‹ Nouveaux éléments de médecine légaleChapitre 143 sur 189 · ÉTOCRDISSEMENT DES SENS, INCONSCIENCE, ABSENCE DE VOLONTÉ · texte numérisé non relu

ÉTOCRDISSEMENT DES SENS, INCONSCIENCE, ABSENCE DE VOLONTÉ

Hoffmann a consacré les trois premiers paragraphes de ce chapitre à l'étude des violences qui peuvent mettre une femme dans rimpossibililé de se défendre. Nous n'ajouterons rien à cette élude, l'élève trouvera de nombreux exemples analogues dans les recueils médico-légaux français. Nous croyons au contraire devoir fournir quelques détails sur les cas dans lesquels, en dehors de toute mlence physique appréciable, l'inculpation a relevé cette circonstance que, au moment de l'attentat, la conscience se trouvait abolie chez la femme, soit par une maladie antérieure, soit par un accident morbide passager, soit par un état de sommeil naturel ou provoqué.

Disons d'abord quel est souvent l'inculpé et quelle est la victime ou la prétendue victime.

L'inculpé est trop souvent un médecin, un dentiste ou un médicastre, et cela se conçoit, c'est lui qui a le plus de facilité pour connaître l'état d'inconscience d'une femme, lorsque la volonté est

(I) Voy. p. 85.

(î) Voy. p. 87.

abolie par une affection cérébrale, par une syncope ou par un sommeil nerveux ou provoqué.

. La victime ou la prétendue victime est une femme, et le plus souvent une femme hystérique, chez laquelle les accidents se sont déjà caractérisés par de grandes manifestations, ou ne se sont pas encore montrés avec des signes qui aient révélé Taffection aux personnes étrangères à la médecine.

On sait qu'en dehors de tout bénéfice appréciable pour elle, la femme hystérique invente parfois de toute pièce, et combine avec an art extrême des histoires auxquelles manque même tout point de départ exact. L'hystérique obéit à un désir excessif de notoriété, au besoin de se mettre en scène et pour satisfaire cette passion elle ne s'arrête devant aucun obstacle, alors même que son mensonge déshonorera une personne qu'elle ne connaît que de nom, ou pour laquelle elle ne peut avoir ni haine ni aversion, alors même que ce mensonge compromettra gravement sa propre réputation.

S'il faut pour justifier cette opinion citer un exemple, que les médecins légistes lisent le procès de Emile Clément de la Roncière (1), ils verront que, malgré des impossibilités de fait, malgré les preuves médicales les plus manifestes pour des médecins habitués à étudier les hystériques, la bonne foi des magistrats, du jury, et chose plus triste pour nous, la science des experts furent mises en défaut par une jeune fille bien élevée, honnête, entourée d'une famille honorable. Cette jeune fille hystérique, froidement cruelle, jouant son rôle avec un art consommé, soutint dans l'instruction et pendant les débats de la cour d'assises ses assertions sans faiblir une seconde, sans varier sur les points principaux, et fit condamner un innocent, sans que jamais elle en ait témoigné un remords. Une circonstance aurait certainement dessillé des yeux moins prévenus que ceux de ses juges, c'est que pendant le cours du procès et après la condamnation, elle crut encore pouvoir appeler sur elle la notoriété, en se prétendant victime de sévices et d'attaques dont cette fois l'inculpé ne pouvait être coupable. Il était en prison.

Noos venons de dire quelle est bien souvent la qualité de l'inculpé et d'esquisser le caractère de la prétendue victime. Pour le médecin légiste, dans toutes ces accusations où la femme aurait été inconsciente des actes commis sur sa personne, sans qu'aucune

(1) Causes céièbres, par Fouquier. Cahier 46, Paris, H. Lebrun (Gai, destrià,^ 1S34).

violence physique ait laissé une trace, la question se pose entre ces deux termes : Y a-t-il simulation ? Y a-t-il eu attentat?

Aucune accusation ne se prête aussi facilement à la simulation que celle d'attentat à la pudeur. L'inculpation n -est en général possible que parce que Taccusé et la victime se- sont trouvés seuls. L'un nie, Tautre affirme, l'attentat n'a pas laissé de trace et l'expert doit décider si au moment oh le crime a été commis, la victime pouvait être ou était hors d'état de se rendre compte des actes accomplis sur sa personne.

a. Cet état d'inconscience réelle peut résulter de diverses circonstances. Certaines maladies entraînent un affaiblissement de l'iotel- , ligence d'une manière constante comme Vidiotie, timbéciUité^ la démence^ Caliénation mentale, nous n'avons qu'à renvoyer aux exemples qu'Hoffmann a fournis et à ceux qui sont rapportés par Tardieu.

b. Une maladie constitutionnelle comme Vépikpsie Uyte sans défense, momentanément, pendant un accès ou à la suite d'un accès, une jeune fille à la lubricité d'un assistant. On trouvera des observations trop réelles dans les livres de médecine légale. Hoffmann cite en revanche un cas oh une épileptique vraie avait accusé faussement un individu d'avoir commis sur elle un attentat à la pudeur, prétextant qu'il avait profité d'un de ses accès pour assouvir sa passion. Or celle fille qui, si elle avait eu un accès, aurait été inconsciente, absente des choses qui l'environnaient, donnait sur les circonstances du crime des détails qui prouvaient que si l'acte avait été commis, elle était en réalilé présente d'esprit.

Dans des circonstances analogues, un état morbide passager invoqué par la plaignante, mais impossible à caractériser, devait faire penser que la victime avait été réduite à l'impuissance par une syncope. C'est ainsi que Lorain put à deux reprises disculper des médecins victimes de dénonciations calomnieuses et intéressées. J'emprunte quelques lignes à ia seconde observation (1) :

« Ud Jeune médecin donnait ses soins à uue femme mariée, àg^ée de 30 ans. atteinte de pertes utérines. La femme fit à son mari puis à la Justice la déclarât) >n suivante.

a II a, dit-elle, porté la main à la matrice, et m*a demandé si je souffrais : j'ai répondu que non, tV m'a alors touché je ne sait où et Je me suis trourée mal dans ses bras. » On devine le reste, la femme se trouve mal et elle est violée. Nais ce qui déroute toutes les notions scientifiques, c*est qu*elle prétend avoir senti que le médecin la plaçait sur le lit et qu'il accomplissait sur elle l'acte InfLmf, elle avait une perception nette de cet acte, elle en suivait le progrès, elle déc'are

(1) Tardieu, Attentais aux mœurs^ 7* édition, 1878, p. 13G.

qa'ella sentait profondément l'instrument de son déshonnear ; puis ello reiint à elle, repoussa avec ses genoux son agresseur, mais malheureusement, le saisisse- Beot, l'effroi, agirent de nouveau sur ses sens et elle retomba dans cet état de demi fnflensibilité pendant lequel elle sentit que Tacte s'achevait et que ses linges étalent souillés. Après l'accomplissement du crime, le médecin l'avait relevée et placée «or une chaise où il lui Jetait de l'eau à profusion sur le visage ; etc. »

La femme accusait donc le médecin d'avoir abusé d'elle alors que sa volonté était anéantie. Lorain, commis après un autre médecin, qui n'avait pas peu contribué à embrouiller l'affaire, rédigea un rapport auquel nous empruntons les lignes suivantes dans lesquelles est discutée la valeur réelle de ce prétendu éva- Moissement.

c Je ne connais pas d'exemple d'une femme s'évanouissant dans les bras d'un ■édecin qui la touche. Cela pourrait arriver si la femme était très malade, proiMulément anémique, ce qui n'était pas ici le cas. D'ailleurs la syncope consiste dus an état de défaillance absolu, marqué par la pâleur, la niollesse du corps, TiHiensibilité ; c'est ainsi qu'on peut dire avec raison que la syncope est l'image de la mort ; dans cet état on ne voit, on n'entend, on ne sent rien...

« Si l'on prend le récit de la femme, on le trouve en contradiction avec toutes les notions de la science et de l'expérience. Une femme évanouie ne sent pa^, éDe n'analyse rien, elle est insensible, comme morte... sentir lorsque l'on est en état de syncope est une contradictioii ; nous ne pouvons admettre un fait aussi antraire à l'histoire naturelle.

■ La dame X... était-elle en catalepsie? Il s'agirait ici d'un cas très rare, exceptionnel, qui tient toujours à une maladie nerveuse constitutionnelle, l'hystérie. Ornne hystérique se reconnaît facilement... Rien de tout cela ne se rencontre chez la pbignante. Et en admettant, par impossible, la catalepsie, cet état d'insensi- UHté absolue et prolongée no lui aurait pas permis de voir, d'entendre, de sentir, ^analyser, de se souvenir comme elle prétend l'avoir fait.

« Resterait cet état indéterminé, vague, mal défini, cette molle langueur où tsmbe une femme amoureuse ; mais c'est là un fait volontaire. Une femme qui se Usserait aller librement à cette manifestation d'un tendre abandon serait mal venue à prétendre ensuite que sa liberté lui a été alors enlevée. Le médecin légiste ne liit paa permettre que de pareilles allégations soient soutenues devant la justice.

« Que penser de cette partie du récit où il est question d'un toucher mystérioox et criminel en un endroit qu'on ne sait dire et qui produit l'évanouisse- MHit ? Nous ne connaissons pas cet organe mystérieux ni ces effets prodigieux iatoacber. S'il s'agit du clitoris, ce récit est empreint d'une exagération ridicule ; cet organe n'a pas de propriétés si extraordinaires, toutes les femmes savent cela et la plaignante fait ici un récit plus romanesque que véridique. »

Lorain termine avec raison en posant cette ({uestion : Quel est le médecin qui peut se dire à Tabri d'une pareille accusation?

c. Jusqu'à présent nous avons cilé des cas dans lesquels la plainte est fondée sur ce fait qu*il y a eu inconscience de la part de la femme, soit parce qu'elle était idiote ou épileptique, soit parce qu'elle alléguait qu'elle était tombée dans un état de demi-évanouissement ou d'évanouissement complet. Il nous reste à étudier les cas dans lesquels la femme prétend qu'elle était en état de

sommeil naturel ou provoqué (anesthésique ou magnétique).

On admet assez volontiers qu'une femme mariée peut être surprise au lit pendant son sommeil par un étranger et que dans son demi-sommeil se croyant en contact avec son mari, inconsciente de la substitution elle puisse être victime d*un étranger, on ne saurait admettre qu'il en soit ainsi pour une vierge. Dans le premier cas il y a non pas inconscience absolue des actes commis mais plutôt erreur sur la personne qui les commet.

Le sommeil artificiel peui être provoqué par les liqueurs akooKques^ par les narcotiques. L'expertise aura pour but d'apprécier le fait luimôme, qui ne pourra être établi que par les témoignages, car au moment de Tintervention médico-légale les traces de ce sommeil artificiel auront disparu depuis longtemps.

Le sommeil anesthésique produit par les inhalations de chloroforme, ou d'éther prête à d'autres considérations. Nous admettons avec Hofmann d'après les expériences de Dolbeau, qu'il est bien difficile à une personne étrangère à l'art médical d'endormir une personne par surprise, sans son acquiescement, et à priori une telle assertion sera tenue pour suspecte. Mais le plus souvent le fait de la chloroformisation est admis par les deux parties, il s'agit d'un médecin ou d'un dentiste qui ne nie pas avoir endormi une jeune fille pour pratiquer une opération. La jeune fille déclare que pendant qu'elle dormait elle a été violée par le médecin. Il est vrai que trop souvent, cette accusation a été reconnue exacte. Mais la jeune fille peut de bonne foi inculper le médecin et celui-ci être absolument innocent. Il faut savoir en efifetjque pendant le sommeil chloroformique les personnes endormies ont souvent des rêves erotiques. Si elles se réveillent pendant la durée de ces rêves, elles restent parfois persuadées, et de bonne foi, qu'un attentat a été commis sur leur personne. Aussi formulerai-je celte règle de conduite absolue, c'est qu'un médecin ne doit jamais procéder à l'anestbésie sans être assisté par un ou plusieurs de ses confrères. Si cette assistance n'était pas réclamée par les dangers réels de l'emploi des anesthésiques pour le malade, elle le serait encore par l'intérêt de la réputation du médecin, qui même déclaré innocent par un jury ne peut jamais faire oublier qu'il a été accusé. Le plus souvent en efifet lorsqu'une telle inculpation a été formulée, comme il o'j a pas de témoin et que la malade et le médecin étaient seuls, la culpabilité ou l'innocence ne peuvent se prouver, et le médecin ne bénéficie que de cette circonstance, insuffisante pour son honneur, que l'accusation n'est pas prouvée.

Il nous reste à décider si une jeune fille peut être violée pendant an sommeil nerveux, hypnotique ou magnétique. Nous rappellerons à ce propos une expertise qui nous est personnelle, et qui tire toute sa Taleur de ce fait que l'inculpé avouait (i) ; nous ferons suivre cet exemple du résumé des travaux de M. Gharcot qui n'ont paru que depuis cette époque. En juillet 1878 nous n'avions pour guide qui', quelques exemples empruntés à la remarquable étude de Tardieu sur les attentats aux mœurs (2), des observations de Devergie, Gorti de Marseille, les mémoires de M. Lasègue, et un article de M. Mathias Duval.

La question était celle-ci, un sommeil nerveux provoqué met-il une femme dans un état tel qu'elle puisse être déflorée sans en avoir conscience ? Devergie et Tardieu résument leurs observations sur les cas publiés en disant : a 11 n'est pas impossible que la volonté soit abolie sous Tinfluence du sommeil magnétique, étant données certaines prédispositions nerveuses et surtout étant réservées toutes les tentatives de simulation si fréquentes chez les hystériques.»

Il reste à dire comment ce sommeil nerveux peut être provoqué, el s'il est possible qu'une jeune fille y tombe sans en avoir consrîence.

M. Lasègue (3) a constaté que parmi les hystériques, il n'était pas rare de pouvoir provoquer par l'occlusion des paupières un état cataleptique, et que toutes ces hystériques, particulièrement celles doaées d'un tempérament indolent ne sont pas affectées de la rigidité-caractéristique des membres, quelques-unes n'ont de la catalepsie que l'état comateux. Nous avons nous-mème souvent répété dcTanl les élèves de l'hôpital ces expériences dont notre maître nous a^ait rendu témoin.

Résumant les conditions dans lesquelles se produit le sommeil nerveux hypnotique, M. Mathias Duval dit (4) : « Ainsi la fixité du regard, la fatigue de la vue, telle est la source de tous les sommeils plus ou moins arlificieilement provoqués. A cette cause essentielle il en faut joindre d'autres accessoires, qui viendront bâter la réus-

(I) Broutrdel, Relation médico-légale de l'affaire Lévy^ dentiste à Rouen {AnnaL d'Hyg, 1879. 3* série, t. I, p. 39).

(3) Ttrdiea, Etude médico-légale sur les attentats aux mœurs, 7* édit., 1878, p. S8 6t tuirantes.

(S) Latègue, De Vaneslhésie et de fataxie hystériques {Àrch» gén, de Méd., 1864, t. in, p. 385). — Des catalepsies partielles et passagères {Arch, gén. de Méd, , IS65, t. VI, p. 385).

(4) M. DuTal, Nouveau dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, U XyJU, 1874, art. Hypnotisme, p. 123.

site, mais qui toutes procèdent de la môme source : la fatigue des sens par leur concentration monotone dans une môme impression. L'enfant est hypnotisé audilivement par les chants monotones d« sa nourrice et par les oscillations régulières de son berceau (impression du sens musculaire?). Il ne faut pas chercher d'autre explication aux différentes pratiques magnétiques et particulièrement aux passes plus ou moins étranges qui sont mises en œuvre. »

Il sera facile, en relisant Tarlicle de M. Lasègue, de voir que la jeune fille que j'ai eu à examinera Rouen appartenait, au moment où j'ai pu l'observer, à l'un des types qu'il a décrits. C'était une hystérique, non convulsive, tombant facilement dans un état de sommeil nerveux.

Voyons maintenant quelles sont les conditions singulières qui ont déterminé M. le président des assises à nous demander notre opinion.

A la tin du mois d'avril, M°^' B..., blanchisseuse à Rouen, âgée d'une quarantaine d'années, accompagnée de sa GUe Berthe,âgée de 20 ans, déposait au parquet de Rouen une plainte contre le dentiste Lévy, qu'elle accusait d'avoir commis le crime de viol sur sa fîlle.

Certains détails fournis par la mère ôtaient à cette plainte toute apparence de vraisemblance. La mère déclarait avoir été présente pendant toute la durée des séances que sa tille avait faites chez ce dentiste, et elle disait n'avoir rien vu, rien soupçonné, pas plus que sa tille, jusqu'au moment oi!i Lévy lui-môme avait instruit celle-ci des actes qu'il avait commis sur sa personne.

Tant de naïveté autorisait quelque scepticisme, mais dès la première confrontation avec l'accusé le doute sur la réalité des actes commis ne fut plus possible. Devant le juge d'instruction Lévy fit cet aveu étonnant :

« Oui, vous étiez pure, vous étiez vierge, vous avez cru dans votre naïveté que ce que je faisais était nécessaire, et vous n'avez pas résisté. Sauvez-moi, sauvez ma femme et mes enfants, dites que je ne vous ai pas violée et je vous donne tout ce que je possède. »

Un fait était donc constant, l'accusé avait eu des rapports avec U tille B.... en présence de sa mère, celle-ci ne se doutant de rien; il restait à déterminer si la fille B... avait consenti à ces rapprochements ou si elle avait subi les approches de Lévy pendant le sommeil, sans en avoir conscience.

Nous renvoyons à notre mémoire pour les détails secondaires.

Dans un premier rapport M. le D' Levesque avait établi qoe

celle jeune fille était déflorée. Dans un second rapport MM. les D" Levesque, Cauchois et Thierry rejetèrent l'hypothèse d'un sommeil anesthésique, et nous fûmes commis pour dire : u Si au moment oè les faits se sont produits, la fille B... se trouvait pour une cause qmleonque dans l'impossibilité d* apprécier ce qui se passait et de donner ion consentement aux actes commis sur sa personne, v

Pour que la fille B. B... se soit trouvée dans l'impossibilité d'apprécier les faits qai te tont passés chez le dentiste Lévy, il faut que pendant ces visites elle ait la moins passagèrement perdu d'une façon complète tous les différents modes de la sensibilité.

Une abolition absolue de toute sensibilité générale ou spéciale est nécessairenaiit temporaire. Elle met l'individu dans un état qui n'a de comparable que le lommeil le plus profond, qui en prend les caractères, et l'un d'eux est précisément d'être un épisode transitoire. L'affirmation de la réalité ou de la probabilité de cet état d'insensibilité est donc difficile, car elle repose sur des conjectures biiea sur un incident morbide très complexe dont personne do scientifiquement compétent n'a été témoin.

Cette perte de sensibilité, disons-nous, est nécessairement temporaire ; en effet, e*Mt dans cette condition de durée limitée que la sensibilité peut être complè- Mment abolie, en dehors des cas de catalepsie spontanée dont il n'est pas question Ml ce moment. Une perte de sensibilité permanente comme celle des hystériques resie toujours incomplète, et par suite ne fournit pas une explication suffisante le l'état inconscient où se serait trouvée la fille Berthe B... Chez les hystériques iti plus profondément atteintes, tous les modes de la sensibilité ne sont pas rimultanément détruits. Ces différents modes de la sensibilité comprennent la senribilité générale de la peau et des muqueuses au contact, à la douleur, à la température, la sensibilité désignée sous le nom de conscience musculaire, plus les leneibilités spéciales, parmi lesquelles nous citons celles de la vue, de l'oule, du lens génésique.

Or, la sensibilité désignée sous le nom de conscience musculaire, du sens de l*ietioa musculaire» indique à l'individu quelle est la position occupée par ses ■eoibres; elle persiste habituellement chez les hystériques, même quand la perte iela sensibilité uctilB est complète. En fait, la fille Berthe B... conservait cette laasibilité, puisqu'elle rapporte elle-même dans quelle position Lévy plaçait ses ■ambres inférieurs. Alors même que le contact à la peau n'aurait pas révélé à la llle B... les actes commis sur sa personne, elle aurait donc gardé la conscience de la poaition et des secousses imprimées à ses membres.

La vue et l'oale auraient de plus complété cette notion en admettant qu'elle soit restée vague, car Jamais l'intégrité de ces sens n'a été mise en doute chez cette ]aene fille.

Enfin, alors même qu'il est établi que chez une femme la sensibilité au contact •t à la douleur est abolie, cette constatation ne fournit pas de données sur la perrfateoee ou la disparition de la sensibilité spéciale des organes génitaux. Un grand aembre de femmes, en pleine possession de leur sensibilité génitale, n'ont aucune oedon des sensations voluptueuses éveillées par le coU ; elles n'en apprécient les leteaqae par les contacts cutanés.

Inversement, des hystériques chez qui la sensibilité générale a disparu, cooser* feot aourent la plénitude de cette tentibllité génitale; qaelqaefoû même son

intensité est exaltée, et les sensations spontanées ou provoquées se traduiseot par des actes de nymphomanie. Eu tout cas, l'intégrité da sens génésiqua peut per* sister isolée comme la vue ou Touie.

Ainsi donc» même s'il était démontré que lorsque la fille B... t'est rendue cha le dentiste Lévy eUe était hystérique, anesthésiqae et analgésique, la Don-abotttioi de tous les autres modes de sensibilité, et notamment de celui de la vae, oe permettrait pas d'admettre qu'elle a pu éveillée assister inconsciente aux actes esomis sur sa personne.

L'abolition absolue de tous les modes de la sensibilité n'existe que dans le sommeil naturel et dans le sommeil morbide ou artificiellement proToqné, et dasi ces deux derniers cas seulement le sommeil est asseï profond pour qae des ses* sations extérieures douloureuses ne le fassent pas cesser.

Mous savons que cette abolition temporaire et absolue peut être proToqnée par l'ingestion ou l'inhalation d'agents anesthésiques. Peut-elle également surveair temporairement et aussi complètement sans administration de médicament 7 Ce sont U deux hypothèses que nous avons k examiner.

Première hypothèse : Abolition de la sensibilité par administratùm d'abêtis anesthésiques, —Nous partageons d*une façon complète l'opinion exposée dansleor rapport par nos confrères MM. les D** Levesque, Thierry, Cauchoia. Rien dans les descriptions recueillies ni dans les réponses que nous ont faites la fille B... et sa mère ne nous autorise à accepter l'hypothèse de l'administration d'ageota anesthésiques, et tout la contredit. Nous n'ajoutons rien aux arguments donnés par nos confrères, et nous n'admettons pas plus qu'eux que cette fille ait été soumise ik l'action d'un agent anesthésiqae.

Seconde hypothèse : La sensibilité a-t-elle pu être absolument et temporairemenl abolie sow l'influence d'un état morbide? — Nous chercherons nos éléments de jugement sur ce point dans l'état de santé actuel do la fille B. . . ; mais nous devoos dès maintenant déclarer que rien ne prouve que ce qui est vrai aujourd'hui ait été également vrai il y a quelques mois, lorsque cette fille s'est confiée aux soiof de Lévy.

Aujourd'hui elle est enceinte de cinq mois, elle semble troublée par les évéoements survenus, et il est probable que son état nerveux est plus profondément atteint qu'il ne l'était à la fin de février ; peut-être même est-il atteint d'une façon différente.

Sous la réserve de ces observations, voici les constatations que Doua avons faites dans notre Tisite du 29 juillet.

La fille B..., âgée de 21 ans, est maigre, pâle, ses lèvres sont décolorées, die a un bruit de souffle doux à la base du cœur ; en un mot, elle est très oettemeot anémique.

Elle semble calme, presque somnolente, dcmi-torpide ; elle est plus prompte à pleurer qu'à s'irriter, et réagit peu sous l'influence des questions qu'on lui pose ; son intelligence parait médiocrement développée, sans que nous puissions jager s'il en a toujours été ainsi ou si cet engourdissement est passager. La mère déclare que sa fille s'endort à tout moment.

Nous ne relevons pas les sensations accusées. par la fille B..«, étouffemeots, cauchemars, spasmes, parce que nous ne pouvons les apprécier que par le dire de la jeune fille. D'ailleurs, ses réponses sont si peu précises qu'il faut les considérer comme sans valeur. Il semble toutefois qu'elle n'ait jamaia eu de grandes attaques hystériques à forme convulsive ; leur explosion aurait sinon frappé si mémoire, du moina celle de sa mère.

LE YIOL. 703

iM sensibilité ^nérale présente les modifications suivantes : diminution ou aboon de la sensibilité à la douleur (analgésie), consenration de la sensibilité au itMi et à la température (pas d^anestliésie), conservation du sens de Tactifité aoilaire (conscience de la position des membres), intégrité de la vue et de lie, sensation douloureuse lorsque l'on pratique le toucher vaginal (conservation b sensibilité à la douleur et au contact de ces parties). ;n réaomé, la flUe Berthe B... est actuellement une anémique, et ses manireséos hystériques la placent plutôt dans la classe des hystériques à forme dépresi qoe dans celle des hystériques excitables, mobiles, spasmodiques ou consivea.

ffooa avons soumis cette Jeune fille h une autre épreuve, nous lui avons fermé paupières, et presque immédiatement nous avons senti les globes oculaires lia de petits mouvements convulsifs, portés en haut et en dedans, dans un stra- ■a convergent. La tète s'est renversée sur le dossier du fauteuil, les mains 1 étaient croisées sont tombées mollement le long des deux côtés du corps, la ^ration est devenue un peu pénible, les parois de la poitrine se sont soulevées lantage, et dans un espace de temps qui n*a pas dépassé une minute cette Jeune I iTast endormie. Nous l'avons légèrement secouée alors : les pupilles rétré- I aa sont dilatées largement, comme lorsque quelqu'un sort brusquement du Hsail natorel, et elle est rentrée de suite sans transition en possession de son Mgence.

ina avons deux fois répété cette épreuve, qui nous a donné des résultats aUques ; mais nous n'avons pas voulu prolonger une expérience qui, dans l'état froaaease de cette Jeune fille, n'aurait peut-être pas été sans inconvénient, lest donc possible actuellement de provoquer de la façon la plus simple et la • Cidle on sommeil artificiel chez la fille B..., sans employer aucun agent anesriqoe. Mais, Je le répète, ce fait, incontestable en ce moment, ne prouve que tr la moment actuel.

a procédé par lequel nous avons réussi à endormir la Jeune B... est celui de pficalion des doigts sur les paupières. Rien ne porte & penser que ce procédé été employé par Lévy ; mais on sait que chez les personnes qui subissent si ce sommeil hypnotique, il suffit pour le faire naître d'employer moyens, de faire regarder à un sujet prédisposé par son état nerveux alliez quelconque un peu brillant placé à 15 ou 30 centimètres au-dessus des %f oa môme encore de forcer les yeux à se diriger en haut sans point de mire laat, regardant un objet imaginaire.

a Cait essentiel pour obtenir le sommeil hypnotique est de déterminer la é du regard en haut, et d'amener la fatigue de la vue. A cette cause essenla il faut en Joindre d'autres accessoires qui hAtent la réussite, telle que la |aa daa sens par leur concentration monotone dans une même impression. iaa que dans la majorité des cas le sommeil hypnotique ait été provoqué chez paraonnes prédisposées par un état nerveux plus ou moins évident, cependant faaanies ne sont pas seules & pouvoir le subir. Azam, Broca, Velpcau, Demarf at nons-mème, avons vu des hommes plongés dans le sommeil hypnola.

ijantona qoe, après quelques séances d'hypnotisation, les sujets contractent I fiKlUté singulière à retomber dans le sommeil nerveux. M parte de tous les modes de sensibilité n'est pis liée d'une façon absolue à fpoadaation ; quelques personnes ont, au contraire, une exaltation des sens et fai aanaibilité générale, mais le plus souvent cette perte est complète. Cloquât,

Azam, Broct, Gaérineau (de Poitiera), Velpeao, alors que J'étais son interne, Mt fait pendant le sommeil hypnotique les opérations chirurgicales les plus doolasreuses : ouTerture d'un abcès de la marge de Tanna, ablatioa da sein, de la cuisse, sans que l'opéré ait senti la moindre douleur.

Ces faits, incontestables dans leur réalité, peuTent-ils a'appUqner sa culier? Nenreuse, impressionnée, placée par Léry dans une position telle ^ coucUéo, les mains relevant la lèvre supérieure et bouchent eo même temps In narines, empêchaient la vue de se diriger vers les parties inférieures et oblige«al les globes oculaires à se porter en haut, la demoiselle B..., pendant aes viâl chez Lévy, est-elle tombée dans le sommeil hjrpnotique 7

C'est là une question à laquelle il m'est absolument impossible de Mais j'ai cru devoir rappeler les faits de sommeil nerveux et décrire leurs i tères, parce qu'ils démontrent, en thèse générale, que des femmes, le plus mt vent hystériques, et même des hommes ont pu être plongés dans un aoaai hypnotique pendant lequel ils n'avaient aucune conscience des actes CDOOiis m leur personne.

Conclusion. On peut, à titre d'hypothèse, se demander si, au momeot oàii sont produits les faits dont est inculpé le dentiste Lévy, la fille Berthe B... os t'A pas trouvée plongée dans un état de sommeil nerveui, et par suite dans HapMsibilité de connaître ce qui se passait et de donner son consentement aux commis sur sa personne. Mais, en l'absence de tout témoin capable d'i scientifiquement les caractères d'un fait aussi complexe et qui ne laiaae trace, il est impossible d'affirmer que cet état de sommeil ait existé.

Telles sont les seules conclusions qui nous ont paru légitimes. Noussomisaicvtain qu'au moment de notre examen cette Jeune fille tombait avec une eitrlM facilité dans un état de sommeil nerveux. Toute crainte de simulation se trooni écartée par les mouvements de la pupille au moment du réveil. D'abord contnctéi comme dans le sommeil, elle se dilatait ensuite de telle façon que l'iris disparâisait presque et se contractait ensuite de nouveau.

Mais rien ne nous prouve que cet état nerveux ait précédé la grossesse, et qrï suffise à rendre compte des faits qui se sont accomplis chex le dentiste Léfj.

Les aveux de Tinculpé et d'autres circonstances extra-médicales du procès lé* terminèrent la conviction des jurés, et Lévy fut condamné à dix ans de réclanfla Il ne se pourvut pas en cassation.

M. le 0*^ Cauchois a bien voulu me donner quelques renseignements conpiémentaires sur la fille Berthe B... Celle-ci est accouchée à sept mois d'an eofint mort-né dont l'âge coïncidait avec l'époque des premières visites faites an to*tiste Lévy. M. le 0' Cauchois termine sa lettre par cette phrase : « Je vottsafirflt qu'on peut tenir Berthe B... pour une hystérique véritable, et au point ds voa^ l'intelligence pour une minus habens. »

Nous arrivons donc aux conclusions déjà foraiulées par BIM. Devergie et Tardieu; toutes réserves faites sur les possibilités <k simulation, cet exemple doit être joint à ceux qui les avaient portés à admettre qu'une iille peut être violée pendant que sa volooléesl abolie par un état de sommeil nerveux ou hypnotique.

Noos a?0D8 tenu à rapporter celle observation a?aDt de parler des recherches de M. Gharcot. Aujourd'hui en effet, grâce à ces IrtTaax, nous possédons d'autres moyens d'expertise el l'analyse f ae DOU8 ayons faite de l'état de Berlhe B. serait considérée à juste tilre comme insuffisante.

Voyons quelles sont les parties des obser?ations de M. Gharcot atiUsables en médecine légale. Nous avons dit que la question Cipttale était de distinguer la simulation de la réalité, et nous ajoutODS de pouvoir faire ce diagnostic à l'aide de signes assez nets pour que l'expert ait une conviction ferme et les moyens de la bire partager aux autres.

Quelles sont les personnes capables de subir un sommeil nerveux et quels sont les signes de ce sommeil? Telle est la première question à résoudre.

Les femmes atteintes d'hystéro-épilepsie ou, pour parler plus médicalement, les hystériques chez lesquelles les phénomènes de la grande attaque sont portés à leur summum, sont les plus exposées i tomber sous des influences diverses dans Vétat cataleptique el Vétat léthargique.

Nous reproduisons m extenso deux exemples empruntés à la thèse de M. Paul Richer (1), d'après les conférences de M. Gharcot faites à la Salpêtrière en 1878.

Prtmiért observation. — Influence de ta lumière sur la production de ta catalepsie et du somnambulisme hystéiHgues.

%• La malade est placée devant un Tif foyer lumineux (lampe Bourbouxe, lude Drommond, lumière électrique) qu'on la prie de fixer du regard. Au d'un temps généralement court (quelques secondes à plusieurs minutes) et pMfnli d'une façon instantanée, survient Vétat cataleptique, La malade est comme

(I) D' Paul Richer, Tlièse inaugurale, Paris, 1879, p. 125.

Consultes également les leçons de M. Gharcot parues dans le Progrès médical, Ekt troubles de la vision chez les hystériques {Prog, méd.t 1878, p. 37). ~ Amèipa^ ches Us hystériques {Prog, méd,, 1 878, p. 65, 86). ~ De la chorée rhythmiqm hystérique (Prog, méd.^ 1878, p. 93, 113). De Vinfluence des lésions trauma- Hfuei eur le développement des phénomènes d'hystérie locale [Prog. méd,y 187t, ^ aas). — Sur un nouveau procédé de métalluthérapie externe [Prog. méd,, 1878, p» &7a). ^De la grande hystérie, 1878, p. 580. — Sur Faction physiologique de tmbmmU et des solénoides, 1878, p. 617. — Contracture hystérique du poignet gaudhr, etc., 1878, p. 679, 703, 745. — Catalepsie et somnambulisme hystériques frmofués {Prog. méd., 1878, p. 973, et Prog. méd., 1879, p. 20). — Description ée Im grande attaque hystérique {Prog. méd.^ 1879, p. 17). — Cécité hystérique, mHmlhthtretpie et électricité, par DuJsrdia-BeaumeU (Prog. méd., 1879, p. SI1).

BofnuRii. ^

fascinée, immobile, Toeil grand ouvert» fixé sur la lumière, la conjonctlTO in]ec:ét et humide. L'anesthésie est complète. Si la malade était hémiaoesthétiqae, dis devient anesthésique totale. Elle n*est point contracturée, et tons sea membm ont la souplesse de l'état normal ou èi peu près (quelquefoia ils sontle siège d'an certaine raideur) ; mais ils ont acquis cette propriété singulière de conaerrer Fittitude qu'on leur imprime. G*est bien là ce que tous les aateura ont décrit sous it nom de catalepsie. Et la malade peut garder pendant longtemps des poses qa*dle aurait même peine à prendre quand elle n'est point dana cet état. Toute comiinnication de la malade avec le monde extérieur semble interdite, et elle nedsoat aucun signe d'intelligence aux diverses interpellations qu'on peut loi adresier. Une particularité fort intéressante est Tinfluence du geste sur la physionomie. Les traits reflètent l'expression du geste. Une attitude tragique imprime un air darl la physionomie, le sourcil se contracte. Et si Ton approche les deux mains de li bouche, comme dans l'acte d'envoyer un baiser, le sourire apparaît immédiatement aux lèvres. C'est là un exemple de ce que, dans le langage de Braid, oo ip* pelle le phénomène de la suggestion. Cet état do catalepsie dure auaai loogtenps que l'agent qui l'a provoqué, la lumière, continue à impressionner la rétine.

2* Si la lumière disparaît subitement, ou si l'on empêche le rayon lumineux dt parvenir à l'œil de la malade en interposant un écran, ou simplement en baissait ses paupières supérieures avec la main, la catalepsie fait place à un noovel état qui en diffère essentiellement et qui répond à ce que l'on a désigné aoua les nocss de somnambulisme, soroniation provoquée, de sommeil nerveux, sommeil nagoétique, etc... Le mot sommeil est peut-être assez improprement employé id, car nous verrons que cet état spécial diffère par bien des caractères du véritable sooimeil. M. Charcot préfère le désigner, en attendant mieux, aous le nom de léthargie.

La léthargie hystérique, dans ce cas particulier, débute brusquement aiec la cessation de l'impression lumineuse : 'si elle était debout, la malade tombe à la renverse, la tète rejetée en arrière, le cou saillant.

Les yeux se ferment, et une inspiration sifflante se fait entendre, accompagné* de quelques mouvements bruyants de déglutition. Ces derniers signes et lachota en arrière rappellent. Jusqu'à un certain point, les débuts de l'attaque hjstéroépileptique; mais la ressemblance s'arrête là, car les membres et tout le corps, loin de présenter la tétanisation de la période épileptoide, aont le plus souveot dans la résolution la plus complète.

Un phénomène musculaire fort remarquable se développe immédiatement. Cest ce que M. Charcot désigne sous le nom d^hyperexdtabilité muscuiairt : il solfit d'exciter mécaniquement un muscle au travers de la peau^ aoit en pressant, soit en frottant, même légèrement, pour provoquer sa contraction, à la façon de ce qui a lieu quand on pratique l'électrisation localisée. La contraction du masdt, sur les membres, persiste après l'excitation, pour peu que celle-ci aoit on pea forte et un peu prolongée, et se transforme facilement en contractioo permanente; l'excitation d'un nerf provoque la contraction des muacles qu'il innene. Ainsi, il suffit d'une légère pression faite en avant du lobule de l'oreille, an point où émerge le facial, pour amener la contraction des muscles du même côté de la face; chaque muscle de la face, touché isolément, se contracte isolément ; nne légère friction sur le sterno-mastoldien fait tourner la tête aulvant l'action coaous de ce muscle, c'est-à-dire que la face est dirigée du cêté opposé au mnscle cxdié. L'excitation de l'antagoniste, c'est-à-dire du sterno-maatoidien de l'antre e6tf, ramène la tête dans la situation droite et, si l'on insiste, la tourne infertemeot Sar

on br*s Texcitation des flécliisseurs amène la contractare du membre dans la teiioii» qai cesae par rexcitation des extenseara, et inTeraement. En résumé^ looa les muscles sont susceptibles de se contracter ainsi ; et suivant la durée et llntansité de l'excitation, on obtient & volonté une contraction ou une contractare.

Il existe à ce sujet une petite difTérence entre les mnscles de la face et ceux des nembrea. A la face on provoque très facilement la contraction des muscles, mais dlIBcileipent la contracture. 11 faut insister, et encore ne réussit-on pas cbes tooiea les malades. Chez Wit...., par exemple, on arrive facilement & contracturer les muscles de la face de façon à imprimer à la physionomie telle expression gri- ■açante qui persiste.

La résolution n'est pas toujours complète chez B...., par exemple, souvent la têle cooaerve un léger degré de catalepsie. La malade étant assise, le dos renversé sur une chaise, la tète ne retombe pas complètement Inerte, elle se maintiaot à demi renversée ; et si on la tourne & gauche ou à droite, si on la penche ■o arrière ou en avant, elle conserve la position qu*on vient de lui donner. Par cootre, lea membres sont le plus souvent dans la résolution la plus complète.

A cet différents signes se joignent, pour caractériser la létliargie hystérique provoquée, un frémissement consunt de la paupière supérieure, la convulsion des globes oculaires dans diverses directions, et la persistance de l'anesthésie totale tt absolue*

Tel est ce qu*on pourrait appeler le carus hystérique, ou première phase de la iécbargie provoquée.

Mais la malade, jusque-là inerte, peut, sous Tinfluence de certaines excitations, totrer dans une seconde phase qui se rapproche davantage du somnambulisme. U on rappelle un peu vivement, elle se lève et se dirige, les yeux toujours fermés, lers l*int6rpellateur. On peut la faire écrire, coudre, etc. Elle exécute tous ces MIreDtt actes, les yetix fermés, à peu près avec autant de précision qoe dans fétat de teille. Le sens mosculalre» sniTant la remarque de M. Axam, semble remit Tue. Elle répond parfois aux questions qu'on lui pose avec plus de préqu'elle oe le saurait faire dans son état normal ; il semble que l'intelli* soit plus excitée.

Ptodmnt cette seconde phase de la somniation provoquée, les phénomènes mustaÊÊÊnê de la première phase persistent an même degré (hyperexcltabllité muscu- Irira* frémissement des paupières, etc.)*

Pour faire sortir la malade do cet état, comme de l'état cataleptique, il suffit de lid ■OoilUr sur le visage ou de comprimer les ovaires. Au moment où elle rerient à «Oe, la malade est prise d'un spasme pharyngien qui amène un peu d'écume ses lèvres, témoignant ainsi do la connexitë qui existe entre ces dlff<}ranta •t l'attaque conmlsiYe vraie. Dans aucun cas nous ne l'avons vue conserver la aiMnrenir de ce qui s'est passé pendant ce sommeil.

Ea résumé, on voit que les deux états que nous venons d'étudier sont ainsi caractériaét :

1* Êiûi cataleptique. ^ L'œil est grand ouvert ; anesthésie totale et absolue ; apdea membres et des diverses parties du corps à conserver la situation qu'on imprime ; peu ou point de rigidité musculaire ; impossibilité de laire contracte le muacle par excitation mécanique.

S* Etat léthargique, — Les yeux sont fermes ou demi-clos : frémissement perdalaol de la paupière supérieure; convulsion des globes oculaires; anesthésie mâm ai abaolue; hyperexcltabllité musculaire t lea membres dans la résolution

70S ATTBiNTATS AUX MŒORS ET A LA raOKOl.

ne coDtenrent plus la dtoatkm qu'on leur doaiie, oa aefcow do edlo foo pool leir imprimer le contracture proroqoée s eenct o» lemwtfiT (première phase)» mmMm- HUittne (deuxième phaee).

Deuxième observation, — Hémiiétharffie et kimkmttilepsie exiatemi ntmâteaimm

ehei le mém^ sujet»

Nous aTODi TU, dans robserratkMi précédante, la cttalepiie piodnili per Tfmpression lomioense et solfie de la léthargie par la soppreeeloo liwqes 4e b lumière. Le retour de la lumière ramèoe la catalepsie, il safit de seôlsfcr lu paupières de la malade léthargique pour fsire reveoir te«s les ligMs èi réM cataleptique. Dans ce cas la catalepsie el la léthargie se succèdent tov à tser ■ gré de robsenrateor, sui?ant qu*il maintient oorerts ou fermés les jeox ds h malade.

Cette expérience peut être Tariée de la façon suiraiite. Soppoeoos la Bslaéi plongée dans Tétat cataleptique sous nnflueoce d'une vife lumière. Nom fémosi afec la main un seul de ses yeux, l'œil droit par exemple,'et ausaitfti elle èifiMt léthargique du côté droit seulement, pendant qu'elle demeure cataleptiqae ds côté gauche. C'est-à-dire que les membres et la fÎMe du eMé droit sont dasi h résolution et Jouissent seuls de IHiyperexcitabîlité musculaire caractéristique éi la léthargie, pendant que les membres du côté gauche seulement ont la prof riéié de cousenrer les attitudes qu'on leur communique.

La malade est à la fois, on peut le dire, hémiiéthargique et hémlcataleptifBe. L'hémiléthargie ou l'hémicatalepsie peut IndiUéremment occuper Fun on Tastie côté du corps.

Parmi les signes notés dans ces deux obsenrations, ceux quipeareot écarter toute idée de simulation sont la permanence des attitudes les plus fatigantes dans la catalepsie, — Texcitabilité d'un muscle par le frottement avec la spécialité de Tattitude du membre, résultant de l'action connue de ce muscle (exemple: excitation du muscle sterno-mastoîdien) dans l'état léthargique. La possibilité de placer la malade dans un état tel que la moitié du corps soit en léthargie et l'autre en catalepsie.

La catalepsie peut être provoquée par l'excitation d'un foyer lumineux, par des vibrations sonores (Diapason ou bruit du gong chinois) ; elle peut être provoquée également par l'influence du regard, dans ce dernier cas la léthargie semble débuter ou du moins n*être précédée que par un état cataleptique peu accusé. La pression des globes oculaires (Procédé de M. Lasègue) aurait les mêmes résultats.

L'eiamen du sens de la vue fournit des éléments capables de faire discerner la simulation. M. Briquet avait déjà signalé la fréquence des troubles visuels chez les hystériques. Depuis, M. Galezowski a constaté que les hystériques voient mal les couleurs, et

qae l'œil de ces malades, parliculièrement du côté où Ton observe de raoesthésie, est achromatopsique ou dyschromatapsique;i\ a perdu la faculté de distinguer une ou plusieurs couleurs.

A ces Dotions M. Cbarcot a ajouté les remarques suivantes (i) : ■ On sait que, dans l'état normal, les diiférentes parties du champ ▼isuel rétinien ne sont pas également aptes à percevoir les couleurs. M. Landolt a prouvé récemment que le violet est perçu par les parties centrales de la rétine et que les autres couleurs sont réparties, autour de ce cercle central, dans des zones concentriques d'Inégale largeur, et disposées de dehors en dedans, dans Tordre saivani : bleu, jaune, orangé, rouge, vert, violet (au centre). Or, chez les hystériques amblyopiques, le champ visuel est rétréci, et Q est rétréci surtout du côté où Ton constate Tanesthésie. Ce fait, remarqué par M. Landolt, permet de comprendre le mécanisme de la disparition des couleurs. Le champ visuel diminuant de plus en plas, la couleur centrale, le violet, finira par disparaître ; si cette diminution continue, le vert disparaîtra à son tour, et ainsi de suite |iisqa*att bleu qui pourra disparaître également. Les amblyopiques peuvent perdre ainsi la notion d'une ou plusieurs couleurs, et, dans un degré avancé de la maladie, toutes les couleurs cesseront d'exister pour eux; ils verront tous les objets en teinte grisaille ou sépia.

« Chez quelques malades, la sensation du rouge persiste, alors que la notion du jaune et du bleu s'est éteinte.

« Lorsque la guérison de l'hystérie a lieu, les achromatopsiques recouvrent la notion des couleurs dans l'ordre inverse de celui de leur disparition.

« L'influence de la métalloscopie sur l'achromatopsiè n'est pas moins intéressante. L'application des plaques métalliques de M. Burq, sur les régions anesthésiées, fait reparaître les couleurs absentes, dans Tordre inverse de leur disparition, en même temps qu'elle rappelle la sensibilité. Lorsqu'on cesse d'appliquer ces jaques, les troubles de la sensibilité et Tachromatopsie ne tardent pas à revenir. »

Ainsi dans Tachromatopsie hystérique rien ne marche au hasard. Les couleurs se perdent et se recouvrent dans un ordre déterminé ; la simulation arriverait difficilement à prévoir les diverses expériences de contrôle pratiquées à l'aide de l'aimant et des plaques métalliques. Un caractère important sépare Tachromatopsique hys-

(OOmtooI» 8oe. de fiio^^ie, léaaca do 19 jinTler 1S7S. Gat, méd» 1STS, p. SS.

710 ATTENTATS AUX HŒUR5 ST A LA PODBUB.

térique de l'achromatopsique de Qaissaace, du dalloDiste. Ghex l'hjstériqae une couleur manquant n'est pas remplacée par une aalre couleur, elle Toit gris. Chez le daltoniate la couleur non perçue est presque toujours le rouge et elle est remplacée par le vert ou do moins le daKoniste cooroad ces deux couleurs, il ne voit pas gris.

Pig. 39. — Acbromitoptie hyitérique. Scbém» indiquant l'ordre det mi« <h percepUon des divenes couJenn. En rétUM ui lonei devraient fitre dlotfik largeur. (Voyei Landolt, ProgrH médical, IB77.)

Violei Vert

Orsngâ

Bleu Qnelqucroia le rouge disparaît le dernier.

Bien

Vert Violet Quelqnefoia le roigc revient le premier.

Nous ne saunons dans celte élude médico-légale prolonger celle description et analyser tous les possibles. Nous renvoyons pour plus de détails aux études de M. Cbarcol; en présence d'une» particulier l'expert devra se reporter aux exemples insérés dans se> leçons (1). Il faiitsesouvenirquesileshysléroépileptiques nous oui servi de lype, divers phénomènes, la catalepsie, le somnambulisot. ne leur appartiennent pas exclusivement. On en rencontre des minirestations rares, il est vrai, mais très réelles, chez des teauntt peu hystériques, chez des hommes et particulièrement chei if jeunes gens. Ce résumé surQra, nous l'espérons pour montrer lui

(1) Cbireot, Le Pi-ogrét nUdieal.

médecins que Tinconscience peut être complète et inroquée à juste titre dans certains cas, mais que ces accidents ne se groupent pas au hasardy qu'ils ont une physionomie, une marche particulière et qu*un médecin expert est maintenant armé de moyens assez puissants pour déjouer de grossières simulations.

S s. — VIOL SDR UNE JEUNE FILI.B DE HOKNS DE QUATORZE A!fS (1).

Hoffmann a présenté, sur le viol commis sur des jeunes filles de moins de i4 anSy des considérations tout à fait applicables en France au viol commis sur des jeunes filles de moins de 13 ans. Nous croyons que le jeune médecin exposé h faire des expertises ne lira pas sans intérêt les détails statistiques suivants; ils lui donneront une idée des conditions dans lesquelles se présentent ces affaires médico-légales.

Fréquence des attentats à la pudeur en France. — Tous les comptes rendus de la justice criminelle en France signalent depuis cinquante ans une augmentation déplorable dans le nombre des attentats à la pudeur commis sur les enfants. Il est certain que cette progression continuelle et dont on pourra apprécier la gravité par les chiffres que nous fournirons tout à l'heure, estappréciée par les rapporteurs d'une façon qui en indique réellement la marche» cependant il faut signaler plusieurs causes d'erreurs.

Donnons d'abord quelques chiffres. Le nombre des accusations pour viols ou attentats à la pudeur sur des enfants âgés de moins de 16 ans était, de 1826 à 1830, de 136, année moyenne, -^ de 1846 à 1850 il est déjà de 420, — de 1861 à 1865 il est de 751 et il semble depuis lors se maintenir sans grande variation.

Mais nous devons faire remarquer que de 1826 à 1879, Tarticle 331 du Code pénal a été deux fois modifié. Avant le 28 avril 1832, cet article était ainsi conçu : a Quiconque aura commis le crime de viol ou sera coupable de tout autre attentat à la pudeur consommé ou tenté avec violence contre des individus de l'un ou l'autre sexe, sera puni de la réclusion. » On remarquera que dans cet article l'âge n'est pas spéciQé, l'âge ne l'est que dans l'article 332, et on le fixe à 15 ans, et de plus il faut, pour qu'il y ait crime, une violence.

La loi du 28 avril 1832 remplace ainsi cet article 331 : « Tout allentât à la pudeur, consommé ou tenté sans violence sur la personne d'un enfant de l'un ou l'autre sexe âgé de moins de onze

(1) Voyei p. 93.

ani, etc. a Pour qu'il y ait crime, la violence n'est plat nfeesMin d l'ige est spécifié, mais fixé très bas, h onze ans. Oa conçoit que lei attentats à la pudeur commis sans violence qai n'étaient pu atteints par l'ancienne loi, soient venus grossir le chiffre de li statistique criminelle, alors rnSme que les actes criminels n'annint pas beaucoup augmenté de nombre.

Fig. 10. — Vicis ou attenUti 1 li pudeur.

Tableau indiquint l« Tréiiiieiica des tIoIb et des ittenuu i la padenr, !> s quinquennaloi.

I8il Jt

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