C. — Plaks
Aux caractères des plaies contuses indiqués par Hofmann, no6$ n'ajouterons qu'une remarque. C'est que s'il est assez souvent diScile de déterminer par la forme des lésions des parties molles, qa<' était l'instrument qui a porté le coup, parfois les os ont gardé l'eDpreinte exacte de cet instrument. Dans rexperlîse faite à l'ocdsion de l'assassinat de la vendeuse de jotirtiaux de la méFoalui'' nous avons trouvé dans le frontal une dépression ossèu^ie qui eoitçidait absolument avec la partie en languette d'un marteau detipissier. L'assassin avait frappé en tenant le marteau, ainsi qu^
(1) Voyex p. 184.
00 le faisons poar fracturer le crâne dans les autopsies que nous iliquons dans les hôpitaux»
Quelques os touchent la peau par une crête saillante, ce rapport plique comment par leur crête ils peuvent diviser la peau comme ferait un instrument tranchant. Ainsi les bords supérieur et rérieur de Torbite peuvent rencontrer dans une chute un corps ID, ces bords saillants déterminent alors une rupture de la peau rallèle à leur contour osseux.
Cette circonstance doit toujotirs être présente à Tesprit de l'expert li pourrait être exposé h attribuer au corps contondant une forme écialCy qui appartient en réalité à la configuration de Tos luiême, agissant comme un instrument coupant.
D. — Ruptures des organes internes (4).
§ 2. — PLAIES PAR INSTRUMENTS TnAISCHANTS.
Les caractères des plaies par instrument tranchant, leur forme,
1 leurs dimensions sont déterminés par deux circonstances : l'état elaxité ou de tension des parties molles divisées, et la nature de instrument tranchant.
Lorsque la peau est lâche, lorsqu'elle forme des plis comme sur I cou d'un vieillard, le rasoir le mieux afûlé fait des sections muliples et coupe la peau comme il diviserait les différents feuillets 'on mouchoir mal plié.
Dans les instruments tranchants on peut distinguer deux types rincipaux. Walter Scott, dans un de ses romans, suppose une renantre entre Richard Cœur-de-Lion et Saladin sous les murs de lolemaTs. Le premier abat de aa lourde épée à deux mains la Me d'un taureau, Saladin lance en l'air un coussin de duvet, le relii sur son cimeterre et le divise en deux. Dans ce récit fantaisiste, m «etrouve les caractères du rasoir et du sabre, ce dernier par es effets se rapproche beaucoup de l'instrument contondant. Yardieu rapporte des exemples de plaies faites par des ciseaux. m eeeliOD est alors double, forme un lambeau triangulaire àsom- Ml mousse.
Cerlaîoes mutilations indiquent que la désarticulation a été faite 4iDe main exercée. Il en fut ainsi dans Taffaire Lebiez et Barré.
(I) ?oyei p. 186. On trouvera de nombreux exemples de ces lésions dins MieOy Étud9 médico-légale sur les bletturet, Paris, 1879. AccitUnls de chemins tt ^r, p. 301 et p. 870.
756 LES ATTENTATS GONTRB LA SANT& BT LA VIB.
L'un d'eux, étadiant en médecine, avait désarticalé les membrei de sa victime avec une précision technique.
§ 3. — PUIBS PAR INSTaOHERTS PIQUANTS (1).
Ainsi que le dit Hofmann la forme de Tinstruaient piquant ne ii trouve que très rarement caraclérisée par roriflce cutané. Hibii une aponévrose, une séreuse, une artère a été perforée, on recueillera des indications plus précieuses. Dans tous les cas l'expert prévenu d'une erreur possible fera bien de se tenir dans ses coudasionssur une grande réserve, il ne devra que rarement aller au ddk d'une probabilité. Telle plaie a pu êlre faite par tel înstromeot, tels sont les termes, presque constants, dans lesquels la prudence l'obligera à se maintenir.
$ 4. — PLAIES PAB ABMBS A PBU (t).
Deux règles principales dominent suivant nous la conduite da médecin légiste lorsqu'il est chargé d'une instruction dans des cas de plaies par armes à feu. 1« Il doit considérer toutes les expériences faites antérieurement pour déterminer la distance à laquelle lu coup a été tiré comme non avenues. Ces expériences peuvent lui servir de guide, mais elles ne valent que pour Tarme et pour les cartouches, avec lesquelles les épreuves ont été faites. Sans entrer dans des détails précis sur les diverses cartouches à déflagration postérieure ou à déflagration centrale, pour bien faire comprendre b valeur de cette recommandation, nous citons le fait suivant. Lorsque des cartouches identiques d'ailleurs ont été fabriquées depuis un temps un peu long, leur mode d'action, sous le rapport de la coloration de la peau et du tatouage, n'est plus le même que lorsque les cartouches ont été récemment chargées. Sous l'influence du temps et surtout de l'humidité, mais môme en dehors de cette dernière condition, les grains de poudre après un contact prolongé finissent par s'agréger les uns aux autres, ils ne brûlent plus es totalité et forment des projectiles. On peut dire que plus une cvtouche est ancienne, plus le tatouage produit par sa déflagratioc sera prononcé sur une surface maintenue à une même dislance. L'expert devra donc autant que possible refaire les expériences arec l'arme qui a produit la blessure, avec des cartouches prises paroi celles où le meurtrier avait choisi celles dont il s'est servi. Si
(1) Voyez p. 193.
(2) Voyeip. \W. * ' V ' ■? •
celte condition ne peut pas être remplie, l'expert doit signaler dans son rapport cette cause d'erreur et déclarer que les résultats obtenus arec d'autres cartouches ne donnent que des résultats approximatifs. 2* La seconde règle est celle-ci. Le médecin doit prier le juge d'instruction de lui adjoindre pour ces expériences un armurier, un officier d'artillerie ou quelque chasseur dont la réputation soit établie dans la contrée. Cette précaution est indispensable d'abord parce que pour la fabrication et les résultats obtenus par la déflagration des armes et de telle ou telle variété de poudre ou de cartOQches, ces experts spéciaux peuvent être de très utiles conseillers et de plus parce que le médecin n'a pas autorité admise, indiscutable en ces matières. Si l'expert n'est pas assisté par un spécialiste, on des membres du jury possédera ou croira posséder des connaissances plus précises que celles du médecia, et en assises, la discussion aura lieu entre le juré et le médecin avec une infériorité de position évidente pour celui-ci.
Les caractères assignés par Hofmann aux blessures par armes à fen ont un degré de précision qui témoigne de la longue expérience médico-légale de l'auteur. Nous ajouterons simplement quelques détails à ceux qu'il a exposés.
Dans les plaies à bout louchant, il s'agit presque toujours d'un suicide, et parfois on soupçonne une simulation de suicide parce que quand le canon est appliqué avec force sur la peau, le projectile peut tomber inerte, aux pieds de la victime, sans avoir déterminé de plaie au point touché. La colonne d'air contenue dans le canon est comprimée entre le projectile et la peau, son élasticité s'oppose à la sortie du projectile, amortit sa puissance et la balle sort sans force de l'arme. Mais ce résultat entraîne parfois d'autres conséquences. On sait avec quelle facilité éclate un fusil lorsqu'il plonge dans l'eau par son extrémité, ou lorsqu'une couche de terre oblitère sa lumière. Dans le tir à bout touchant l'éclatement est également très fréquent pour la même cause. Les gaz développés parla déflagration de la poudre ne trouvant pas d'issue soumettent les parois du canon à une pression que celles-ci ne peuvent supporter. Une circonstance spéciale multiplie les accidents de cet ordre. Souvent pour commettre un homicide ou pour se suicider les individus se servent d'armes anciennes, mal entretenues, et craignant de ne pas réussir dans leur projet ils doublent la charge de poudre; l'arme éclate et ses débris font en différentes régions et surtout aux mains des blessures nombreuses. L'éclatement de l'arme a donc lieu par des causes multiples dont nous venons d'indiquer les prin-
758 LES ATTENTATS GONTBB LA SANTÉ BT LA YIK.
cipales, contact du canon et de là peau, arme en mauvais étal, surcroît de la charge de poudre.
Dans les plaies d petUe distance ou mieux appelées à MUe-pourpaùii, la brûlure flambe les cheveux, les poils, rouasil les ▼êtements de laine, enflamme la toile, mais à quelle distance oes difiéreaU effets peuvent^ils se produire? Cette question s'est socvettl posée, isaus trouver plus que les conditions de production da laftecagaune formule déflnie. En réalité quand Tinflammation des vèlemenls li* suite de la combustion de la poudre et non d'un conlact avec m» bourre enflammée, il semble que cette inflammation n'est possible qu'à très courte distance. G*est une femme qui se suicide en plaçant le bout du canon d'un fusil sous le menton et qui enflamme k fichu qui entoure son cou. C'est une autre femme qui place le fusil dans la même position, mais qui a pris un vieux fusil à pierre et la poudre contenue dans la tabatière met le feu à son tablier. 11 a'esi pas impossible d'ailleurs que lorsqu'un fusil fait long feu, parce qu'il a été chargé avec de la poudre éventée, le feu ne se commonique à une distance assez grande. Les gaz sortent alors pendant un temps assez prolongé du canon de fusil, et sont lancés assez j loin pour que leur incandescence ait permis dans l'obscurité de distinguer les traits d*un assassin.
On ne peut donc à priori, et sans expériences préalables, dire si un coup de feu tiré à telle distance a pu mettre le feu à un vêtement, Tarme et la poudre doivent servir à des expériences spéciales pour résoudre la question dans chaque cas particulier.
Dans le tir à longue distance une circonstance spéciale doit èlre connue des experts. Lorsque Ton mesure les dimensions des déchirures des vêtements et des plaies cutanées, les mensurations ne donnent pas toujours des résultats concordants. Le chapeau de Charles XIÎ, tué au siège de Frederichstadt, d'un coup de biscaieo, présentait une ouverture tellement petite que les soldats accusèrent les officiers qui Tentouraient de l'avoir assassiné. Tourdes rapporte le fait suivant (1). « Dans un exercice à Strasbourg, eD 1849, un garde national fait feu et les deux cantinières placées à 46 pas du bataillon tombent en même temps. Tune d'elles, pour ne plus se relever ; le crâne est atteint et une portion de substance cérébrale s'écoule par une plaie du pariétal qui a six centimètres de diamètre ; l'autre femme est frappée à la tête par un fragment du projectile qui s'était brisé sur le ciâne de la premièt^; le troaao chapeau de feutre est de quatre millimètres, il est de dix à la peao. >
(I) Tourdes, Dictionnaire encychiiédique, t. IX, ISGS, p. 763, article BtFssntî
LES ATTBINTKS À Ik SANTÉ ET A LA VIE PAR BLESSURES. 7q9
On conçoit en effet que l*obliquilé du trajet du projectile, puisse déterminer un oriBce petit à un premier plan et une déchirure beaucoup plus étendue dans les plans sous-jacents et p)us résistants.
L'expert peut avoir à étudier les effets produits parles projectiles les plus variés et môme peut avoir à décider s'il y a eu réellement un projectile dans l'arme qui a servi à l'homicide ou au suicide. Dupuylren rapporte qu'un jeune homme qui avait voulu simuler QDÇ tentative de suicide avait chargé son pistolet avec de la poudre peu ou pas bourrée. 11 s'introduisit le pistolet dans la bouche, et fit feu, les commissures labiales furent largement fendues, le voile du pilais fut déchiré, le maxillaire inférieur luxé. Toute la muqueuse buccale fut brûlée. On chercha en vain trace d'un projectile.
Les objets les plus divers ont servi de projectiles et la délermioalion de leurs caractères permet parfois de trouver le coupable. On a chargé des armes à feu avec des cailloux, des boutons de métal, d'ivoire, de corne, etc., du sel, des bouts de chandelle, de l'eau placée entre deux bourres, etc. Dans quelques cas l'expert devra demander que le projectile soit analysé. H y a quelques années le curé d'un village fut tué par un coup de pistolet. L'expert trouva à la balle retirée du corps une couleur un peu différente de celles des balles ordinaires, il la fit analyser. On reconnut qu'elle était formée par un alliage de plomb et d'étain dans des proportions identiques à celles de l'alliage dont se servent les ferblantiers. Le juge d'instruction se transporta chez le ferblantier du pays et la suite de l'enquête démon Ira que le coupable était en réalité ce ferblantier.
AIT. II. — QUAUFICATION DBS BLESSURES DANS LK SENS DU CODE PÉNAL (i).
Nous ne saurions sans éviter des confusions suivre pas à pas Uofmaon dans les divisions établies dans ce chapitre. L'ordre qu'il a adopté lui était imposé par le code pénal autrichien. En France les circonstances sur lesquelles est basée l'appréciation de la criminalité sont beaucoup moins complexes, un grand nombre d'entre elles ne sont pas de la compétence du médecin légiste.
Les conditions sont : Tintenlion de donner la mort ou de faire des blessures, G. P. art. 295-309-320, la préméditation, le guet-apens, C. P. art. 2D6-310, la simultanéité de deux crimes ou la perpétration de l'un pour faciliter l'autre, G. P. art. 304, la qualité des victimes, les ascendants, C. P. 312, les magistrats ou fonctionnaires publics, CF. art. 228-230-231-232-233. Toutes ces conditions sont
(I) Voj. p. 507.
en dehors des appréciations médicales, ou s'il ressort de quelques circonstances de l'enquôte médico-légale des résultats qui apportent des lumières sur ces différents points, c'est le magistrat qui les spécifie et non l'expert.
L'avis de ce dernier n'est invoqué que pour répondre aux questions posées, 1® par l'article 309.
a Tout individu qui volontairement aura fait des bleuoret ou porté des conj>f, ou commis toute autre violence ou voie de fait, s'il est résulté de cas sortes de .violences une maladie ou une incapacité de travail personnel pendtDt plus de vingt Jours, sera puni, etc. — Quand les violences ci-dessus exprimées auront été suivies de muiilation, amputation ou privation de Tusage d'an membre, cédté, perte d*un œil, ou autres infirmités permanentes, le coupable, etc. — Si les coups portés ou les blessures faites volontairement, mais sans intention de donner li mort, l'ont pourtant occasionnée, le coupable, etc. »
Cet article vise les conséquences dés blessures, il en est de même des articles 310 et 311, ces conséquences ne sont appréciables que par le médecin légiste. L'article 316 spécifie un cas particulier.
« Toute personne coupable de castration subira, etc. — Si la mort eo eit résultée avant Texpiration des quarante jours qui auront suivi le crime, le coupable sera puni de la peine de mort. »
L'article 303 a été édicté sous rinfiuence d'un autre ordre de préoccupations. Il est ainsi conçu : « Seront punis comme coupables d'assassinat, tous malfaiteon, quelle que soit leur dénomination qui pour Texécution de leurs crimes emploient des tortures ou commettent des actes de barbarie. »
Le code pénal ne nécessite donc une réponse directe du médecin qu'à ces quelques articles: qui ont pour but de rechercher les causes delà mort, de déterminer les conséquences des blessures au point de vue de la durée de l'incapacité de travail, des mutilations, des infirmités et de la barbarie que dénote l'acte lui-même ou les circonstances qui l'ont accompagné.
Le code civil par ses articles 1382, 1383, 1384 établit que chacun est responsable du dommage causé à autrui et le médecin légiste intervient encore ici pour établir retendue de ce dommage.