CHAPITRE
Nous avons maintes fois vérifié expérimentalement Texactitude deja description qu*Hormann donne des phénomènes de Taspbyxie. Nous pralageons également son opinion sur la valeur des altéra tions cadavériques. La coagulation du sang dans fa^phyxie mérite cependant de nous arrêter un instant. Quel que soit le mode d'asphyxie auquel un homme a succombé on peut trouver ou ne pas trouver des caillots dans le cœur ou les gros vaisseaux. Certes la nature de la maladie a une grande influence sur la formation de
(I) Voy. p. 339.
ces caillots elles travaux de Bouillaud sur Tétat du sang dans la pneumonie et les maladies inflammatoires sont toujours considérés comme exacts. Mais on ne peut d'après eux apprécier la cause de la formation de ces caillots dans des accidents dont la durée ne dépasse pas quelques minutes. M. Yerneuil a démontré que la quantité de fibrine que Ton peut extraire des caillots cardiaques après la mort surpasse de beaucoup la quantité de fibrine que renferme le volume du sang qui remplirait les cavités cardiaques. Il ne peut se faire une telle accumulation de fibrine que parce que des flols de sang viennent successivement déposer leur fibrine dans ces cavités. Pour que la fibrine ait eu le temps de se séparer du sang, il faut donc, si la circulation pulmonaire est gênée par l'aspbyxie par exemple, que cette gêne dure un temps suffisant pour que des ondées de sang se succèdent dans le cœur; si la mort est instantanée, s'il y a syncope, il n'y aura pas de caillot ; si Taspbyxie est lente, si elle dure plusieurs minutes et surtout plusieurs heures, il se formera des caillots. En forçant un peu les termes on pourrait dire que dans l'aspbyxie le volume des caillots cardiaques mesure en quelque sorte la durée de cette asphyxie. Or nous savons que dans plusieurs des modes d'asphyxie la mort peut résulter d'une syncope on d'une asphyxie plus ou moins prolongée, selon le mode d'application du moyen mécanique employé.
Disons de plus que lorsque, par une maladie générale^ alcoolisme, maladie infectieuse, etc., les qualités du sang sont altérées, la coagulation ne se fait plus même quand l'asphyxie est lente.
Ecchymoses sous-pleurales , sous-péricardiques.
En abordant cet important chapitre des ecchymosessous-pleurales je suis obligé de faire la critique des idées et des travaux de Amb. Tardieu (1). Et cependant, je méconnais moins que personne le service que Tardieu a rendu à la médecinelégale, en appelant l'attention sur la valeur de ces ecchymoses. Ce que nous devons taxer d'exagéré et d'inexact, c'est l'importance que Tardieu leur avait donnée: a à quelque degré et en si petit nombre que soient les ec- « chymoses sous-pleurales, elles indiquent la suffocation, » disait-il; il est vrai que dans son dernier ouvrage il a fait quelques réserves.
Les ecchymoses sous* pleurales existent dans trois circonstances : t* lorsqu'il y a trouble de la circulation ou de la respiration ; 2* lors-
<!} Tardieu, Étude médico-légale sur f infanticide, 2« ëdiUoo. Paris, 1880.
qu'il y a Irouble de Tinnervation; 3® dans les altérations du sang, dans les empoisonnements.
Ces ecchymoses se développent plus facilement sur les fœlas et les enfants nouveau-nés dont les parois vasculaires ont peu de résistance .
Tant que les ecchymoses ont joui d'une réputation alors indiscutée, plusieurs médecins ont revendiqué l'honneur de les avoir découvertes : c'est Devergie qui le premier les a décrites. Bayard (Ij les signale également; mais, ni Devergie, ni Bayard ne les ont interprétées. Tardieu a eu le mérite, que personne ne songe à contester, d'établir un lien, un rapprochement entre les ecchymoses et Tasphyxie; et cela est tellement vrai qu'en Allemagne on a souvent appelé ces ecchymoses a taches de Tardieu ».
Les ecchymoses peuvent siéger sous la plèvre viscérale, et sous la plèvre qui double les parois costales et le diaphragme, c'est par erreur que Legroux déclare, dans son rapport au congrès de médecine légale (2), qu'on ne les rencontre jamais sous la plèvre costale; elles peuvent aussi être constatées sur le péricarde, le péritoine, la rate, sous la face inférieure du foie, dans le tissu cellulaire qui double l'aponévrose du cuir chevelu, dans les conjonctives, dans le tissu cellulaire de l'estomac; elles peuvent enQn se produire, mais d'une manière on quelque sorte accidentelle, dans le tissu cellulaire du cou, dans les muscles du thorax. — Ces ecchymoses ont pour caractères d'être des macules, des points, les uns On§, puncliformes, les autres plus grands, ayant le diamètre d'un disque, d'une lentille; leurs bords sont absolument nets et circonscrits; elles ne s'effacent pas sous la pression du doigt, absolument comme les taches de purpura. Si elles reposent sur un terrain congestionné il est très difficile de les distinguer; aussi, lorsqu'il s'agira des ecchymoses sous-pleurales, il faudra recourir à rinsufQalion des poumons ; mais si, au contraire, elles se trouvent sur un terrain pâle, décoloré, elles apparaissent d'une façon très manifeste.
En pratiquant une coupe perpendiculaire à leur surface, on voit qu'elles sont constituées par de petits disques, dont la surface plane s'applique sur les alvéoles pulmonaires. Les globules du sang sont altérés ; d'après CorniletRanvier,il semble qu'on ne trouve que des débris de globules. L'épaisseur de ces disques est de unquartdemilli-
(1) Bayard, Manuel de médecine légale.
(2) Legroux, Des eccfnjmoses sous-pleurales t de leur valeur en médecine légaU. {Ann. d'hyg,, 1878, l. L., p. 174 el 3jS.)
Lk MORT PAR ASPHYXIE. 791
mètre à un demî-roillimètre, leur nombre est variable, depuis 1, 3, jusqu'à 100 ecchymoses et plus. Considérées au point de vue de leur répartition, elles sont colorées ou groupées; assurément, dans les cas où la mort n*est pas due à la suffocation, on trouve peu d*e(!r bymoses, tandis que dans la plupart des cas où on constate un nonîbre considérable d*eccbymoses, on peut presque toujours avec raison penser à la suffocation, mais il n'y a rien d'absolu.
Dès le principe on contesta à Tardieu Texistence de ces ecchymoses sous-pleurales ; mais, ainsi qu'il le fit judicieusement remarquer à celte époque, il convient de les reconnaître, de les diagnostiquer avant de les nier. Par cela même qu'on serait tenté de le faire, il importe de ne pas les confondre avec des ecchymoses et des suffusions sanguines, phénomènes d'hypostase. Les suffusions sanguines sont plus longues, plus diffuses, disparaissent sous rinfluence de l'insufilation, contrairement à ce qui existe pour les ecchymoses sous-pleurales. Il faut se défier aussi de cet état particulier du poumon, de l'anthracosis, qui forme à la surface pulmonaire des taches noirâtres, si communes chez les vieillards et les adultes. Une dernière cause d'erreur réside dans l'existence des adhérences pleurales que les autopsies montrent si fréquentes; toutes les fois que Ton en trouve, on peut en les rompant constater la présence de petites lâches, susceptibles d'en imposer pour des ecchymoses sous-pleurales.
Quelles sont les circonstances dans lesquelles se développent les ecchymoses? A vrai dire, nous ignorons leur palhogénie ; il est probable qu'il y a là un processus commun que nous ne connaissons pas encore, nous resterons donc exclusivement sur le terrain de l'observation.
Les ecchymoses sous-pleurales se produisent dans les cas que nous avons signalés plus haut et sur lesquels nous allons entrer dans de plus amples délails.
!• Gêne de la respiration. — On a signalé la présence des ecchymoses sous-pleurales duns les cas de mort violente, et en première ligne dans la suffocation. Elles peuvent manquer, alors même que les conditions les plus favorables à leur production semblent réunies. Quelquefois elles sont rares, lorsque la suffocation, par exemple, résulte d'une compression exngérée de la cage thoracique ou de la paroi abdominale. Elles ont été signalées dans la strangulation (1). Dans la pendaison, on n'en trouve pas le plus souvent,
(1) Tardieu, obt. XII.
mais on peut en constater, ainsi que le rapporte M. Lacassagne (I) et que nous-mème en avons vu. — Dans la submersion, on peut également les rencontrer ; hâlons-nous de dire que dans Timmense majorité des cas elles font défaut. Girard de Grenoble, chez une vieille femme, retirée du fond d'un puits, en a trouvé et cette circonstance avait fait accuser le mari d'avoir asphyxié sa femme par la suffocation et de n'avoir jeté le cadavre dans le puits que pour simuler un suicide. Pour vérifier la valeur de ce signe, Girard noya dans un grand vase des lapins en ayant soin de ne pas les laisser revenir à la surface. Or, à l'autopsie de ces animaux, il a trouvé des ecchymoses sous-pleurales. MM. Bergeron et Montano (3) ont également mentionné les ecchymoses sous-pleurales dans la submersion, mais modifiées. M, Faure les a notées dans l'asphyxie par le charbon.
Les ecchymoses sous- pleurales n'existent pas seulement dans les asphyxies brusques, on les trouve dans les maladies spontanées du poumon et de la circulation, dans la bronchopneunomie des enfauts (Duguet, Ogston d'Aberdeen) et dans la bronchite suffocante ;3). Ici nous faisons surtout allusion aux enfants âgés de quelques mois seulement. Chez eux il n'est pas très exceptionnel de voir une bronchite avec congestion pulmonaire excessive amener la mort en quelques heures. Or, ces congestions imprévues, soudaines, éveillent souvent l'idée mal fondée d'un crime ; on comprend combien le rôle du médecin légiste devient délicat, car seule, une autopsie bien faite pourra révéler la vérité en décelant, avec les ecchymoses sous-pleurales, la présence de muco-pus dans les bronches.
Les ecchymoses sous-pleurales ont été de même signalées dans la bronchite suffocante des adultes, dans un cas de bronchite suffocante chez un homme de 50 ans, dans la phlhisie aigne, dans la coqueluche (Damaschino), dans la diphthérie, le croup (Lorain, Lepine), dans la syphilis congénitale (Lancereaux), dans la pleurésie des enfants (Parrol).
En somme, toutes les maladies aiguës du poumon peuvent donner naissance à des ecchymoses sous-pleurales ; il en est de môme de toutes les maladies de la circulation. Nous sommes donc loin
(1) Lacassagne, Manuel de médecine judiciait^.
(2) Bergeron et Montano, Recherches expérimentales sur la mort par su(>mersion, {Ânualis d'hygiène, V série, t. XLVIII, 1877, p. 332.)
(3) Chassaing, Btude médico-légale sur tes ecchymoses sous -pleurales. Thèse. Paris, 1879.
de faire des ecchymoses sous-pleurales le caractère palhognomonîque de la mort par asphyxie. Du reste, en médecine légale comme en médecine, il n'existe pas de signes caractéristiques.
2* Affections du système nerveux, — Dans certaines maladies du système nerveux, les ecchymoses sous-pleurales sont très fréquentes. C'est ainsi qu*on en rencontre dans le tétanos, l'épilepsie, Téclampsie. On peut les attribuer dans ces cas à Tasphyxie qui accompagne ces affections ; mais on en rencontre également dans les affections traumatiques du système nerveux, et alors on ne peut plus invoquer l'asphyxie comme cause de leur production. L'hémorrhagie cérébrale aussi s'accompagne assez souvent d'ecchymoses sous-pleurales. Quelle en est la cause? Dans l'affection dont nous parlons il y a apoplexie, c'est-à-dire un état dans lequel toutes les fonctions sont abolies, sauf deux, la respiration et la circulation ; mais si ces deux fonctions persistent, elles sont du moins profondément troublées. La respiration est lente, pénible, stertoreuse; dans ce cas, les fonctions du bulbe semblent troublées.
Laborde a recherché quelle pouvait être la cause de la production de ces ecchymoses. Il a vu qu'en piquant un point déterminé da bulbe, près de l'origine du pneumogastrique, on suspend la respiration sans que la circulation soit abolie, et qu'en môme temps il y a production d'ecchymoses sous-pleurales.
Dans les lésions du système nerveux il y a également des ecch}*moses sous-péritonéales, des reins et de la face inférieure du foie. Enfin, on rencontre aussi des hypérémies viscérales.
3* Altération du sang. — Nous arrivons 5 un dernier groupe de maladies dans lesquelles on rencontre des ecchymoses sous-pleurale«. Ce sont les altérations du sang, soit spontanées, comme Thémophilie, le scorbut, le purpura, soit par maladies infectieuses comme la variole hémorrhagique, le typhus, le choléra, la rougeole. Dans ces cas, la mort est le plus souvent due à une congestion pulmonaire. Il y a donc là, double action : intoxication du sang et phénomènes asphyxiques.
Il y a encore les altérations du sang consécutives aux empoisonnements par le phosphore, le plomb, la digitale.
Dans les altérations du sang consécutives à l'absorption de la strychnine, de l'aconitine, de la cicutine, il se produit des contractures, des mouvements d'expiration très violents. On ne sait pas encore quelle part il faut attribuer à l'asphyxie et quelle part à l'intoxication du sang, dans la production des ecchymoses sous-pleurales.
Ces considérations s'appliquent aux adultes et aux enfants, mais il faut signaler que chez ces derniers les ecchymoses sous -pleurales se font avec une grande facilité.
La première fois que l'on battit en brèche la théorie de Tardieu, ce fut au moyen d*une observation de Casper : Une femme enceinte de huit mois s'était pendue, et à Taulopsie on trouva les poumons du fœtus couverts d*ecchymoses sous-pleurales.
Quelque temps après, Tarnier et Pinard réunirent des observations d*enfanls venus au monde avec des ecchymoses sous-pleurales. On pouvait les classer en deux catégories : Les uns avaient subi des opérations obstétricales ou étaient venus au monde après un accouchement pénible et prolongé, et on pouvait invoquer la compression de l'encéphale. Mais il y en avait d'autres qui n'avaient nullement été dans ces conditions et qui avaient des ecchymoses sous-pleurales, qu'ils eussent respiré ou non.
Par ces seuls faits, on voit que lorsque sur un nouveau-né ou un fœtus on trouve des ecchymoses sous-pleurales, on n'est pas autorisé à affirmer la suffocation ou une mort violente.
Au dernier congrès de médecine légale, M. Gubler, lors de la discussion du rapport de M. Legroux, s'inspirant de ce qui avait été trouvé, disait : il faut chercher à la production de ces ecchymoses une cause unique qui doit exister. Cela peut être exact, mais aussi il peut se faire que plusieurs causes arrivent au même effet.
M. le docteur Descoust, dans ses expériences, a cherché à surprendre le moment de la production des ecchymoses sous-pleurales, et il a vu seulement qu'elles se produisaient instantanément, en bloc, et probablement pendant les efforts expiratoires du dernier temps de l'asphyxie.
En résumé, les ecchymoses sous-pleurales ne sont caractéristiques d'aucun genre de mort ; elles sont seulement plus fréquentes dans la suffocation et se manifestent surtout chez l'enfant. Il y a lieu de déterminer dans chaque cas leur valeur, il y a un diagnostic à faire et non un signe caractéristique à enregistrer.
ART. i*^». — MORT PAR STRANGULATION (1). § 1. ~ MORT PAR PENDAISON.
Hofmann a parfaitement déterminé les conditions de la mort dans la pendaison. Il a démontré que le lien qui étreint le col, lorsque l'anse est placée sous le menton, empêche la circulation de
(1) Voy. p. 357.
86 faire dans les carotides. Il suffit que le corps soit incomplètement soulevé par le lien pour que Tarrêt de la circulation carotidienne soit absolu.
Nous avons répété et varié sous toutes les formes Texpériencc d'Hofmann. Nous avons laissé en place tous les organes du cou, en faisante la poitrine une fenêtre pour permettre d*injecterde l*eau dans les gros vaisseaux de la base du cœur, nous avons enlevé la calotte crânienne pour mettre à nu la terminaison de la carotide interne, le golfe do la veine jugulaire interne et la basilaire.
Nous avons passé dans la trachée et fait sortir par la bouche un tube en caoutchouc mou. Puis nous avons passé autour du cou Tanse d'une corde de façon que le plein de l'anse soit en avant du cou et au-dessus du larynx, et nous avons vu, en plaçant un dynamomètre sur le trajet de la corde, que 2 kilogrammes de traction supprimaient toute circulation dans les jugulaires, 5 kilogrammes supprimaient la circulation artérielle par les carotides, mais il fallait opérer une traction de 15 kilogrammes pour que la base de la langue appliquée sur la voûte palatine empêchât l'injection d*eau par le tube trachéo-laryngé de sortir par l'extrémité buccale. Enfin une traction de 30 kilogrammes supprimait toute circulation par les artères vertébrales.
Ces expériences sont fondamentales. En variant la position du lien, en modifiant la place occupée par le plein de l'anse, en mettant par exemple le nœud de la corde sur l'angle de la mâchoire inférieure et le plein sous l'autre angle, on voit que la circulation carotidienne est interrompue du côté du plein de l'anse, elle reste libre du côté du nœud. Mais la circulation par les jugulaires est interrompue des deux côtés.
Il en résulte, lorsque les deux carotides sont comprimées par une anse symétriquement placée, que la mort par pendaison a lieu par anémie cérébrale et syncope (le visage reste pâle), et lorsque la circulation peut encore se faire par une carotide, alors que la circulation de retour est impossible par position oblique du plein de l'anse, que le sang s'accumule dans l'encéphale et la face, et que la mort a lieu par asphyxie et non plus par syncope (le visage devient bleu, cyanose).
L'occlusion des voies respiratoires varie suivant la position du lien, absolue dans la pendaison complète, elle peut être imparfaite lorsque les pieds ou le siège touchent la terre, ou lorsque l'anse est placée latéralement.
On comprend dès lors pourquoi les pendus ont tantôt la face
pâle, ianlôt bleue, pourquoi chez les uns la mort est presque instanlanée, pourquoi elle est lente chez les autres : dans le premier cas elle résulte de la syncope par anémie cérébrale, dans le dernier elle se fait par asphyxie plus ou moins lente. Il est rare que ron puisse rappeler les premiers à la vie, tandis que chez les autres la possibilité d'une sorte de résurrection a parfois surpris les médecins légistes les plus expérimentés.
Le docteur Josef Sikor, à propos de Texécution manquée de Raab, rapporte (1) le fait suivant très instructif.
Joham TakacF, âgé de ylngt-slx ans, de moyenne taille, blond foncé, avait le crâne arrondi et très bomI)é derrière les oreiiies.
Il avait été incarcéré â Raab, à plusieurs reprises ; mais ce ne fut que dans le cours de sa dernière détention, qui s*était prolongée à cause du pourvoi qu*ii avait interjeté plusieurs fois, qu'il fut profondément atteint de la maladie, oonséqaeoce naturelle de l'incarcération, de la scrofulose des prisonniers. Son codétenn, nommé Gede, avait contracté la même affection, avec localisation prédominante dans les ganglions des organes de la digesUon et de la resplraUon, et avait saccombé à un œdème du poumon. Ches Takacs, c'étaient les deux parotides, et les ganglions cervicaux qui étaient atteints, dans la région de ces derniers il s'était produit d'assez volumineuses tumeurs, dont quelques-unes offraient la grosseur d'un œuf de poule.
Les ganglions sous-maxillaires n'étaient qne modérément infiltrés.
C'est dans de telles circonstances qu'eut lieu l'exécution le 14 de ce mois, à boit heures du matin. Lorsqu'elle fut terminée, f t huit minutes après sa fin, je fos, eo ma qualité de médecin légiste, commis à cet effet, requis par le procureur ro>il pour examiner le corps du supplicié et de constater si celui-ci avait déjà expiré. Je me rendis aupiès du cadavre suspendu à la corde, et, sachant combien ii est difflcile de préciser chei les pendus, les noyés et les nouveau-nés, si la mort est réelle, j'appréciai toute l'étendue de ma responsabilité, toute la difficulté de mi situation.
J'entr'ouvris autant que possible les vêtements du supplicié et j'examinai d'abor4 les organes de la respiration ; je trouvai le thorax et les muscles intercostaux dins une immobilité qu'on ne peut constater que sur le cadavre, il en était de même pour les parois de l'abdomen. Puis je procédai à l'examen des organes dreulatoires, je dirigeai mon attention vers la région où se produit habituellement le choc du cœur entre la cinquième et la sixième, la sixième et la septième côtes, et après m'être assuré qu'il n'y avait pas moyen de découvrir le moindre indice d'activité persistante du cœur, j'examinai toute la région précordiale sans pouvoir percevoir aucun signe d'action cardinque. Il ne m'eût été possible d'appliquer l'oreille coatre le thorax, que si le corps avait été enlevé de la potence et dépouillé des vétementi grossiers et étroits dont le prisonnier était revêtu.
Je considérai ensuite la cornée des deux yeux; elle offrait cet aspect trouble qu'on ne trouve que sur le cadavre; les pupilles étaient fortement dilatées et complètement insensibles à l'action de la lumière, quoique les rayons d'un s(ri«il
(1) Silior, Die miss/wtf/ene Justification in Haaô{Wien, med, Blàtter, n* 17, IWO;. — Annales des maladies de t^ oreille et du larynx, Paris, 1880, p. 102.
^lalaot tombassent directement sur les yeux. J'essayai de comprimer les pupilles ; leur forme circulaire se changea en la forme d*uii ovale allongé, qui persista après cessation de la pression. En raison de tous ces symptômes, J*exprimai l'opinion que la mort était réelle.
Trois minutes après, je fus de recbef requis par le procureur royal d'examiner le supplicié. Je procédai de la même manière que précédemment, et les mêmes symptômes se produisirent, à cela près que la pupille de l'œil droit, qui, lors de mon premier examen, avait pris une forme ovale par suite de la compression subie, prit cette fois une forme arrondie. Je certiûai, en réponse à la question du procureur royal, que la mort s^était produite.
Le corps fut alors détaché de la potence, placé sur un fourgon spécial et mené à l'hôpital municipal. Voulant assister k Touverture du cadavre, Je me hâtai de prendre au plus court dans le but d'arriver en môme temps que lui à cet établissement.
Aux abords de l'hôpital, Je vis le fourgon, poursuivi par une grande foule, arriver au grand galop en roulant sur un mauvais pavé et s'arrêter devant l'hôpital. A peine était-il arrêté, que Je le rejoignis, et Je remarquai qu'au moment où ou en retirait le corps du supplicié, ce dernier exécutait des mouvements respiratoires et râlait la bouche couverte d'écume.
Je fis transporter le corps dans la salle d'autopsie où se trouvaient l'honorable professeur Bierbauer et le médecin de l'hôpital, Joseph Schmidt. Nous voulions, ce dernier et moi, faire avec le concours du professeur quelques expériences sur le cadavre et provoquer des mouvements musculaires par l'application des courants électriques. A peine avais-Je, pour on Instant, appliqué les électrodes sur la région précordiale, que Je pus constater par la palpation que la cœur fonctionnait, bien que faiblement, ce que rauscuUation confirma pleinement. Dix minutes après. Ton pouvait percevoir doâ pulsations radiales et la tendance au rétablissement de la respiration se manifestait de plus en plus.
Au bout de deux heures, les membres Inférieurs se remuaient déjà et la respiration t'accomplissait; Je comptai 32 mouvements Inspiratoir es par minute, taudis que le pouls radial battait 50 fois dans le môme laps de temps.
Oo fll une injection sous-cutanée de morphine, on donna de l'élher à l'intérieur et l'on appliqua un sinapisme sur la région du cœur. Notre homme vécut dans ces conditions de neuf heures du matin Jusqu'au lendemain à sept heures du matin, c'est-à-dire vingt-deux heures après la pendaison ; mais il ne reprit connaissance qu'imparfaitement et encore au dernier moment. II est inutile de dire que la mort n'avait été qu'apparente, bn ma qualité de professeur de médecine lég.ile à l'académie de droit, J'ai coutume d'enseigner plusieurs fois par an à mes auditeurs que le médedu ne saurait mettre trop de soin à constater la mort des pendus, des noyés et des nouveau-nés, et pour prix de ma prévoyance et de mon xèle, c'est précisément à moi-même qu'il arrive une aussi poignante aventure.
Quelles ont donc été les causes de cette résurrection qui entraînera probablement une modification du Code pénal en Hongrie et le remplacement de lu potence par la guillotine ?
£ 1 premier lieu il me faut indiquer l'e&istence de tumeurs ganglionnaires au cou et sous le menton du pendu, tumeurs qui par leur mollesse et leur élasticité, ont empécbé la corde de comprimer complètement la carotide et la veine Jugulaire.
Eo deuxième lieu on a dit que le corps avait été détaché trop tôt de ia corde; mais je pense, quant à moi, que le résultat n'eût pas varié si le supplicié était re:tté une demi-heure de plus à la potence.
La troisième cause a été la tentative si bien faite de rappeler le supplicié à It Tie, alors que le fourgon avait conduit le corps sur un mauvais payé en î'eipo aot ainsi aux effets d*une violente commotion qu'aucune autre tentative n'aurait pi mieux réaliser.
Hormann admet également que la présence des tumeurs ganglionnaires a empêché la compression des carotides et probablement des voies aériennes.
On connaît moins bien les phénomènes qui succèdent à la pendaison, chez les individus que Ton a pu rappeler à la vie. Bien souvent ils succombent à des accidents ultérieurs très variables. Nous pensons que l'observalion suivante que nous devons à nos collègues des hôpitaux, MM. Rendu et HomoUe, ne semblera pas sans intérêt.
Il faut remarquer que chez ce vieillard Tanse placée à gauche sous la mâchoire laissait libre la circulation carotidienne droite et qu'au lieu d'appartenir aux pendus qui meurent par syncope, il doit être rangé parmi ceux qui succombent à Tasphyxie lente avec congestion cérébrale.
Tentatice de suicide par pendaison. Compression très prédominante de la moitié gauche du cou. — Contracture généralisée puis limitée au côté gauche; hémiplégie d'oite avec aphasie. Encéphalo-méningite aiguë au cinquième jour. Mort le sixième jour.
M. X., soixante-seize ans, a toujours passé pour un liypocondriaque ; aatii loin que vont les souvenirs des personnes qui l'entourent, on se rappelle riTOir entendu parler de suicide. Depuis quelques années et surtout depuis deux ans, aprè) la mort de sa femme, sa disposition mélancolique est devenue plus prononcée en même temps que son intelligence a très notablement baissé. Le cercle de ses préoccupations habituelles s^est beaucoup rétréci et elles ont pris un caractère absurde. Ses deux filles sont trèsnévropathiques.
Un premier projet de suicide est déjoué; la corde qu'il avait flxée à fa f rrare de sa fenêtre est découverte et enlevée.
La tentative de suicide qui fut cause de la mort eut lieu quelques semaines plus tard.
Le lundi ..., après avoir passé la soirée comme d'habitu te et fait sa partie, M. X. se retire vers onze heures dans sa chambre, qui est contigué à celle de M** X...^ sa fille; la porte de communication reste ouverte comme de coutume, M^i* X... ayant toujours la crainte de quelque accidenL
A minuit et demi, M"'* X..., qui n'était pas endormie et n'avait rienremaïqaé qui pût mettre sa défiance en éveil, entend un grand bruit comme celui d'uu corps qui tombe; elle trouve M. X... affaissé sur \ei genoux et en apparence privé de vie. Le cou est entouré d'une corde qui s*est rompue. M. X... s'était pendu au moyen d'un cordon de tirage de rideaux, semblable à celui qu'on avait trouvé la première fois, et suspendu de môme à la ferrure de la même fenêtre; le cordoo é ait vieux et sa rupture avait déterminé la chute.
La corde enlevée, on reconnut bientôt que M. X... vivait encore.
M. le D' Rendu, qui le vit une heure et demie après raccldent, constata les Culs suivants :
M. X... étatt coQché, dans Je coma le plus compler, la faee congestionnée, ?iolaefoet vultueuse. La respiration était embarrassée et stertoreuse; la déglutition paraissait fort difficile et une partie de la salive s'écoulait par la commissure des lèrrcs. La bouche était serrée, et il fut à peu près impossible de l'explorer ; It langue parut plus volumineuse qu*à l'ordinaire et il n*y ent pas moyen de la tirer bora des arcades dentaires.
Le cou présentait un sillon circulaire qui aboutissait, do côté gauche, au niveau de la partie moyenne du larynx, en dessinant on trajet exactement transversal : puis, à partir du larynx. Il s'infléchissait brusquement et remontait vers la branche droite du maxillaire pour arriver au voisinage de l'apophyse mastoîde. 11 semblait donc résulter de cette disposition que le cordon, d'abord noué circulai rement autour du cou. avait glissé par le fait du poids du corps et s'était trouvé arrêté à droite par la saillie du maxillaire inférieur. Grâce à cette circonstance, la carotide droite se trouvait évidemment moins comprimée que la carotide gauche, et la circulation profonde avait pu encore i'eiïectuer.
Le larynx se trouvait donc serré par le cordon à peu près à la partie inférieure du cartilage thyroïde (1) t à la pression, il ne paraissait pas fracturé ni déformé, il était seulement un peu doulc»oreux. Mais il offrait une disposition singulière. On fût dit qu'il était luxé. Son axe i/étnit plus dans la ligne médiane du cou, et il formait an angle aigu tourné en haut et à gauche : il dépassait certainement de 3 à S centimètres la ligne médiane de ce cdté.
Lea caractères du sillon n'étaient pas tout à fait identiques à droite et à gauche. A gauche, là où la eonstriclion avait été plus forte, il existait, non seulement de la lougenr, mais un petit pointillé ecchymotique. limité exactement au fond du sillon ; à droite, il n'y avait pas d'ecchymose, mais feulement de la rougeur et une dépression très accentuée des téguments. Autour, la peau formait un bourrelet prononcé qui faisait paraître encore plus considérable la tuméfaction des partiot molles.
Tels étaient les signes physiques constatables au niveau du cou. Mais une particularité qui frappait à première vue, c'était une rigidité générale et une coutracture qui immobilifalt dans la flexion forcée les deux membres i>upérieur$. Les Jambes étalent également rigides, mais dans l'extension. Les mâchoires étaient eontraeturées. Les pupilles contractées (autaut qu'il m'en souvient). La sensibilité nulle.
L'auscultation révélait des râles dans la poitrine et surtout un râle guttural très bruyant. Le cœur battiit rapidement, mais régulièrement.
Il était évident que ce qui dominait c'était la congestion cérébrale, accu<ée par la teinte vineuse des téguments et par la saillie des veines du cou et de la face; bien qu'il y eût plus d'une heure que l'accidt^nt fût arrivé, ces phénomènes permis* talent avec une grande netteté.
Uue saignée de 500 grammes environ fut pratiquée aéance tenante : dea ventouses sèches avaient été déjà appliquées par un médecin mandé en toute hâte.
Sout l'Influence de la saignéo, il parut sur le moment se faire peu de détente, cependant la teinte violacée des téguments diminua d'intensité, et la respiration devint moins stertoreuse. A la un de la saignée, la contracture commença â être moins absolue ; mais le coma persista et le malade ne reprit nullement connaisaanee.
Cependant, une heure après il y avait une amélioration sensible : les tégumenta
(1) Il Mt probable que pendant la tutpeoiion la corde devait être au-detiut d« laryai par f IbacoKBt et eatraineoieBt de la peau.
étaient plutôt pfties et la peau moite ; il n*y avait plus que passagèremeot de la contracture à droite^ mais elle persistait obstinément à gauche.
M. X... parut dormir d'un sommeil asseï calme, à partir de quatre heures da matin.
Le mardi matin le malade donne quelques signes de connaissanee et ptr instant il suit du regard les personnes qui l'approchent. Les membres du eôCé gauchi sont en état de contracture permanente, a?ec flexion modérée des divers segments du membre supérieur, le membre supérieur est dans Textension ; la déviation £iciale est peu considérable. Rotation de la tôte peu marquée, douteuse même vers la gauche. De temps en temps, en dehors de toute excitation, les meoihres iOit agités de secousses convulsives toujours peu nombreuses et peu éteodnei; les muscles de la face présentent des mouvements de même nature.
Le côté droit est manifestement paralysé, sans être dans un état do résotutiooet de fiaccidiié complètes ; de temps en temps 11 est, comme le côté gauche, le siège de petites contractions cloniques.
Le pouls, ample et brusque, est peu résistant ; il y a 96 à 100 pulsatloos par minute. Le choc précordial est fort et très brusque ; la régularité des betteoienti est parfaite. Le rhythrae respiratoire est normal ; quelques raies ronflants se perçoivent, surtout à gauche.
La trace laissée par la corde est très marquée sur la moitié gauche du eoa; elle se voit à 2 centimètres et demi au-dessous de Tangle du maxillaire et de là le dirige obliquement en haut et vers la ligne médiane, qu'elle croise à peu préi exactement au niveau de la saillie du cartilage thyroïde ; à droite elle se porta vers Tangle du maxillaire. Dans ce point la pression a été beaucoup moindre, et It trace do la corde est à peine visible.
Le mercredi, l'hémiplégie droite est peu marquée; cependant pendant le sommeil la commissure labiale droite est encore soulevée par le passage de Pair expiré. La roideur des membres du côté gauche n*existe presque plus. Le malade, qoi n'avait pas dit une parole, essaie de s'exprimer; il est certainement aphasique; un grand nombre de mots paraissent lui échapper et il fait quelques confusioDs.
Le pouls présente les mêmes caractères (84 p.) ; la peau est un peu chaude [isr sous l'aisselle).
Le malade crache avec peine des mucosités visqueuses qui semblent venir du pharynx. La respiration se fait bien ; les râles ronflants qu'on entendait U feille, à gauche en particulier, ont même disparu. *
L'oreille gauche est trèi rouge (paralysie vaso-motrice?)
Il n*y a aucun trouble oculo-pupilialre.
On remarque beaucoup plus nettement que la veille une déviation du larynx qui était masquée par un certain degré le tuméfaction. Tout le larynx est comme luxé sur le plan que forme la partie antérieure du rachis et est porté en masse vers la gauche. Lavement : sulfate do quinine, bromure de potassium.
Le mercredi, il y a un mieux notable ; la connaissance est revenue en partie ; le malade reconnaît ia plupart des personnes qui l'entourent ; il parle asses correctement, mais il persiste un peu d'aphasie et le malade s'irrite de ne pouvoir pas s'expliquer. Il revient volontiers aux sujets qui l'occupaient avant l'accident II d'i aucune notion de ce qui lui est arrivé. Il a une grande répugnance à prendre les aliments liquides qu'on lui préàoute ; il avale mal.
Le jeudi, la paro!e est revenue ; le malade est assez tranquille ; il demande seclement à se lever et divague un peu en parlant.
Le vendredi matin, il est sans fièvre; mais la nuit a été un peu agitée. Il ne veut
çts rester au lit ; on rhabille et il passe quelques heures dans un fauteuil. Dans raprès-midi, il commence à s'agiter ; Il psrie beaucoup, refuse de prendre des aliments ; il garde dans la bouche les boissons qu'on lui présente et en faisant effort fMNur parler il s'étrangle à chaque cuillerée. Le soir> il a la peau chaude, le pouls fréquent (100-104). Il ne reste pas un instant en repos; ses bras et ses jambes ioot constamment en mouvement ; il s'irrite, refuse de boire, demande à se leyer, lea paroles sont beaucoup plus incohérentes.
Après un lavement de chloral 11 a quelques heures de calme^ puis l'agltatioD reeommeoee.
Elle dure toute la journée du samedi ; la parole est incohérente et souvent pea intelligible; les membres s'agitent sous les couvertures ; la connaissance s'obscurcit 4» plus en plus. L'on observe de la roideur de la nuque et un peu de renversement 4e la tète en arrière.
Cependant, la respiration n'est pas notablement embarrassée le matin. Le soir la peau est chaude, la respiration n'est pas accélérée ; il n'y a pas d'engouement pulmonaire, mais de temps en temps les mouvements respiratoires diminuent notaélément d'amplitude et il y a même par intervalles de courtes pauses, sans que lea désordres présentent nettement le caractère du phénomène dit de cheyne-stokes*
Vers quatre heures et demie la respiration s'arrôte déflnitivement au dire des personnes qui l'entourent et l'observent de très près ; à six heure?, état de mort apparente. Absence complète de respiration; absence de pulsations radiales ; immobilité abaoloe et pâleur cadavérique. Il semble y avoir un peu de raideur des membres ; U tôte est renversée, la bouche entr'ouverte.
A la région précordiale on perçoit quelques rares battements sensibles à la main et à l'oreille.
La respiration artificielle avec introduction dans la bouche d'un tube à déga- ^ment d'oxygène n'amène aucune modIQcation.
A sia heures et demie, il me semble encore entendre une ou deux fois un battement du cœur.
La mort survient sans convulsions.
§ 2. — LA 8TR4IIGULATI0N PAR OlfB CORDE (1).
Hofmann a raison de séparer la description de la strangulation par la corde et de la slrangulalion à la main. En effet au point de Toe des causes de la mort la slrangulalion par la corde doit être rapprochée de la pendaison, el la strangulation à la main doit être rapprochée de la suffocation avec laquelle elle est souvent combinée. Je me hâte d'ajouter que pour le médecin légiste, réunir la strangulation à la corde et la pendaison serait établir une confusion, car la pendaison a presque toujours pour cause un suicide et la strangulation un crime ; mais sous le rapport pathogénique, quel que soit le procédé par lequel un lien est appliqué autour du cou, la mort est la conséquence de la gêne apportée à la circulation de
<i) Voy. p. 3ê8.
HonAïQi. SI
l'encéphale, puis secondairement de la gêne souvent incomplète des fonctions de la respiration. Dans la strangulation à la main, ou bien le choc laryngien prédomine, et alors la mort est rapide, ou bien Tocclusion des voies circulatoires et respiratoires a été incomplète, intermittente, prolongée car la main criminelle se déplace et Tanémie cérébrale ne joue plus qu'un rôle accessoire et secondaire. Aussi les lésions sont-elles différentes dans les deux cas. Dans la strangulation à la corde la description des lésions internes rappelle celle de la pendaison , dans la strangulation à la main la confusion avec les lésions de la suffocation serait presque impossible à éviter si Ton ne trouvait sur le cou les traces laissées par la main du meurtrier.
ART. II. — LA MOnT PAR SUBMERSION (i).
Depuis longtemps quelques auteurs (2) ont été frappés des caractères particuliers que présente le sang des noyés. Ils ont noté sa teinte spéciale, sa grande fluidité, sa coagulation incomplète ou nulle dans les cavités du cœur et les gros vaisseaux. Aucun n'a indiqué la cause de ces modifications et par conséquent n'a cherché à expliquer pourquoi dans quelques cas ces caractères sont très nets ; pourquoi ils manquent chez d'autres noyés. Ces incertitudes ont eu pour conséquence des erreurs d'interprétation dont on trouve de nombreux exemples dans les ouvrages de médecine légale.
Devergie a été sur ce point le plus explicite des auteurs qui ont fait des études sur la submersion. H dit (3) : « Le sang reste fluide pendant plusieurs heures ^ même dans les vaisseaux qui pénètrent dans la substance des os, La fluidité du sang des noyés est remarquable : elle égale presque celle de Teau ; aussi le sang s'écoule-t-il avec rapidité des cavités du cœur ou des vaisseaux qui le contiennent aussitôt qu'on y pratique une ouverture. II est très rare de rencontrer du sang coagulé dans les cavités du cœur. Orûla n*en a trouvé qu'une seule fois dans cet état ; M. Avisard et moi nou> l'avons observé chacun deux fois. Nous ajouterons cependant que la fluidité du sang est en général commune à toutes les espèces de mort violente ; mais elle n'est que fort rarement aussi grande que
(1) Voy. p. 397.
(2) p. Brouardcl et Ch. Vibert, Étude sur ta submersion, (Annales tfhvgiinf, 3* série, t. IV, ii" de novembre 1880.)
(3j Dcverg c, Médecine légale, t. II, 1852, p. 69C.
dans Tasphyxie par submersion. C'est un fait fort remarquable que la fluidité du sang. Ce liquide s'écoule du cœur comme le ferait de l'eau, et il ne reste pas de caillot dans les cavités après cet écoulement. Certes Use passe là quelque chose de particulier chez les noyés y pendant les derniers momenfs de la vie, »
Devergie avait bien décrit cette fluidité du sang, mais il n'avait pas su distinguer pourquoi le sang est extrêmement fluide chez certains noyés et pourquoi il est coagulé chez d'autres.
Casper dit simplement (1) : « La fluidité du sang, qui revêt une couleur cerise, est le signe le plus constant, cet état s'explique par l'empoisonnement du sang produit par le manque d'oxygène, ce qui lui Tait perdre la faculté de se coaguler. » > •
Cl. Bernard a d'autre part noté ces mêmes caractères du sang chez des chiens à qui il avait directement fait de copieuses injections d'eau dans le système vasculaire (^). En rapprochant ces données antérieures et les résultats de nos nombreuses autopsies des noyés à la morgue, nous nous sommes demandé, M. Yibertet moi : I* si l'eau ne pénétrait pas en quantité notable dans le sang pendant la submersion ; 2* par quelle voie se faisait cette pénétration.
Si l'on se souvient de l'exlrême puissance d'absorption de la muqueuse pulmonaire il semble naturel de chercher si ce n'est pas à elle que revient le rôle le plus important dans cette absorption.
Ce sont ces points que nous allons tout d'abord tâcher d'établir.