur des nouveau-nés «t des nourrissons. Nous ferons remarquer en oulre que les muqueuses et surtout celles des parties génitales, sont beaucoup plus sujettes aux affections catarrhales chez les enfants que chez les adultes. Il faudra non moins de précautions pour se prononcer sur les affections ulcéreuses des parties génitales de la femme. On recon-» naîtra facilement les premiers symptômes de la syphilis, c'est-àdire le chancre induré ou de Hunter, car Tindoration de sa base, sa faible sappuration, la lenteur de sa cicatrisation, l'apparition de bubons indolents, qui se montrent en général déjà dans les quatre premières semaines et l'apparition des premiers symptômes de la syphilis généralisée, le caractérisent suffisamment. Pour ce qui est de la sclérose de la base et des tissus voisins de ces ulcérations, il' faut faire remarquer qu'elle ne se montre pas toujours avec tous ses caractères typiques et que Ton ne devra pas confondre avec une sclérose vraie, la consistance pâteuse ou mieux œdémateuse des lissas voisins du chancre mou ou des ulcérations catarrhales ou traumatiques. Ces dernières ulcérations, quand elles siègent sur un UssQ épais, par exemple à l'union du prépuce avec le pénis ou sur le clitoris, déterminent un tel épaisissement qu'elles peuvent facilement être confondues avec une sclérose. C'est ainsi que Zeissl raconte avoir été consulté souvent pour des nouveau-nés sur lesquels on pouvait observer, après une circoncision religieuse, une indoration du reste du prépuce et même du gland. Ce symptôme, compliqué souvent d'une hypertrophie et même d'une suppuration des glandes voisines, faisait accuser l'opérateur d'avoir infecté les enfants. Mais il fut constaté que l'opérateur ne portait pas de trace de syphilis récente ou ancienne, et une observation longtemps continuée de ces enfants ne permit pas de découvrir une syphilis consécutive*

HoffMAini. 6

Il est souvent très-dirûcile de distinguer le chancre mou d*autres ulcérations, surtout traumaliques. Le siège de l'ulcération ne donne aucun renseignement pour le diagnostic différentiel. Le plus souvent les ulcérations chancreuses siègent sur les grandes lèvres à l'entrée du vagin et à la commissure inférieure ; mais ces places sont aussi celles où l'on trouve le plus souvent les érosions catarrbaleset traumatiques et des lésions plus grossières, entre autres les déchirures de rbymen. Le fond et la constitution des bords du chancre ne sont en aucune façon aussi caractéristiques qu'on a l'habitude de l'admettre; car la consistance lardacée du fond, qui n'est que le résultat de la nécrose des couches supérieures de la surface ulcérée, peut se rencontrer également dans d'autres ulcérations, surtout dans les ulcérations mal soignées. Quanta la forme de l'ulcération et la consistance de ses bords, elles sont le plus souvent irrégulières aussi bien dans le chancre que dans les ulcérations traumatiques, et leur aspect varie suivant le siège de l'ulcération. Le seul caractère dislinctif se trouve dans la marche, car ce qui caractérise le chancre, c'est l'extension rapide de l'ulcère, tandis que les ulcérations, provenant d'érosions ou de traumatisme, restent limitées à l'endroit où elles ont pris naissance et guérissent beaucoup plus rapidement, sous l'influence d'un traitement approprié, que les affections virulentes.

L'hypertrophie inflammatoire et la suppuration des glandes lymphatiques peuvent survenir aussi bien à la suite d'un chancre mou qu'à la suite d'une ulcération traumatique, mais beaucoup plus fréquemment dans le premier que dans le dernier cas. Gela s'applique surtout aux bubons suppures que l'on rencontre, d'après les données de Zeissl, en moyenne 40 fois sur 100 individus atteints d'un chancre et qui sont beaucoup plus fréquentes chez les hommes que chez les femmes.

Gomme le chancre mou est inoculable sur le même individu, on ne manquera pas de faire usage de ce moyen précieux de diagnostic, d'autant plus que si elle est faite avec certaines précautions, cette inoculation ne présente aucun danger pour l'individu. Il faudra pourtant remarquer que le pus ordinaire inoculé peut quelquefois produire des ulcérations, mais jamais avec la constance et la marche caractéristique du pus d'une ulcération virulente.

On pourrait encore confondre avec les ulcérations chancreuses, les éruptions herpétiques et les processus inflammatoires de nature non virulente. L'éruption herpétique ordinairement appelé herpès préputialis, quoiqu'elle survienne également sur la surface des par^

lies génitales de la femme et qu'elle puisse s'y développer ainsi que cbei l'homme à la suite d'une irritation par le coït, est caractérisée par un grand nombre de vésicules rangées en groupes, de la grosseur d*une tête d'épingle, qui se dessèchent sans s'étendre et guérissent sous la croûte.

On a souvent observé chez les petites filles des processus gangreneux des parties génitales externes. A ce genre se rattachent le noma et la diphthérie qui se montrent surtout dans la scarlatine et la fièvre typhoïde, et on comprend que ces processus puissent être pris pour des ulcérations chancreuses phagédéniques ou pour des pertes de substance de cause mécanique. Taylor rapporte le cas d'une petite fille de 4 ans, affectée de gangrène des parties génitales externes, qui fut recueillie à l'hôpital de Manchester dans un grand état de faiblesse. Cette petite fille avait couché dans le même lit qu'un garçon de 14 ans, contre lequel s'éleva la présomption d'attentat à la pudeur commis sur cette enfant. La gangrène gagna en étendue et l'enfant mourut. Le garçon fut traduit devant la cour d'asàses et ne fut acquitté que parce qu'il fut prouvé qu*à la même époque d'autres petites filles du voisinage étaient atteintes de la même affection et parce que dans l'un de ces cas, la gangrène était survenue dans le cours d'une fièvre typhoïde.

Chaque fois qu'une infection virulente est ou parait être la suite d'un attentat à la pudeur, il faudra examiner également l'accusé, afin de constater si celui-ci est ou a été atteint d'une affection virulente, si cette affection correspond par sa nature à celle que Ton trouve sur la personne victime de l'attentat, enfin si le degré de développement de l'affection chez les deux individus permet d'affirmer qu'à une époque déterminée le virus a été transmis par un coït de l'homme aux parties génitales de la femme.

Y a-t-il chez l'homme une affection virulente de date récente, la découverte n'en présentera aucune difficulté. Par contre une biennorrbée chronique peut se dérober à un premier examen; c'est pourquoi il est indiqué de répéter cet examen plusieurs fois et surtout le plus longtemps possible après une miction. Il n'est pas toujours facile de découvrir les cicatrices d'ulcérations, surtout si elles sont petites et si elles siègent dans des plis, pas plus que les scléroses que les ulcérations huntériennes laissent à leur suite. Gomme chez l'homme les ulcérations chancreuses siègent surtout au frein et au prépuce, il faudra examiner ces dernières parties avec un soin minutieux. On ne manquera pas non plus de voir la région inguinale et de constater l'état des ganglions lymphatiques, et, dans

l'hypothèse d*une syphilis, la peau, les environs de l'anus, la gorge et toutes les places où se montrent de préférence les accidents con« sécutifs de la syphilis.

Dans le cas où Ton constate une infection spécifique sur les parties génitales de la femme, il faudra se demander si le degré de développement de raffection virulente concorde avec le temps qui s'est écoulé depuis le moment du coït jusqu'à celui de Texamen médical. On devra sous ce rapport avoir toujours présente à l'esprit la marche ordinaire des affections vénériennes et syphilitiques, mais il ne faudra pas oublier non plus qu'il y a des causes qui précipitent ou ralentissent celte marche.

Dans la blennorrhagie on voit survenir, d'après Zeissl, vingtquatre heures après l'infection, une cuisson et une démangeaison des parties génitales, la muqueuse commence à se gonfler el à rougir et le plus souvent du quatrième au sixième jour, dans les cas rares du douzième au seizième jour, la sécrétion d'abord séreuse ou muco-séreuse devient purulente et épaisse. Cette sécrétion, profuse d'abord et diminuant ensuite, dure de quinze jours à trois semaines, puis passe à l'état muqneux, qui disparaît dans quelques jours sous l'influence d'un traitement approprié, mais qui dans d'autres cas peut passer à l'état chronique et persister des semaines et des mois. Zeissl fait remarquer qu'une blennorrhagie purulente du vagin qui est près de disparaître, peut revenir sous l'influence d'une menstruation.

Des expériences d'inoculation nous ont montré que le sixième jour déjà l'ulcération du chancre mou peut être complètement développée, qu'elle s'étend dans les conditions les plus favorables en moyenne de quatre à cinq semaines pour se couvrir ensuite de granulations et se cicatriser enfin quinze jours après. La malpropreté peut prolonger sa durée et empêcher sa cicatrisation. 11 en est de même des ulcérations phagédéniques.

Les premiers symptômes de la syphilis se montrent déjà quelques jours après l'infection, mais le développement de la sclérose typique exige plusieurs jours (10 à 17) et dure ensuite plus longtemps que le chancre mou. Zeissl n'a jamais vu une induration disparaître avant quatre-vingt-dix jours, bien que le malade ait employé le traitement mercuriel dès le début de la sclérose. Très-souvent elle persiste de huit à neuf mois et plus. Les bubons indolents se montrent en général dans la quatrième semaine qui suit l'infection et restent stalionnaircs trois à quatre mois malgré le traitement anti-syphilitique. L'éruption des symptômes généraux consécutifii

ne paraît jamais survenir avant la huitième semaine et se montre en général d'abord sur la peau, puis sur quelques muqueuses (muqueuse du nei, pharynx) et beaucoup plus tard seulement sur les autres organes.

Il faudra tenir compte de cette succession de symptômes, quand il s'agira de décider si une certaine affeclion virulente a existé ou non dans le temps correspondant à celui du coït indiqué. Zeissl fait remarquer sous ce rapport que la blennorrhagie de l'homme peut déjà sa communiquer dans les premières périodes de son existence, avant même qu'il y ait une sécrétion purulente et que ces formes de blennorrhées chroniques, où l'on ne trouve plus que des traces d'un écoulement, peuvent cependant se communiquer surtout aux par* lies génitales si impressionnables des enfants.

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