JLRT. V. — EXAMEN DES CHEVEUX
Pour compléter Tétude qu*Hofmann a consacrée à l'examen des cherenz et des poils, nous conseillons au lecteur de se reporter au dupitre très remarquable dans lequel MM. Beauregard et Gaiippe (S) ont réuni tous les documents propres à élucider ces difficiles questions.
Nous ne pouvons mieux faire pour donner une idée de ces re* cherches que d^emprunter à ce chapitre un rapport de M. Malassez fait dans les conditions suivantes :
n i'asitsalt d*ane Jeune fille accusée dlnfanticide. Celle-ci prétendait que l'enfant n'éuit pas né viable et qu'il n'avait pas respiré. Toutefois, comme elle portait lea traces d'une déchirure du périnée, la Justice ne tint pas compte des aelartions de Taccusée. On avait trouvé dans un champ, une année après la suppreeakm du part, le linge dans lequel Tinculpée avait Jeté Tenfant ; lea cheveux seuls avaient résisté, avec le linge, aux causes multiplea de destruction,'qui avaient entraîné U diaparition de l'enfant.
M. Ht lasses a répondu ainsi aux questions qui lui étaient posées par la Justice.
Je sousaigné, Louis-Charles Malassex, docteur en médecine, directeur adjoint du laboratoire d'histologie an Collège de France, commis, par une ordonnance de M. Julea Jaudin, Juge d'instruction au tribunal de première instance du département de la Seine, datée du 25 septembre 1S78, à l'effet de procéder à l'examen d*an linge, et de me prononcer sur la question de savoir :
1* Quelle est la nature des taches dont il est maculé ; •— si ce sont des tachée de sang on de matière provenant de la décomposition d'un cadavre ;
2* S*il y a trace de cheveux qui soient adhérents à cette pièce de linge;
S* En caa d*afflrmation, si ces cheveux sont ceux d'un enfant nouveau-né ;
Ajsnt prêté serment, certifie avoir fait les examens microscopiques suivants.
A. — Examen des taches, — Le linge présente deux espèces de tachée :
1* A la périphérie du linge, des petites taches verdàtres ;
S* An centre, une large tache brunâtre.
La couleur verdàtre des petites taches pouvait faire supposer qu'elles étaient daos à du méconium, mais les examens microscopiques et micro-chimiquee n'ont riso révélé qui puiase confirmer ou infirmer cette hypothèse.
La grande tache centrale brunâtre, ressemblant à certainea tachea de aang altéré, la présence des globules sanguins, celles do la matière colorante du aang, mil été recherchées.
1* tUekerche des globules sanguins. — Des fragments de serviette étan détrempés dans du aérum artificiel (solution de sulfate de sonde à 5 p. 100), on peut en détacher dee fragmenu d'uno matière brunâtre que Ton dissout dans le même
(1) Toyss p. 201 •
(t) Bsaoregard et Galippa, Guide de téUve et du praticien pour les travaux pratiquée de micrographie. Paria, 1880, p. SOS à 804.
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Examinées au microscope, on troa?e çà et là, au milieu d'éléments diven : globules de graisse, débris d'insectes et de Tégétaux, poussières et granulationB diverses, de nature indéterminée, des globules rouges de sang.
Us sont, en général, réunis par petits groupes ; ils appartiennent au type circulaire, mais ils sont, pour la plupart, plus ou moins déformés ; beaucoup ont la forme de cuvette, quelques-uns sont sphériques. Les plus petits ont 4 |& (quatre millièmes de millimètre), les plus grands 5 t& (cinq miUiômes de millimètre); la moyenne de 13 mensurations a donné 4 |&, 5. Us sont très peu colorés.
2* Recherche de la matière co/oran/e. — D'autres fragments de serviette sont lavés à l'eau distillée : ils donnent une solution brunâtre louche ; filtrée, la solution devient transparente. Examinée au microspectroscope , sons des épaisseurs diverses, elle ne donne aucune des raies d'absorption qui caractéiiBeot U matière colorante du sang.
La solution évaporée lentement laisse une matière brune* Cette matière mêlée avec un peu de chlorure de sodium et d'acide acétique, puis chaufTée jusque ébellition, ne donne pas, après refroidissement, de cristaux de chlorhydrate d'bématine.
CoNCLDSiONS. — 1* Sur r existence du sang. — Les globules du sang trouvés dans la recherche : 1* ont> malgré les altérations qu'ils ont [subies, des formes si caractéristiques, que leur présence suffit à elle seule pour affirmer ayec certitude l'existence du sang sur le linge examiné*
Les résultats négatifs obtenus dans la recherche de la matière colorante du sang (recherche 2) ne sont pas contradictoires, comme on pourrait le supposer au premier abord. En effet, pour obtenir des résultats positifs dans ce genre de recherches, il faut que la matière colorante existe en certaine quantité. Or, dans le cas actuel, il peut se faire, ou qu'il y ait eu peu de sang répandu, ou que le sang répandu en certaine quantité se soit altéré, les globules perdant leur hémoglobine, l'hémoglobine se détruisant.
La première de ces deux hypothèses est peu vraisemblable en raison de l'étendue de la tache et des points divers où l'on a pu y retrouver des globules; la seconde, au contraire, est confirmée par ce fait que la tache se trouve sur un linge saisi dans un champ, qu'elle a dû, par conséquent, être exposée à toutes les intempéries de l'atmosphère, lesquelles altèrent le sang. Il est même étonnant qae dans de telles conditions des globules rouges aient pu se conserver aussi bien.
2* Sur la quantité du sang répandu. — Le petit nombre de globules sanguins retrouvés dans la serviette, l'absenco ou la faible quantité de matière colorante da sang, prouvent qu'actuellement il existe peu de sang sur la serviette. Mais, ainu que je viens de le dire, il a dû en exister une quantité beaucoup plus conaidérable à un moment donné. Toutefois, il est impossible de dire, même approximativemest, quelle a été cette quantité.
2** bis. — Sur Vépoque à laquelle le sang a été répandu. — L'altération du sang ne dépendant pas uniquement du temps écoulé, mais surtout des divers agents atmosphériques ou autres, auxquels il a été soumis, il est impossible de dire à quelle époque il a été répandu.
3"* Sur la nature du sang. — La forme circulaire des globules trouvés sur le linge, l'absence de noyaux, montrent que ce ne sont pas des globules d'oiseaux, de poissons ou de reptiles, ou de batraciens, mais bien des globules de mammifères, quant aux dimensions de ces globules, il est bien évident qu'elles ne sont plus ce qu'elles étaient quand ces globules étaient vivants : uno sphère aplatie constitue un disque dont le diamètre est plus grand que celui de la sphère d'où il procède ; de même
poar les globales, lorsque de discoïdes (ce qui est leur forme normale) ils de?ieniient sphériqueSy leur diamètre diminue. Nos globules sanguins, qui tous se rapprochent plus ou moins de la forme spbérique^ ont donc des diamètres plus petits qae oeax qu^ils a?aient lorsqu'ils étaient vivants ot discoïdes. Or, en tenant compte de cette diminution de diamètre, ainsi que de la dessiccation^ on voit qa*ils se rapprochent des globules humains adultes et de ceui de plusieurs de nos animaux domestiques (lapin, chien, par exemple).
Les globules sanguins des nouveau-nés diffèrent pou de ceux des adultes, mais eaux des Jeunes fœtus sont notablement plus volumineux. Aussi, pour que les globules trouvés sur le linge paissent être considérés comme des globules de foetus, il faudrait supposer une diminution très considérable, sur la possibilité de laquelle nous n*avons aucun renseignement.
En résumé :
1* Il existe du sang sur lo linge au niveau de la grande tache centrale brunâtre ; il est très altéré ;
2* Ce sang est actuellement en petite quantité. Il est probable qu'il y en a eu nne plus grande quantité de répandue, mais on ne saurait la déterminer;
3* C'est du sang de mammifère. Il est impossible de dire si c'est du sang d'homme ou de l'un de nos animaux domestiques. Il est possible que ce soit du sang de femme ou de nouveau-né, il est douteux que ce soit du sang de fœtus.
B. — Examen des poils ou des cheveux, — Plusieurs touffes des poils ou cheveux adhérentes au linge ont été humectées puis montées dans de la glycérine et examinées au microscope.
Tous, ou presque tous, sont munis de leur racine et se terminent en pointe très efBlée. Aucun d'eux n'a de moelle, mesurés an micromètre, ils ont dans leur plai grande largeur de 20 à 32 (i. (millièmes de millimètre). La moyenne de 30 mensurations a été de 24 |a 9 ; il en a été trouvé un qui n'avait pas 12 |i, et on autre qui mesurait 40 (t.
La matière lamelleuse blanc jaunâtre, à reflets brillants, qui englobe la racine de la plupart de ces poils ou cheveux, est constituée par des amas de cellules épithélîales pavimentenses cornées, au milieu desquelles on distingue une assez grande quantité de globules graisseux, puis des poussières et des granulations dif«nes.
CoNCLOSioifS. — 1* Le peu de longueur de ces poils ou cheveux, leur finesse, Tahaence de moelle prouvent que ce sont des cheveux ou poils follets ; ce ne sont ni des poils d'animaux, ni des cheveux ou poils humains adultes.
Lm poils d'animaux ont d'une façon générale des formes différentes, des dimensions plus considérables et possèdent une moelle souvent très caractéristique. Les cheveux et poils humains adultes sont plus longs et pourvus de moelle ;
2* Leur terminaison en pointe effilée et très régulière indique qu'ils n'ont été oi usés, ni brisés, ni coupés; qu'ils sont par conséquent de développement récent et doivent appartenir à un fœtus ou à un nouveau-né, ce que confirme également la présence de ces amas de cellules épidermiques et de matières grasses qui en. globent beaucoup d'entre eux. Ce ne sont pas des cheveux ou poils follets d'adoUes. Les cheveux follets des chauves ont presque toujours leur extrémité bien fendillée ou en balai ; on en trouve parmi eux un certain nombre qui ont de la moelle et sont beaucoup plus volumineux. Les poils folleu des femmes et des edeleacenti ont rarement la pointe effilée, étant obtus, comme usés, et parfoia ils poitèdent de la moelle.
V Les dimensions dépassent notablement celle des poiU foUeti que l'on ren-
contre sur le corps des fœtus oa des noaveaa-nés, il faat «n oonclare qae ce sont des cheveux de fœtus ou de nouveau-né.
Du reste, leur abondance à une région assez limitée de la senrieite, lear réunion en toutfes doivent faire penser qu'il proviennent des régions où ils tout nombreux, comme c'est le cas pour le cuir chevelu ;
4* Pour essayer de déterminer Tige du fœtus ou du nouveau-né aaqnel cet cbsveux appartenaient, on peut^ Jusqu'à un certain point* comparer leors dimemioos à celles des cheveux provenant de fœtus ou de nouveau-nés d'âges dllTéreoti.
Les cheveux de cinq nouveau-nés, âgés de un à vingt Jours, et ceux de quatre fœtus ayant de sept à neuf mois ont présenté des épaisseurs semblables. Les plus petits cheveux avaient 20 pi, 5 (millièmes de millimètre) s les plus gros4S|i; les diverses moyennes ont varié entre 28 (t et 87 |&.
D'autre part, les cheveux d'un fœtus de cinq mois ont donné 20 |&, comme minimum d'épaisseur, 28 (i comme maximum, 24 comme moyenne, et ceux d'un fotas de trois mois avaient, les plus petits 16 (i, les plus gros 20 (t ; en moyenne 18 |i.
Les cheveux recueillis sur le linge sont donc plus gros que ceux d'un fostus de trois à cinq mois, plus petits que ceux de fœtus viables ou de nouTean*nés. Us proviendraient, d'après cela, d'un fœtus âgé de cinq à sept mois.
Toutefois, comme les comparaisons ci-dessus exposées ne portent que sur on nombre de faits relativement peu nombreux, comme les diCTérences constatées ne sont pas très considérables, comme enfin l'accroissement des cheveux peut présenter de très grands retards (on voit des enfants nés à terme qui sontpnsque chauves), la conclusion précédente ne peut être présentée qu'sTec la plus grande réserve.
En résumé :
Les poils ou cheveux trouvés sur le linge sont des cheveux de fœtus ou de nouveau-né.
Il est probable qu'ils proviennent d'un fœtus de cinq à sept mois, mais il est impossible d'affirmer avec certitude qu'ils n'appartenaient pas à un fœtus viable ou à un nouveau-né.
' Les examens microscopiques, ci-dessus mentionnés, permettent donc les réponses suivantes aux questions posées par l'instruction.
1* Les taches qui maculent le linge saisi sont en partie, sinon complètemeot, des taches de sang ;
2* Il existe des cheveux adhérents au linge ;
3* Ces cheveux proviennent d'un fœtus ou d'un nouveau-né, plutôt d'un fcetot de cinq & sept mois que d'un fœtus viable ou nouveau-né, mais il est impossible de se prononcer avec certitude sur ce dernier point.
ART. VI. — LES BLESSURES SELON LEUR SIÈGE (i). § 1. — LES BLESSURES CE LA T^TE.