CHAPITRE II
ARTICLE 1*'. — l'aptitude AU COÏT.
L'aptitude au coït chez la femme exige Texistence d'un vagin el la faculté de recevoir le pénis en érection. Elle peut donc être entravée par Tétroitesse de Torifice du vagin, par le rétrécissement du vagin lui-même, ou par d*autres causes empêchant l'introduction du pénis.
Les difiTérenles formes d'alrésie de l'orifice du vagin constituent l'empêchement le plus fréquent au coït chez la femme. Il s'agit le plus souvent d'une soudure ou seulement d'un accollement épilbélial des grandes lèvres, ou bien d'une atrésie plus ou moins complète de l'hymen , ou enfin d un rétrécissement de toute l'entrée du vagin.
Ces anomalies sont le plus souvent congénitales, mais elles peu-* vent encore être la conséquence d'une rétraction cicatricielle survenant à la suite de brûlures, de la diphtérie, de la variole et même de blessures.
Ces anomalies constituent un obstacle plus ou moins considérable au coït selon leurs caractères parliculiers et, au point du vue médico-légal, il faudra chercher si cet obstacle peut être vaincu ou non par une opération. Le premier cas est le plus fréquent et donne donc rarement lien à une expertise médico-légale. Dans le second cas, il faut se rappeler qu'on a vu des grossesses survenir même dans les cas d'étroitesse considérable; que par la répétition du coït, il se forme une espèce de vagin , et que le canal de Turètre a pu dans les cas d'absence ou de rétrécissement du vagin être assez dilaté, par les chocs répétés, pour permettre raccomplissement du coït.
L'entrée du vagin peut encore être rendue impossible par de grosses hernies labiales ou par l'éléphantiasis des grandes lèvres.
Aux conditions anormales de rentrée du vagin empêchant le coït il fautencore rattacher le vagintsme, affection surlaquelle Simpson (i), puis Sims ont les premiers attiré Tattenlion. On désigne sous ce nom, d'après Schrôder (2), une hypéresthésie de l'entrée du vagin, liée à une contracture spasmodique du constricteur du vagin et des muscles du périnée. Cette sensibilité est- quelquefois tellement intense, que l'attouchement seul de l'entrée du vagin détermine déjà des contractures. On n'est pas encore d'accord sur la cause de ce phénomène. D'après Scanzoni il serait dû à un traumatisme à la suite de tentatives maladroites et répétées du coït, c'est pourquoi on le trouve surtout chez les jeunes femmes. D'autres allèguent la nature inflammatoire de cette affection^ et Martin Ta observée dans la blennorrhagie.Le vaginisme paraît cependant être dû le plus souvent à des fissures de l'entrée du vagin, fissures qui seraient profondément situées et par cela difficiles à trouver. Dans d'autres cas il faut chercher la cause de ces contractures dans les impressions psychiques, surtout la peur excessive du contact.
Ainsi Schrôder a vu survenir des contractures violentes de tous les muscles au bassin chez une vierge de vingt ans par le contact seul du doigt. M. Fritsch (3) décrit un cas où le vaginisme fut suivi d'une affection mentale, jusqu'à ce qu'on eût trouvé la
(1) Simpson, Clinique obstétricale et gynécologique. Trad. et annoté yar G. Cbantreail. Paris, 1874.
(2) ScbrOder, Ziemssen's Handb., X, 487.
(3) Fritsch, ilrcA. /. Gynàk,, 1876, X, 547.
cause de Thypéresthésie de l'entrée du vagin dans de petites li^sures situées sous le clitoris et qu^on les eût guéries par la cautérisation. Il est très important de savoir que dans quelques cas observés jusqu*à présent la cause de Thypéfeslbésie ne se trouvait pas dans l'entrée du vagin, mais dans des fissures à Tanus (Ewart, Frilsch). Il faut encore ajouter que Neftel (4) a observé le vaginisme comme symptôme d'une intoxication saturnine (2).
Parmi les vices de conformation du va^in, il faut encore citer l'absence congénitale du vagin et la soudure partielle ou totale de ses parois, que celle-ci soit congénitale ou acquise, comme causes d'cmpêcbement au coït. Ces cas ne méritent pas une description particulière et ne présentent aucune difficulté au point de vue médicolégal. Il en est de môme de Tobluration ou du rétrécissement du vagin par des tumeurs.
Les rétrécissements considérables du bassin peuvent encore entraîner cbez la femme une inaptitude au coït.
Ou trouve dans le journal de Kopp (3) la relation d'un cas semblable qui donna lie« à une expertise médico-légale : il s'agissait d'une bossue, contrainte au mariage par l'avarice de ses parents, et demandant une séparation, parce qu'elle était forcée depuis deux ans de subir les tentatives brutales de son mari pour accomplir le ccit.Lcs médecins trouvèrent une personne de 31 ans,p&le, trësamaigrie etcyphoscoliotique ; pas de traces de seins ; le bassin était déformé et rétréci au point que le diamètre antéro-postérieur comptait à peine 1 pouce, le vagin était excessivement étroit, et permettait avec peine l'introduction du doigt. Les médecins légistes déclarèrent la femme impropre au coït et publièrent ce cas, a afin, disaient-ils, que rÉIat prenne on considération des cas de ce genre, par amour de riiumanité et par respect de la sainteté du mariage. « Souhait pieux, qui parait encore Justifié en ce moment.
Une cbule réductible de la matrice, ou un prolapsus du vagin ne constituent pas un obstacle absolu au coït; mais il est certain qu'une telle affection rend le coït plus difflcile et surtout excite le dégoût; et ce fait peut dans certaines circonstances, par exemple si cette maladie survient cbez une femme mariée, devenir la cause compréhensible de divorce. Dans un cas rapporté par Meyer (4), il s'agissait de décider si un bomme qui, après le con-
(1) SchrOdcr, toc, cit.
(3) Hildebrand (Aixh.f, Gynàk.^ III, 321), décrit un cas de contracture du rele- Tcur de l'anus survenant à chaque coit chez une jeune femme très excitable, do soiie que le pénis était pressé contre la paroi antérieure du bassin et était retena quelque temps dans cette position (pénis captivus.)
(3) Kopp*8 Jahrb, der Staatsarznk. 8* année, 397.
(4) Meyer, Friedreich't BldUer, 1877, 26.
CHEZ LA FEMMB. 29
trat de mariage, mais avant le mariage civil, voulut accomplir le coït pour la première fois avec sa fiancée et trouva que celle-ci était atteinte d'une chute de l'utérus, était forcé de l'épouser et de remplir les engagements du contrat. Les médecins invoquèrent le dégoût que provoque cette affection et le tribunal partagea leur opinion en déliant cet homme des obligations du contrat, mais le condamna à des dommages-intérêts pour défloration.
La répugnance et le dégoût jouent un grand rôle dans les demandes en séparation. Il va sans dire toutefois que la femme peut invoquer les mêmes raisons à Tégard de son mari. Mais ces faits D*ODt pas de rapport à proprement parler avec l'aptitude au coït et présentent des particularités individuelles si nombreuses, qu'il faut opposer la plus grande prudence et la plus grande circonspection à ces assertions.
AET. II. — L'APTrrUDE A LA CONCEPTION.
L'époque de la puberté et par conséquent de l'aptitude à la fécondation peut être précisée plus facilement chez la femme que chez l'homme, parce que, à part quelques rares exceptions, l'établissement de la menstruation constitue un point de repère certain.
Cette époque arrive en moyenne dans notre pays entre la quinzième et la seizième année de la ne. Szukits (1) a trouvé, par Tezamen de 2,275 observations, que les Viennoises sont réglées pour la première fois en moyenne à l'âge de 15 ans et huit mois et demi, tandis que les paysannes ne le sont qu'à 16 ans et deux mois et demi. D'après Brierrede Boismont (2) les règles se montrent chez les Françaises dans les classes pauvres à 14 ans et 10 mois, dans les classes moyennes à 14 ans et 5 mois, dans les classes riches à 13 ans et 8 mois. Francis R. Hogg (3) sur 1,948 cas a vu les règles se montrer pour la première fois 1 fois à 9 ans, 6 fois à 10, 59 fois à il, 146 fois à 12, 253 fois à 13, 437 fois à 14, 502 fois à 15, 270 fois à 16, 157 fois à 17, 97 fois à 18, 45 fois à 19, 19 fois à 20, 4 fois à 21, 1 fois à 22, et 1 fois à 30 ans. Dans 17 cas la menstruation ne survint qu'après le mariage.
Par la comparaison de ces chiffres on peut déjà voir que dans certains cas la menstruation est d'une précocité extraordinaire.
(I) Szokits, WUner medic. Zeiisch.^ 1S57, XUI, 509.
It) Brierre de Boismont, De la menstruatpjn [Mém. de VAcad, de méd, Paris, ISU, U IX, p. 100).
(3) Hogg, Medie. Times, 1871, n* 4.
30 L'APTITUDE A LA PROCREATION
11 y a cependant un nombre relativement considérable de cas où la menstruation s'est montrée plus tôt encore. Horvitz (1) a réuni toute une série de cas semblables, parmi lesquels se trouve celui de Morand, concernant une petite fille réglée à 4 mois, et celui d'un enfant chez laquelle les règles apparurent déjà à l'âge de 9 mois, et qui avait déjà des poils au pubis et des seins développés. Lenhossek parle d'un enfant réglée à 9 mois, qui à deux ans pré* sentait le développement d'une jeune fille de 17 à 18 ans. Parvin cite un cas concernant une fille de 4 ans et demi et Peakock un autre d'une fille de 5 ans. Dans le premier la menstruation durait régulièrement trois jours; l'babitus extérieur était celui d'une fille de 10 ans, la longueur du corps était de trois pieds six pouces, et le poids de 75 livres. Les parties génitales étaient complètement développées, mais dépourvues de poils, la poitrine était celle d'une jeune fille de 17 ans.
On pourrait objecter que la précocité de la menstruation n'implique pas nécessairement la précocité de l'aptitude à la conception. Cependant Waldeyer a trouvé que les œufs étaient déjà formés dans l'ovaire d'un enfant, et Slaviansky (2) a prouvé que la maturité des œufs ne commençait pas seulement à l'âge de la puberté, mais qu'on pouvait trouver chez l'enfant des follicules déjà mûrs. Du reste on a observé un nombre assez considérable de grossesses dans le bas âge. Ainsi Kussmaul a vu une jeune fille de 8 ans devenir enceinte et accoucher au bout de 9 mois. Iluttela observé également un cas de grossesse chez une petite fille de 9 ans et Boulet chez une autre de 10 ans, qui était déjà réglée depuis l'âge d'un an, Macnamara chez une jeune Indienne de 10 ans et demi ; Gorlis a vu un accouchement chez une fille de 16 ans et 8 mois. Fox et Willand une grossesse à l'âge de 10 ans, et Horwitz à l'âge de
12 ans.
Il est important de savoir que l'aptitude au coït peut exister avant et même sans la menstruation, non seulement chez les chlorotiques par exemple, mais aussi chez des personnes saines. Casper a connu une paysanne forte et bien portante, âgée de trente-deux ans, qui était accouchée déjà trois fois, sans avoir jamais été réglée. Lôwy (3) cite le cas d'une femme de 31 ans, bien portante, qui était accouchée de six enfants sans avoir jamais été réglée. La menstrua-
(1) Honriu, Petersb. med. Zig., \n, Jahrg. \W.
(2; Slaviansky, Med, Centralb., 1811, 131, et 1875, 165.
(3) LOwy, H'r, med. Wocheruchr., 186H, n» »8.
B s*établit qu'après la sixième couche et s'est continuée régulent depuis ce temps.
lOque où cesse l'aptitude à la conception chez la femme se » ehez nous en moyenne entre la quarante-cinquième et la intième année de la vie. La ménopause indique généralement de l'aptitude à la conception. Ce phénomène est cependant s à des variations nombreuses, dépendant du climat, de la etc. Sur 57 femmes, que Francis Hogg a observées, la ruttion cessa
I fois à
23 ans.
fois à
43 ans.
rès Evers (i), sur 123 femmes^ la ménopause arrive dans B solvant :
« fois chez une paysanne, en tout 1 fois.
dehors de ces variations il faut faire remarquer que les règles BDt cesser plus lot pour des causes pathologiques, et qu'à l'âge [ne, des hémorrhagies pathologiques peuvent être prises pour
Sven, SchmidU Jahrb,, 1873, 160, p. 150.
de S7 ans 1 fois chez
une citadine.
as — «
des menstrues. La conception n*est cependant pas impossible même après la suppression des règles.
Outre les faits déjà connus, Barker (t) rapporte robserration de deux femmes, dont Tune, mère de cinqenfants, cessa d*ètre réglée à Tàge de 42 ans et devint cependant enceinte à 46 ans^ et l'autre conçut à Tàge de 47 ans, trois ans après que la menstruation s'était supprimée (2).
Il est relativement rare de voir des femmes devenir enceintes après rage de 45 ans, et les accouchements après 40 ans ne sont pas chose fréquente. Nevermann , sur 10,000 accouchements n'en a compté que 436 survenant après la 40° année, et la plupart de ces 436 cas arrivèrent dans le courant de cette année. Après cette époque le nombre en diminue rapidement. Il y a cependant des cas authentiques de femmes ayant conçu et accouché dans un âge avancé, et parmi ces cas je citerai ceux de Barker, qui a observé 3 fois des naissances chez des femmes âgées de plus de 50 ans. Parmi celles-ci se trouvait une femme de 51 ans qui avait accouché pour la première fois après 27 ans de mariage et pour la seconde fois Tannée suivante. Nous trouvons un cas semblable dans la Gazette médicale de Vienne ({), concernant une femme bien portante, mariée depuis vingt ans^ qui devint enceinte pour la première fois à rage de 48 ans, et qui prenait la suppression des règles pour le début de sa ménopause.
La littérature ancienne contient un nombre considérable de cas où Taccouchement eut lieu plus tard encore, mais leur véracité est discutable. D'après Barker, il n'y aurait qu'un seul cas authentique et observé par Davies, d'une femme ayant accouché encore à 55 ans.
L'aptitude à la conception dans un âge avancé peut être mise en question, quand la légitimité d'un enfant est attaquée pour cette raison, comme dans le cas de Taylor (2) où l'on contestait la légitimité d'un prétendant à l'héritage, parce qu'on mettait en doute que sa mère ait pu l'enfanter à l'âge de 49 ans. De même le paiement d'un héritage ou d'une autre somme peut souvent dépendre
(1) Btrker, Virch. Jahresh., 1874, H, 7, 728.
(2) Louis Mt^yer {Virchow's Jahrb,, 1875, II, 596) a vu une femme de 49 tns, souffrant en outre d'une dégénérescence cancroîde du col de l!utéruB, deTeoir enceinte après une union stérile de vingt ans. Elle avorta d'une môle hydatique. Il rapporte en outre un cas de conception àTàge de 41 ans et un autre à l'âge de 43 ans.
(3) Wiener medic./t g., 1875, p. 85.
(0 Taylor, /oc. et/., U, 305.
de cette question : la femme peut-elle encore avoir des enfants?
Un gentilhomme avait introduit dans son testament cette clause que sa fortune ne serait payée qu'à ses arrière- petits-enfants. II avait laissé deux fils dont chacun avait des enfants. Quelques-uns de ces derniers étaient morts sans laisser d'enfants, et il ne restait du fils aînéquedeux filles, qui toulesdeux étaient mariées, mais n'avaient pas d'enfants, et un fils et une fille du plus jeune. Les filles du premier étaient âgées de 57 et 52 ans. On demandait donc au tribunal d'admettre que ces deux femmes à cause de leur âge avancé étaient incapables d'avoir encore des enfants, afin de reporter Tbéritage entier sur la branche cadette. Les juges cependant n'admirent pas celte conclusion, parce que le conservateur des archives (Master of the Holls) leur avait communiqué un cas de naissance d'un enfant chez une femme de six ans plus âgée que la plus jeune des femmes en question.
On trouve des cas semblables dans Casper-Limann. Dans l'appréciation de ces cas il faudra partir de ce fait, qu'après quarante ans, la conception devient de plus en plus invraisemblable avec le nombre des années, mais il ne faudra pas oublier de prendre en considération, outre l'âge et les conditions de la menstruation, l'état corporel de la femme et se prononcer d'autant moins que celle-ci sera plus forte et plus vigoureuse.
L'article iÔO du code civil autrichien, de môme que la loi prussienne, ne permet l'adoption d'enfants qu'à des personnes qui ont dépassé l'âge de 50 ans. Mais il ressort de cette loi et de l'article t69 du code prussien que cette faculté peut être accordée à des personnes plus jeunes si par l'état de leur corps ou de leur esprit on peut supposer que la naissance d'enfants légitimes est impossible : il résulte de là que la loi regarde l'âge de 50 ans comme celui où la reproduction peut encore être admise. Ce que non s venons de dire s'applique particulièrement aux femmes, car pour les hommes cette limite est plus reculée.
L*inaptitude à la fécondation chez la femme peut du reste être occasionnée par des processus pathologiques. Ainsi l'absence complèle ou l'atrophie des ovaires entraine toujours la stérilité ; ces deux anomalies peuvent être congénitales, et se rencontrent alors exceptionnellement seules. La plupart de ces cas sont accompagnés d'anomalies d'autre»» organes, surtout d'un développement incomplet du reste de Tappareil génital comme dans beaucoup de formes d'hermaphrodisme. Depuis que Tovariotomie esi devenue une opération plus fréquente, l'absence de l'ovaire peut être acquise
Homu5N, 3
et il est certain qu'une ovariatomie double supprime Taptitude à la fécondation de la femme.
L'existence de tumeurs des ovaires ne permet pas d'exclure d'une manière absolue l'aptitude à la fécondation. On a obserré souvent la conception dans les cas de tumeurs unilatérales et même quelquefois dans les cas de tumeurs des deux ovaires. Ce qui prouve que même dans les cas de tumeurs avancées la maturation desœufs se continue quelquefois (1).
Il est hors de doute que beaucoup d'autres maladies des ovaires suppriment leurs fonctions et entraînent avec elles l'incapacité de la conception. Mais la plupart de ces affections sont d'un diagnostic si difQcile, qu'elles ne peuvent avoir d'importance, au point de vue médico-légal, que dans des cas exceptionnels. Il en est de même des maladies des trompes, surtout de leur oblitération qui peutêtre la suite d'une péritonite, d'une salpingite, etc. (2j.
On a observé souvent l'absence congénitale de l'utérus; dans ces cas le vagin se termine en cul-de-sac, est très raccourci et fortement rétréci. Nous l'avons trouvée nous-même sur une vieille femme mariée : le vagin avait une longueur de 5 à 6 centimètres et formait cul-de-sac complet. A la place de l'utérus il n'y avait que quelques faisceaux fibreux disposés en pyramides dans les ligaments larges, les trompes manquaient, les ovaires étaient tous les deux rudimentaires et présentaient plusieurs anfractuosités (3).
Si le vagin, dans ces cas, a une longueur et une largeur suffisantes, l'aptitude au coït peut exister sans l'aptitude à la fécondation (4).
Dans un cas communiqué par Taylor, l'examen médico-légal, ordonné par suite d'une demande en divorce, fit découvrir un vagin de trois quarts de pouce et sans utérus ; un second examen fait six mois après permit de constater que le Tagio avait acquis une longueur de deux pouces. Le mariage fut déclaré nul et non avenu, mais seulement à cause de l'obstacle au coit parce que, dit le Juge, l'inaptitude à la fécondation, quand le coit est possible, ne peut pas être admise comme une nûson suffisante pour la déclaration en nullité d'un mariage. Si dans ce cas le Tagin avait eu sa conformation normale, malgré l'absence complète de l'ulérus, la nullité du mariage n'aurait pu être prononcée. Taylor s'élève avec raison contre cette Jurisprudence en opposition évidente avec le but propre du mariage qui est la procréation des enfants.
(1) Léopold et Olshausen, Virch, Jahrb., 1874,' II, 738.
(2) Id., i6iV/., 1874, II, 738.
(3) On trouve des cas semblables in Virch. Jahrb., 1868, II, 601, et Schmidfs Jahrb., 1874, vol. CLXIV, p. 260.
(4) Wr. medic. Wochenf€h.,lS1Z, n* 17.
Le développement rndimenla ire de Tulérus, rulérusinfanlile, et Tatrésie de Tutérus donnent lieu aux mêmes considérations que Tabsence complète de cet organe.
L'oblitération de i*utérus par flexion ou version parait être une cause fréquente de stérilité. Sur 272 femmes stériles, Mayer a trouvé 97 fois un changement de position de Tutérus, et Beigel (1) Ta constaté 22 fois sur 114 femmes stériles. Giiinewald (2) cherche la cause de la stérilité dans ces cas, non pas dans Tobstruction du canal de Tuténis, mais dans d'autres maladies qui l'accompagnent ordinairement; à ce sujet II fait remarquer que, si Ton considère l'ulérus du cochon, de la brebis et du chien, il faudra convenir que tous les obstacles, que les flexions de l'utérus de la femme peuvent opposer à la marche des spermatozoïdes, ne sont qu'un jeu en comparaison de ceux que Von rencontre dans le canal cervical physiologique de ces animaux, et on sait cependant avec quelle rapidité et quelle régularité ces derniers se reproduisent.
Sladfeldt (3; regarde l'importance qu'on a accordée aux flexions de l'utérus, au point de vue de la stérilité, comme exagérée, parce qu'il a trouvé que des femmes atteintes d'une rétroflexion de l'ulérus étaient très aples à la reproduction: caries 36 femmes, qu'il a eu l'occasion d'observer, avaient accouché 133 fois, ce qui faisait une proportion de 3, 7 pour chaque femme, nombre qui est égal à celui qu'on trouve dans les statistiques des femmes mariées.
Les tumeurs fibreuses et le cancer de l'utérus ne constituent pas un obstacle absolu à la conception; cependant, d'après Schrôder, dans les tumeurs fibreuses insterslitielles et sous-muqueuses et le cancer à une période avancée, la grossesse survient difficilement.
Les gynécologues citent, et non sans raison, comme cause de la stérilité, une série de maladies de l'utérus, telles que la déformation de la portion vaginale (Beigel), les inflammations de l'utérus et de ses annexes, et, tant au point de vue mécanique qu'au point de vue de raclion chimique nuisible aux spermatozoïdes, les élats blennorrbagiques (Kôlliker, Scanzoni, Kûchenmeister, Marion Sims). Mais comme ces états n'entravent pas l'aptitude à la conception d'une façon constante et absolue, ils n'ont donc qu'une importance secondaire au point de vue médico-légal.
L'oblitération incomplète du vagin par des adhérences, tumeurs, pessaires et autres ne constitue pas un obstacle absolu à la concep-
il) Beigel, Arch. f. Gynâk,, Vm, 414.
(2) Grunewmld, Virch. Jahrb.^ 1874, II, 756.
(%) Suulfeldt, Gtburtth,, p. SOI.
lion. Olshausen (i) a tu la grossesse suryenir deux fois malgré Tusage conlinu d'un pessaire.
On trouve en outre un grand nombre d*obseryations, qui se reproduisent presque chaque année, de conceptions non seulement dans les cas de rétrécissements considérables du vagin, mais même dans les cas d*occlusion presque complète de l'entrée du vagin.
Du nombre considérable de cas semblables nous allons choisir les plus instructifs.
HanuBchke a obsevé une grossesse, bien que les grandes lèrres fussent sondée» presque complètement l'une à Tautre et ne présentassent plus qu'un orifice de la grandeur d'une tète d'épingle à la partie postérieure de la commissure. La soadure était congénitale, et cette femme paraissait par suite rerôtue d'un maillot
Scanzoni (2) trouye, à l'examen d'une femme très bien portante et «a quatrième mois de sa grosse&se, les grandes et petites lèrres normalement conformées, mais l'entrée du yagin fermée par une membrane fortement tendue, aa mUieu de laquelle existait une ouverture de la grandeur d'un grain de chéneTis, permettant le passage d'une sonde ordinaire. L'introduction du pénis était impossible dans ces conditions. Au commencement de l'accouchement rorifice de cette membrane formée visiblement par Thymen épaissi, s'était reUché et élargi de façon que le doigt pût facilement y être introduit. Après que les bords du col de l'utérus se furent effacés, on trouva, à la réunion du tiers moyen et du tiers supérieur du vagin, une seconde membrane mince, circulaire, suivant les parois du vagin. Celle-ci se déchira spontanément au moment de l'accouche meut, mais l'hymen épaissi dot être incisé.
Netzol (3) rapproche le cas suivant : une vieille fille de 35 ans, n'ayant Jamais BU ses règles ni ressenti de molimen, éprouva à i'àge de 23 ans de fortes douleurs dans le bas-ventre, et rendit plunieurs livres de pus ichoreux par le vagin. A 33 ans elle eut une attaque semblable, et depuis ce temps elle souffrait d'un écoulement Jaune insigniflant, qui devenait sanguinolent tous les quinze Jours. Lorsqu'elle se remit, pour le traitement de cette affection, entre les mains de Netzei, celui-ci trouva le vagin long de 2 à 3 centimètres seulement et la muqueuse saine. A gauche et en avant il y avait un petit orifice laissant passer une sonde Jusqu'à la profondeur de 3 centimètres. L'orifice fut dilaté, et au-dessus de ce rétrécissement on trouva une autre portion de vagin longue de 4 centimètres, et au haut du vagin un autre orifice par lequel passait la sonde.
Ce n'est qu'après la dilatation de ce second orifice qu'on rencontra la portion vaginale de l'utérus, pourvue d'un oriHce infundibuliforme, béant et recouvert de petites ulcérations. Pendant les essais de dilatation, qui furent faits avec des sondes de laminaria, cette personne fut prise de péritonite et mourut. Lorsqu'on voulut enlever le cadavre du lit, on y trouva.... un fœtus long de 15 centimètres et l'autopsie montra que la malade avait accouché.
K. Braun (4) a publié plusieurs cas de grossesse avec imperforation de l'hymen,
(1) Olshausen, Arch. f, Gi/nàk., II, 278.
(2) Sacnzoni, AUg. Wr, med, Zfg., 1864, 4.
(3) NeUel, Virch. Jahrb., 0, C06.
(4) Braun, Wr. med. Woc/tentchr.^ 1872, n* 5, 1876.
«t impossibilité complète de rintroduction du pénis, un, entre autres, où Texamen de l'hymen, fait dans le dernier mois de la grossesse, ne permit pas de découvrir la moindre petite ouTerture et où le vagin s'ouvrait dans la partie inférieure de l'urètre à S centimètres en arrière de l'orifice de ce canal qui avait le diamètre d'an grain de chénevis.
Fehling rapporte le cas d'une femme (1) qui, à la suite de sa première couche, eut une fistule vésico- vaginale, et dont on était parvenu, par différentes opérations, finalement par l'oblitération complète du vagin, à améliorer la situation, de sorte qu'elle ne perdait plus par le vagin qu*uhe très petite quantité d'urine et dans la position verticale seulement par une petite ouverture laissant à peine passer une petite sonde. Malgré cela cette femme devint enceinte.
Ces faits prouvent que la grossesse peut survenir môme dans les conditions en apparence les plus désavantageuses, de plus qu'il ne faut pas une introduction profonde du pénis pour opérer la fécondation, comme on le croyait généralement jusqu'à présent.
Ces observations permettent encore de supposer que l'utérus dans la conception n'est pas passif, conyne on l'admet généralement et comme semblent le prouver les expériences de fécondation artiQcielle faites par Spallanzani etHarion Sims^ mais doit encore y jouer un rôle actif. Wernich (2) a noté récemment l'existence d'une aspiration du sperme dans le coït par l'utérus et particulièrement par le col de l'utérus et s'appuie sur certains phénomènes de motililé observés par lui et d'autres auteurs à Torifice de l'utérus de femmes excitables. Les expériences que nous avons faites avec y. Basch (3) sur les mouvements de l'utérus chez les chiens nous ont permis de constater l'érection de la portion vaginale de l'utérus et la dilatation de Torifice du col, après l'excitation d'une paire de nerfs, partant du plexus aortique du grand sympathique et se dirigeant vers l'utérus. Ces faits viennent donc à l'appui de la théorie de Wernich et peuvent nous expliquer le processus de la conception dans les cas remarquables que nous venons de citer.
n est certain que parmi « les conditions empêchant le but du mariage (4), » il dut compter l'impossibilité de la gestation et de la génération [impotentia ges^ iamfi et generandt) de la femme et on sait qu'il y a une série d'affections soit locales, soit générales qui, tout en n'empêchant pas le coït et la conception^ ne permettent cependant pas à la femme d'arriver au terme de la grossesse et d'accoucher normalement. De ce nombre sont les rétrécissements du bassin portés à un haut degré. Le médecin légiste ne devra pas oublier dans son rapport, si le cas s'en présente de distinguer l'impuissance à la gestation, de l'impuissance à l'accouchement et
i: Fehling, Arcfi, /". Gynàk., 1873, V, 342. (2: Wernich, Berl, klin, Wochensch,, 1873, n* 9. '3) Basch, Wiener, med, Jahrb,, 1876.
(4) Coiie civil autriehi^, §53.
d'en montrer toute Timportance, laissant toutefois à la justice le soin de décider si cette Impuissance est un obsucle au but du mariage. Il serait à souliaiter, dans rintérêt de la morale et de rhumanité, que ces mariages fussent interdits. Malheureusement Tobservation journalière nous fait voir que dans la conclusion du mariage, on tient compte de toutes les autres circonstances plus que de ses effets sur la santé, et, comme nous le montrent les cas d'opérations césariennes faites plusieurs fois sur la même personne, qu'un danger dont il s'est retiré sain et sauf, n*empèche pas un individu de s'y exposer de nouveau.
Dans les cas où la séparation ou le divorce esl demandé pour cause d'impuissance d'une des deux parties, il ne suffit pas au médecin légiste de constater l'existence réelle de l'impuissance à accomplir le devoir conjugal, mais il doit encore examiner si cette impuissance est incurable ou non (législation autrichienne, Code civil, art. 60, code prussien, art. 696] et, d'après la loi autrichienne '(Code civil art. 60) si elle existait déjà au moment du mariage ou si elle est survenue depuis ce temps.
La réponse à la première* question dans les cas d'impuissance du mari, sera facile si celle-ci a pour cause une anomalie de conformation ou une affection locale et elle se confond avec cette autre question : une opération chirurgicale peut-elle arriver à rendre le coït possible ?
La chose est plus difficile dans le cas où, malgré la conformation normale des parties génitales, l'érection est empêchée et quand la cause de cet empêchement n'est pas une affection grave des organes nerveux centraux et surtout de la moelle, accompagnée d^autres symptômes permettant de faire le diagnostic, mais un simple trouble de l'innervation. La nature de cette dernière affection peut être tellement obscure que le diagnostic en soit complètement impossible. Mais comme dans beaucoup de ces cas il ne s'agit que d'un empêchement psychique à l'acte réflexe de l'érection, qui peut se rétablir par l'accoutumance et la vie commune, il esl bon dans ces cas de faire un rapport vague et de noter cette possibilité. Les juges appliqueront alors l'article 101 du code civil autrichien, qui ordonne que, dans les cas où l'on ne pourrait affirmer avec certitude si cette impuissance est constante ou passagère, les conjoints soient forcés de vivre enore un an en commun. Le mariage ne pourra être déclaré nul, que si cette impuissance persiste encore au bout de ce temps.
Par suite du rôle passif delà femme dans le coït, il s'agit, dans l'appréciation de lacurabilité de l'impuissance au coït, de décider seulement si celle-ci peut être guérie par une opération ou non. Comme nous l'avons dit, beaucoup d'empêchements au coït chez la .
femme» comme par exemple la soudure des grandes lèvres et beaucoup de formes d*atrésie de rentrée du vagin et surtout l'atrésie de l'hymen, peuvent être levés par une opération. Du reste le diagnostic de ces anomalies soit acquises, soit congénitales est si facile chez la femme qu'on peut sans difficulté se prononcer sur leur curabilité ou leur încurabilité.
Quant à la question de savoir si cette impuissance à l'accomplissement du devoir conjugal existait déjà au moment du mariage, il faudra voir si l'obstacle au coït est congénital ou a été acquis dans l'enfance. Pour l'impuissance acquise à l'âge adulte, on tiendra compte en partie de la nature et du degré de la maladie qui lui a donné lieu, et en partie des coramémoratifs qui ne doivent pas être négligés pour la solution de ces queslions.On devra encore, dans les cas où le mari est accusé d'impuissance, examiner les parties génitales de la femme pour voir s'il n'y a pas eu un coït accompli.