II. "▼ lies bleMures Ûe la face
Les blessures de la face ont une importance médico*légale partieoUère par deux ordres de suites qu'elles peuvent entraîner.
Casont la déflguration et la perte ou affaiblissement des organes des sens qui se trouvent dans le visage, suites qui sont regardées par la loi comme des circonstances aggravantes.
!• Cicatrices,
Par suite de la situation exposée de la tôle et de la face en particofier» ainsi que de l'importance considérable de l'intégrité de cette dernière pour l'avenir de l'individu (surtout de la femme), les cicatrices difformes de la peau qui peuvent. persister àla suite de bleslores sont regardées comme une déûguration dans le sens de la loi. Il est clair qu'il faut prendre en considération non seulement l'étendae des cicatrices, mais encore les conditions individuelles^ et nous regarderons certainement des cicatrices dans le visage d'une vieille femme beaucoup plus difficilement comme une défiguration qae dans celui d'une jeune fille ; il n'est peut-être pas inutile de fûre remarquer qu'il y a certaines cicatrices qui chez l'homme, sortontpar leur provenance, non seulement ne constituent pas une déAgnntion, mais sont encore regardées comme un ornement, et que personne n'hésitera cependant à désigner comme une déûguration chez une jeune fille. Ce qu'il y a de remarquable du reste, c*esl que c'est précisément sur des jeunes filles que Ton détermine des blessures dans le but évident de les défigurer, et nous ne citerons sous ce rapport que la projection d'acide sulfurique à la figure, foi esl un acte de vengeance féminine se rencontrant souvent dans les grandes villes et qui donne lieu à une déflguration horrible de lalgnre.
2* Perte du nez,
La perte du nez est expressément citée par le Gode pénal autridiien, ce qui parait toutefois superflu, car personne n'a jamais douté qa*ane telle blessure ne constituât une déflguration per-
lf*MtA
Outre la perte du nez, les modiûcations de sa forme constituent également une défiguration considérable, coaime par exemple renfoncement du dos du nez qui est une suite fréquente de blessares telles que la fracture des os du nez, etc.
3** Blessures de VœU. .
Dans les blessures de l'œil il y a à considérer deux choses : 1» possibilité d'une déûguration et les troubles de la vision. Le Code pénal autrichien (art. 156) a cité explicitement la perte d*an flrii à côté de la perte ou de raffaiblissement durable de la vue, pour donner un exemple d'une défiguration frappante : ces défiguratîoïki peuvent cependant être produites non seulement par la perte cooiplète d'un œil, mais encore par des cicatrices de la cornée ou pir la blessure de l'appareil accessoire de l'œil, surtout des paupièrci» comme par exemple Teclropion cicatriciel et la ptosis traumatiqoe.
Les blessures de l'œil peuvent être produites par contusion, pir l'introduction d'instruments piquants ou autres dans l'œil et ptt brûlure parle feu ou des caustiques. Les plus fréquentes en médacine légale, ce sont les contusions de l'œil. Arlt (1) a cité comiM effets possibles de ces contusions ou autres blessures les sugiOttions de la conjonctive, la contusion de la cornée (se terminus souvent par suppuration), la rupture des membranes internes 0^^ zone de Zinn, capsule du cristallin avec luxation de ce dernier, choroïde et rétine), la commotion (non encore prouvée) de la rétiaCi l'iriduplégie, la paralysie d'accommodation de cause traumalicpei enfin la rupture de Tœil.
Parmi les autres blessures, nous noterons les plaies superflcielki de la cornée (éclairage oblique), les plaies pénétrantes de celle-a avec hernie de l'iris, les blessures du corps ciliaire qui donnent foo* vent lieu à une inflammation lente ou aiguô et à une iridocyclite sympathique de l'autre œil, enfin les blessures du cristallin et ses opacités consécutives. Ce n'est pas ici le lieu de faire le diagnostic de ces blessures et nous renvoyons sous ce rapport à l'exceUent ouvrage de Arlt (2).
Pour se rendre compte des troubles de la vision, il suffit souvent d'un examen extérieur de l'œil, pour constater la perte ou raffii-
(1) Arlt, Die Verletiungen des Auges in gerichilieher Betiehung (Des bleuowi de l'œil en médocino légale). Wiener mcd, Wochensch.^ 1876, n»» S et mifaoti.
i2} Voy«;z aussi Galezowski, Traité des maladies des yeux. 7^ édition. Pw*»» 18;:», Médecine l^ifnlf, p. 90î».
blissemenl de la vue; mais quand il n'y a pas d'altération frappante du globe oculaire, on ne doit jamais négliger Texamen attentif de l'œil à rophthalmoscope et la mensuration de l'acuité visuelle selon les règles de l'art par des expériences, la lecture et l'emploi de Terres appropriés, en un mot avec tous les appareils dont on se sert en clinique pour la constatation de l'acuité visuelle (1).
Dans un grand nombre de ces cas, surtout dans les amauroses et les anomalies d'accommodation, il faut également penser à la possitttlilé d'une simulation. Dans la myopie ou la faiblesse simulée de U vue, on peut constater la simulation au moyen d'épreuves par différents verres de lunettes et l'examen à l'ophthalmoscope (2). Pour les amauroses, on aura égard à la réaction de la pupille et on emploiera, comme l'a recommandé de Graefe, des verres prismatiques, qui, appliqués d'abord sur les deux yeux puis sur chacun d'eux en particulier, sont propres à déjouer la simulation. On peut loir les détails plus précis de ce procédé dans l'ouvrage de Arlt (3).
Qfee les blessures de U région susorbitaire puissent déterminer une cécité
1» Toia réflexe, c'est là un fait admis par les uns et nié par les autres. Dans la
piapart de ces css il peut s'agir moins d'une afTection réflexe que d*un pro-
fmoi rétrobulbaire dû à la commotion, surtout d'une névrite optique et d'une
atrophia consécntive du nerf (Blumenslock).
Oa rencontre dans les Alpes un genre particulier de blessure de l'œil, ce qu'on appelle rénudéation de l'œil (Augenaushebeln) qui consiste en ce que l'œil mt amuelié (luxé) par le pouce introduit dans Tangle interne de l'œil. Nous avons •Q J'occasioo, h Innsbrflck, de voir un cas de ce genre dans lequel il y eut non pas iBiftik» da baibe, mais blessure de la cornée par Tongle d'un doigt et prolapsus de ririt. Malheureusement nous n'avons pas pu avoir des renseignements certains vu les eflets de cette énucléatioo. Nous avons pourtant pu nous convaincre par des expériences sur le w.davre qu'il est assez facile de luxer le bulbe sans produire une déchirure du nerf optique ou d'autres blessures considérables de fail. Malgré cela, nous regardons comme invraisemblable ce fait, qui nous a été aUroié plusieurs fois, que ces blessures, si l'œil a été replacé immédiatement par la blotaé ou par d'autres personnes, entraînent rarement des suites graves.
(ly Galeiowski, Traiié iconographique (Tophthalmoscopiet comprenant la des* ^ipiion des ophthaimoicopes, Cexploration des membranes internes de Cailet le éêmgmostie des affections cérébrales et constitutionnelles, Paris, 187G, in-4, avec St pi. — Échelles typographiques et chromatiques pour Vexamen de l'acuité wûmtUe. Paris, 1874, 1 vol. in-S, avec 20 pi.
(5j Voyei Boisseau, Des maladies simulées et des moyens de les reconnalti^. rarb, 1870.
(8) On trouve un article instructif sur la reconnaissance de la simulation d'une amaurose unilatérale par Sclienk, dans Prayer àrlzL CotTespondenzblatt^ 1875,
3i4 LES ATTENTATS CONTRE LA SANît BT U YIB.
4<» Blessures de VoreUle.
Parmi les blessures de Voreille nous citerons d*abord la perte Ai pavillon de Toret/fe.Nous avons eu trois fois roccasion, i Innsbrflck, de faire un rapport sur ce genre de blessure, qui est certainement rare dans les autres pays. Tous les trois cas s'étaient passés dm une certaine vallée, où l'on a Thabitude dans les rixes de s'enleier les oreilles avec les dents. Nous avons conclu dans tous ces casque cette déûguration était suffisante pour être déclarée comme une blessure grave dans le sens de la loi, mais qu'elle n'était pas frappante dans le sens de Tart. 136, parce qu'elle pouvait focile* ment être cachée par les cheveux et que la perte du pavillon d'one oreille ne pouvait être mise sur la même ligne que les exemptai de défiguration frappante désignés par l'art. 156, ni que les autres suites graves de blessures citées dans le même paragraphe. Celle Interprétation fut admise chaque fois par le tribunal et sa jnstem fut prouvée d'une façon péremptoire par un de nos cas, dans lequel un individu avait déjà perdu l'autre oreille dans une affaire sem* blable sans que personne de ceux qui assistaient à l'action prind* pale se doutât de la chose.
A cause de l'importance accessoire que le pavillon de l'orùUe t dans l'audition, il ne peut être question, à propos de l'ablalionde ce pavillon, de faiblesse durable et encore moins de perle de l'oole.
On a plus souvent à examiner des troubles de Vaudùion profe* nant de coups reçus dans la région de l'oreille. Les suites les plm fréquentes de ces violences sont les ruptures de la membrane da tympan et la paralysie du nerf acoustique.
Lt rupture traumatique de la membrane du tympan se trouve le plus tooTent, d'après PoUJtzer (1), sur It ligne méditne entre le manche du marteaa et II bourrelet circulaire ; elle a une forme ronde ou orale et des bords neti et eai* verts de sang. Le diagnostic d'une rupture traumatique n'est facile que dans lu premiers jours; plus Urd il est difficile et môme impossible de distinguer eeUe-d d'une perforation provenant de suppuration. Les rupturea traaroatiqact golri^ sent en général dans les premières semaines par cicatrisation, elles sont iw^ ment suivies d'une inflammation suppurative. Les troubles de raaditioo fM l'on observe après la rupture de la membrane du tympan sont plat oa mém prononcés et sont dus moins h la lésion même qu'à l'ébranlement do iabyriatfei qui accompagne les blessures de l'oreille. Après la cicatrisation, TanditioD peil
(1) Pollilxer, Ueber traumastiche Trommelfellrupturen (Des mptnret tniutt* tiques de la membrane du tympan). Wiener med. Wochenteh,, 1S7J, n» S6.
8 ATTHIITBS a la santé et a la VIB par blessures. 315
lent OQ à pea près. Les ruptures de la membrane du tympan ■t rarement l'inilammation de l'oreille moyenne ; cela arrive surtout dans irea daea à an soufflet, etc. ; mais cette terminaison est due plutôt à la ee oa à d'autres influences extérieures défsYorables .(traitement chirur- Mfoit, refroidissement, etc.) et dans ce cas on peut observer des proliammatoires de longue durée et des troubles graves de l'audition (1). •leioent du labyrinthe peut avoir lieu avec ou sans rupture de la mem- I Ijmpan et est suivi ordinairement de troubles de l'audition pouvant pttriiatants. Le son d'un diapason appliqué sur la tète n'est perçu que par Mraïa/f , ce qui peut servir pour le diagnostic différentiel des ruptures de ■■as du tympan avec ou sans ébranlement du labyrinthe, car dans ce Ma le son n*est perçu que par l'oreille blessée.
m&nt très rarement une paralysie du nerf acoustique à la suite d'un I cas de ce genre fut soumis au comité médical de Munich (7) : un indi- |ai Ton avait tiré plusieurs fois les deux oreilles et dont la tète avait m porte, perdit immédiatement l'ouie, sans qu'on ait pu observer une êm la membrane du tympan ou des symptômes cérébraux et sans qu'on ta raisons de soupçonner une simulation.
ia aordilé donnée comme suite d*une blessure, il faut penser également ilation, qui n'est pas rare dans ces cas. Si Ton a des raisons pour soopfraude, on essayera outre les épreuves du diapason dont nous avons baat, celles qu'emploient les médecins militaires pour découvrir la (S). Ainsi on fera parler en même temps à voix basse dans les deux faisant répéter à l'individu ce qu'il a entendu. S'il est réellement a oreille il pourra répéter très facilement ce qu'on lui aura dit dans I, tandis que, s'il entend des deux oreillesi les différents sons, arrinlUBément, se mêlent tellement que l'individu ne pourra rien répéter HMM d*une manière confuse. On pensera également à la simulation si hi déclare ne pas entendre une montre si elle est tellement rapprochée (■a flsalade qu'il doit déjà l'entendre avec l'oreille saine ; on peut encore ir la aimulation par ce fait que l'individu ne sait pas distinguer les im- • éo toucher de celles de Touie, quand par exemple il ne donne aucun I faroeption de l'impression, si on frappe par terre derrière lui, tandis mtd perçoit, non pas le son, mais l'ébranlement du plancher.
5* Blessures des lèvres et perte des dents,
blessures des lèvres et la perte des dents dues aux instrucontondants les plus divers peuvent acquérir une certaine •Bce au point de vue médico-légal par la déilguration qu'elles lenUOn aura cependant rarement l'occasion, surtout pour la etdents, de déclarer ces blessures une défiguration frappante,
■aanatein, Gtrichtàntlische Wurdigung der UUionen des GehÔrorganes
dkhg (Appréciation médico-légale des lésions de l'organe de l'ouïe à la
«a«pa). Berliner Klin. WochenscfUf 1871, n* 9.
kértiekê Blàtter f. ger. Med,, 1876, p. 409.
r Feldetrttf sappl. à Wr, med. Zeitung, 1875, n** 1-^.
d'abord parce qu'il ne s'agit qu'exceptionnellement de la perte de plusieurs dents ou de toute une rangée, ensuite parce que cette perte peut être réparée artificiellement et parce que le manque de dents est un fait si fréquent et si souvent dû à d*autres causes, qa'il peut difficilement être mis sur la même ligne que les défiguratiois que la loi avait manifestement en vue. Les blessures-dés lèvres os la perte de dénis n'entraînent pas par elles-mêmes une perte delà parole et on peut dirQcilement admettre, qu'après ces blessures il persiste une telle difûcuUé de la parole qu'elle puisse être désignée comme wie faiblesse durable de la parole dans le sens de la loi.