ART. IV. — PHÉNOMÈNES DE LA PUTRÉFACTION
Les autres changements qui surviennent sur les cadavres appartiennent à \h putréfaction . Dans la peau, le commencement deii putiéfaclion se manifeste par des phénomènes d'imbibition. Les li* vidilés cadavériques deviennent plus diffuses, commencent également h se montrer aux endroits du corps qui ne sont pas les plus déclives et gagnent en étendue. En môme temps apparaît une
)Ioration d*un verl salo dans quelques parties de la peau ; ordinaiment elle commence dans la région de Taine d'où elle s'étend ir le ventre et, partie de différents points, elle envahit progressiment le corps tout entier. Chez les cadavres dont la partie supé- »re du corps, par suite du genre de mort ou par sa situation lelWe, par exemple, sur les cadavres portés par Tcau, contenait us de sang, la coloration verte apparaît, le plus souvent, plus tôt irie visage et dans la partie supérieure du corps qu*au bas-ventre; en est de même chez les nouveau-nés dont le canal intestinal ne «lient pas encore de substances féculentes et par suite pas de ibsiances en voie de putréfaction (1).
Avec le développement de Timbibition de la peau, celle-ci deienl plus infiltrée aux parties correspondant aux hypostases et endroits colorés en vert, et Ton voit commencer la transsudadu sérum sanguin vers la surface extérieure du derme entre elui-ci et l'épiderme. L'épiderme est soulevé en forme de bulles ou adhérence du chorion avec celui-ci est tellement relâchée que l'é- Merme peut ôtre facilement enleva par lambeaux. Le chorion hu- ■ie, décoloré et plus tard graisseux, se montre à nu en ce moment m lorsque les bulles crèvent, et prend part à la colliquation ultéiMre ou est desséché par Tinlluence de l'air. En même temps que m phénomènes, commence la formation des gaz de putréfaction le tissu cellulaire sous-cutané et de Temphysème de putréfacsurlout au visage, au cou, à la partie supérieure du thorax, aux Itfties génitales et aux extrémités. Ces endroits sont boursouflés, tvliqueSy crépitant sous la pression du doigt et laissent voir des léieiQZ veineux gonflés par des bulles de gaz et ayant, par suite de fiabibîtion des parties voisines, Taspect de bandes de couleur lerne. Comme le ventre est en même temps gonflé par météorisme, loot le corps est boursouflé de telle façon que, suivant l'expression Ms juste de Gasper, c il présente un aspect gigantesque » (2).
[h Lt coloration verte provient en grande partie de la matière colorante du iHf décomposé par Tacide sulfliydrique ; on s'explique ainsi son apparition pré- Mi à la paroi du ventre. Cependant il nous semble que les tissus qui so putr^iou prennent aussi une couleur verte à certains degrés de la putréfaction, comme ■Us roboenroos, par eiemple, sur les œufs pourris, qui cependant ne contiennent M 4a tneea de sang.
(!) Quand la putréfaction est arrivée à ce point, il est clair qu'il est difAcile ^itMlf avec certitude l'identité du cadavre. Il est déjà difficile d'établir l'àgo t rétal d« nutrition de l'individu, car chex les personnes âgées et amaigries, les iBhna 61 le reste du corps, et chex la femme, les seins^ peuvent prendre ainsi I iifict plat plein, plus bouffi et par suite plot Jeune. La tftta surtout et le visage
Les autres modifications qui surviennent sur les cadavres se pi^j duisent lentement relativement à celles déjà mentionnées. LV derme se sépare toujours davantage du chorion imbibé de pirt( part et décoloré, les ongles et les cheveux se relâchent telh qu*ils cèdent à une légère traction. Les parties vertes delà deviennent presque toujours plus sombres et presque noires kl fin; les parties imbibées de couleur rouge et rouge-brun pi de plus en plus une couleur vague; la formation de gai dttil tissu sous- cutané et dans les cavités du corps augmente toaj( jusqu'à ce que les gaz de putréfaction par leur tension crèteitl peau et s'échappent; là-dessus, le ventre s'affaisse et les molles sont envahies par la colliquation putride, quelquefois dessèchent et par suite se désagrègent.
Dans les organes internes aussi, ce sont des phénomènes dli tion et de transsudation qui ouvrent la série des modifications à la putréfaction et commencent également aux endroits où se ! développées des hyspostases, par suite, aux parties déclives divers organes; en même temps du sérum sanguinolent tni à travers les parois vasculaires, imprègne en partie les tissus ou bien, abandonnant les organes, s'amasse en dehors de ceutdans les cavités séreuses. On trouve déjà de bonne heure des il bitions dans la muqueuse du pharynx, du larynx et des voies mM| piratoires, à la paroi postérieure de l'estomac, aux parties décM de l'intestin, la tunique interne des vaisseaux et l'endocarde, aiii qu'aux méninges; les rougeurs difTiiêes, tachetées ou rayées qnifl forment ainsi sont faciles à distinguer de celles qui sont duesiaM autre origine; de môme l'imbibition et l'infiltration d'orgaaH entiers par le sang qui se sont produits seulement sur le cadairc
semblent boursouflés et si défigurés par les colorations de U putréfaction qo'ili' souvent impossible, même aux plus proches, de reconnaître un indiridaà^ forme de la tôte et aux traits du visage. Après Tourdes et Richardson qat ^ essayé par des moyens chimiques de rendre la tôte et le visage des cadavrefti^ figurés do la sorte, de nouveau reronnaissables, nous ayons fait aussi daesf^ ricnces du môme genre {Leichefierschcinungen). Comme nous aviont wt^ que la matière colorante, qui forme la base de la coloration vert-gris de lips*» est soluble dans l'eau, nous mimes la tôte, coupée et ouverte de la façon liabitoek débarrassée du cerveau et avec des entailles faites à l'occipital et aux partieihi^ ruies, dans l'eau courante et fraîche pendant 10 à 20 heures, ce qui fit déjà di*piraltre la coloration verte et le gonflement emphysémateux. Après avoir niii*' suite la tète, dont la voûte du crâne avait été remise en place et la peau recoaM'' dans une solution alcoolique do sublimé, la coloration verte disparut complu ment ainsi que l'emphysème et la forme primitive de la figure semblail rétMt^ autant que cela était possible dans ces circonstances.
te distinguent facilemenl des processus pathologiques. Nous avons dit, page (542), que les transsudaiions cadavériques qui se forment diDS la cavité pleurale peuvent, chez les nouveau-nés, chasser fâirdes poumons en grande partie et même entièrement. Plus i» Ifotréfaction fait des progrès, plus le sang disparaît des vaisseaux fir Timbibition et la transsudation, et ce serait une erreur imparji^onnable de conclure de l'état de vacuité des vaisseaux et du cœur [d'un cadavre, qui est dans un état de putréfaction très avancée, & une hémorrhagie qui aurait eu lieu pendant la vie. Plus le sang a ftlé primitivement liquide, plus il disparaît rapidement des vais-
CQz. Mais le sang coagulé devient également liquide par la putrélion. De même que le sang dans les vaisseaux, le sang extravasi^ nliquéfle également et les hémorrhagies traumatiques peuvent dis- Ire de la sorte complètement ou du moins devenir impossibles reconnaître.
Les autres modifications visibles à Tœil nu, qui se produisent
certains organes par suite de la putréfaction, consistent, eu
rai, en dehors de la décoloration, en un ramollissement progrès-
accompagné de formation de gaz et enfin dans une transforma-
complète des tissus en une masse graisseuse. Les modifications microscopiques^ que les tissus éprouvent par la he delà putréraction, ont été étudiées surtout par F. Falck ei assia, ainsi que par nous (1). Ces observations ont établi que fibres musculaires et Tépilhélium des glandes se troublent déjà bonne heure et semblent. parsemés de masses granuleuses et régentes; il se forme ainsi des images qui ont une grande ressemice avec celles que nous avons décrites à propos de la dégénénce granuleuse ou du «gonflement trouble». Gomme celui-ci a Im très grande importance diagnostique pour certains cas d'emloisonnement et aussi pour beaucoup d'autres maladies, surtout Pour les maladies infectieuses, il ne faut pas perdre de vue ce fait |Me la putréfaction produit des modifications analogues.
L'époque du commencement de la putréfaction et la rapidité Ivac laquelle elle s'accomplit dépend de certaines conditions dont ii connaissance est de la plus grande importance; et ce n'est qu'eu ■I tenant un compte exact qu'il est permis de conclure du degré de to putréfaction à l'époque où la mort a eu lieu. On peut distinguer cofufi/tons de putréfaction extérieures et des conditions m/érûrti/ es. Aux conditions exténeures importantes, appartiennent certaine»
(1) E. Hofmanii, Leiehenerscheinungen, he. et/., p. 369.
conditions de Tair, de Teau et de la chaleur. L'accès de Tatir* atmosphénque est absolument nécessaire pour rentretien de la pulréfaclion. Plus cet accès est libre, plus la décomposition marche rapidement, les autres conditions restant les mêmes. Les grands courants d'air sec font exception à celte règle, et peuvent produire précisiment le résultat contraire, c'est-à-dire le dessèchement du cadarre. C'est pourquoi la putréfaction commence et Onit le plus tôt lorsque le cadavre est resté couché à Tair libre ; elle a lieu plus lentement chez les cadavres ou couchés dans Teau ou enterrés ; dans ce dernier cas elle se produit d'autant plus lentement que le sol laisse pénétrer moins facilement l'air et que la couche qui recouvre le cadavre est plus épaisse. Les expériences faites sur les champs de bataille français ont prouvé que les vêtements retardent la putré* faction chez les cadavres exposés à Tair libre comme chez les cadavres ensevelis. D'après Créteur (1), les manteaux de caoutchouc auraient le plus retardé la putréfaction. Un certain degré d'humiditéeA absolument nécessaire pour l'entretien de la putréfaction. Comme le corps humain contient environ 85 p. 400 d'eau, l'humidité do corps suffît d'abord pour amener et pour entretenir la putréfaction. Mais si, comme cela a lieu d'habitude, une partie des gaz de putréfaction se perd par la transsudation et l'évaporation, par exemple, en des endroits secs et aérés, ou si ces gaz sont absorbés par le corps sur lequel est couché le cadavre, c'est-à-dire par nn sol sec et poreux, il arrive bientôt un moment où l'humidité propre du cadavre ne suffît plus pour la continuation de la putréfaction. Les parties restantes se dessèchent alors et pourrissent lent^ ment. Une série de ce qu'on appelle les momies naturelles doivent leur •existence à cette marche des choses. Une certaine quantité d'humidité venant du dehors est donc nécessaire pour que la putréfaction puisse avoir son cours complet ; plus cette quantité est considérable, plus elle se forme facilement. Outre l'action chimique, l'eau donne lieu à un relâchement et une macération des tissus. C'est pou^ quoi les cadavres qui sont couchés dans l'eau pourrissent si rapidement, surtout lorsqu'ils sont exposés à l'influence de l'air, après être restés longtemps dans l'eau. Cette influence putréfiante deTeaaa toutefois ses limites. Si le cadavre reste continuellement sous leau ou simplement dans un sol constamment humide, la putréfaction est arrêtée et les parties molles sont transformées en gras de cada* vre qui peut résister très longtemps à la destruction.
(1) Créteur, Annale» cTilyg. pubL
Lt formation da gras de cadavre a aussi été observée dans des fosses communes daot des fossea d'aisances. Outre l'excès d'humidité, c'est surtout l'accès insuflaol de l'air atmosphérique, principalement de l'oxygène, qui offre une condi> M oesentielle pour la transformation des parties molles en gras de cadavre. Le iiceaaot semble être en rapport étroit avec une formation de graisse postérieure li aiort, processus dont la nature et la marche mériteraient d'ôtre étudiées de M près et dont la dégénérescence granuleuse des tissus, se développant aussi itèt la mort, peut être considérée comme le premier degré. On devrait distinguer ion dans la formation du gras do cadavre, plusieurs degrés dont dépendrait la wttitotion des parties moUos ainsi modifiées. Dans les premiers degrés ce serait la nàwK, dans les derniers les acides gras qui prédomineraient et finalement la formioD d'un savon particulier. C'est ce dernier que l'on a ordinairement en vue Msd on parle de gras de cadavre et on comprend sous ce nom une inasse molle I graisseuse ou savonneuse, ayant Todeur du fromage rance et une couleur jaune •Is et fondant à la chaleur en répandant une odeur ammoniacale. Une masse nreille semble se composer, en outre de la graisse, de combinaisons ammonialles da difr«^.rents acides gras se produisant par la décomposition des graisses, lt de la combinaison de la graisse avec de la chaux et de la magnésie qui promoBent de l'eau avec laquelle les parties du cadavre étaient en contact. Si ce sont M dernières combinaisons qui prédominent, la consistance en est plus ferme, mbiable à un fromage très compacte, comme dans un cas observé par nous ; risMi la consistance est plus visqueuse. Ce sont les muscles qui semblent se Innsformer particulièrement et les premiers en savon. Quant au temps nécessaire I Is saponification, les auteurs anciens (Fourcroy) donnaient des délais très longs il SB à trente ans. Des observateurs modernes (Devergie, Casper, Taylor) ont déjà ibiervé la formation du gras de cadavre après 2 à 6 mois, ce qui concorde avec an observations.
Une autre condition importante pour le développement et la mar« eh6 de la putréfaction, c'est un certain degré de chaleur du milieu unbiant. De Tair chaud, surtout chaud et humide, est très favorable IQ processus de putréfaction et on n'ignore pas dans quelle mesure oertaines saisons exercent une inQuence sous ce rapport. De môme h putréfaction se produit très rapidement dans les locaux chauffés, ttiis aussi dans les tas de fumiers, les fosses d'aisances, etc. De l'air dkaud et sec et des degrés de chaleur plus élevés encore détermi- ■eut au contraire la dessiccation et la momification. On sait qu'un Irmd glacial empêche la putréfaction ou l'arrête si elle est en voie le développement.
hnorganismeê végétaux et animaux jouent un rôle important dans la destractim des cadavres par la putréfaction. Les Bactéries accompagnent toujours ta pstréfiction putride et on sait que celles-ci doivent être considérées comme des ^rmenls qni produisent les processus septi(|ues. Leur présence fait partie des Cinctères de la putréfaction et doit être prise en considération, eu égard aux profinsQs mjcosiques si fréquemment admis aujourd'hui. Des larves de moudios ^Cttvtnt so rencontrer en été déjà dans les douze premières heures, sartoat dans HormAHN. 39
les coins des yeux ou de la bouche. Leur iction destractive est connue (1). Ea outre, pendant la saison chaude les insectes qui se nonrristent de charogne, el surtout les fourmis, contribuent à la destruction des cadaTres exposés à i'tir. Krahmer, Dommes et Locherer rapportent que des cadâTres d'adultes forsat déchiquetés Jusqu'au squelette par des fourmis dans l'espace de 4 à 8 semaioct. Il arrive naturellement souvent, surtout quand les cadavres sont couchés prH m dans des tas de fumier, des étables, ou des lieux d'aisances, de les trouver ron^éi par les rats, ceux des enfants môme en grande partie dévorés. Les animaox ds proie- et les cochons peuvent aussi entamer les cadavres, les dévorer ou les tmporter. Dans les parties molles des cadavres réduits par la putréfaction en oti« bouillie semblable à du fromage liquéfié, nous avons trouvé chaque fois de noabreuses nématodes très petites se mouvant très rapidement et appartenant aa ^iv des pélodères. Ces nématodes vivent^ selon Schneider, dans un sol humide oùellei cherclientles substances en voie de putréfaction qu'elles dévorent. Aussi longtemps qne les cadavres restent dans Teau, les insectes aquatiques, les rats d'eau et \h écrcvisses sont les seuls agents de destruction. Les poissons, dit-on, dédaignent la chair pourrie. Cependant dès que le cadavre surnage, il s'y établit, surtout ea été, de nombreuses larves qui le détruisent.
Pour ce qui concerne les conditions intérieures ou mdividuellef àt la putréfaction, on peut surtout admettre comme règle, que la putréfaction détruit les cadavres d'autant plus rapidement que la masse du corps a été plus petite, par suite les cadavres d'enfants plus vile que ceux des adultes. La délicatesse plus grande des tissus et la quantité plus considérable d'eau qu'ils contiennent font que les premiers se putréfient plus vile que les second;?. Chez les nouveaunés le fait que les intestins n'ont pas encore contenu de substances féculentes peut produire un retard relatif dans le développement de la putréfaction. Outre l'état de nutrition le genre de mort exerce aussi une certaine influence. Ce sont particulièrement les corps des personnes mortes par des processus sepliques qui se putréfient très rapidement, surtout en été où au bout de douze à vingt-quatre heures la coloration verte de putréfaction a atteint un degré qui exige en temps ordinaire plusieurs jours pour se produire. Nous voyons encore le début précoco et la marche rapide de la putréfaction chez les asphyxiés, ce qui s'explique par la grande quantité de sang contenue dans les organes, ainsi que la constitution liquide du sang. Nous observons la même chose dans les empoisonnemenls qui amènent en dernier lieu la mort par asphyxie ou après lesquels le sang reste liquide, comme après l'empoisonnement par le
(1) Voyei Brouardel, De ta détermination de C époque de la naissance et dt la mort d'un nouveau-né, faite à l'aide de la présence des acares et des chentUts d'nglosses dans un cadavre momifié {Ann. d'hyg, pubL, 1879, 3* série, t U, p. 153}.
phosphore. Par contre on a observé un retard sensible dans la putréfaction après les empoisonnements par Talcool, l'arsenic et le sublimé ainsi que par Tacide sulfurique. Sans aucun doute le même retard pourra être constaté dans tous les empoisonnements par des substances qui ont notoirement un effet antiseptique. Dans des cas pareils il peut y avoir au lieu d'une pulréfaclion colliqualive, une momification du cadavre, comme on Ta observé à maintes reprises après des empoisonnements par l'arsenic. La putréfaction rapide après rinsolaiion ou la mort par la foudre est due moins au genre de mort qu'aux circonstances dans lesquelles celle-ci se produit. Le lait, relevé parCasper, que des cadavres fortement contusionnés ou mutilés se putréfient rapidement, mérite d*êtrc pris en grande considération, et se comprend, si on songe que les organes internes, par suite de la constitution de leur tissu et la quantité de sang qu'ils contiennent, se putréfient rapidement et qu'après des blessures, la résistance que la peau intacte oppose ordinairement pendant un certain temps à la putréfaction manque complètement iôi. La putréfaction gagne dans ces cas, en premier lieu, les parties mises à nu et s'étend rapidement en partant de ces points. Miis si la peau est restée intacte, c'est l'état d'attrition des organes lésés, et surtout leur imbibition et celle des tissus voisins par le sang extravasé qui font que les phénomènes de putréFaction apparaissent de bonne heure à ces endroits et s'étendent rapidement en partant de là. On peut se convaincre de ce fait même par les sugillalions su- . perficielles.
Toas les organes n'opposent pas une résistance égale à la putréfaction. L'expérience nous apprend au contraire que les uns se conservent longtemps tandis quo d'autres se putréfleni beaucoup plus tôt. La quantité de sang contenue dans Torgtne, la fermeté de son tissu et l'accès facile ou difficile de l'air exercent une grande influence en cette circonstance. Le sang se putréfia très rapidement et en premier lieu. Aussi, plus un organe est riche en sang, plus il est rapidement enTâbi par la putréfaction et c'est pourquoi nous voyons généralement la putré* fecUon commencer par les hypostases. Plus la structure d'un organe est ferme, lilns celui-ci peut résister à' la putréfaction. A l'exception des os, le tissu con- Joactif et surtout les fibres élastiques résistent le plus longtemps. Plus un organe Qoatient de tissu cellulaire et plus celui-ci est serré, plus l'orgine durera longtemps. De là vient en grande partie la résistance de la peau, des poumons et des troncs «rtériels, surtout de l'aorte. L'utérus aussi résiste très longtemps et peut quel- ^aefoie être retrouvé encore bien conservé après que toutes les parties molles sont ^venues méconnaissables. On peut voir sur l'estomac et les intestins l'influence «lercée par Tair contenu dans les organes sur la putréfaction ; cependant il ne fiiot pes perdre de vue que l'air, qui y est contenu, avait déjà à l'origine les caractères des gsx de putréfaction. Nous avons déjà fait cette remarque que chex les
nouveau-nés les poumons contenant de l'air pourrissent plus tôt que les autre». La raison pour laquelle le cerveau des nouTsau-nés et des nourrissons se putréti'* si tôt^ tandis que celui des adultes se conserve longtemps relativement à sa structure, n'est pas seulement dans la mollesse plus grande du cerveau et dans h quantité plus considérable d'eau qu'il contient, mais encore dans l'occlusion incomplète du crâne et sa perméabilité à l'air extérieur. Il suffit que les cadavres d'idaltes soient coucbés en moyenne deux à trois ans dans la terre pour que les parties molles disparaissent. Les ligaments et les cartilages se conservent très longtemps et sont détruits seulement après cinq années et même plus tard. Les autres modifications des 08 se développent très lentement : leur dégraissement et leur dessèchement nécessitent encore plusieurs années (en moyenne dix). Plus tard encore les os deviennent friables et cassants, mais ils peuvent cependant se consen^r pendant des centaines d'années, dans certaines circonstances favorables. Il est important de savoir que des os très anciens et provenant même de périodes géologiques contiennent encore du cartilage. Des ossements humains, âgés de 600 ans, examinés par Orflla (1), ont encore donné 27 p. 100 de gélatine et presque 10 p. tO** de graisse. KomTeld (2) a trouvé également dans des ossements âgés de cent m^ de faibles différences de composition avec celles des ossements frais.
Quand il s'agit de délerminer diaprés le degré de putréfaction le temps qui s'est écoulé depuis la mort d'un individu, il faut peser avec soin ces circonstances intérieures et extérieures que nous avons citées; mais le grand nombre de ces circonstances et b difficulté de déterminer l'influence de chacune ne permettent que de tirer des conclusions approximatives. Cependant il faut se rappeler que, les derniers phénomènes de putréfaction étant plus lents que les premiers, les limites extrêmes de la période dans laquelle la mort a pu avoir lieu, doivent être reculées d'autant plus loin qae la putréfaction du cadavre est plus avancée. Gomme le degré de l'action des conditions les plus importantes de la putréfaction, c'est-à-dire des conditions extérieures, dépend surtout du milieu dans lequel le cadavre s'est trouvé, il faut prendre cette circonstance en sérieuse considération. Gasper a établi sous ce rapport la proposition suivante : à une température moyenne à peu près égale, une semaine de séjour du cadavre à l'air libre répond, au point de vue du degré de putréfaction, à deux semaines de séjour dans l'eau ou huit semaines dans la terre. Cette proposition est tirée d'un grand nombre d'observations avec lesquelles concordent aussi les nôtres, et peut, pour cette raison, être recommandée comme règle dans la détermination de l'époque de la mort pour les cadavres putréfiés.
(I) Orfila. Mémoire sur les exhumations jwidiques (Ann, cThyg.^ 1830, U IV. p. 104). — Parent- Ducbâtelet, Des chantiers cCéquarissage de la ville df Pa>-' {An?i. dhyg., 1832, t. VIII, p. 132).
(5) Kornfeld, Wiener med, Wochentch., 1876, n* 43.