ART. IV. — EXAMEN DES TACHES DE SANG
La description donnée par Hofmann des procédés employés pour rechercher les taches de sang, est très complète, nous signalerons seulement une cause d'erreur. Les piqûres de puces laissent des taches de sang qui parfois peuvent singulièrement embarrasser le médecin légiste. Gomme preuve nous citerons le cas suivant pour lequel nous avons été commis avec M. le professeur Yulpian, le 21 juillet 1879. On verra quelles précautions furent nécessaires pour arriver à une détermination précise.
Un homme tvait été tué dans son lit à coups de marteau, le crâne aTait éié fracturé, des gouttelettes de sang très fines avaient Jailli sur les murs. La chemise en laine de son jardinier présentait de nombreuses taches de sang, pon^ tuées, occupant la face externe, quelques-unes la face interne.
Pour déterminer la nature et la valeur de ces taches nous avons pria les précautions suivantes:
Craignant que des frottements ultérieurs ne fassent tomber les ôcailles sanguines, dont quelques-unes étaient à peine maintenues par les poils de la laine,
(I) Voy. p. Î7?.
Toolant gtrder l'indication exacte des taches qae nous enlevions pour les soamettre à l'analyse, noas avons sur une chemise blanche reproduit avec Tencre noire la disposition que chacune de ces taches occupait sur la face externe de la cbemiae de l'inculpé. Nous avons marqué au crayon roage les points que les taches oceapaient à la face interne. Autant que possible nous avons donné à ces marquas la forme de la tache correspondante.
De plus nous avons pris sur un garçon d'hôtel, auprès duquel Tun de noas ÉTah été appelé, une chemise de toile de couleur blanche sur laquelle se voyaient des empreintes sanguines assez analogues A celles notées sur la chemise de P... Ges taches résultaient dans ce cas manifestement de piqûres de puces.
Bolln nous avons projeté des gouttelettes de sang humain sur une flanelle et Boos avons procédé aux recherches en comparant les caractères des taches de la chemise blanche et de la flanelle.
Nous atons également comparé du sang desséché que nous avions recueilli le 17 mars autour du cadavre de la veuve Joubert assassinée rue Fontaine.
Noos avons Joint au scellé les chemises et la flanelle qui nous ont servi d'objets 4e comparaison.
Après avoir décrit la répartition des taches sur la chemise de l'inculpé nous atons procédé aux recherches suivantes, nous donnons copie de notre rapport et de ses conclusions.
lloiis croyons pouvoir dire dès maintenant que les taches de sang faites parles puces, présentent à l'œil nu et à la loupe, la plus grande analogie avec celles qae noas avons décrites plus haut, tant par leur forme que par l'imprévu de laar distribution sur la chemise. *
Noos détachons chaque tache avec des ciseaux très propres et nous la plaçons daos la cupule d'une lame de verre également propre au contact do quelques goattes d'un liquide désigné par M. Bourgogne, son inventeur, sous la rubrique : • liquidtK^ t dilatateur du sang. »Noua avons fait un essai préliminaire sur du sang desséché depuis plusieurs mois.
Après une macération prolongée de douze à vingt-quatre heures et môme treate^ix pour quelques taches, nous avons trouvé les taches augmentées de volooM et ramollies.
ATse les extrémités effilées de deux agitateurs, fraîchement étirés, nous avons ééteefaé quelques parcelles colorées de ces diverses taches et les avons déposées sar des lames de verre très propres ; nous avons ensuite successivement procédé aax recherches suivantes:
1* Examen microspectroscopique ;
2* Formation de cristaux d'hémine ;
9* Détermination et mensuration des éléments visibles au microscope.
1* Examen microspectroscopique, ^ Après avoir recouvert d'une lamelle propre uoe des préparations précédentes et légèrement pressé la surface de la lamelle, nous l'avons portée sous le champ du microspectroscope.
Noos avons alors nettement vu les deux raies caractéristiques de l'hémoglobine oxygénée et leur disparition sous l'influence du sulfbydrate d'ammoniaque, agent rédoeteor introduit sous la lamelle, pour former une bande unique de réduction, connue sous le nom de bande de Stokes et caractéristitiue diCTérentieile de l'bé- OMglebine et des autres matières colorantes.
t* Formation des cristaux d'hémine. — Prenant ane seconde préparation, noas j aivens ajouté une goutte d'eaa distillée très pure pour dissoudre Is matière colorants. Ce premier résultat obtenu, et après avoir ajouté un atome de chlorors
de sodiam ptfr, nous avons chauffé légèrement la préparation aa-deasua de la flamine d'une lampe à alcool. Avant évaporation complète, noua avona ajouté une oa deux gouttes d'acide acétique criaullisable et nous avons soumis de nouTeaa à one évaporation très ménagée au-dessus de la flamme de^la lampe à alcooL
Après évaporation et disparition complète de Todeur de l'acide acétique, dooi avons examiné au microscope avec un grossissement de 500 D., et ncMia avooi alors nettement vu de nombreux cristaux d'iiémine.
3* Détermination et mensuration des éléments visibles au mtcrosecpe. —Prenant quelques parcelles d'une troisième préparation, nous les avona diaaoctéesflt placées avec une goutte du liquide de M. Bourgogne au centre d'une cellule béoiati métrique de Hayem, que nous avons recouverte d'une lamelle trèa propre.
Après un repos de quelques minutes, noua avons examiné cette préparatÎM avec un grossissement de 500 D et nous avons alors assex nettement tq on certain nombre de corpuscules, légèrement colorés, de forme à peu près drculaire, un peu déchiquetés sur les bords, rappelant presque complètement la forme et Taspect des globales du sang.
Nous avons ensuite soumis, à l'aide d'un oculaire quadrillé ** . * quelquei-
ans de ces éléments à la mensuration. Nous ieur avons trouvé presque umment un diamètre de 0",005 de millimètre.
Nous avons aussi observé dans presque toutes nos préparations, à cOté des éléments d'aspect globulaire, un certain nombre de petits corpuscules noirâtres sa ns forme précise, et dont les contours sont délimités par une foule de peCiu points noirs très fins, analogues à ceux que nous avons rencontrés dans Texaeiea des taches de sang provenant manifestement de piqûres de puces.
Nous n'avons rien observé de semblable dans nos autres expériences cooiparatives.
Nous avons répété sur plusieurs taches ces divers procédés de recherche et toutes nous ont donné des résultats analogues.
Conclusums. — V Les taches indiquées sur la chemise de l'inculpé sont des tsches de sang.
Cette conclusion est Justifiée par les résultats de l'examen spectroscoplqae : présence dans le spectre des deux raies de l'hémoglobine oxygénée, disperitioo ds ces raies sous l'influence du sulfhydrate d'ammoniaque, et apparition d'one baads u nique, dite de Stokes, caractéristique différentielle des autres matières colorantes ; par la formation des cristaux d'hëmine sous l'influence de l'acide soètique.
V La forme et les dimensions des globules sanguins permettent d'afArmer qoa ces taches ont été faites par du sang de mammifère. Les différences troQTéespsr la mensuration entre ces globules et ceux du sang humain peuvent s'expUqesr par l'ancienneté et la dessiccation des taches.
3* La présence dans un grand nombre de ces taches de petits corposcnles noirâtres analogues à ceux constatés dans les traces laissées par les puces sur la cbemise de toile blsnche doivent faire conclure que le plus grand nombre de cas taches, sinon toutes ont été faites par des puces.
4* Dans l'aisselle droite et au poignet droit nous avons noté des taches étalées et diffuses, ces caractères qui les distinguent des autres précédemment signalées peuvent être attribués à ce qu'elles ont été mouillées soit par Tean, soit par la aueur.