ART. II. — APTITUDE A LA FÉCONDATION
L'élude consacrée par Hoffmann à Taptitude à la procréation chez rhomme comprend à peu près lous les cas d'impuissance qai ont été constatés. Nous croyons cependant qu'il y a lieu d'ajouter quelques observations se rapportant à rérectililé surtout dans les cas où son absence est liée à l'atrophie testiculaire.
Hoffmann a parfaitement établi les rapports qui relient Pétat dœ centres nerveux à Térectilité. Sans pouvoir prouver leur mode d'aqlion sur les organes génitaux, nous savons que, lorsque l'encéphale ou la moelle sont troublés dans leur fonctionnement, il peut ea résnlter soit l'absence d'érectilité de la verge et l'inaptitude au coït, soit une exagération dans les manifestations des instincts génésiques.
On trouverait facilement dans les asiles où sont recueillis les idiots des exemples de ces deux extrêmes, l'impuissance et le satyriasis.
Hais ce serait une illusion de croire que d'ordinaire le médecin s^b trouve en présence de faits aussi nets. Le plus souvent il y a non pas abolition, mais diminution de l'aptitude génésique, et le mé.« decin doit décider si l'inaptitude est telle que le mariage doive être interdit. Il n'est pas rare en effet qu'un jeune homme se prér eente devant un médecin et lui avoue avec des périphrases en général assez transparentes qu'il hésite à contracter mariage^ parce qu'il a des érections rares, et parce que, lorequ'il entre en érection, il suffit d'un contact insignifiant pour que l'éjaculation aorvienne. En sorte que l'intromission est impossible ou si courte que la femme ne peut prendre aucune part à l'acte du coït. C'est là un type morbide fréquent, caractérisé par la rareté des érection^^ leur courte durée, l'éjaculation rapide et j'ajouterai l'absence oula diminution delà sensation voluptueuse chez l'homme et par^suite chez la femme.
Les causes invoquées d'habitude pour expliquer ce fait sont 'les
(I) Voy. p. 10. i
i{62 COMMENTAIRES DE MÉDECINE LÉGALE.
excès de masturbation, le commerce prématuré des femmes, l'abus des plaisirs vénériens, etc.
Je pense que cette étiologie est incomplète, et rezamen do malade permet d'aller plus loin. En général les jeunes gens qui sont obligés de faire ces aveux à leurs médecins sont d'apparence assez frêle, et un observateur attentif peut souvent reconnaître chei eux les attributs de cette sorte d'arrêt de développement auquel Lorain a appliqué le nom d'infantilisme, de féminisme. Ils sont petits, maigres, la barbe est clairsemée, les seins sont développés, les testicules et la verge sont petits, le bassin est large. Ces jeunes gens arrêtés dans leur développement vers l'âge de 15 ans n'ont pu atteindre la vigueur masculine.
Leurs aptitudes génésiques sont non pas éteintes, mais assex peu déterminées; ils n'ont pas les ardeurs entreprenantes dévolues au mftlc dans la série animale, et, s'ils sont débauchés, ils subissent plutôt qu'ils ne provoquent les actes génitaux auxquels ils participent. C'est dans cette classe que ceux qui exploitent les pédérastes choisissent leurs sujets, leurs clercs^ c'est par eux qu'ils excitent les instincts pervertis de quelques sodomistes, précisément parce que ces atrophiés ont quelques-unes des formes et des allures féminines.
D'ailleurs vers 18 ou 20 ans ces individus infantiles prennent en général de l'emboppoint, leurs formes s'arrondissent, mais les instincts génitaux restent incomplets.
Les organes internes de la génération participent d'ailleurs à cette atrophie. La prostate, la vessie ont un volume notablement inférieur. Nous avons même) pu par la dissection constater l'atrophie du muscle ischiocaverneux (1).
Nous avons cherché dans cette description à signaler les caractères du type que j'appellerai complet, Tindividu tout entier est resté enfant. Mais il est deux autres types. Dans les deux cas l'appareil génital est atteint, parfois symétriquement, parfois d'unseal côté, mais l'ensemble de l'individu semble posséder son développ^ ment normal.
Je n*ai eu que deux fois encore Toccasion d'étudier l'alrophie bilatérale, survenue en dehors de toute affection locale. Je crois devoir donner le résumé de la première observation et des circonstances qui ont éveillé mon attention sur cette forme. -■ Un jeune homme de25 ans, blond, grand, élancé, sorti le premier
(1) Broaardel, rtppori sur un cas présenté par le D^ CruTeUhier. {BulL lit m» ona/.iseï p. &47).
APTITUDE A LA PROCRÉATION CHEZ L'ilOMME. 663
d*oiie des écoles du gouvernement, se plaignait d'avoir des érections fort rares, courtes, suivies d'éjaculation immédiate au moindre contact. Il n'avait pas de spermatorrhée : une ou deux émissions nocturnes et spontanées par moiss'expliquaient par ce fait qu'il était d'une continence presque absolue. Le produit de Téjaculation contenait des spermatozoïdes en assez grande quantité. Ce jeune homme niait toute habitude de masturbation ; d'ailleurs disait-il, H n^avait pas de désirs vénériens.
Port inquiet de cette situation qui avait provoqué chez lui un élat mental à tendance mélancolique, il l'avoua à son père. Celuid, ancien officier supérieur, ardent aux exercices du corps, et fort galant avec les dames, vint me consulter et me fit part des circonstances suivantes. Son fils était bon marcheur, mais mauvais cavalier, il ne tenait pas sur son cheval, il roulait sur la selle, bien qoe dès Tàge de dix ans il lui eût donné un cheval et qu'il l'eût contraint à ne pas discontinuer de prendre des leçons dYquitation.
Lorsque le jeune homme revint me voir, je le fis déshabiller et je constatai une atrophie des testicules, ceux-ci avaient h peine la moitié <lc leur volume normal. La verge était petite, le gland couvert pnr un prépuce long, mais dilatable. De plus les muscles fessiers étaient peu volumineux, les hanches étaient aplaties, la rotondité fessière coupée en plans unis, l'un vertical, l'autre inférieur horizontal, sans saillie notable. En sorte que, lorsque ce jeune homme s'asseyait, il semblait plié à la façon d'une charnière. Les ■lascles internes des cuisses, les adducteurs étaient grêles, manifestement atrophiés, les muscles antérieurs et postérieurs au contraire étaient bien développés.
Quelques mois plus tard j'eus l'occasion de constater les mêmes troubles fonctionnels accompagnés de la même atrophie tesliculaire 6t musculaire chez un jeune homme de 27 ans, clerc de notaire, qui, lui, était vigoureux, trapu, bien musclé. Lui aussi avait reaoDcé à l'exercice du cheval parce qu'il ne pouvait se maintenir sur la selle.
II. Reclus a présenté à la Société anatomiqueun cas comparable anz précédents. Il s'agit d'un jeune homme de 24 ans, examiné par loi sur une table de dissection de l'école pratique et qui avait une atrophie des deux testicules. M» Reclus l'attribua à un arrêt de défeloppement et il ajoute : « Le sujet était d'apparence débile. Le système musculaire surtout dans les membres inférieurs était très atrophié (I). »
(I) Radat, Bul/, Soc. anal. 1875, p. t63.
L'atrophie peut être unilatérale, et se rencontrer chez des sujets qui ont d'ailleurs Tapparence masculine. Godard et Pollin ont cité des cassembl^bles et à l'autopsie ils ont trouvé une fois une atrophie d'une des moitiés du corps (cas du nommé Harel), une fois une dégénérescence graisseuse du testicule avec dégénérescence grais» seuse du rein ; et enfin, chez un nommé Pellard, l'absence du tes* ticule, de l'épididyme, du canal déférent, de la vésicule séminale, du lobe gauche de la prostate, coïncidait avec une absence dureûi et de l'uretère du même côté.
De ces différents faits il semble résulter qu'une atrophie congénitale, ou un arrêt du développement unilatéral ou bilatéral des testicules peut être lié à un arrêt de développement portant soit sur l'individu tout entier pendant son adolescence, soit à une atrophie des muscles du bassin et du périné, ou de l'appareil urinaire.
Ces cas sont manifestement sous la dépendance d'un trouble trophique du système nerveux, et dans les faits que nous avons observés, ils se liaient à une diminution des fonctions sexuelles assez notable pour que le médecin ait dû être consulta.
En dehors des cas précédents l'atrophie des testicules et l'absence d'érectilité peuvent succéder à une maladie testiculaire. Nous ajoutons aux causes signalées par Hoffmann, l'ati'ophie des testicules consécutive à des orchites (raumatiques (I), et plus souvent à des orchites survenues pendant les oreillons.
Dans un très remarquable mémoire, M. Laveran fait observer que, chez les adultes, les oreillons s'accompagnent très souvent d'orchile. (432 militaires atteints d'oreillons ont fourni 156 cas d'orchite simple ou double.) En 1866, Grisolle avait déjà noté quelques exemples d'atrophie testiculaire consécutive à l'orchite ourlienne, et M. Laveran déduit des exemples publiés que 111 cas d'orchite ont donné 73 cas d'atrophie du testicule.
Malheureusement tout ne se borne pas à cette atrophie, et la puissance virile se trouve le plus souvent très notamment dimi* nuée (2).
Nous avons pu depuis plusieurs années suivre quatre jeunes gens qui, ayant eu sous nos yeux des orchites ourliennes unilatérales au collège Sainte-Barbe, dont nous étions médecin, ont conservé une atrophie testiculaire, et tous quatre se plaignent amèrement aujourd'hui encore 14, 12 et 10 ans après l'orchite, de la faiblesse de leurs aptitudes génitales.
(1) Reclus, Buli. Soc, anai. 1875, p. 283.
(2) Ltvertn, Mém. Soc. médicale des hôp. 1878, p. 68.
Il nous reste encore, pour compléter le cadre des causes d'impuissance signalées par Hoffmann, à noler le diabète sucré et même le diabète insipide (azoturie). Dans cette maladie Tabsence de Térectilité est quelquefois un des premiers symptômes, elle précède souTent et de longtemps la cachexie diabétique et celle-ci ne peut suffire à l'expliquer.
Si nous nous sommes étendus sur ces exemples qui ne sont pas babituellement l'objet d'expertises médico-légales, c'est, comme nous l'avons dit au début, parce que dans une accusation de viol, OQ dans une action en désaveu de paternité le médecin légiste doit pouvoir se rendre un compte exact de la valeur des allégations invoquées par les intéressés, et que nous n'avons trouvé ces diffé» rents faits signalés dans aucun traité de médecine légale.