CHAPITRE Vlll
Il est absolument nécessaire que le médecin légiste connaisse ht altérations qui surviennent après la mort sur le cadavre, d'une
(1) Voir c SchmidCs Jahrb. 1844, 43 Bd., p. 44, 18SI, U, 209 et 1SS4, 83. Bd., 1^331.
(2) Des caa où les fœtus ont été dévorés par des cochons et où le placenta et la ■ère seulement ont pu être examinés, se trouvent in « Âutenrieth's Aufsâsen, f. 341» et in Friedrekh'i Biâiter, p. 436.
part, parce que le degré atleint par ces altéralions peut servir à déterminer le temps qui s'est écoulé depuis la mort, d'autre pari, parce que la connaissance de ces altérations empêche la coufusion, presque inévitable dans les cas judiciaires, entre de simples phénomènes cadavériques et des phénomènes pathologiques.
Un individu est mort, à partir du moment où la respiration et l'activité du cœur s'arrêtent d'une façon durable. L'arrêt persistant de ces deux phénomènes vitaux les plus importants n'a pas toujours lieu en même temps. En général, les battements du cœur survivent de quelques instants à la respiration; quelquefois ils lui survivent beaucoup plus longtemps, surtout chez les nouveau-nés (1). Les mouvements respiratoires persistent rarement après des lésions graves, ou après la mort par la paralysie du cœur. Chez les animaux décapités, on peut observer pendant un temps assez long un mouvement de la bouche qui s'ouvre par moment. Yezin a vu pendant dix minutes des mouvements de ce genre sur la tête de deux décapités. Après l'arrêt des battements du cœur et de la respiration, il reste encore pendant un certain temps certaines traces de vie dans les tissus. Il faut mentionner parmi celles-ci l'excitabilité électro-musculaire, qui a pu être observée par Eppinger. sur des cadavres d'hôpital deux à quatre heures après la mortel que d'autres observateurs plus anciens ont trouvé encore plus tard chez des décapités, ensuite la persistance des mouvements des cils vibratils et de ceux des spermatozoïdes qui peut encore être observée vingt-quatre à quarante-huit heures après la mort et quelquefois plus tard, chez des individus morts subitement, enQn la réduction du sang par les tissus dont nous avons déjà parlé ailleurs (p. 511*.
Parmi les changements qui s'opèrent immédiatement ou dès les premières heures après la mort, il faut citer, comme étant importants sous le rapport médico-légal : le refroidissement du cadavre. la formation des hypostases et la rigidité cadavérique.
ABT. V\ — RF.FROIDISSEMENT DU CADAVRE.
Le refroidissement des cadavres se produit à la surface et est sensible au toucher en huit à dix-sept heures (Gasper). Mesuré avec le thermomètre, le refroidissement complet exige, d'après Seydeler, vingt-trois heures. La marche plus ou moins rapide du refroidissement dépend en partie des conditions individuelles, en partie des
(I) Voir p. I»24.
LES SIGNES DE L.V MOHT. SDV
conditions extérieures. Les cadavres de petits enfants se refroidissent plus vile que ceux des adultes, et des cadavres maigres plus vite que des gras. Parmi les causes extérieures, la température du milieu ambiant exerce ime grande influence, de même que la température de l'air modiUé selon les saisons, soit dans un lieu ouvert, soit dan un lieu fermé. Dans l'eau fraîche, le refroidissement se fait très rapidement, mais très lentement dans les fosses d'aisances. En outre, il faut voir si le cadavre était nu ou liabillé ou si la perte de chaleur a été retardée par du foin on de la paille, etc., qui recouvrait le corps. La température d'un cadavre ne s'idenlilie pas simplement avec celle de l'air ambiant; elle tombe au-dessous de celle-ci à la suite de l'évaporalion qui se fait à la surface du corps et du refroidissement qui en résulte, ce qui fait que les cadavres paraissent généralement plus ou moins froids au toucher,
L'opinion, gÉnéralemeiit acciiJditi^e sutrerois, que la clialeur du corps s'ibaisie progressive ment aprÈa et même pendant la mari, jusqu** ce que la température du udRTre soit 6g>le i, c--Ub du milieu ambiant, été Tortement ébranlâe p» les recherches de Wunderlich et autres, lui ont trouvé que dans certains ^nres de mort 11 y avait dlévatioji de la lempéralurs avant et après la mort. Celle élévalîon a surtout Été observée après des maladies infactituses (cboléra] ; apris le lélaiios et les maladie* du système nerveux central elle s'Éleriit jusqu'ï il degrés centigrades et peraiilait de 15 il 30 minutes après la mort. Il n'a pas encora été «nfUsamment établi s'il y a des genres de mort Yioteute accompagnés d'uno élévation de température anlérieure ou postérieure ï U mort et quels ila aont ; cependant coite élévation semble se produire dans l'aspliyiie et dans les empoi- ■onnements préEenlani les caractères de l'aspbyiie ou accompagnés de convulsions et après les lésions du cerveau et de la partie supérieure de 11 moelle épiniËre. Dana l'hémorrhagie, dans la mort pur submersion, par le froid et peut fitre dam la mori par des brûlures (lorsque par suite de l'enlèvement de l'épiderme, it y a une grande perte de clialuur) il Taui plutùt s'attendre à trouver des température)
s BTPOSTABE3,
Déjà pendant la mort, la distribution du sang change, comme te prouve la couleur pâle que prend la peau; elle change en partie par suite de la paralysie des forces actives qui entretiennent la circulation, et en partie parce que la pesanteur du sang commença h
(l] Le peu qne l'on sait de l'élit de la température après U mort violente, est «produit dans notre article Leicheneruktvmngen {Vifleljahrtchr. f. gêr. llei/., XXV, 336) —voir aussi le travail de Sctilemmer et Tamaasia : Deldecomo •tella temi/eratura «elle morti violeiitîi. {Rkista speriin, île Frtrûalria el Medic. légale, Anno II, Faeciculo, V, VI)'; — Tamissi» : Temperatwa nrgl' avelUnamtnli (/4frff/.i. anno m, Fasc, II, 365.) ' ■•■—'■■■'
598 LES ATTENTATS CONTRE LA SANTfi ET LA VIE.
se faire sentir. Celle-ci est surtout sensible après la mort et a pour effet de faire tomber le sang des parties supérieures du corps daos les parties déclives; il en résulte une plus grande pâleur de la peau aux parties supérieures du corps et la formation d*bypérémies par bypostase dans les parties plus basses. De ces dernières» on en distingue d'extérieures et d'intérieures; les premières sont désignées sous le nom ordinaire de lividités cadavériques. Plus le cadavre contient de sang et plus celui-ci est resté liquide après la mort, plus les lividités cadavériques se produisent tôt. Nous les trouvons en moyenne déjà nettement formées après trois à dix heures.
Plus tard, elles deviennent d'autant plus intenses qu*il pénètre plus de sang dans ces parties de la peau et qu'il vient s'ajoutera l'bypérémie déjà existante plus d'imbibition des tissus par du sérum 3anguin, phénomène appartenant déjà à la putréfaction. Dans la mort par hémorrhagîe, il se forme généralement aussi des lividités cadavériques qui, dans ce cas, sont le plus souvent peu nombreuses et pâles et qui, dans quelques cas, peuvent manquer complètement, comme nous avons eu trois fois l'occasion de le constater. Dans la position ordinaire du cadavre, les lividités cadavériques se trouvent de préférence sur la face dorsale et aux parties latérales du corps. Mais si le cadavre s'e^t trouvé pendant un temps a^SfZ long dans une autre position, les hyposta^es se développent naturellement en un autre endroit et on pourra déduire de la position des lividités cadavériques des conclusions relatives à la position dans laquelle le cadavre a été laissé pendant un temps a>sez long après la mort. Le plus souvent on observe chez les pendus une distribution différente des lividités cadavériques : la partie inférieure du corps de ces suppliciés a une couleur d'autant plus livide que le corps est resté pendu plus longtemps.
Si 4e cadavre est resté couché sur la figure, c'est sur celle-ci et la surface extérieure du corps que l'on trouvera les lividités cadavériques; la surface dorsale ne présentera que la coloration cadavérique ordinaire. On trouve très souvent une moitié du visage livide et la conjonctive de l'œil correspondant injectée, tandis que l'autre moitié du visage et la conjonctive de l'autre œil sont pâles. Ces caractères se rencontrent quand la tête a été longtemps placée latéralement et constituent un simple phénomène cadavérique, qui peut cependant donner lieu à des erreurs.
Pour des raisons faciles à comprendre, les hypostases manqueront ou seront moin* développées sur les parties de la peau qui auront subi une pression soit par le poids même du corps, soit par
d'autres causes. Parmi les premières parties il faut compter, lorsque le corps est resté couché dans la position ordinaire, c'est-à-dire lur le dos, la région des omoplates, les fesses et les mollets; parmi les secondes, il y a les parties de la peau qui ont été comprimées par un vêtement ou un ruban, par exemple une ceinture ou par des jarretières. Une compression de ce gçnre peut avoir lieu au cou au moyen d'une corde, mais aussi par Tadhérence étroite de certains vêtements (cols de chemises) et même, comme chez les personnes grasses et surtout chez les petits enfants, dans les sillons litués entre les plis naturels de la peau. Ces endroits se distinguent an milieu des autres par leur couleur pâle et peuvent donner lieu, Hirtout quand elles se trouvent au cou , à des interprétations fausses. Le sang peut également se coaguler à ces endroits comprimés, en formant un bord livide et peut être pris ainsi pour une SDgillation. La couleur ordinaire des taches cadavériques, c'est la couleur livide; celle-ci est d*au(ant plus sombre que les taches existent depuis un temps plus long et que le sang qui est resté dans le cadavre est plus abondant et plus liquide, par conséquent très sombre chez les individus morts d'asphyxie. Si le sang du cadavre a une couleur différente de la couleur veineuse ordinaire, tes bypostases de la peau auront naturellement aussi une autre coloration, par exemple une couleur rouge clair dans les empoi- Mmnements par l'oxyde de carbone. Nous avons dit en parlant de la mort par submersion et par le froid que les lividités cadavériques peuvent acquérir un aspect rouge clair, par suite d'une imbibition aqueuse considérable de la peau.
En dehors de ce que nous avons dit relativement aux taches cadavériques, celles-ci offrent encore un autre intérêt au point de vue légal, parce que les colorations qu'elles produisent peuvent Mre prises pour des cyanoses et même pour des stigillations. Nous avons dit ailleurs pourquoi cette confusion est possible et comment il faut procéder pour établir la distinction. Cette distinction ratre une coloration produite par une hyposlase et une coloration ejftnotique peut encore se faire, en dehors des caractères déjà indiqués, par la situation, le développement et l'intensité de la coloration qui va en diminuant en allant de bas en haut dans la première.
En même temps que les lividités cadavériques et d'après les mêmes lois, il se forme aussi des hypostases dans les organes iniemeSf qui ont une importance particulière au point de vue mé* lico-légal, parce qu'elles peuvent être prises pour des processus pathologiques. Un phénomène de ce genre très fréquent, c*est la
598 LES ATTENTATS CONTRE LA SANTfi ET LA VIE.
se faire sentir. Celle-ci est surtout sensible après la mort et a pour effet de faire tomber le sang des parties supérieures du corps dans les parties déclives; il en résulte une plus grande pâleur de la peau aux parties supérieures du corps et la formation d*bypérémies par bypostase dans les parties plus basses. De ces dernières, on en distingue d'extérieures et d'intérieures; les premières sont désignées sous le nom ordinaire de lividités cadavériques. Plus le cadavre contient de sang et plus celui-ci est resté liquide après la mort, plus les lividités cadavériques se produisent tôt. Nous les trouvons eo moyenne déjà nettement formées après trois à dix heures.
Plus tard, elles deviennent d'autant plus intenses qu*il pénètre plus de sang dans ces parties de la peau et qu'il vient s'ajoutera l'bypérémie déjà existante plus d'imbibition des tissus par du sérum 3anguin, phénomène appartenant déjà à la putréfaction. Dans la mort par hémorrhagie, il se forme généralement aussi des lividités cadavériques qui^ dans ce cas, sont le plus souvent peu nombreuses et pâles et qui, dans quelques cas, peuvent manquer complètement, comme nous avons eu trois fois l'occasion de le constater. Dans la position ordinaire du cadavre, les lividités cadavériques se trouvent de préférence sur la face dorsale et aux parties latérales du corps. Mais si le cadavre s'e>t trouvé pendant un temps asseï long dans une autre position, les hypostases se développent naturellement en un autre endroit et on pourra déduire de la position des lividités cadavériques des conclusions relatives à la position dans laquelle le cadavre a été laissé pendant un temps a>sez long après la mort. Le plus souvent on observe chez les pendus une distribution différente des lividités cadavériques : la partie inférieure du corps de ces suppliciés a une couleur d'autant plus livide que le corps est resté pendu plus longtemps.
Si 4e cadavre est resté couché sur la figure, c'est sur celle-ci et la surface extérieure du corps que Ton trouvera les lividités cadavériques; la surface dorsale ne présentera que la coloration cadavérique ordinaire. On trouve très souvent une moitié du visage livide et la conjonctive de l'œil correspondant injectée, tandis que l'autre moitié du visage et la conjonctive de l'autre œil sont pâles. Ces caractères se rencontrent quand la tête a été longtemps placée latéralement et constituent un simple phénomène cadavérique, qui peut cependant donner lieu à des erreurs.
Pour des raisons faciles à comprendre, les hypostases manqueront ou seront moi o« développées sur les parties de la peau qui auront subi une pression soit par le poids môme du corps, soit par
LES SIGNES DE LA MORT. 60i
déclives du canal intesUnal et des anses situées dans le petit bassin. Les bypostases de l'estomac surtout peuvent être facilement distinguées des hypérémies résultant d'autres causes. Les reins sont aussi exposés à des bypostases dont leur position favorise la formation. A la partie postérieure du corps, lorsque le cadavre est dans la position ordinaire, c'esl-à-dire coucbé sur le dos, le tissu cellulaire sous-cutané et les muscles correspondants sont plus ou moins infiltrés et ricbes en sang. Dans un de nos cas, ce phénomène fut considéré comme un signe de congestion et attribué à des coups de bâton. Par les mêmes raisons, les plexus veineux de la moelle sont gonflés de sang, et on trouve une hyposlase considérable dans les veines de la pie-mère de la moelle épinière. Il peut y avoir d'autant plus facilement une interprétation fausse de ces phénomènes que le canal racbidien, comme Tont remarqué très justement Gasper-Liman, n'est que rarement ouvert et que beaucoup de médecins, cbargés de faire des autopsies, ignorent les cancières normales de ces parties.
Ce que nous avons dit des bypostases internes se rapporte à des cadavres qui, après la mort, sont restés couchés sur le dos. Naturellement ces phénomènes dliypostase occuperont des positions eontraires, quand le cadavre aura été couché sur le ventre et peuvent llors donner facilement lieu à des erreurs. Chez les pendus, quand Us sont restés longtemps suspendus, les bypostases se développent surtout à la partie inférieure du corps. Nous trouvons alors les int€stios plus fortement injectés, les reins très riches en sang et surtout les plexus veineux du bassin gonflés de sang; tous ces phéno- Ikines ont été indiqués comme pathognomiques de la mort par la leodaison, mais ne le sont en aucune façon; en effet, de même que h turgescence des parties génitales externes, dont on faisait si Innd cas autrefois, ils peuvent se produire aussi quand on pend> te cadavre frais et qu'on le laisse quelque temps dans cette positon.