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CHAPITRE PREMIER

LES ATTEliNTES A LA SANTÉ ET A LA VIE PAR BLESSURES (TRAUMATISME) DANS LE SENS RESTREINT DU MOT,

Nous disons qu'il y a blessure quand il y a des solutions de contînuUë ou troubles des fonctions de certains organes ou tissu d'organe?, déterminés par des moyens mécaniques.

Ces lésions peuvent donner lieu à une expertise et un rapport médico-légaux aussi bien sur le vivant que sur le cadavre, dans ce dernier cas surtout, si Ton suppose que cette lésion a occasionné la mort.

Le rôle du médecin légiste dans les deux cas consiste à déterminer la nature de l'instrument vulnérant, en second lieu à qualifier la bletture dans le sens du Gode pénal.

ART, !•». — DÉTEWIINATION DE LA NATURE DE l'iNSTRUMENT VULNÉRANT.

On distingue généralement les instruments vulnérants en conton* dants^ cùntondants-coupantt^ tranchants^ piquants et en armes à feu^ et les blessures qui y correspondent en : 1^ blessures par instruments contondamis ou à bords mousses ; 2® plaies par instruments tranchants ; ^ pUnet par instruments piquants ; 4® plaies par armes à feu.

9 1**. — BL188U1IB8 FAR IM8TRDMBNTS CORTONDANTS.

De toutes les blessures qui se présentent dans la pratique médico-légale, celles-ci sont les plus fréquentes.

Les instruments employés dans ces cas sont de la nature la plus diverse. Outre les mains (poing) et même les doigts, nous citerons Honuim. 12

d'une part les instruments qui sont réellement faits pour Tattaque ou pour la défense, les casse-tête (life preser?ers),les seklagringe àa habitants des Alpes, d'autre part, des instruments qui sont fabriqués dans un autre but, et qui deviennent des armes improvisées dam les différentes luttes, tels que cannes, bâtons de chaises, pierres, etc. On comprend que dans, ces circonstances, et surlout quand il d'j a pas eu de préméditation, on se sert de tous les objets à la portée de la main et propres à la défense ou à l'attaque.

Il y a blessure par instruments contondants dans les cas d'écrasement par une voiture ou de tamponnement, dans les cas d'écroulement de maison ou d'échafaudage, etc., ainsi que dans les cas de chute d*une certaine hauteur ; dans ce dernier cas, ce n'est pas l'instrument vulnérant qui vient à la rencontre de Tindindu, mais c'est plutôt l'inverse qui a lieu, de môme que dans h projection du corps contre un objet dur et résistant.

Bien que l'action de tous les instruments contondants puisse être rapportée à une compression plus ou moins violente et subite de certaines parties du corps avec un écartement plus ou moins considérable des tissus, la variété et la nature si diverses des ins* truments contondants, employés dans ce but et les différents degrés de force qui leur reviennent peuvent faire comprendrOi en laissant môme de côté toute une série de circonstances pouvant avoir une influence modincatrice, combien doit être varié l'effet déterminé sur le corps de l'homme par ces instruments. Nous pouvons cependant, en parlant du moins grave, diviser ces effets en : (a, érosions de la peau, (b, su/fusions sanguines, (c, plaies^ (d, ébranlement à système nerveux central^ (e, ruptures et déplacements de parties molles mte?mps, (f, fractures et luxations des os et enûn^ (g, broiement et détachement de parties entières du corps.

A. Excoriations de la peau.

Les excoriations de la peau résultent surtout de l'action tangeotiellc d'instruments contondants, qui enlève l'épiderme par places et laisse le derme à nu. On peut les trouver seules ou associées! d'autres blessures, surtout comme manifestation d'une seule et môme blessure. C'est ainsi que Ton trouve souvent la peau excoriée au-dessus des sugillations ou d'une lésion grave des parties profondes, et que l'on observe que les bords des plaies faites par instruments contondants sont toujours excoriés. Les excoriations n'ont que très-exceptionnellement une importance au point de

TU6 chirurgical^ n'étant que des lésions très superficielles et peu étendues. Mais elles ont une valeur considérable au point de vue médico-légal, parce qu'elles montrent les places où a porté la violence* et parce que leur forme et leur disposition permettent souvent de reconnaître avec une grande certitude la nature de la violence. Gela s'applique surtout aux excoriations que l'on trouve au voisinage des orifices et des voies respiratoires, et dont la valeur est considérable pour le diagnostic de certains attentats, surtout si leur forme correspond à celle des ongles ou d'une corde. Nous parlerons pins longuement de cette lésion en un autre endroit. Les excoriations constituent encore des traces de lutte ou de résistance, dont la constatation peut souvent avoir une grande importance, tant sur le cadavre que sur le vivant.

Immédiatement après leur production, les excoriations saignent en général peu ou point du tout. S'il y a hémorrhagie, elle provient de la rupture des capillaires des papilles qui se dessinent par des points bémorrbagiques. L'individu reste-t-il en vie, le derme mis à nu se recouvre déjà dans la première heure d'une couche d'exsudat fibrineuz, qui se dessèche et forme une croûte, si l'endroit est exposé à l'air, et la guérison arrive en général au bout de deux jours, ^ns laisser de cicatrices. La mort est-elle survenue pendant ou immédiaVemeni après la production d'une excoriation, Thémorrhagie du derme mis à no est encore plus rare et plus insigniflante que dans le cas précédent, car un des premiers symptômes de la mort, c'est l'évacuation du sang des capillaires de la peau, évacuation reconnaissable déjà à la pâleur de la face qui se montre presque régulièrement pendant l'agonie, mais pas en môme temps sur tout le corps* Immédiatement après la mort cette excoriation, si elle n'est pas située sur les parties déclives du corps vers lesquelles se porte le sang, offre la couleur du derme anémié et est humide. Si cet endroit reste exposé à l'air, il commence à se dessécher peu de temps après la mort (plus rapidement sur les parties supérieures ou découvertes que sur les parties déclives ou couvertes d'habits), et déjà au bout de quelques heures le derme à cet endroit a pris une coloration allant d'un brun jaune au brun-rouge, est devenu dur et di/Bcile à couper et a pris une consistance que l'on a comparée à celle du parchemin ou du cuir. Cette dessiccation est un phénomène purement cadavérique et a lieu également si l'épiderme a été enlevé d'une autre façon, par exemple par une brûlure, un véâcatoire, et ceci est surtout très-important au point de vue médico-légal, qne l'écorchure ait été produite avant, pendant ou

môme après la mort. Il s'ensuit que, s'il n*y a pas de suffasion sanguine dans le tissu sous-cutané, nous ne sommes pas en élit, par les caractères de l'écorchure seule, de décider si elle a été produite pendant la vie ou non. La couleur des endroits desséchés ne prouve rien, contrairement à Topinion des anciens auteurs, car les excoriations produites après la mort et desséchées peuvent offrir les nuances les plus variées ; du reste ce n'est pas la quantité de sang contenue dans le derme, variable également sur le cadavre, mais le temps écoulé et le degré de dessiccation qui donnent à ces places une couleur plus claire ou plus sombre. L'existence d'un piqueté hémorrhagique desséché, provenant de la pointe des papilles, n'est pas absolument probante, car une excoriation post mortem peut également blesser les papilles, et, si elle siège sur des parties déclives du corps, il peut y avoir sortie de gouttelettes de sang des capillaires même sur le cadavre, comme on peut facilement s'en convaincre par des expériences.

Du reste il peut y avoir une dessiccation post mortem analogue à celle que nous voyons survenir sur les parties de la peau dépouillées de leur épiderme, sans qu'il y ait détachement de cette couche épidermique, surtout aux endroits de la peau où l'épiderme est en général plus humide, comme par exemple au scrdtum, sur les muqueuses exposées à l'air, comme celle des lèvres, enâa aux endroits de la peau qui ont été soumis à une forte compression. Cette compression, chassant le sang et les autres humeurs, fait que ces places se dessèchent plus facilement que le reste de li peau, comme nous pouvons l'observer par exemple sur le sillon strangulatoire des pendus. Sur les bords de différentes plaies, surtout des plaies contuses, sans parler des excoriations que l'on trouve souvent sur le bord de ces plaies, la dessiccation est plus rapide, parce que, à la suite de la solution de continuité des tissus, les liquides qui y sont contenus peuvent s'évaporer très-facilement.

B. Suffustons sanguines.

Nous avons ici en vue surtout les suffusions sanguines qui se produisent d'ordinaire par contusion du tissu cellulaire sous-catané ou des parties molles sous-jacentes. Elles proviennent d'une déchirure de petits vaisseaux et d'une extravasation sanguine consécutive dans le tissu environnant et peuvent se présenter avec oo sans autre blessure. On les trouve surtout au-dessus des blessorsi des os et eu général dans l'étendue des plaies par instruments con-

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fondants ou dilacérants. Les conditions les plus favorables pour leur production se trouvent, en dehors de l'intensité du coup ;K>rté, dans Texistence d'un corps solide au-dessous de la surface de ta partie correspondante de la peau et dans la grande friabilité du tino atteint par la pression ou le choc. Nous savons que les su (Tu* âons sanguines se produisent plus facilement dans les endroits où la peau passe par-dessus des os, par exemple à la tête, et beaucoup plus fiicilement chez les enfants que chez les adultes, et chez les preanen apr^s une violence relativement minime. Il en est de même des p ersonnes très-âgées, chez lesquelles, par suite du processus athéromateuz, les vaisseaux de la peau et des tissus sous-jacenls peuvent devenir si friables que des causes insigniGantes suffisent pour déterminer des suffusions.

L'étendue de la sufTusion sanguine dépend de la richesse en raisseaux de Tendroit contusionné, du calibre et de la nature des raisseauz correspondants (les blessures des artères donnent lieu à des suflTosions sanguines plus étendues que celles des veines, parce que le sang s'en écoule sous une plus forte pression) et aussi de la consistance plus ou moins lâche des couches de tissu dans lesloelJes se fait l'épanchement sanguin. Cette dernière circonstance nous explique pourquoi les suffusions de la peau de la tête en gèlerai sont beaucoup moins étendues que celles qui se forment lans le tissa cellulaire lâche que Ton trouve entre Taponéyrosé (picrânienne et le péricrâne, et pourquoi les suffusions des pau- [Hères, du serotum ou des lèvres ont parfois une extension si consi* jérable.

La forme extérieure la plus fréquente des sugillations est la bnne ronde et s'explique, d'une part, parce que la plupart des* nsIrumentSy qui les produisent, agissent par une surface arrondie (m plate et parce que, les parties du corps présentant presque toutes Doe forme arrondie, celles-ci ne se trouvent en contact avec ces instruments que dans un espace circonscrit, d'où il s'ensuit que les iostraments les plus divers peuvent reproduire des sugillations lemblables ou analogues par leur forme. Dans d'autres cas, la npllation reproduit très-nettement la forme de l'instrument conloodant, comme par exemple la suffusion en raie que les coups de hitom laissent après eux, surtout aux endroits tels que le dos oà rioslniment peut se trouver en contact avec la surface de la peau ifltt la plus grande partie de sa longueur. En dehors de leur forme» kt sugillations peuvent encore donner des renseignements sur leur aiode d*origUie par leur disposition, leur nombre et leur siège.

Cela s'applique particulièrement aux suffusions rayées et parallèles, croisées dans d'autres cas, produites par des coups de bâton, mais surtout aux suffusions qui siègent sur la partie antérieure do cou des deux côtés du larynx, qui peuvent persister après des tentatives de strangulation ou la strangulation suivie de mort, et qui suffisent, avec les écorchures de la peau provenant des ongles et existant le plus souvent en môme temps, pour déterminer le genre d'attaque et, dans certains cas, le genre de mort.

Les suffusions sanguines n'ont en général aucun caractère de gravité au point de vue de la santé, si ce n'est quand elles lont trèsétendues, ou quand les parties sous-jacentes sont fortement broyées; dans ce cas il peut se développer de la gangrène, des abcès ou des états consécutifs de longue durée. Hais un nombre considérable de suffusions, dont chacune prise à part ne constitue qu*une lé»on insignifiante, peuvent par leur action commune amener des symptômes de réaction assez intenses et des altérations de la santé plus ou moins longues, sans parler de la violente irritation des extrémités périphériques des nerfs produites dans ces cas, et de l'excitation des centres nerveux en partie par voie réflexe, en partie par ébranlement nerveux. C*estce qu'on a observé souvent à la suite des bastonnades (lyncher).

A l'état frais, les sugillations se présentent comme des taches circonscrites, faisant quelquefois saillie sur la peau, bleuâtres ou d'un bleu rougeâtre et un peu sensibles à la pression. Si elles n'ont pas une étendue considérable, elles s'aplatissent et commencent à s'amoindrir après vingt-quatre heures par suite de la résorption da parties liquides de l'extravasation, et elles finissent par disparaître après que leur couleur a passé, en partant du bord de la suffusioo, par le gris-bleu, le vert, enfin le jaune. Les changements de couleur sont dues à la décomposition des globules sanguins en pigment en partie amorphe, brun et vert, en partie cristallisé (hématineet hémaloïdlne).

Sur le cadavre les suffusions sanguines ont une grande importance comme traces de lutte ou de résistance, et fournissent les renseignements les plus utiles pour savoir si une blessure récente t été faite pendant la vie ou après la mort, une question que nous traiterons avec plus de détails en un autre endroit. Il s*agit de savoir, dans les cas où l'on trouve de ces lésions, si l'on a réellement I faire à des suffusions sanguines. Il faudra bien se garder de confondre avec les sugillations les simples phénomènes d'hypostaie interne ou externe et ses conséquences (imbibition et transsudatioD

LES ATTEINTES A LA SANTÉ ET A LA VIE PAR BLESSURES. 183 du sérum du sang), précaution qui esl malheureuse ment Irop souvent négligée et dont la négligence peut mettre le médecin dans les situations les plus pénibles. Celui qui fait Taulopsie ne doit jamais se contenter d'examiner l'aspect extérieur de la peau en ces endroits, il lui faut encore {ainsi que le recommandent l'ordonnance concernant la constatation des décès en Âutiiche et le régulalio prussien), inciser ces plaies afin de se convaincre qu'il n'y a pas une suQusioQ sanguine réelle, mais simplement une coloration cadavérique. Il ne doit pas lui suffire non plus de constater l'un ou l'autre pliéaomëne, mais il doit encore consigner dans son rapport les procédés employés dans ce but, alin de prévenir ainsi d'avance toute objeclion. Il en est de même de la recherche et de la constatation des suffusioos sanguines plus proTondes. Nous ferons remarquer encore que l'on pourrait prendre pour des sugillations non seulement des hypostases cadavériques, mais encore des colorations bleuâtres que l'on trouve aux endroits de la peau comprimés après la mort, et qui sont duei en partie à la compression de la peau même, en partie à ce que les muscles deviennent apparents à travers l'amincissement de la peau, comme nous pouvons nous en convaincre facilement sur des sillons de strangulation (Ij.

Enlin il peut y avoir des suffusions de la peau et des organes internes sans qu'il y ail eu violence extérieure. De ce nombre sont les ecchymoses de la peau et des organes internes, que l'on observe dans ie scorbut, l'hémophilie, ou l'empoisonnement par le phosphore, et qui ont pour cause une grande friabilité dus vaisseaux périphériques par suite d'une dégénérescence graisseuse. li n'est pas impossible de prendre ces ecchymoses pour des suffusions Iraumaliques, et nous avons cité plus haut un cas d'empoisonnement par le phosphore dans lequel de larges ecchymoses du péritoine, qui étaient manifestement dues à l'inloxication, ont été regardées comme produites par une contusion du bas-ventre. Ces confusions pourront facilement 6tre évitées par une description attentive du résultat de l'autopsie.

S'agit-il de délerminer l'ige de cei luffusians. Il taadra eitmiuer, outra les caractère» eil^rieurt de la pe«u, U constituLian du sang extravasé. Plus la augillition est ancienne, phis le saag est épaiaxi et plu9 $a couleur dilTère de la couleur normale. Dans les premiers jours, le sang esl liquide et presque noir en

(1) Nous IrouTons quelquefois des places fortement colorées en bleu, sur des inditidus amaigris, aux endroits où la peau amincie passe par-deasus des saillies mnicQlBires >uperflcielle» icllus que colles du libia Biitârieur et la masse charnue du court eiteii^eur des orteils.

couches épaissesi tandis qu'il a encore la conleor ordinaire en eoachet plot minces. Pins tard il deyient brunâtre avec une teinte plus ou moini Terditre. Les globules rouges du sang sont encore bien conservés les premiers Joui. Leur destruction commence avec les modifications do la coloration, leur nombre diminue, tandis qu^il s'y montre une masse de cellules contractiles, qui englobent les corpuscules rouges du sang et dans lesquelles ceux-ci se décompoisiit en granulations pigmentaires. On trouve de bonne heure dans les eztnvasats des cristaux d'hématoidine, dont le nombre diminue, à mesure que l'épeii et les modifications de couleur du sang sont plus avancés. Sur les cadavres ces caractères, surtout l'existence de cristaux d'hématoldine, peuvent servir pov la détermination approximative du temps, mais non sur les cadavres patréfés, car les cristaux d'hématoidine peuvent se former et même très-rapidemaoC dans des tissus putréfiés. On trouve ordinairement une grande quantité de criMau d'hématoidine dans le sang de cadavres putréfiés d*enfants noaveaa-nés, et Virchow les a observés déjà le quatrième Jour dans on lambeau amputéj et d^à le dix-septième Jour dans dos extravasations sanguines (1).

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