‹ Nouveaux éléments de médecine légaleChapitre 6 sur 189 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

l'article !•'. — l'aptitude au coït.

La condition la plus importante, pour Taptitude au coït chez l'homme, c'est Térectilité de son membre viril. Le manque d'érectililé est la cause la plus fréquente des demandes en divorce et par conséquent des expertises médico-légales.

L'érection est un phénomène réflexe qui, dans les conditions normales, est amenée par des idées voluptueuses ou portées sur l'union sexuelle, surtout immédiatement avant cette union, mais qui peut encore être provoquée par d'autres excitations périphériques, par exemple, par la masturbation.

Ce phénomène réflexe peut ou bien manquer complètement chez rhomme ou bien ne pas se produire avec autant de précision que dans le coït normal.

Pour comprendre ces cas, il faut se rappeler que Térection, comme toute action réflexe, exige pour sa production deux conditions essentielles : une excitation périphérique particulière, et une prompte réaction du centre réflexe spéciûque correspondant et des nerfs afférents etefférents.

L'excitation périphérique est précisément l'excitation génésique, qui survient chez l'homme par un rapport direct avec une femme, et il est clair que, les autres conditions étant normales, le degré de Texcitation et la rapidité avec laquelle elle survient dépendront de l'impression que la femme, avec laquelle on se trouve, produit sur les sens et par ceux-ci sur l'appareil génital de l'homme. Si cette impression vient à manquer ou si elle est telle qu'elle excite plutôt une répulsion, l'érection, malgré l'aptitude au coït et malgré l'occasion, manquera également parce que la cause qui doit la réveiller, c'est-à-dire l'excitation génésique, fait défaut. Cette impuissance naturelle ou relative peut donc se montrer en face de femmes vieilles ou très laides ou soufl'rant d'inûrmités corporelles, qui excitent du dégoût et de la répugnance.

Mais il est reconnu que, sous ce rapport, il faut tenir compte

avant tout de l'individualité de l'homme, et qu'il y a un nombre

immense de cas où les difformités les plus dégoûtantes n'ont pas

été un obstacle à raccomplissemeni des rapports sexuels. D'un autre côté l'accusation de dégoût et de répugnance n'est le plus souvent qu'un prétexte pour rompre les liens du mariage, qui sont devenus insupportables, et on invente dans ce but les mensonges les plus honteux.

Ce qui est d'une importance beaucoup plus considérable, au point de vue de la justice, c'est le manque d'érection qui est due à un état anormal de l'homme et que l'on peut désigner sous le nom d'impuissance au coït catexogme.

Cette absence d'érection peut avoir pour cause :

i* l]ne excitation incomplète ou nulle des centres d'érection;

2* Des troubles dans la continuité des voies nerveuses déterminant le processus réflexe ;

3* Des troubles psychiques dans la marche normale de l'action réflexe.

1* Dans l'état actuel de la physiologie il faut admettre, de même que pour les autres fonctions physiologiques, qu'il existe un centre nerveux déterminé pour les instincts sexuels et leurs manifestations. Mais on n'est pas encore fixé sur son siège. On le supposait placé dans le cervelet, et certaines observations pathologiques paraissaient confirmer cette hypothèse; par exemple, celles de Serres, qui trouva qu'après des épanchements apoplectiques dans le cervelet, il y avait érection du pénis. Briicke (1), par contre, cite un cas observé à l'Hôpital des orphelins sur une malade qui, jusqu'au dernier moment, s'était livrée à l'onanisme et chez laquelle on ne trouva pas de cervelet à l'autopsie, mais une masse gélatineuse à sa place. A. Otto (2) a communiqué un cas d'une excitabilité génitale très prononcée malgré une atrophie du cervelet.

D'après des recherches plus récentes le siège du centre de l'érection se trouverait dans la moelle épinière. Goltz (3) regarde la moelle lombaire comme l'organe central et indépendant de l'érection qui peut être produite, en partie par voie réflexe, en partie par l'excitation des nerfs sensitifs des parties situées au-dessus de ce point, par l'intermédiaire des voies nerveuses qui se trouvent le long de la moelle épinière. Cette hypothèse concorde avec certaines observations d'érection du pénis durant plusieurs heures

(1) Bnicke, Vorletungen^ H, 63.

(î) Olio, Archiv fur Psychiatrie, t. IV, p. 730.

(3; Goltx, Pflûgtrs Archiv, \II1, 460.

i2 L'APTITUDE A LA PROCRÉATION

après une blessure de la moelle cervicale, et publiées par Tausky (1) et par Reimann (2).

Il est certain qu'il y a des hommes, n'ayant subi aucune blessure, chez lesquels Texcitabilité du centre présidant aux fonctions génitales, et parliculièrement àrérection,fait complètement défaut ou est considérablement amoindrie. On comprend que cet état puisse se rencontrer, même les autres conditions étant normales, et les anciens canonistes, très experts en ces matières, l'avaient désigné sous le nom de u natura frigida ». Cette possibilité a reçu une nouvelle confirmation par des observations psychiatriques, où Ton a constaté comme manirestations de certains états défectueux et congénitaux de Tintelligence, une absence totale ou une altération considérable des inslincts sexuels. A cet ordre appartiennent quelques cas d'imbécillité et d'idiotie. Cependant il faut faire remarquer, à ce sujet, que les désirs sexuels ne sont pas en rapport constant avec l'intelligence et peuvent se montrer, comme phénomènes instinctifs, même quand Tintelligence est peu développée ou nulle. Il n'est pas rare de les voir sans bornes chez des idiots, précisément parce qu'ils ne sont pas arrêtés par les sentiments et les idées de moralité, destinés à mettre une limite aux désirs sexuels chez l'homme intelligent. L'atrophie des testicules, qu'on rencontre si fréquemment chez les idiots, n'entraîne pas toujours une abolition des désirs sexuels, et encore moins l'impossibilité de l'érection du pénis; chez les eunuques et dans certaines formes d'hermaphrodisme dont nous parlerons plus tard, malgré T'absence ou l'atrophie des testicules, on peut constater des excitations sexuelles et parliculièrement l'érectilité du pénis. Dans ces cas le centre des actes sexuels est encore capable de fonctionner. Plus nombreux cependant sont les cas dans lesquels on observe, comme signes d'idiotie ou d'imbécillité congénitales, une absence complète ou une diminution des désirs sexuels. Il peut encore arriver dans ces cas que les excitations sexuelles venant d'une femme soient sans effet, tandis que les fonctions génitales se montrent par l'effet de (a masturbation.

Ce qui, sous ce rapport, a une grande importance au point de vue médico-légal, ce sont certains cas d'aliénation mentale congénitale et particulièrement l'absence congénitale du sens moral. Dans ce cas, malgré la conformation normale du corps et le développement complet des organes sexuels mâles, les désirs sexuels

(1) Tausky, Wiener med. Presse^ 1874, n* 81.

(2) Reimann, FviedreicKs Blâtter /". gerich, Medic.y 1875, p. 401.

ris-à-Tis de la femme, ou bien manquent complètement, ou se ma* nifestent sous la forme de répulsion et de dégoût pour le sexe féminin; les instincts sexuels peuvent encore être pervertis, de sorte que la personne se montre et se comporte plutôt comme femme que comme homme.

Kra[ri-Ebing(l) a publié récemment une collection de faits semblables et surtout de ce qu'il appelle les impressions sexuelles contraires. Ces cas montrent, d'une façon éclatante, que l'instinct sexuel et ses manifestations dépendent de l'organisation congénitale des centres nerveux et que dans les questions d'impuissance il faut tenir compte de l'état mental de l'individu.

L'excitabilité du centre d'érection peut encore être amoindrie accidentellement par des excès sexuels; le plus souvent c'est l'onanisme précoce et excessif qui a ces suites fâcheuses, sans parler de rinflueoce psychique qui, chez ces individus, peut diminuer la puissance sexuelle.

Il est hors de doute que beaucoup de maladies du cerveau et surtout de la moelle épinière peuvent amener une diminution et une perte de l'érectilité, en partie par altération pathologique des centres même, en partie par des troubles dans les conducteurs nerveux. Il faut donc avoir égard au siège, à l'étendue ainsi qu'à la nature et au degré de la maladie.

Comme, d'après les recherches de Goltz, le centre de l'érection se trouve dans la moelle lombaire, les affections de la partie inférieure de la moelle épinière doivent avoir une influence particulièrement fâcheuse sur la puissance génitale ; cependant nous avons observé dans l'hospice de Prague un homme âgé de cinquante ans et paralysé depuis longtemps des membres inférieurs, qui s'adonnait avec fureur à la masturbation, et nous l'avons surpris plusieurs fois dans Vètat d'érection du pénis.

Il est certain qu'avec les progrès de l'âge l'excitabilité du centre (le l'érection diminue et peut même disparaître; cependant les manifestations sexuelles se rencontrent encore si fréquemment chez les vieillards, qu'il faut prendre en considération moins l'âge que l'état individuel de leur corps.

2* Le point de départ de l'érection se trouvant surtout au-dessus des centres d'érection de Goltz, c'est-à-dire, au-dessus de la moelle lombaire et particulièrement dans les nerfs sensitifs plus élevés dont l'excitation est transmise au centre d'érection par les voies ner-

(1) Krafft-Ebing, Arch.f. Psyeh., U77, Vn, 201.

14 L'APTIIUDE A LA PROCRÉATION

veuses de la moelle épinière, on comprend que les affections da cerveau et de la partie supérieure de la moelle épinière puissent diminuer ou même détruire l'aptitude à l'érection.

L'existence de la voie centrifuge déterminant l'érection a été prouvée par C. Eckhard par la découverte des nervi erîgentes. Ces fibres, partant des premiers, seconds et troisièmes nerfs sacrés, se jettent dans le grand sympathique, et arrivent avec celui-ci aux vaisseaux du pénis, qui par leur gonflement, à la suite d'une excitation, amènent ainsi Térection. La section de ces nerfs peut entraîner la perte de l'érectilité, ainsi qu'on l'a constaté par des expériences sur les chevaux. Des blessures de la racine du pénis peuvent avoir les mômes conséquences.

3° L'accomplissement de Tacte réflexe de l'érection peut encore être empêché ou entravé par des influences psychiques.

D'après Gollz, sur des chiens chez lesquels, à la suite d'une seclion de la partie supérieure de la moelle lombaire, l'érection du pénis survient même après une légère excitation, on voit l'érection manquer ou même disparaître, si on fait agir en même temps des excitations plus fortes sur une autre partie de la peau.

Ces faits, observés également dans d'autres actes réflexes, peuvent être rapportés à des influences psychiques. On conçoit que chez un individu qui est sur le point d'accomplir le coït, l'érection puisse manquer ou être interrompue, par exemple, par une frayeur subite.

Des impressions morales moins subites peuvent avoir le même efl'et et on sait, par un grand nombre d'observations, que des individus, particulièrement les novices dans les rapports sexuels, ainsi que ceux qui se marient à la suite de masturbation prolongée et excessive, se trouvent souvent dans l'impossibilité d'entrer en érection soit par une pudeur excessive, soit par la crainte même d'être impuissant. Pour expliquer ces faits, on peut invoquer les mêmes raisons qui font que certains hommes ne peuvent uriner en présence d'un autre ou ne peuvent remplir les fonctions de défécation ou de miction dans la crainte de manquer le train.

Ces empêchements psychiques à l'acte réflexe expliquent ces cas d'impuissance alléguée ou supposée, qui se rencontrent si fréquemment chez de nouveaux mariés et qui disparaissent aussitôt que la confiance en eux-mêmes leur est revenue après l'accomplissement d'un coït et que la crainte de l'impuissance a ainsi disparu.

En dehors de ces causes d'atonie du pénis tenant à des troubles d'innervation, on trouve des états qui ont les mêmes conséquences, mais d'une façon mécanique. De ce nombre sont les rétractions cica-

CBEZ L*HOMME. 15

tricîelles, les exsudais chroniques dans les corps caverneux ou dans d'autres parties du pénis, certains néoplasmes, peut-être quelques formes particulières de phimosis et, dans beaucoup de cas d'hypospadias, un raccourcissement congénital du frein ou de la peau recouvrant la partie inférieure de la verge, de sorte que celle-ci est recourbée en arrière sous la forme d*un crochet et se trouve dans rim possibilité d'entrer en érection.

On trouve en outre des cas dans lesquels le membre possède une érectililé normale, mais est recouvert par des tumeurs du voisinage, même dans l'état d'érection, de sorte qu'il ne dépasse pas leur niveau et ne peut être introduit dans les parties génitales de la femme; comme exemples de ces cas, nous citerons Téléphanliasis du scrotum et les hernies scrotales.

5oas ayons obserré nout-môme un cas très curieax d'élépbantiasis. Le scrotum arrirait jnsqu*aax genoux et avait trois fois la grosseur d'une tète d*adulte. Le pénis éuit complètement enfoui dans cette tumeur rolumineuse, et une place excoriée marquait TooTerture par où s'écoulait l'urine. Cet homme était marié et ne pouvait plus, à cause de cette tumeur, accomplir le coit depuis plusieurs années, parce que, malgré la conservation des désirs sexuels, le pénis, môme dans l'eut d'érection, était complètement recouvert par la tumeur.

Nous trouvons un cas semblable d'impuissance occasionnée par une hernie scrotale dans le journal de Henke (1).

On parle beaucoup dans les anciens ouvrages du volume trop considérable du pénis comme empêchement au mariage; mais nous ne nous occupons pas de ces faits, qui ne sont pas sufQsamment prouvés.

L'absence complète du pénis, rarement congénitale, amenée le plus souvent par la gangrène, le noma, un ulcère rongeant ou autres affections, entraîne nécessairement une impuissance au coït. Dans la destruction partielle de la verge, il ne faudra pas oublier que l'existence du gland n'est pas indispensable pour l'érection et l'éjaculation, et que la portion restante du pénis peut s'allonger par l'érection et être introduite aisément dans les parties génitales de la femme.

Dans la description des causes de l'inaptitude au coït nous n'avons pris en considération que l'état des parties génitales. Il est clair cependant que l'accomplissement du coït exige encore d'autres conditions physiques. 11 faut surtout tenir compte de ces circonstances dans les cas où la paternité de l'enfant est contestée.

(1) Htake's Zeifsehn/t, 1862» 44 Bd. p. 379.

Certains états physiques peuvent, selon leur nature, abolir les désirs sexuels ou mettre l'individu dans IMmpossibilité d'accomplir le coït pendant ce temps, en lui enlevant la liberté de ses actions.

Le premier cas se rencontre dans la plupart des maladies fébriles, et personne ne prétendra que pendant le stade fébrile d'une pneumonie ou une éruption de variole le malade puisse se livrer au coït.

Le second cas s'observe dans certains états paraly tiques^ par exemple, les hémorrhagies du cerveau et leurs conséquences, l'hydro^isie généralisée, etc., qui ont d'autant plus d'importance, qu'ils ne disparaissent pas rapidement, et laissent à leur suite une affection souvent très longue.

Nous trouvons dans Gasper-Liman (1) et dans Taylor (â), des cas où la légitimité d'un enfant posthume a été contestée, parce que le père putatif se trouvait, quelque temps avant sa mort, atteint d'une maladie grave, qui le mettait dans l'impossibilité d'accomplir le coït. Dans un des cas cités par Gasper-Liman, un homme de 73 ans avait épousé une jeune femme de 30 ans, qui, après quatre ans de mariage sans enfant, voulait faire passer son mari, mort après une maladie grave de six semaines, pour le père d'un garçon, venu au monde 317 jours après la mort du père supposé.

11 faut se rappeler cependant dans ces cas que certains états pathologiques, m^me très graves, n'excluent pas la possibilité du coït. On sait que les tuberculeux peuvent accomplir le coït jusque dans une période avancée de la phlhisie, et nous avons vu un paysan tuberculeux, pratiquer encore le coït la veille de sa mort. Nous avons également connu un homme très passionné, qui, quoique atteint de syphilis du foie etd'ascite, a pu cependant se livrer plusieurs fois au coït.

ART. n. — l'aptitude a la fécondation.

L'aptitude à la fécondation chez l'homme est liée à deux conditions : la présence de testicules sains et la conformation normale des voies séminales.

11 ne suffit pas que les testicules existent, il faut encore qu'ils sécrètent un sperme capable de féconder.

L'absence totale des deux testicules entraîne nécessairement la stérilité, que les testicules manquent par un défaut congénital, ou

(1) C«si>er-Liman, Handb. d. gerichi.^ Med. 1. 1, p. 92 et 237. (2j Taylor, Pi inciples of medic, jurifpr., 1878,11, p. 297.

qu'ils aient été enlevés après l'âge de la puberté. II est très rare de constater l'absence congénitale des testicules comme vice de conformation isolé et indépendant, on ne la trouve que chez des monstres (anœdoeus). La castration dans Tenfance ne se présente que très rarement à notre observation. Quand la castration a été opérée après l'âge de la puberté, on ne peut nier que l'opéré ne puisse encore accomplir un coït fécondant avec le sperme resté dans les vésicules séminales. Le cas parait d'autant plus probable, qu'un individu ne perd pas nécessairement par la castration la faculté de pratiquer le coït, en tant que celle-ci consiste dans l'érection et l'introduction du pénis ; car, par cette opération, ni les centres de l'érection ni les voies nerveuses correspondantes ne sont lésés. Les anciens auteurs citaient déjà des observations de castrats qui accomplirent plusieurs fois le coït (P. F,rank, Otto, Henke, A. Casper), et Pélikan ({) a observé récemment des cas semblables chez des Skopzys, qui, opérés du petit sceau, c'est-à-dire ayant été seulement châtrés, n'ont pas perdu la faculté de coîter, en font au contraire un usage très fréquent, se marient et se livrent même à des excès de coït effrénés. Otto a vu chez un individu, qui s'était châtré lui-même, une pollution survenir quelques jours après la castration, et Krabmer (2j a observé un cas analogue. Malheureusement dans aucun de ces cas le sperme ne fut examiné au microscope.

Il est Tni que, dans les premiers Jours qui suiyent la castration, l'individu opéré n'est pas porté au coït et est incapable de l'accomplir. Mais les observations dtéea plus haut prouvent que la chose est possible après la guérison. Pélikan pense toutefois qu'après la guérison de la plaie^ le liquide fécondant resté dans les vésicules séminales, n*étant pas renouvelé par des éléments normaux, perd ses propriétés physiologiques et que les spermatosoldes subissent la dégénérescence graisseuse, et finalement disparaissent complètement. On ne comprend pourtant pas pourquoi le sperme ne pourrait pas séjourner longtemps dans les vésicules et rester fécond, puisqu'il se trouve dans un réservoir naturel et dans les conditions les plus propices pour la conservation des spermatozoïdes. En examinant les voies séminales d'un grand nombre d'individus morts dans l'Ag: adulte, on peut sd convaincre que les vésicules séminales contiennent beaucoup plus fréquemment que les autres voies séminales, des spermatozoïdes et qu'on en trouve souvent dans les vésicules, tandis qu'il n'en existe point ou à peine dans le testicule et l'épididyme. Nous en trouvons même dans les vésicules séminales d'individus chez lesquels, à cause de l'âge avancé, il n'y a ni reproduction rapide de spermatozoïdes, ni aucune raison d'admettre que les vésicules se soient vidées fréquemment par le coït ou les pollutions, de sorte qu'il faut admettre que le liquide spermatique se trouve depuis longtemps dans les vésicules. En tout cas, l'hypo-

( 1 ) Pélikan, Gtriekt, medix, Unler tuchungen uber Das Skopxenthum im Russiand, Oieasen, 1876, p. 93.

(2) Krahmer, Hamtb, d, gmeht, Med., 18S7, p. SOS.

HorFilâNïc. 2

thèse de Pélikan, d'après laquelle les spermatozoïdes, non renouvelés par un nouvel apport de liquide spermatique, perdraient leurs propriétés physiologiques et subiraient la dégénérescence graisseuse, n*est nullement confirmée ; et même, si cette hypothèse était fondée, il resterait toujours cette question : combien de temps faut-il pour que le sperme resté dans les vésicules séminales puisse être déclaré impropre à la fécondation? On ne peut donc nier la possibilité physiologique d'un coït fécondant après une castration faite dans Tàge adulte, il faut au contraire admettre cette possibilité^ dans le cas où cette question serait un objet de litige.

II est clair que la perte d'un testicule, si l'autre est encore propre à la reproduction, n'est pas suivie de stérilité.

L*absence des testicules dans lescrotum,parsuite d'une descente incomplète des testicules, la cryptorchie ou cryptorchidie, n'occasionne pas à elle seule une impuissance à la fécondation. Taylor (1) rapporte quatre caS|de cet arrêt de développement rare (2) concernant tous des hommes qui, dans leurs différents mariages, furent pères de plusieurs enfants. Pélikan (3) cite un cas semblable, et Bcigel (4) put retrouver dans le sperme ejaculé d'un jeune homme de 22 ans atteint de cryptorchidie double^ une quantité considérable de sper-matozoîdes.Ges faits sont en contradiction avec les idées des anciens auteurs, tels que Hunter, Curling, Godard, etc., qui prétendaient que, dans les cas où il n'y avait pas descente des testicules, il y avait toujours atrophie de ces organes; et il est très curieux cependant de remarquer que dans trois cas de cryptorchidie, mentionnés par Taylor (5), on n'a pas pu trouver de spermatozoïdes dans le sperme éjaculé (6). Mais comme Yaspermatozie ^q rencontre assez fréquemment, même quand les testicules se trouvent dans leur position normale, on peut rapporter l'absence des spermatozoïdes dans

(1) Taylor, loc. cit,, t. Il, p. 294.

(2) D'après Taylor, Marschal ne trouva sur 1,000 recrues qu'un cas de cryptorchidie simple et un cas do cryptorchidie double sur 10,000 soldais.

(3) Pélikan, /of. Cl/., p. 43-50.

(4) Reigel, Virch, Arch.y Bd., 108, p. 144.

(5) Taylor, loc. cit., 293.

(6) Liégeois, malgré des recherches réitérées, ne trouva pas de spermatoxoides dans le sperme d'un cryptorchide sans enfant âgé de 37 ans. Sur une préparation conservée à l'alcool, dans le musée anatomopathologique de Vienne, et provenant d'un cryptorchide de 23 ans, nous avons trouvé un pénis long de Go centimètres entouré de poils assez longs à si| racine, les vésicules séminales assez bien développées, longues de 4 centimètres et larges de 2 centimètres, les testicules très petiu, semblables à ceux d'un enfant de 10 à 12 ans. Le testicule gauche était plat, long seulement de 2,2 centimètres, le droit plus arrondi avait de 2,5 centim. do diamètre. Je n'ai pu trouver de spermatozoïdes ni dans l'épididyme ni dana les vésicules séminales.

CHEZ l'homme. 19

les cas cités, moins à la cryptorchidie qu'àd*aulres causes, d'autant plus qu'il y a eu éjaculation de sperme et aptitude au coït^ une preuve qu'il n'y avait pas d'atrophie des testicules.

L'âge exerce nécessairement une influence considérable sur les propriétés fécondantes des testicules ou plutôt du sperme. On sait que ce n'est qu'à l'âge de la puberté que les testicules acquièrent la propriété de former du sperme. Dans notre climat la puberté arrive ordinairement entre 16 et i8 ans, mais comme elle ne survient pas subitement, mais d'une manière progressive, on conçoit qu'il puisse y avoir beaucoup de causes précipitant ou retardant cette époque. De ce nombre sont la race et l'éducation, ainsi que les excitations précoces des parties génitales, qui peuvent faire avancer la puberté. Dans les cas de paternité attribuée à un gari^on, il faut tenir compte moins de son âge que de son développement corporel, qui peut être complet avant l'époque normale et ôtre même d'une précocité surprenante, ainsi que le prouvent un grand nombre d'observations. RIose (I) rapporte un cas de grossesse qui fut l'œuvre d'un garçon de 9 ans, et nous en connaissons nous-même un cas concernant un garçon de 14 ans. Taylor (2) cite des cas de viol, commis par des garçons de 15 â 16 ans, qui furent condamnés pour ce fait.

Du reste il faut remarquer qu'on peut trouver des excitations génitales, c'est-à-dire l'érection et l'aptitude au coït (3), bien avant l'aptitude à la fécondation, ainsi que le montrent les nombreux exemples de masturbation et l'observation de jeunes animaux, particulièrement des jeunes chiens. On ne peut donc pas conclure de l'aptitude au coït à l'aptitude à la fécondation chez les garçons.

La puberté se fait généralement reconnaître par certaines modifications plus ou moins sensibles dans l'état du corps. Celuici acquiert un extérieur plus mâle, les poils du pubis deviennent plus forts et plus nombreux, bientôt apparaissent les premières traces de la barbe, les testicules d'abord rudimentaires se gonflent et denennent plus sensibles à la pression, la verge devient plus turgescente et plus forte, la voix change. On aura à constater l'existence ou l'absence de ces signes, qui sont assurément d'une importance capitale, quand il s'agit desavuir si un individu est déjà propre à la fécondation. Toutefois aucun de ces signes n'a une

(1} llIa<M*, SysL des gericht Physik., p. 350. {Tj Taylor, toc cit., ?89.

{X) Le D' Ruelle de Cambrti a observé un cas curieux de puberté précoce chcx on enlaQtde 3 ans et 4 mois {nuii. de t Académie de méd., 1843, t. VIU, p. 63}).

valeur absolue, et ce n*est que par l'examen du sperme éjaculé qu*on peut arriver à la certitude. Gomme les pollulions nocturnes sont la preuve d'une puberlé précoce et que la masturbation se rencontre le plus fréquemment à l'âge de la puberté, il est nécessaire de rechercher, dans ces cas, les taches de sperme et de les examiner au microscope (1).

Bien qu'on admette en général que l'aptitude à la procréation diminue d'année en année dans la vieillesse, on ne peut cependant établir une limite fixe à partir de laquelle elle cesserait complètement.

Tant que l'individu n'est pas tombé dans un état avancé de marasme, la nature n'a établi aucune limite, comme cela a lieu pour l'aptitude à la conception chez la femme. On trouve (2) un nombre considérable d'observations non douteuses de fécondation due à des vieillards. De plus on a pu constater sur les cadavres d'hommes très âgés une quantité considérable de spermatozoïdes dans les testicules et les vésicules séminales. Duplay (3) a examiné le sperme de 51 cadavres de vieillards et a trouvé des spermatozoïdes dans 37 cas; 7 fois ils existaient en quantité extraordinaire, comme dans le jeune âge, 16 fois il y en avait dans chaque goutte un grand nombre, et 14 fois on ne pouvait les trouver qu'isolément.

A. Dieu (4) a entrepris les mômes recherches sur les cadavres de 105 vieillards de 64 à 97 ans. Il trouva des spermatozoïdes dans les vésicules séminales dans les proportions suivantes : de 64 à 70 ans, 64.3 p. 100 ; de 70 à 80, 44,8 p. 100 ; de 80 à 90 ans, 26,3 p. 100. Il n'en trouva pas dans les cadavres de vieillards de 90 à 97 ans.

Ces observations, qui concordent avec celles que nous avons faites à notre institut, doivent nous rendre très circonspects quand il s'agit de se prononcer sur l'aptitude à la fécondation d'un vieillard, d'autant plus que les cas où la légitimité d'un enfant est contestée à cause de l'âge du père, ne sont pas très rares. Aussi dans ces circonstrnces il faut tenir compte moins de l'âge de la personne que de l'état de son corps, et on sait que, sous ce rapport, il y a les plus grandes dififérences individuelles.

(1) Noui avoni eu récemment l'occaiion de faire Tautopiie d'un garçon de H ans qui avait succombé à une méningite purulente. Quoique Tbabitus fût encore infantile et qu*il y eût à peine quelques poils au pubis, nous trouvâmes cependant quelques spermatozoïdes dans les testicules et dans les vésicules séminales.

(2) Taylor, ioe. cit., p. 291.

(3) Duplay, Ardu g^nér., décembre 18â2.

(4) Dieu, Joum. d'anal, etdephys,, 1867, p. 449.

CHEZ L'nOMME. 21

Parmi les processus pathologiques qui suppriment ou empêchent les fonctions des testicules, il faut citer avant tout les étals alrophiqaes.

L'atrophie congénitale des testicules est relativement très rare. Plus souvent on rencontre une persistance de l'état infantile des testicules, liée à un arrêt de développement du reste du corps, ou bien on la trouve isolément dans certaines formes d'idiotie congénitale.

Pour ce qui concerne l'atrophie sénile on n'a qu'à se reporter à ce que nous avons dit sur la formation du sperme.

Les autres formes d'atrophie testiculaire peuvent être occasionnées par des causes locales ou des causes indirectes.

Parmi les premières il faut citer les excès vénériens, les états inflammatoires des testicules et des épididymes, et la compression exercée par des organes voisins.

Il est certain que l'abus du coït peut amener l'atrophie des testicules; mais c'est moins la satisfaction naturelle et excessive des désirs sexuels, que la masturbation précoce et trop fréquente qui amènent ces effets désastreux ; la masturbation en effet produit l'impuissance en épuisant tout le corps. Curling (1) cite des cas analogues et Albert (â) décrit un cas d'atrophie des testicules, liée à une atrophie de la prostate, chez un homme de 29 ans adonné à l'onanisme.

Paroû les processus inflammatoires qui peuvent avoir pour conbé(|uence l'atrophie des testicules, les principaux sont l'orcbite et répididymite blennorrhagique. Après 6osselin(3), Godard et Curling, qui ont montré l'influence pernicieuse de l'orcbite blennorrhagique sur la formation des spermatozoïdes. Liégeois (4) a par ^es recherches confirmé l'opinion de ces auteurs : sur â8 hommes qui avaient eu une épididymite double, 21 d'entre eux ne présentaient plus de spermatozoïdes dans leur sperme. L'épididymite parait donc une des causes les plus fréquentes de l'aspermatozie, comme du reste l'avaient déjà indiqué Casper, Mantegazza et HirU (5).

L'atrophie des testicules n'est pourtant pas une conséquence

(I) Coiiinf, OiPi tlerility in man, 1846.

(?) Albert, Jahresà, des Wiener atlg, Krankenh., 1871, p. 141. (i) Gosselln^ Clinique chirurgicale de Chôpital de la Charité, 3* édition* Paris,

(4) Tb. Liégeois, Traité de Physiologie. Paris, 1872.

(5) Hirtx, Prag. Virtefjahresch., 186S, 78 Bd., p. 111.

nécessaire de ces maladies et ne survient, ainsi que Taspermasie et l'aspermalozie, que dans les formes chroniques de l'orcbile; elle est due à une prolifération du tissu cellulaire qui, partant du tissu cellulaire intra-lobulaire ou de la membrane propre des canaux séminifères, oblitère la lumière de ces canaux et amène par compression la destruction de leur contenu cellulaire (Rindfleiscb, Steiner).

L'atrophie des testicules peut survenir de la même façon après une orchite syphilitique ou traumatique.

Une pression continue sur les testicules peut également amener leur atrophie. Cette pression peut être le résultat d'une hydrocêle ou varicocèlc (Hunier), de grosses hernies scrolales (Hunter) et, d'après Virchow, d'un éléphantiasis. Les quelques cas de cryptorchidie, dans lesquels on a observé également de l'aspermasie, peuvent s'expliquer par une atrophie des testicules par compression. Cela se comprend surtout lorsque les testicules sont restés dans le canal inguinal.

Salzmann (1) rapporte un cas où il trouva entre les muscles abdominaux et la peau un testicule qui avait été probablement chassé du canal inguinal, sa position primitive, p:)r un bandage appliqué mal à propos. Il élait réduit au quart du volume normal et adhérent aux tissus voisins.

Parmi les causes indirectes de l'atrophie du testicule il faut citer la section expérimentale du nerf spermatique faite par Obolensky (â). Cet auteur a trouvé que, quand il sectionnait sur des animaux le nerf spermatique, il produisait une atrophie progressive du testicule, atrophie qui commençait déjà deux ou trois semaines après l'opération et qui, au bout de quatre mois, élait telle que le testicule se trouvait réduit à la grosseur d'un pois. Pélikan et Blumberg observèrent une atrophie totale et quelquefois une suppuration des testicules après la section des cordons spermatiques. Après l'opération on voyait survenir généralement un gonflement du testicule, persistant jusqu'au seizième ou vingtième jour et suivi bientôt d'une atrophie progressive et totale, en sorte que tout le processus était achevé au bout de deux mois. Ni la section ni la ligature du canal déférent n'entraînaient l'atrophie du testicule.

L'alrophie du testicule, de même qu'elle se montre après une lésion du nerf spermatique, peut être produite également par les maladies de ce nerf et de l'organe nerveux central. De ce nombre

(1) Stizmann, Med, Centralùl., 1865, p. 144. (?) Obolensky, Med, Centrait/., 1867, p. 407.

sont surtout les maladies de la partie inférieure de la moelle épinière. Cette atrophie peut encore se montrer après une lésion des parties plus élevées de la moelle et même du cerveau, comme le prouve l'observation de Larrey, qui a vu survenir Tatrophie testiculaire et l'impuissance chez un soldat atteint d'une blessure du cervelet.

L'action de l'iode, accusé d'occasionner l'atrophie des testicules, n'a pas été confirmée par les recherches nouvelles. Il en est de même du bromure de calcium, à qui Huette attribuait la même action (1). L'alcoolisme au contraire parait provoquer cette atrophie. On sait que la plupart des alcooliques sont stériles, et sur un grand nombre de cadavres d'alcooliques que nous avons examinés nous-même, nous avons trouvé les testicules atteints de dégénérescence graisseuse comme les autres organes, et rarement des filaments spermaliques dans les testicules et les vésicules séminales. D'un autre cêté, le dépôt excessif de graisse dans le corps doit avoir une influence sur les testicules, car nous savons que des individus très gras ont plus rarement des enfants que les autres personnes.

Dans tous les cas d'atrophie ou plutôt de dégénérescence graisseuse, la formation des spermatozoïdes parait s'arrêter avant celle du sperme. C'est ainsi que s'expliquent un grand nombre de cas dans lesquels on n'a pas trouvé de spermatozoïdes dans le sperme éjaculé. Nous appelons aspermatozie cet état que nous avons eu Toccasion d'observer fréquemment. Dans d'autres cas concernant des hommes bien portants pour le reste, la cause de cette particu- Jarité est encore inconnue (2). Il est possible que certains individus soient naturellement impropres à la fécondation, comme cela arrive par exemple chez les bâtards des animaux. Ainsi un mulet est incapable de procréer parce que dans son sperme on trouve bien des cellules épithéliales, mais pas de filaments spermatiques, comme l'ont démontré de Martini (3) et Hausmann (4).

Gasper a observé l'absence temporaire des spermatozoïdes chez un homme de 60 ans après un coït plusieurs fois répété. Quant à cette question si importante au point de vue médico-légal, com-

(1) Krosz, Areh. /»«• exp. Pathoi, t. Vf, p. 8.

(2) Casper, 1. 1, p. 1)9, etc.

(3) Martini, Vierte'juresch. fur Veterin.^ XLI, 1874, I, p. 6, Anal.

(4) Parmi les maladies des organes sexuels miles accompagnées d'aspermatozio dans leur période avancée Morris Wilson et Albert placent aussi la spermatorrhée dans laquelle l'aptitude au cuit et à la fécondation peut être détruite par l'éjaculation trop précipitée du sperme (Zeissl, Lehrbuch der Syphilis^ XSIS, I, 91).

ment se comporte la formation des spermatozoïdes dans le cours ou à la suite de certaines maladies, je ne connais d*autres observations que celles de Liégeois qui en conclut que ces processus ne détruisent pas la formation des spermatozoïdes.

Comme nous l'avons dit, l'aptitude à la fécondation de l'homme est liée à l'intégrité des testicules et à celle des voies spermatiques. Ces voies sont les conduits spermatiques et l'urètre.

Little (4) décrit un cas probablement unique d'absence congénitale des canaux déférents. Ce cas concernait un homme fort et sain ayant les organes sexuels extérieurs bien développés et les testicules normaux. L'épididyme était incomplètement développé des deux côtés et présentait des kystes remplis de spermatozoïdes. Le canal déférent manquait complètement des deux côtés ainsi que les conduits éjaculateurs. Les vésicules séminales étaient rudimentaires.

L'oblitération des canaux déférents peut être occasionnée par un processus inflammatoire ou par compression. Duplay (2) prétend avoir observé fréquemment sur les vieillards une oblitération de l'épididyme, plus rarement celle des canaux déférents, et s'étonne d'avoir trouvé dans ces cas les testicules non altérés, pas plus que la formation du sperme. Ces observations concorderaient avec celle de Pélikan qui a remarqué que la section des canaux déférents n'entraînait pas l'atrophie des testicules.

Depuis longtemps on a admis la possibilité de la stérilité àla suite de la taille latérale par une lésion du conduit éjaculateur. Cosmao- Dumenez (3) décrit un cas semblable, et récemment Teevan (4) a publié quatre cas concernant tous des hommes à Tàge adulte» qui non seulement n'eurent plus d'enfants à partir du moment de l'opération, mais racontaient encore qu'ils n'avaient plus d'éjaculation pendant le coït. Des blessures d'autres parties des voies urinaires peuvent naturellement avoir les mêmes conséquences; il faut ranger dans cette catégorie le cas cité par G. Schmitt(5) d'un homme de 35 ans, jusqu'alors sain de corps et d'esprit, qui n'avait jamais éjaculé de sperme, ni pendant le coït ni pendant les érec* tions nocturnes, malgré la sensation de jouissance.

De toutes les anomalies des voies urinaires la plus fréquente est

(I) Little, Dubiin Journ., LVm, aug. 18^4. (5) Duplay, Arch, ginér.^ août, octob. 1855.

(3) Dumenex, SchmidCs lahrtb., 1863^ 120, p. 308.

(4) Teevan, Virch. lahresb,, 1874,11, 312.

(5) Scbmitt, WurUb, med. Zeitschr,, Ul, p. 361.

CUEZ L'HOMME. 25

certainement Iliypospadias. Pour l'appréciation de ces cas il faut se défaire des idées des anciens qui pré tendaient que, pour que la fécondation eût lieu, il fallait que le sperme fût porté profondément dans le vagin et lancé contre Torifice du col. Ces idées sont combattues par un grand nombre de faits, parmi lesquels il faut citer les cas oi!i la grossesse a eu lieu, quoique l'introduction du pénis eût été impossible à cause d'une soudure presque complète des bords du vagin ou même des grandes lèvres.

Dans beaucoup de formes d'hjpospadias, dans les cas relativement fréquents où l'oriflce de Turètre se trouve à la racine du frein ou dans le sillon du gland, l'introduction profonde delà verge, et le jet du sperme contre ToriOce du col ne sont pas impossibles, car dans ces cas le pénis est normalement conformé pour le reste et l'évacuation de l'urine se fait facilement en jet. Labalbary(i) a vu un faypospadias semblable chez un père de deux enfants et un autre concernant un père de cinq enfants. P. Franck a trouvé un bypospadias dans la même famille chez le père, le fils, le petit*fils.

Dans les formes plus prononcées d'hypospadias, où l'urètre s'ouvre dans le périnée, les conditions de l'aptitude à la fécondation <ont plus défavorables, parce que la verge est généralement atrophiée et recourbée en bas en formede crochet. Malgré cela, la possibilité d'une fécondation ne peut être complètement niée et a été prouvée d'une façon remarquable par le cas de Traxler (2) : une personne élevée comme fille, servante et présentant les caractères d'un hermaphrodite, procréa avec une autre fille un enfant qui présentait, en venant au monde, les mêmes difformités des organes génitaux que son père. Cette possibilité s'explique par cette circonstance qu'un pénis même atrophié s'allonge par l'érection, de façon à pouvoir être porté au moins entre les grandes lèvres qu'il écarte et ouvre ainsi la voie de la vulve au jet de sperme.

L'épispadias est beaucoup plus rare que Thypospadias. Les formes légères qui n'ont presque pas d'infiuence fâcheuse surla fécondation sont même plus rares que les formes plus graves où l'ouverture de l'urètre se trouve sous la symphise. On peut voir la description et la reproduction d'un épispadias analogue, avec un pénis normalement conformé pour le reste, dans le journal de Henke, 1824, p. 275.

R. Bergb (3) décrit et reproduit deux cas semblables. L'un

(1) LtbftllNury, Frager Vieriefj., 1S64, S!!, 114.

[t) Tnxler, Prager VieHey., W, p. 103. Wiener med, Wochensch., 1856, 18.

i2j Bergb, Virch. Arch., 41, 305.

26 L*APTITCDE A LA PBOCRÉATIOX

de ces deux derniers cas concernait un employé de la police qui s'était marié deux fois, avait même des mœurs très débauchées et n'eut jamais d'enfant. Il urinait comme les femmes et disait n'avoir jamais été en état de lancer l'urine en jet. Le second concernait un garçon de 13 ans qui avait déjà des pollutions. L'urine s'écoulait d'abord en jet, puis en bavant des deux côtés du pénis.

II n'est certainement pas facile d'admettre que dans ces cas la fécondation puisse avoir lieu par le coït, parce que le sperme éjaculé ne peut pas arriver dans la vulve, mais la chose n'est pourtant pas absolument impossible, car le sperme éjaculé se trouve au moins en contact avec la vulve ; de plus, par une cohabitation prolongée, le pénis peut être introduit plus profondément dans les parties génitales de la femme. Les degrés les plus avancés de l'épispadias sont souvent accompagnés d'un défaut de soudure de la symphyse et d'une exstrophie de la vessie ; on comprend que dans ces cas l'aptitude à la fécondation soit encore plus incertaine que dans les formes précédentes.

Les anomalies des voies urinaires peuvent être aussi le résultat d'un traumatisme. Les rétrécissements de Turètre et le phimosis n'ont aucune influence sur l'aplitude à la fécondation.

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